‹ Causeries sur tous les tonsChapitre 31 sur 45 · FÊTE ROMAINE · texte numérisé non relu

FÊTE ROMAINE

La Démocratie du Midi.

« Ce fut véritablement une fête d'artistes et de poètes.

«Les moins impressionnables des assistants avaient compris la grandeur de l'œuvre entreprise.

« Quand Genevois, qui remplaçait et remplaça avec tant d'avantage M. Villaret empêché, entra, superbe dans son rôle de Joseph, un merveilleux silence s'établit parmi les neuf ou dix mille assistants de cet incomparable spectacle.

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« Joseph commenra !

« La musique de Méhul, un peu naïre et primitive, parut surprendre l'auditoire.

« Aux leux cliarmants de la lumière électrique, dont la lune radieuse essayait en vain d'éclipser l'éclat, M. Genevois entama le magnifique récitatilqui sert d'entrée à l'œuvre de Méhul.

« Dès lors, on se crut transporté dans une époque loiirtainc et cependant connue de tous, dont chacun avait conservé involontairement un vague souvenir. « Ces ruines grandioses... cette musique d'autrefois... la voix des chanteurs... cette lumière fantas tique, inhabituelle, - le ciel noir à force d'être bleu, sur lequel scintillaient des milliers d'étoiles... cet auditoire immense, silencieux, attentif, passionné... puis ce je ne sais quoi que le spectacle empruntait au milieu dans lequel il se produisait, tout émut, enthousiasma, dompta les attentions!...

« Le sort de la soirée était ïixé; - le succès était acquis.

« Cette représentation unique, qui n'avait pas de précédent et qu'on ne réorganisera plus avec son eharme indicible, cette fraîcheur inattendue d'impressions qui s'attache toujours à l'inconnu... ce ravissement inouï, dont le point de départ était dans la Home antique, et l'entier épanouissement

dans la merveilleuse façon dont chacun des exécutants avait compris quelle tâche lui incombait, avec quelle supériorité il fallait la remplir!

« Disons-le, tout et tous ont concouru à faire de cette soirée un souvenir qui s'imposera à qui y assista. »

La Gazette du Midi.

« Nous venons donc d'assister à un de ces spectacles étranges, grandioses, qu'on ne verra peut-être jamais plus.

« Orange, à l'occasion de son Comice agricole, avait eu l'heureuse idée, pour donner un attrait nouveau et unique à ces fêtes, de rajeunir son vieux théâtre romain et d'en ranimer les échos en conviant à une représentation, unique dans son genre, le comtat Venaissin, la Provence et le Languedoc.

« L'appel a été entendu !

« Par une superhe soirée, le ciel et la lune, dans son plein, pâlissaient devant les reflets de la lumière électrique.

« On eût dit que l'Olympe entr'ouvert illuminait de tous ses feux les monuments de Gains Marins et

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de Lactalius Calalus, vainqueurs des Cimbres et des Teutons.

« Environ dix mille spectateurs se pressaient dans l'ancien théâtre romain éclairé par la lumière électrique.

« Sur cette scène colossale, où jadis le peuple dominateur acclamait des représentations païennes, une pièce biblique : Joseph en Egypte, était représentée par des artistes d'élite.

« Pendant les entr'actes, l'étincelle fulgurante, promenée tour à tour sur les vieux murs, y projetait la clarté du soleil, tandis que l'ombre épaisse régnait de l'autre côté des portiques.

« Ces jeux de lumière, transmis instantanément et à volonté, sur le haut de la montagne, couronnée de spectateurs, elle aussi, et sur la tète dorée de la statue de la Sainte Vierge qui domine le théâtre, était d'un effet ravissant... inexprimable!...

« Les merveilleuses conditions d'acoustique dans lesquelles a été construit cet ancien théâtre romain, faisaient ressortir très-distinctement la voix des acteurs, môme quand ils parlaient.

« Quant à l'immense auditoire, pittoresquement groupé dans l'enceinte réservée, et sur les gradins, et sur les portiques transformés en tribunes, — il était admirable de silence... de recueillement... »

Le Courrier de Marseille.

« C'est là, qu'après tant de siècles de solitude, par une belle et tiède soirée, la foule est revenue, pour quelques heures, animer et remplir cette enceinte grandiose.

« Le ciel, comme un immense velarium parsemé d'étoiles, pâlissant aux clartés de la lune, s'étendait au-dessus de ces milliers de têtes, rangées en lignes immenses, dans la place où s'asseyait autrefois le peuple romain.

« On était accouru de toute part pour assister à cette résurrection de l'antique théâtre.

« Les populations méridionales, avec leur goût inné du grand et du beau, avaient compris qu'il leur serait donné d'assister à un spectacle d'un caractère exceptionnel, où l'art moderne devait s'allier merveilleusement avec l'art antique — représenté par un monument impérissable.

« Plus de dix mille spectateurs avaient pris place aux gradins et aux places réservées, tandis qu'une foule, presque aussi grande, qui n'avait pu pénétrer dans l'hémicycle, bordait à une hauteur verti-

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gineuse la crôte inégale qui suit une partie du contour de l'édifice.

« Trois points lumineux, produits par l'électricité, se détachaient du Tond et des deux côtés du Proscenium, répandant un jour splendide, qui ne laissait rien dans l'ombre, pas même les gradins les plus élevés .

a 11 serait impossible de donner une idée du coup d'œil que donnait en ce moment ce théâtre. »

Le Marseillais.

« Je sors du théâtre romain d'Orange , frappé d'admiration comme les milliers de spectateurs qui s'y trouvaient avec moi.

« Jamais spectacle plus imposant ne l'ut offert à une population.

« Ce spectacle, la ville d'Orange pouvait seule le donner avec son théâtre antique, le mieux conservé qui soit au monde.

« Rien n'était plus solennel, plus majestueux que ce monument des temps anciens, où des milliers de spectateurs venaient, après tant de siècles de silence, lui rendre les jeux et la vie. »

«Après ce pâle compte-rendu de cette représentation, sans précédent dans l'histoire du théâtre moderne, nous sommes heureux de dire qu'un de ses organisateurs, M. Fernand-Michel (Antony Real) — auteur des Triomphateurs qui ont terminé la soirée — est presque un de nos compatriotes.

« M. Antony Real a écrit les paroles des Triomphateurs sous une inspiration bien servie par son beau talent. S'il a consacré son chant à la ville d'Orange, il s'agit aussi souvent de la Provence, et de Marseille en particulier, dans la partie de son poème qui s'adresse à M. Ferdinand de Lesseps.

«M. Antony Real, aujourd'hui un de nos écrivain? bien connus de la presse parisienne, est Marseillais par les souvenirs de sa jeunesse littéraire et par le cœur. — C'est parmi nous qu'il a fait ses premières armes. Il compte encore ici de nombreux amis. »

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