‹ Causes célèbres du droit des gens (volume 3)Chapitre 16 sur 34 · N^ XVIII · texte numérisé non relu

N^ XVIII

Mémoire relativement- à l'Espagne; du 15 Juillet 1761.

Comme il est essentiel, ainsi que la France et l'Angleterre le désirent, que le traité de paix projeté serve de base à une réconciliation solide entre les deux couronnes, qui ne puisse ' être troublée par les intérêts d'un tiers, et les engagements que Tune ou l'autre cour peuvent avoir pris antérieurement à leur réconciliation, le roi d'Espagne sera invité de garantir le traité de paix future, entre le roi et le roi de la Grande-Bretagne. Cette garantie obviera aux inconvénients présents et futurs, relativement à la solidité de la paix.

Le roi ne cachera pas à S. M. britannique que les différends de l'Espagne avec l'Angleterre l'alarment et lui font craindre, s'ils n'étaient pas ajustés, une nouvelle guerre en Europe et en Amérique. Le roi d'Espagne a confié à S. M. les trois points de discussion qui subsistent entre sa couronne et la couronne britannique.

Lesquels sont 1° la restitution de quelques prises faites pendant la guerre présente sur le pavillon espagnol.

2 ^ La liberté à la nation espagnole de la pèche sur le banc de Terre-Neuve.

3*^ La destruction des établissements anglais sur le territoire espagnol dans la baie d'Honduras.

• Ces trois articles peuvent être facilement arrangés selon la justice des deux souverains, et le roi désire vivement que l'on puisse trouver des tempéraments qui contentent sur ces deux points la nation espagnole et anglaise ; mais il ne peut pas dissimuler à l'Angleterre le danger qu'il envisage, et qu'il sera forcé de partager, si ces objets qui paraissent affecter sensiblement S. M. Catholique, déterminaient la guerre ; ' c'est pourquoi S. M. regarde comme une considération première pour l'avantage et la solidité de la paix, qu'en même temps que ce bien désirable sera arrêté entre la France et l'Angleterre,

S. M. britannique termine ses difiFérends avec l'Espagne, et convienne que le roi Catholique sera invité à garantir le traité qui doit réconcilier (Dieu veuille à jamais) le roi d| Angleterre. Au reste, S. M. ne confie ses craintes à cet égard à la cour de Londres qu'avec les intentions les plus droites et les plus branches de prévenir tout ce qui pourrait à Pavenir troubler Funion de la nation française et anglaise , et elle prie S. M. britannique , qu'elle suppose animée du môme désir, do lui dire naturellement son sentiment sur urt objet aussi essentiel.

N^ XLX.

Note de M. de Bmsy, adressée à M. Pitl: du ib Juillet 1761.

Depuis que le mémoire de propositions de la France a été formé, et au moment que le courrier allait partir pour Londres, le roi a reçu le consentement de Timpératrice-reine à sa paix particulière avec TAngletcrre, mais à deux conditions.

La première, que Ton conserverait la possession des pays appartenants au roi de Prusse.

La seconde, qu'il soit stipulé que le roi de la Grande-Bretagne, tant en sa qualité de roi qu'en celle d'électeur, ne donnera aucun secours ni en troupes, ni de quelque autre espèce que ce soit au roi de Prusse, et que S. M. britannique s'engage à ce que les troupes hanovriennes, hessoises, brunswickoises et autres auxiliaires unies aux Hanovriens ne se joignent point aux troupes du roi de Prusse, de même que la France s'engagera à ne donner aucun secours, d'aucune espèce, à l'impératricereine, ni à ses alliés.

Ces deux conditions paraissent si naturelles et si justes par elles-mêmes, que S. M. n'a pu qu'y acquiescer, et qu'elle espère que le roi de la Grande-Bretagne voudra bien les adopter.

Ces matières si sérieuses, sur lesquelles reposaient les destins de deux grandes nations qui avaient entraîné avec elles une partie de l'Europe, furent discutées dans une conférence que M. de Bussy eut le 23 Juillet, avec M. Pjtt, et

dans laquelle le plénipotentiaire français remit les pièces oidessus. "* ) M. de Choiseul recommandait expressément à M. de Bussy, de mêler adroitement aux diverses propositions de paix qu'il ferait à M. Pilt, des éloges sur ses lumières, et surtout de Taccabler de protestations de confiance dans sa probité; la flatterie étant un des grands moyens de persuasion auprès des esprits vains : « et dans tous les cas , » observait M. de Choiseul, «les compliments et les propos même exa- » gérés en politesse, sont utiles. » M. de Bussy commença par insister sur la déclaration exigée de l'Angleterre « que, si la » négociation n'était pas couronnée d'un heureux succès , les » conditions proposées seraient regardées comme non ave- » nues. » Mais l'impatience ne permit pas à M. Pitt d'entendre le développement des raisons de M. Bussy ; et il l'interrompit avec vivacité en disant « qu'il s'agissait bien de discuter lon- )> guement une question si peu intéressante par elle-même, » tandis qu'il y en avait tant d'autres importantes à traiter. » Il s'exhala en reproches amers contre les détails étudiés de M. de Choiseul, et finit par faire part k M. de Bussy d'une déclaration arrêtée dans le conseil du roi, il y avait peu de jours, laquelle portait « qu'entre autre le roi d'Angleterre ne souf- » frirait pas que les disputes de l'Espagne fussent mêlées dans » la négociation de la paix de l'Angleterre avec la France ; et

» qu'il serait regardé comme offensant pour la dignité de S. M » britannique et incompatible avec cette négociation que l'on » insistât sur cet article. »

M. de Bussy ayant ensuite communiqué à M. Pitt le mémoire concernant les griefs de l'Espagne contre r Angleterre, ce dernier lut assez paisiblement les deux premiers articles ; mais à la lecture du troisième, M. Pitt ne put retenir sa co-

1) Elles avaient été communiquées précédemment à M. Stanley, afin que ce ministre en rendît compte à 'sa cour, et que M. Pitt pût sans perdre^ de temps, en conférer avec le plénipotentiaire français.

CAUSE Vn. 1761. 221

1ère. « Les Espagnols ny ont aucun • droit, » s'écria-t-il avec emportement, « et ils ne l'obtiendront qu'à la pointe de » l'épée. »

Une réponse si inflexible devant indisposer l'Espagne et achever son- union avec la France, M. de Bussy, pour la rendre authentique, allégua à M. Pilt le peu d'étendue de sa mémoire, et lui demanda la permission de consigner dans une note rédigée sous ses yeux, tout ce qui venait d'être traité dans leur conférence : M. Pitt lui répHqua qu'il ne s'expliquait pas ministériellement ; mais qu'il lui ferait savoir les intentions du roi.

Bientôt après il renvoya à M. de Bussy le mémoire du rôt d'Espagne, ainsi que la note relative à Tirapératrice-reine Marie-Thérèse, portant acquiescement au traité futur, qui avait été remis à M. Pitt, en l'accompagnant de la lettre suivante, écrite d'un ton de hauteur et de dédain peu usité.

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