CHAPITRE DOUZIEME
Les théâtres Grecs et Romains.
Chez les Grecs, comme ensuite chez les Romains» les théâtres ne furent longtemps construits qu'en Jbois. On les démolissait après la fête. C'était l'enfance de l'art. Dans ces théâtres ambulants, les spectateurs étaient obligés de se tenir debout.
Et je ne puis voir, — à l'ombre des arbres séculaires qui ombragent la place publique de mon village, des modestes acteurs amuser nos campa-
(1) Sous forme de causeries, nous donnons des notes qui se rapportent à la représentalion du Ihoâtre romain d'Orange et aux Triomphateurs.
gnards du haut de leur tréteau, — sans songer que pendant des siècles l'art scénique n'a pas eu d'autre théâtre.
M. E. Lepidus fut le premier, chez les Romains, qui construisit une salle de spectacle avec des sièges pour les spectateurs. Bientôt après Scaurus et Curion en construisirent de remarquables par leurs proportions et leur magnificence, mais qui étaient également en bois et se démontaient après la fête.
Le théâtre de Curion était le plus extraordinaire, il pouvait servir alternativement de théâtre et d'amphithéâtre. Ce gigantesque édifice était fixé sur un pivot tournant « et la machine tournait, dit Pline, tandis que les spectateurs y étaient assemblés et tournaient avec elle. — Le voilà sur ce siège perfide et fragile, ce triomphateur du monde, cet arbitre des empires et des peuples, qui envoie des lois aux terres étrangères... Le voilà suspendu sur une machine, voyageant dans les airs, sur deux gonds. »
Les premiers théâtres en pierre.
Pendant plusieurs siècles les Grecs seuls eurent des théâtres en pierre, et — ô inconséquence éter-
CAUSERIES HISTORIQUES ET ANECDOTIQUES 22t
iielle des gouvernements et dos philosophes — le premier théâtre en pierres de taille fut construit à Alliènes, sous Thémistocle, au môme moment où Thcspis en était exilé pour avoir dialogué sur la scène, et tandis que Solon s'opposait — heureusement sans succès — aux invocations du poète d'Icarie.
Ce premier théâtre, — dédié à Bacchus, — est le prototype et le modèle de tous les théâtres en pierre bâtis plus tard par les Romains.
Le plus beau — quoique le moins spacieux, — le plus beau théâtre romain construit en pierre fut celui de Marcellus.
11 ne contenait que vingt-deux mille spectateurs, tandis que celui de Pompée en contenait quarante mille.
Le jour où Auguste h't la dédicace du théâtre de Marcellus, il donna — en signe de muniticence — Bama et Barbiers au peuple.
Heureux temps pour les peuples où on les rasait gratis.... Aujourd'hui on les tond... et ils sont tenus de payer les ciseaux.
« Tous les théâtres romains, construits en pierres depuis Pompée, avaient des fondements si sohdes — dit l'auteur de Rome au siècle d'Auguste — qu'ils semblaient bâtis pour l'éternité. »
Et pourtant tous sont tombés... les ruines même
gnards du haut de leur tréteau, — sans songer que pendant des siècles l'art scénique n'a pas eu d'autre théâtre.
M. E. Lepidus fut le premier, chez les Romains, ■qui construisit une salle de spectacle avec des sièges pour les spectateurs. Bientôt après Scaurus et Gurion en construisirent de remarquables par leurs proportions et leur magnificence, mais qui étaient également en bois et se démontaient après la fête.
Le théâtre de Gurion était le plus extraordinaire, il pouvait servir alternativement de théâtre et d'amphithéâtre. Ce gigantesque édifice était fixé sur un pivot tournant « et la machine tournait, dit Pline, tandis que les spectateurs y étaient assemblés et tournaient avec elle. — Le voilà sur ce siège perfide et fragile, ce triomphateur du monde, cet arbitre des empires et des peuples, qui envoie des lois aux terres étrangères... Le voilà suspendu sur une machine, voyageant dans les airs, sur deux gonds. »
Les premiers théâtres en pierre.
Pendant plusieurs siècles les Grecs seuls eurent des théâtres en pierre, et — ô inconséquence éter-
CAUSERIES HISTORIQUES ET ANECDOTIQUES 22t
nelle des gouvernements et des pliilosoplies — le premier théâtre en pierres de taille fut construit à Athènes, sous Thémistocle, au môme moment où Tiiespis en était exilé pour avoir dialogué sur la scène, et tandis que Solon s'opposait — heureusement sans succès — aux invocations du poète d'Icarie.
Ce premier théâtre, — dédié à Bacchns, — est le prototype et le modèle de tous les théâtres en pierre hâtis plus tard par les Romains.
Le plus beau — quoique le moins spacieux, — le plus beau théâtre romain construit en pierre fut celui de Marcellus.
Il ne contenait que vingt-deux mille spectateurs, tandis que celui de Pompée en contenait quarante mille.
Le jour où Auguste lit la dédicace du théâtre de Marcellus, il donna — en signe de munihcence — Baina et Barbiers au peuple.
Heureux temps pour les peuples où on les rasait gratis.... Aujourd'hui on les tond... et ils sont tenus de payer les ciseaux.
« Tous les théâtres romains, construits en pierres depuis Pompée, avaient des fondements si solides — dit l'auteur de Rome au siècle d'Auguste — qu'ils semblaient bâtis pour l'éternité. »
Et pourtant tous sont tombés = .. les ruines même
principale; « vue de la place — dit Garistie, à qui j'emprunte ces détails, — elle produit la surprise et l'admiration! »
Un sentiment de tristesse vous domine à l'aspect de ce monument qui vous rappelle cette époque romaine, où les Césars se faisaient élever des temples et des arcs-de-triomphe par les bras mêmes qu'ils avaient chargés de fer. Dès les premiers empereurs, ces bras esclaves furent employés à la construction des amphithéâtres qui, peu à peu, — à mesure que la dépravation des mœurs et la corruption du goût s'étendaient, — s'élevèrent de tous côtés et prirent la place des théâtres. Alors les arts de Gorinthe et d'Athènes, la tragédie et la comédie entre autres, — ces beaux fruits du climat grec, — ne fleurissent plus. C'est qu'à l'ère de Thespis a succédé l'ère des Néron, et que le râle des gladiateurs mourants, les rugissements des lions et des panthères dominent la sublime harmonie des voix humaines.
Orange eut aussi son amphithéâtre. Mais, Dieu soit loué! ce symbole de la barbarie des derniers siècles a disparu.... Seul son théâtre est resté, comme signe matériel des arts et de la civilisation grecque dont s'inspirèrent les premiers Romains.
Une supplique à M. le Ministre des Beaux-Arts et comment M. le Ministre y réponditi
Eveiller l'attention du gouvernement sur le théâtre antique d'Orange, afin qu'il accordât les fonds nécessaii'es à sa consolidation et à son entretien — cet édifice étant classé dans les monuments historiques de Fi'ance ; — montrer le parti qu'on pourrait en tirer pour des représentations grandioses, propres à élever l'esprit de la nation, bien plus, certes, que les pièces à femmes qui font la fortune de la plupart des théâtres de Paris : — telle était notre pensée en organisant la représentation du 21 août 1809.
Voici un extrait de notre supplique à M. le ministre des Beaux-Arts :
« Nous espérons, Monsieur le Ministre, que Votre
« Excellence approuvera notre projet et qu'elle dai-
« gnera accueillir favorablement la supplique que
« nous venons lui adresser.
« La ville d'Orange a fait déjà de grands sacri-
« fices pour notre théâtre Romain, et elle s'en est a imposée de nouveaux en cette occasion.
« Dans la distribution des cinquante millions « alloués aux monuments historiques, Orange a été « complètement oublié... malgré les demandes réi- « térées de son administration municipale.
« Daignez nous permettre, monsieur le Ministre, « d'avoir recours aujourd'hui à votre bienveillance, « et de vous demander une subvention, afin de don- « ner à notre fête artistique tout l'éclat qu'elle mérite.
« Nous serions également reconnaissants à Votre c( Excellence, si elle voulait nous envoyer un ema ployé du ministère pour surveiller les travaux. »
M. le Ministre des Beaux-Arts nous fit l'honneur de nous répondre :
« Qu'il n'y avait pas d'argent en caisse ! ! ! « Qu'il nous enverrait un employé du Ministère « si nous voulions le payer. »
Or comme ici nous sommes tous un peu architectes et archéologues — nous surveillâmes les travaux en famille... et... gratis!
Nous n'avions besoin de personne pour régler l'emploi de nos propres deniers...
J'ai su depuis que si pour notre fôte romaine il n'y eut pas d'argent en caisse!... c'est que nous n'étions pas dans le secret des dieux !
Car si au lieu d'acclamer les héros de la paix nous avions acclamé les héros de la guerre... le ministre du César qui trônait alors aux Tuileries aurait laissé venir jusqu'à nous quelques ondées du Pactole-Budget.
On ne peut pas tout savoir !
Aujourd'hui je forme le vœu que les fonds nécessaires soient accordés à la ville d'Orange pour la conservation de son théâtre romain, gloire historique de notre France!
Il ne faut pas qu'il s'écroule, ce monument gigantesque qui semble n'être resté debout que pour dire aux hommes de notre génération : — Soyez grands!! !
CastU-BIaze, né à Cavalllon en 1784.
Un des plus charmants esprits que la Provence ait produits. Si son image m'est apparue dans mon
rêve d'une représentation fantastique, c'est que le souvenir de ce fantastique musicien-littérateur ne peut s'effacer de la mémoire de qui l'a connu. Il y aurait un livre à écrire sur cet excentrique qui, à force d'esprit et d'originalité de bon aloi, avait l'étrange prérogative de se coiffer et de parler en dehors des règles communes. Le chapeau noir, haut de forme, et le français lui étaient également antipathiques. Il ne portait que le chapeau aux larges bords de feutre mou et ne parlait que le provençal.
Rien n'était pittoresque comme d'entendre Castil- Blaze raconter quelque histoire ou réciter des vers de sa façon dans l'idiome imagé de notre Provence.
Je trouve dans mon album une chanson qu'il nous récita un soir et que je crois encore inédite : c'est un tableau pris sur nature de nos mœurs de village, que j'offre aux gourmets de poésies provençales.
LOU VIOULOUNAIRE (I).
Vous gariraï de !a pepido Fios garas vosteis esclo Eici l'amour part oou Galo La vido alors se faï poulido...
(1) Nous conservons au provençal l'orthographe du passé, celle de Roumanille lui-même, à l'époque où il écrivait dans le Bomlabaïsso sa fable Lou loup et l'agnéou. Lorsque les félibres auront
Un co d'arqncf, un co dé go Uiii nosté mounde nia qu'aco.
Aquel arquet a fa muï de mayagc Que lois cura n'en pourrien bencsi.
Eici cadun soou Taire boucn meinagé Que bel accord que douno lou plési.
Enqui Gégé tcn madaleno, Tino donian tendra Gégé, Et cbaquo fio, senso péno, Troubaia couussuro a souu pé.
Coumo Precello eis escarabiado I Faï d'estrambor, se lanco en butavan, Se n'en soou tant a tréva rooulivado Un jour aqui se complo per un an.
Fions, D roulas, Saoutoun et risoun, Moun arquet lois a mes en jo.
Tout en dansant que fan... que disoun?... Maïi-es y vésès que dé fio.
Lou bal fini que la jouïno ash^emblado
Tricoulayé jusqu'à soun déjuna;
Mai quand a vis rassislance ajoucado
Ren graci oou vin... et di : — foou sén'ana ! !!
Partes amis fasés boucn viagé,
La luno a gnïre de clarta...
Et quand y a di : — fugues ben sage !
Cadun tiro de soun cousta.
donné des lois fixes à leur langue par une grammaire et un dictionnaire, — ce qui nous permettra, peut-être, de comprendre une foule de leurs mots inusités dans le langage usuel de nos villages, — alors nous adopterons leur nouvelle manière d'orthographier. L'Académie française publia son premier dictionnaire soixante et un an après sa fondation ! L'Académie provençale publiera- t-elle jamais le sien ??? A. R.
Un co d'arquel, un co dé go ,
Dins nosté mounde nia qu'aco.
11 serait impossible de traduire en français des vers si pleins de riches images. Ceux qui comprennent ce provençal n'ont pas besoin de traduction. Pour ceux qui ne le comprennent pas, une traduction serait encore inutile parce qu'elle ne saurait jamais rendre la pensée du poète.
L'idée, passablement originale, d'un congrès poétique où chaque poète devait jurer d'exclure absolument le français de leurs écrits, a-t-elle réellement germé dans cet esprit paradoxal?... C'est probable. Voici ce que je lis, à ce sujet, dans la France musicale, numéro du 22 septembre 1852. « Notre ami « Gastil-Blase parcourt la Provence, propageant, avec « l'ardeur d'un néophyte, la belle langue des trouer badours qu'il parle et qu'il écrit avec celte verve « qui a fuit plus d'une fois les charmes des salons « parisiens. Notre collaborateur vient d'organiser a. un congrès dans le but d'engager tous les poètes « de la Provence à faire le serment de renoncer dé- 0 sormais à la langue française et de n'exprimer « leurs idées, soit en vers, soit en prose, que dans « l'idiome provençal. »
De la latte et des lutteurs chez les anciens et chea les modernes.
La Provence a conservé l'antique usage de la lutte, dans les fêtes patronales de nos villages. Cet exercice gymnique est toujours dans le programme des réjouissances publiques.
Le théâtre romain d'Orange ne servait presque plus guère qu'à ce spectacle, réservé jadis aux amphithéâtres. Son enceinte a vu souvent des lutteurs remarquables par leur force ou leur adresse.
L'un, entre autres, avait acquis une haute réputation dans nos arènes en plein champ, c'était :