LES LUTTEURS POLICES
Au lieu de l'accent barbare, des rudesses de la force purement brutale, le lutteur policé offre au contraire un torse souple, d'un modèle exquis ; tout est équilibré, harmonieux dans ce beau corps; la lutte n'est plus chez lui un métier d'histrion, mais un exercice artistique, un jeu élevé , qui ennoblit la stature de l'homme.
Le voyez-vous campù sur sa jambe droite pliée en avant, le torse renversé dans une pose où l'équilibre semble une ditïiculté vaincue? Certain de son point d'appui, le lutteur projette en avant la jambe gauclie, pour prendre subitement sur le corps de son adversaire un point lixe qui lui permette de le renverser; il calcule, sans trouble, une passe décisive, un stratagème imprévu qui doit lui donner la victoire. — Tout à coup son visage s'anime; il sent qu'il va triomplier : ses coudes s'élargissent, les muscles de ses épaules se gonflent, ses deux poings se ferment et se détendent en même temps comme un ressort d'acier.... et l'adversaire est renversé ! ! !
La science de la lutte , comme tant d'autres sciences , est restée au point oii l'ont laissée les an-
CiCDS.
Il y avait, chez les anciens, deux sortes de luttes : l'une de droit, et l'autre qu'on pouvait continuer étant à terre. La première était la plus usitée, et c'est encore celle de nos jours. Si l'un des deux adversaires était renversé, son antagoniste lui permettait de se relever jusqu'à ce que l'un des deux fût tombé trois fois. Le combat alors était terminé et la victoire
remportée. De nos jours il suflit d'être renversé une
seule fois; mais il faut être tombé sur le dos, et que le sable de l'arène témoigne -visiblement que les deux épaules ont également touché terre.
Toutes les ruses possibles, toute espèce d'efforts physiques étaient permis, excepté les coups.
On attachait surtout une grande importance à Télégance des attitudes et des mouvements.
Et c'est en ceci que Rabasson, le jeune héros de nos villages, qui avait fait courir tout Paris à son heure, était particulièrement remarquable; ses poses artistiques en avaient fait le type du lutteur policé.
Aujourd'hui la lutte n'est plus guère en honneur. 11 n'y aura bientôt plus que nos paysans qui, dans les aires ou dans les prés, s'exerceront encore à ce jeu salutaire. Dans nos fêtes votives, de village même, ce genre de divertissement est chaque année moins usité. Dans les cirques elles hippodromes des grandes villes, c'est aux phénomènes de toute espèce, acrobates, dompteurs de bêtes féroces, qu'on donne la préférence.
Souvenons-nous que le goût des amusements barbares des Romains des derniers siècles fut — avec le luxe et l'oubli des amusements virils — un des présages de leur asservissement.
L'aéronante Godard et le mistral.
LES NOUVEAUX ICAUES.
En I80-2, le théâtre romain d'Orange vit un concours de population presque aussi considérable qu'en 4869. Un ballon, monté par un des frères Godard, devait s'élever du milieu de son enceinte. L'annonce de ce spectacle avait excité à un tel point la curiosité, que de tous les pays voisins on accourut en foule . La ville ne put suftire à loger les étrangers ; la plupart parquaient au dehors avec leurs charrettes ou leurs voitures.
Au jour fixé pour l'ascension, plus de vingt mille spectateurs garnissaient le haut et les flancs de la montagne où le théâtre est adossé.
Les autorités de la ville trônaient sur une estrade d'honneur !
C'est la première fois qu'un pareil spectacle allait être donné dans l'antique cité romaine.
A deux heures jde l'après-midi, M. Godard gonflait son ballon ; à trois heures les préparatifs n'étaient point terminés.... Une heure s'écoule encore elle fameux lâchez tout n'est pas prononcé...
Quelques cris accusent un commencement d'impatience.
« Qu'y a-t-il? fait demander M. le maire à l'aéronaute.
— Il y a, répond M. Godard le Mistral! »
Cette réponse exprimait suffisamment que le voyageur aérien hésitait à partir.
Lesautoritésle font appeler; on lui observe qu'on ne déplace pas ainsi impunément vingt mille villageois.
— Le mistral est un cas de force majeure, répond encore l'aéronaute.
— Mais c'est une mystification !
— Il est impossible de gonfler une montgolfière avec ce vent... — Faites cesser le mistral et je pars...
— C'est une plaisanterie.... et le public?...
Le public, ne sachant à quoi attribuer le retard, ne faisait encore que trépigner; mais quand il apprit que l'ascension n'aurait pas lieu, une huée — telle que de mémoire de huée on n'en entendit jamais — retentitaux quatre points cardinaux de l'enceinte... Des cris : à bas Godard ! se mêlaient aux huées.
Des voies de fait menaçaient l'aéronaute, et il ne fallut rien moins, pour le soustraire à Teffervescence du public, que la sage intervention des autorités qui, pour le mettre à l'abri des horions et du mistral, le firent enfermer pendant quelques heures.
M. Godard en fut quitte pour rendre la recette.
Le 27 août 187i un l'ait plus étrange se produisit. L'aùronaute Bloiuleau devait faire une ascension avec une montgollière, et monté sur un trapèze où il exécuterait des tours de gymnastique. Pendant trois jours le mistral l'empôche de gonfler un ballon. Le Tl le mistral a cessé.
— C'est la revanche de Godard, dit le public anxieux de voir enfin un homme dans les airs....
Patience ! il va voir mieux que cela....
A deux heures de l'après-midi, le lâchez tout est prononcé et... ô terreur indescriptible!... un des hommes qui retiennent le ballon, pris par un pied dans les cordages, est emporlé dans les airs la tête en bas.. . Jamais spectacle plus terrible que cet homme qui se débat dans l'espace.... on voit l'aéronaute se dresser sur son trapèze.... Puis Ton ne distingue plus qu'un point dans les cieux.... Quel drame horrible va s'accomplir??? On s'attend à voir tomber un cadavre... La foule émotionnée interroge le ciel. — Le ballon reparait... la descente est rapide.... et bientôt l'on peut voir, ô surprise mêlée d'admiration!... l'aéronaute, droit sur son trapèze, et soutenant sur sa tète l'homme suspendu au-dessus de lui par un pied.
Cette aventure me rappelle qu'à une autre époque un certain maître d'école de village ayant inventé une machine volante, au moyen de laquelle il croyait pouvoir s'élever dans les airs, fit annoncer, à son de trompe, qu'à tel jour et à telle heure il s'envolerait du haut de la tour d'un château fort — dont les ruines existent encore sur le plateau de la montagne qui domine le théâtre.
Au jour fixé, le nouvel Icare paraît au haut de la tour, muni de sa machine ailée;. . la foule applaudit... On voit le volateur agiter ses grandes ailes, serablahle à un aigle qui va prendre son vol... — L'histoire ne dit pas si ce jour-là il faisait mistral ! — Toujours est-il que, moins sage que M. Godard, le pauvre maître d'école se précipita dans les airs — et s'y maintint juste le temps qu'il fallait pour retomber lourdement sur la terre.
Il en fut quitte pour deux jambes cassées.
— Je n'avais pas assez serré une vis^, se contenlat-il de dire pour justifier sa mésaventure.
Il mourut avec cette persuasion.
Cette anecdote m'avait engagé à faire quelques recherches historiques sur les plus célèbres volateurs, que je pourrais appeler : les nouveaux Icares.
LES NOUVEAUX ICARES.
Ce sont les oiseaux qu'il faut accuser d'avoir inspiré aux hommes le désir orgueilleux de s'élever dans les régions du ciel.
Un mécanisme imitant les ailes des oiseaux dut paraître d'abord le moyen le plus simple et le plus pratique pour imiter dans leurs courses les agiles habitants de l'air.
Une des premières expériences tentées, dont l'histoire nous ait transmis le souvenir, est celle d'Archytas, natif de Tarente et contemporain de Platon.
Archytas était philosophe, magistrat et guerrier; il était surtout habile mécanicien, il construisit une colombe de bois, si artistement travaillée qu'elle volait très-haut : « — Mais, dit Aulu-Gelle, une fois « tombée, la colombe ne s'élevait plus et elle ne « volait que jusqu'à un certain espace. »
Vers la fin du douzième siècle, sous le règne de l'empereur Manuel Comnène, un Sarrasin fit publier à Constantinople qu'il volerait comme un oiseau. La tour de l'hippodrome lui fut donnée pour faire son expérience ; l'empereur voulut y assister.
Tandis qu'il s'apprêtait à prendre son essor, le peuple impatient lui criait :
— Vole, vole, Sarrasin.
Le Sarrasin ne bougeait pas, et de temps à autre il étendait la main comme pour essayer la force du vent.
— Ne nous laisse pas ainsi en suspens, tandis que tu pèses le vent, lui criait la foule.
L'empereur, au contraire, cherchait à le détourner de son projet.
Le Sarrasin continuait à essayer le vent, et enfin quand il le crut favorable, il s'élança du haut de la
tour mais son vol eut bientôt le sort de celui
d'Icare ; ses ailes artificielles le trahirent, il tomba et se brisa les os.
Vers le milieu du treizième siècle, Roger Bacon construisit aussi une machine pour se diriger dans l'air comme les oiseaux. Mais il ne réussit guère mieux que ses devanciers. Ce qui n'a pas empêché ce savant, que l'x^ngleterre honore, de mettre au nombre des découvertes à faire : l'art de voler comme les oiseaux.
Ce Roger Bacon — qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre chancelier d'Angleterre — professait
la théologie à Paris où il avait pris son litre de docteur en 1:246.
La macliine qu'il construisit pour voler resscrahlait à un poisson autant qu'à un oiseau; elle avait la forme de l'un et les ailes de l'autre. Celte invention faillit lui coûter cher : on l'accusa de magie et les l)onnes gens le menacèrent de l'occire s'il tentait de s'élever dans les airs comme il l'avait annoncé.
La physique et la chimie étaient alors regardées comme des sciences diaholiques; malheur à celui qui osait en divulguer les secrets !
Le génie de Roger Bacon l'avait fatalement porté aux sciences physiques. L'imprudent avait osé étudier les phénomènes de la nature et sonder ses mystères.
Inspiré par le diable il créa le miroir ardent, les verres à lunettes, ouvrant ainsi la voie qui devait conduire à la découverte du microscope et du télescope, et s'il n'inventa pas la poudre, il en découvrit au moins la composition.
C'en était trop, en vérité! il fallait terrasser cet esprit de ténèbres, ce fils de Bélial, qui naguère voulait se mettre des ailes pour s'élever jusqu'au ciel.
Roger Bacon ne tarda pas à être dénoncé en cour de Rome, comme étant en correspondance avec les démons; et ses cours publics furent interdits.
Alors il se fit écrivain. Hélas! ses livres ne lui réussirent guère mieux que sa machine volante; les ignorants illettrés s'étaient ameutés contre celle-ci, les ignorants lettrés s'ameutèrent contre ceux-là ! et un bref du pape condamna ses ouvrages comme contenant des nouveautés dangereuses et suspectes.
Roger Bacon expia par dix ans de prison le crime d'avoir voulu mettre des ailes à ses épaules... et à son esprit!
A cette époque un bénédictin anglais, Olivier de Masbelburi, entreprit aussi de voler en s'élançant du haut d'une tour à Londres. Celui-ci s'était attaché des ailes aux pieds et aux bras.
Il prétendait, à l'aide de son mécanisme, franchir la Manche en quelques heures. Il tenta son expérience et eut le sort du Sarrasin de Constantinople.
Au XV* siècle Jean-Baptiste Dante crut avoir trouvé le secret de voler; il fit plusieurs essais couronnés de succès; mais une fois, le fer avec lequel il dirigeait une de ses ailes s'étant rompu, il tomba sur l'église de Pérouse et en fut quitte pour une cuisse
cassée. Cet accident lui valut la chaii e de malli6matiques de Venise.
Sous Louis XIV, un danseur de corde nommé Allard parut sur la terrasse du chàleau de Saint- Germain, les épaules munies de deux ailes gigantesques. Cet autre Icare avait assigné l'endroit de la lorétoù il irait s'abattre. Ce jour-là tout Paris s'était donné rendez-vous à Saint-Germain. A l'heure annoncée Allard s'éleva audacieusement... mais hélas! sa tentative ne fut pas heureuse... Après quelques battements d'ailes cet autre Icare tomba et se brisa les jambes... Il avait rêvé d'être oiseau, il devint cul-de-jatte.
Malgré tant de malheureux essais, les fanatiques de l'art de voler ne se découragèrent pas. Plusieurs autres expériences furent encore laites, entre autres celles d'un jésuite de Padoue, d'un ihéatin de Paris^ et de Bernoin à Francfort.
Le médecin-botaniste Bernier imagina aussi un appareil pour voler.
Mais celui qui attira le plus l'attention fut l'abbé Desforges, chanoine de Sainte-Croix à Etampes.
L'abbé Deslorges avait construit une voiture volante avec laquelle, écrivait-il, a je ferai, quand le vent a sera bon, trente lieues par heure, — vingt-quatre <x par un temps calme et dix par un vent contraire. »
Le chanoine regardait moins son invention comme un moyen de s'illustrer que comme un moyen de se procurer une immense fortune. Il fit donc insérer dans les papiers publics qu'il avait trouvé l'art de voler, ajoutant qu'il n'aurait pas plus tôt exposé sa machine au grand jour que sa simplicité la ferait facilement imiter. — « Il ne serait donc pas juste, disait-il, que je perdisse le bénéfice de mon invention. » Les brevets d'invention S. G. D. G. n'étaient point encore inventés.
L'ingénieux abbé proposa de donner le secret de sa voiture volante, à la condition que le public lui donnerait « d'avance » une somme de cent mille livres. Une souscription fut ouverte, mais soit que la somme parût trop forte, soit que l'on doutât du succès, le public garda son argent.
Ceci ne faisait point l'affaire du chanoine; il proposa alors un autre arrangement. Des cent mille francs il n'en toucherait que cinquante mille « avant l'expérience » ; le restant serait déposé chez un notaire pour lui être remis après.
Cette nouvelle combinaison réussit. Les cent mille francs furent souscrits à Lyon.
L'inventeur n'eut donc plus qu'à se préparer.
C'était dans l'été de 1772 que l'expérience de l'abbé Desforges devait se faire à Etampes. On y accourut de toutes parts.
Le volateur se plaça effectivement dans une voiture volante et fit mouvoir ses ailes... mais plus ses ailes battaient l'air, plus sa macliine semblait adliérente à la terre... Ce fut encore un essai manqué!
Le cbanoine de Sainte-Croix se serait bien gardé de s'élancer du baut d'une tour;... il voulait bien gagner cent mille francs... mais sans risquer de se casser les reins; — c'était un Icare prudent. Sa machine volante était pourtant fort ingénieuse. Qui sait, il n'aurait peut-être fallu qu'une charnière de plus ou de moins pour permettre à M. le cbanoine d'Etampe de voler à la manière des oiseaux.
A peu près à la môme époque un jeune Normand, fils d'un tourneur des Andelys, eut également le désir de voyager dans la région des airs. Il cons-
truisit une machine en forme d'oiseau dans laquelle il pouvait s'enfermer.
Ce jeune Normand, qui devint par la suite un courageux aéronaute, s'appelait : Jean -Pierre Blanchard.
L'oiseau de Blanchard n'eut pas plus de succès <]ue ses prédécesseurs.
Au martyrologe des nouveaux Icares il faut ajouter encore un nom, M. de Groof, de Bruxelles, pré- <:ipité du ciel le 9 juillet 1814 à Londres.
L'appareil inventé par ce volateur se composait de grandes ailes mesurant 38 pieds de long et d'une queue mesurant 20 pieds; le tout adapté à une plate- forme en bois où l'homme-oiseau prenait place.
Cette machine était attachée au-dessous d'un ballon à une distance de 3 pieds.
A un signal donné l'aéronaute placé dans la nacelle coupait le lien et les deux ailes commençaient à battre, mues par un système mécanique que le volateur faisait entrer en jeu.
Or, le jeudi 9 juillet 1874 à Londres, le ciel étant admirablement beau et calme, de Groof résolut de voyager dans les airs à la manière des oiseaux.
Des milliers de spectateurs assistaient à cette expérience audacieuse.
Vers midi un ballon, monté par M. Sim nions, était attaché à la machine volante où l'homme-oiseau était placé, et bientôt le tout s'élevait lentement dans les airs.
M. de Groof avait fait ses adieux à sa femme en lui disant : Au revoir !
A un quart de mille de Cremorne-Gardens, audessus de Robcrt-Strcet, le ballon se rapproche de terre, si près même que l'aéronaute cria au volateur:
a Coupez les cordes ou vous allez tomber sur le clocher de l'église.
— Oui! répondit M. de Groof, je vais tomber dans le cimetière...
Il ne disait que trop vrai.
A quatre-vingts pieds de terre, cet autre Icare, au lieu de s'abattre doucement et les ailes déployées, tourna sur lui-même, ses ailes ne prenant plus le vent, et vint se briser sur une tombe.
Et pendant que le ballon continuait à s'élever, le nouvel Icare expirait sur la tombe même où il était venu se briser.
A M. de Groof finissent aujourd'hui les modernes Icares.
Depuis Arch y tas jusqu'à nos jours, que d'hommes ont cherché l'art de voler, et combien — dont le nom ne nous est pas parvenu — ont été victimes de leurs essais !
Dieu a eu sans doute ses raisons quand il nous a donné des bras au lieu d'ailes.
Dieu a peut-être voulu que l'homme, se sentant attaché à la terre, ne pût s'élever vers le ciel qu'avec son âme?
Mais comme l'homme veut toujours ce qu'il n'a pas, plus il s'est senti attaché à la terre et plus ardemment il a désiré de s'élever dans l'air !
De là tant de nouveaux Icares!
Faut-il croire qu'on ne trouvera jamais le moyen de voler?...
Eh! mon Dieu! qui sait combien de siècles se sont écoulés, et combien d'hommes ont péri avant de trouver le moyen de naviguer ! ! !
L'homme rampe sur le ventre comme les reptiles, il marche à quatre pattes comme les quadrupèdes, il nage comme les poissons.
Pourquoi le croirions-nous incapable de voler comme les oiseaux, — si Dieu voulait que l'art de voler entrât dans les vues de la société comme l'art de nager?...
La Raison pourrait répondre :
« Dieu n'a créé l'homme (jue pour le travail! — voilà pourquoi il lui a donné des bras et non des ailes! »
Ce qua coûté la représentation donnée le 21 août 1869 dans le théâtre antique d Orange.
La charpente de la scène 800
La scène l.oOO
Les décore , kà peintures 1 . 700
L'éclairige électrique 1 . oOO
Les artistes d'Avij^non et frais divers 4.C00
L'orchestre et les chœi;rs 4 . 20O
A M. Genevois 1.000
A M . bataille et à sa femme 1 . :200
A Mlle Wertheimber 1 . ÛOO
En cliiffies ronds. 17500
On voit ce qu'il en coûte pour faire grand! !!
Sans compter une douzaine de cents francs dépensés par les deux organisateurs pour dépèches télégraphiques, publicité, voyage et séjour à Paris, etc.
Mais on ne saurait payer trop cher l'honneur d'avoir coopéré à la restauration de l'anlique monument et de l'avoir rendu à la vie artistique, en
évoquant dans son enceinte, pour la première fois depuis tant de siècles, le souvenir impérissable de la splendeur romaine. C'est ce souvenir qui a inspiré à l'auteur des Triomphateurs ces deux premiers vers de son œuvre :
liessuscitez, Romains antiques.
Divins héros, ressuscitez 1...
Norma au théâtre antique d'Orange.
L'opinion était que le théâtre antique d'Orange — comme les arènes de Nîmes et d'Arles, — ne pouvait servir qu'aux courses de taureaux ou aux luttes d'homme. Or, nous avons voulu prouver qu'il pouvait être, — comme autrefois — approprié aux représentations théâtrales. C'était notre seul but... Nous l'avons atteint.
Cet hiver, — dans une causerie que j'avais l'honneur de faire dans les salons du cercle Raimbaud à Orange — je disais : « Maintenant que noire France est pacifiée, nous formons le vœu d'une nouvelle représentation, dans notre théâtre antique. »
Ce vœu a été exaucé.
Le "l'A août 187 i, yonna a été représentée au théâtre romain d'Orange, et plus de dix mille spectateurs applaudissaient l'œuvre de Bellini, aux magiques clartés de la lumière électrique.
Le lendemain !24, on a joué le Chalet et Galathée. Le ciioix de ces deux pièces n'a pas été heureux. Les scènes d'opéra comique ne s'harmonisent pas avec la sévérité du monument.
Seuls les spectacles qui agrandissent l'esprit en élevant les âmes , sont dignes du théâtre atitique dont la ville d'Orange a droit de s'enorgueiUir.
Laissons aux théâtres fermés, où le public est toujours restreint, les pièces qui ne font qu'exciter les passions. Nos populations sortiront le cœur plus satisfait, l'esprit moins troublé, d'une tragédie ou d'un grand opéra, que de ces scènes de haut goût qui blessent les yeux et les oreilles... même en les charmant.
Souvenirs.
Du Village où j'écris ces pages, je veux jeter un regard dans le passé et me reporter à Marseille où j'ai fait imprimer mes premières lignes.
Et puisqu'un journal m'a rappelé ma jeunesse littéraire, dans l'antique cité phocéenne, il m'est doux d'y revivre aujourd'hui par la pensée.
C'était en 1838. — Je n'avais guère alors que n ans ! A cette époque où l'on croyait encore tant à la poésie, Joseph Autran débutait à peine dans la carrière où Méry et Barthélémy étaient déjà illustres; Alfred Goy écrivait Les enfants d'Ugolin, Une page de la vie intime, pour Laferrière de passage à Marseille, et mettait l'Ouverture de Guillaume-Tell en poème. Théophile Bosc écrivait ses tendres Mélodies dans le Sémaphore, Pierre Beliot, — le vrai poète provençal — composait ses poésies de mœurs locales, Georges d'Airnnvell ses Varsoviennes . Lourde (de Mazamet) publiait son Histoire de la révolution à Marseille et en Provence, en même temps que sa chronique du xix« siècle : le Français et la Polonaise, et Désanat faisait paraître son journal en vers, Ion Bouil-ahaisso, concurremment avec le Galoubéei lou Tambourinaire de Pierre Beliot. Il y avait aussi Carie et Berthaud qui faisaient du journalisme en littérateurs, et Mlle Eulalie Favicr, — une jeune muse rappelant Élisa Mercœur, — qui écrivait ses poésies de l'âme.
Jetais le plus jeune do cette pléiade chantante et croyante... mais, pas le moins croyant!
En cette année Chateaubriand vint à Marseille. Nous lui rendîmes visite, ù l'hùtel Paradis où il était descendu, et les quelques paroles que nous dit ce représentant de la jeune France littéraire d'alors, étaient peu laites pour calmer la lièvre poétique qui nous dévorait tous.
La lièvre des sous-préfectures n'avait pas encore envahi le monde des lettres.
Peu après une autre illustration fut annoncée à Marseille, — mais celle-ci purement linancière :
UUTilSOllILD.
La prochaine arrivée de ce grand linancier avait mis tout le haut commerce en liesse. La Bourse avait pris une allure de circonstance; les actions des mines de charbon de la Grand-Combe — dont Rothschild était le plus fort actionnaire et le banquier, — haussèrent de vingt francs.
C'est M. L... un riche négociant de la rue de l'Arraény, qui devait recevoir le célèbre capitaliste.
Pour honorer suivant ses mérites cet liùte illustre... par ses écus, M. L... organisa une fête à sa campagne, la villa Masseick, et pria le poète Méry, en ce moment à Mar>oille, de composer une pièce
de Yers en l'honneur du banquier, et au sujet de la fête qu'il devait lui donner.
« On me convie à la villa Masseick, pour que je chante Rothschild, nous dit Méry. M. L... en sera pour ses frais d'invitation.... Je pars cette nuit pour Paris. »
Et Méry partit.
Première déception du négociant qui devait bien-^ tôt en subir une deuxième.
Le banquier du charbon... et des rois, avait annoncé son arrivée pour le 2o septembre, vers les deux heures de l'après-midi.
Tout avait donc été organisé à la villa Masseick pour la soirée : dîner prêt à servir... convives invités, musiciens retenus.... et Rothschild n'arriva que vingt-quatre heures après!... — Une légère indisposition, compliquée d'un accident survenu à sa chaise de poste, avait occasionné ce retard désastreux.
Je pris texte de cette aventure et j'écrivis une pièce de vers qui eut un grand succès à la Bourse où tous les exemplaires furent achetés, en un jour, par les nombreux négociants... qui n'avaient pas été invités à la fête marseillaise de la villa Masseick.
Voici quelques extraits de cette œuvre enfantine :