Prologue
Enfin nous l'avons vu ce Crésus des François,
Ce Rothschild — dieu vivant des riches Mnrseillais !
Et nos bons commerçants après deux jours d'attente
Ont pu s'cnorjîueillir près du roi de la renie.
Mais puis-je le chanter, moi qui ne serai pas
Invité comme vous au succulent repas?
Moi, modeste écrivain, dont la plume candide
Trace rapidement ce poëme timide,
Et que par un destin misérable et fatal
On prive injustement des délices du bal?
Aussi j'aimerais mieux chanter un saltimbanque
Que d'user mon papier pour le dieu de la Banque.
Le Banquet.
Tout était prêt d'avance et depuis deux longs jours , Le festin réchauffé se resservait toujours. Les perdrix, les vanneaux, les grives délectables Trois fois avaient déjà reparu sur les tables ; On entendait l'écho repéter aux salons Les cris du chef d'office et ceux des marmitons.
L... pleurait en vain sa dépense inutile En payant tour à four les comptes de la ville ! ! ! Pâtissiers, rôtisseurs, viennent à tout moment... Et le maître frémit de leur empressement. On le voit l'œil hagard, et le visage pâle. Comme un désespéré courir de salle en salle... Oh! qui peindra jamais ses poignantes douleurs!!! Tantôt il voit venir les marchandes de fleurs
De la place Saint-Louis ; — chacune a sa corbeille Afin de remplacer les bo.iqnels de la veille.
Combien d'aiilies encor que je ne nomme pas, Fournisseurs du menu de ce brillant repas, Viennent pour encaisser factures sur factures! 1 !... One n'avait jamais vu pareilles foLirnitures, Pour un simple morte! qu'on traite extra-muros.
Semblable au matelot qui du plus haut cordage Cherche, dans le lointain, un désiré rivage. Un jeune marmiton sur la tour du manoir Avait été placé du malin jusqu'au soir. Mais il ne voyait rien... ou se trompait sans cesse ! Poussant de grands soupirs ou des cris d'allégresse, Il croyait voir Rothschild brillant comme Phébus.... Et ce n'était toujours qu'un modeste omnibus...