‹ Causes célèbres du droit des gens (volume 4)Chapitre 10 sur 85 · I. AFFAIRE DE H. DE FUJÉLIPPEAUX · texte numérisé non relu

I. AFFAIRE DE H. DE FUJÉLIPPEAUX

droit envoyer à son mari , si le duc de Sayoye persistait à le garder prisonnier.

Le pape et les autres princes d'Italie jugeant que cette nouvelle brouillerie allait perpétuer la guerre en Lombardie, employèrent leurs bons offices pour amener cet accommodement; mais leurs tentatives étant devenues inutiles par le refus que fit S. A. R. d'écouter aucune des propositions de ses voisins , on se disposa de part et d'autre à la guerre.

On publia alors en France et sur les frontières une ordonnance du roi T. Chr. du 4 Décembre 1703, qui portait la déclaration de guerre suivante contre le duc de Savoye.

Déclaration de Sa Majesté Très - Chrétienne.

De par le Roi, Les m^festes que le duc de Savoye a répandus dans ses états pour engager ses sujets à prendre les armes pour leur conservation 5 rîmpréssion qu'il a voulu donner dans toutes les cours de l'Europe de la A'iolcnce qui avait été laite à ses troupes le 20 Septembre, lorsqu'elles furent arrêtées et désarmées par le duc de Vendôme, en conséquence des prdi^es de S. M., auraient. pu produire quelque effet sur \ts esprits, si l'infidélité de ce prince, déjà trop connue , n'avait forcé S. M. à prendre cette résolution si conti'aîre à la conduite qu'elle a tenue dans les temps que la supériorité 'de. ses aimes et \qs avantages considérables qu'elle avait remportés sur les princes et états ligués con* ire elle, l'iivfMietot mise en état de leur donner la paix à telle condiuop qu'elle aurait voulue. Le traité fait en 1696, entre S. M. et le duc de Savoye, lorsque le mariage de son petit-fils, le duc de Bourgogne, avec la fille ainée du duc de Savoye eut lieu, en fournit un exemple bien authentiqué. ' ;

AMB. DB FJaAKCJB À TURIN; BN 1703- 25

Le roi Charles II étant mort en l'année 1700, la saccession de la monarchie d'Espagne ayant été déférée à Philippe y, par le droit du sang, par la disposition des lois de tous les états dont cette puissante monarchie est composée, par la volonté du dernier roi, et par les voeux de tous les peuples; cette disposition ayant réveillé la jalousie des ennemis de la grandeur de la France , S. M. fut obligée pour conserver cette monarchie entière, de faire, peu de jours après, marcher des troupes dans Tlta* lie, qui semblait devoir être attaquée la première; elle fit proposer en même temps un nouveau traité au duc de Savoye, par lequel il s'engagea, pendant que la guerre durerait^ de fournir dix mille hommes de ses troupes, moyennant les subsides convenus.

Par ce traité il devait avoir le commandement des armées des deux rois en Italie; S. M. consentit en suite au mariage du roi d'Espagne avec la seconde fille de ce duc,' afin de fortifier par de si grands engagemens et .des marques d'une confiance aussi entière, l'union qui devait être assurée pour toujours entre S. M. le roi d'Espagne et le dit duc, et l'engager à coiïtribaer de tout son pouvoir aux avantages des deux couronnes. Ce traité a été exécuté de bonne foi de la part des deux rois. Quoique le succès n'ait pas été heureux la première année, et que l'armée de l'empereur ait pénétré avant dans l'Italie, que le duc de Savoye ait retii'é ses troupes dans le temps qu'elles étaient le plus nécessaires, on ne peut pas dire que ce traité ait été bien exécuté de sa part. ■

X peine cette campagne fut -elle achevée que S. M. voyant les progrès des troupes ennemies, se détermina d'envoyer trente bataillons et trente escadrons d'augmentation pour fortifier son armée, et lui donner la supériorité si 'nécessaire pour rétablir la tranquillité de l'Italie, et ôter à l'empereur toute espérance de s'en rendre le maitre. Ce fut dans ce temps-là qu'il parvint â S. M. des avis de toutes parts des liaisons que le duc conser-

26 !• AFFAIRE DB M. OB. PHilUPflBAVX,

voit avec Fcmpereur et l'Angletenre; qu'elle lui fit proposer par aon amfaaMadeur une augmentation de aubaidesy et se détermina enfin iconaentir de diminuer aoa contingent à la moitié;

Ces soupçons déjà trop bien fiondéa n • ont fidfr -qu'augmenter par les assuroncea certaines des négociationa, et les propositions de traiter avec Tempereur. Lea soina de ce duc pour conserver le secret, n'ont point empêché qu'il n'ait été pénétré , que les gaaettca n'ayent été rempliea des conditions, que l'amliassadeiBr de l'empereur à Rome ne les ait dites publiquement, et que S. M. B*ait étérinformée par des voies sâres que le comte d'Anersberg^ ministre de l'empereur, était arrivé i Turin le lôJnillet dei*nier avec tous les pouvoirs nécessaires pour le conclure.

Une négociation, si honteuse ne pouvait paraître aux yeux du public sans attirer son indignation : aussi a*t-«lle été faite pendant la nuit dans la. maison du marquis dé Prié, où le comte d'Auersberg a été long-temps caché, et dans laquelle le duc de Savoye et le comte de la Tour ont eu de fréquentes conférences avec lui.

Ce fut dans ce même temps que le duc fit faire des prières publiques pour obtenir les secours du ciel, dans l*embarras où il se trouvait; c'est ainsi qu'il eu usa en 1696, lorsqu'il quitta le parti de Tempereur et de ses alliés.

. Le bruit s*était trop répandu du séjour du. -.comte d'Auersberg à Turin; il en sortit pour se retirer à la cassine du comte de Tarigny, où le marquis de St. Thomas se rendait très -souvent, et où le duc de Savoye a été lui-même plusieurs fois. S. M. bien informée de toutes ses démai*ches, confirmées par une lettre interceptée du comte d'Auersberg au comte de Zinzendorf, datée de Turin le 13 Août ^ ordonna à son ambassadeur d'en parler au duc de Savoye, qui donna des ordres au comte de Vernon de rcnouveller a S. M. par des pro-

AMB. DE FRANG£ À TUJEUN; £N 1703. 27

testations publiques dé la fidélité de ses engagemens^ qii'il ne s'en départirait jamais , qu'il n'y avait aucun ministre de l'empereur à Turin, et qu'il n'écouterait aucunes propositions de sa part;' il donna de semblables ordres à son ambassadeur li Madrid pour le roi d'Espagne.

Une pareille conduite ne laissant plus lieu k S. M. de douter de l'infidélité de ce prince, elle ordonna au duc de Vendôme par une précaution aussi juste que nécessaire, de faire désarmer le petit nombre de troupes de ce duc, qui restaient dans Tarmée de S. M. et du roi Catholique, de s'en assurer et de s'avancer vers ses états, mais avant d*y entrer et d'exercer aucun acte d'hostilité, S. M. lui a fait proposer de donner des places de sûreté, et de réduire le nombre de ses troupes sur le pied du traité de 1696, pour assurer la conmiunication de ses états avec ceux du roi son petit-fils, et se garantir dans la suite de la mauvaise volonté du duc de Savoye.

Des propositions si convenables aux intérêts du duc de Savoye, seules capables de maintenir la tranquiUité dans ses états, ont été rejetées: il a fait arrêter à Turin Tambassadeur de S. M. et celui du roi d'Espagne, sans leur laisser aucune communication ni même la liberté de donner de leurs nouvelles^ pendant que le comte de Vernon, son ambassadeur auprès de S. M., était en liberté^ sur la parole qu'il avait donnée de n'en point abuser, n a même fait arrêter tous les Français, les officiers des troupes et soldats de S. M. qui passaient dans ses états ; il a fait saisir tous leurs effets, et se tenant sûr des secours qu'il attendait de ses nouveaux alUés , en exécution des traités qu'il avait conclus avec eux, il a fait marcher des troupes pour aller au devant de Visconti qui lui amenait 2000 chevaux, qui ont été entièrement défaits par le duc de Vendôme avant de l'avoir pu joindre. Il a fait prendre les armes à tous ses^ sujets, donné des oi*dres pour de nouvelles levées, et n*a rien omis poui*

28 I- ^PFAiaB^BX M. DS FHJiUPnBAUXy

faire voir à tonte lIEIiiiope qu'il' compte pour riôi de violer la foi des traitéa. Cette conSnite ne laissant plus lieu de douter de ses intentions, S. M. pour en prévenir les suites, a résolu "de lui déclarer la guerre, tant par terre que par mer^ eoiùnie elle fait par la présente. Ordonne et enjoint pour cet effet S. M. i tous sea sujets^ vassaux et serviteurs ée coure sus aux sujets du duc de Savoye, et leur a défendu et défend ttp^j^exprcssémrat d'avoir ci-après avec eux aucune commuflicationy ôommei*ce ni intelligence^ sous peine du la vie; et à cette fin S. M. dès à-présent a révoqué et réiro^^^è toutes permissions, passeports, sauvegardes etsanfoondults, qui pourraient avoir été accordés par elle on par ses lieutenanagénéraux et autres se» officiers, contraires i la présente^ et les a déclarés et déclare nuls et de nul effet et valeur, défendant à qui que ce soit d'y avoir aucun égard. Mande et oinlonne S. M. i M. l'amiral, aux maréchaux de France^ gouverneurs et lieutenans- généraux pour S. Mv en sea provinces et armées, maréchaux de (»imp, cofolîels, mestres de camp, capitaines, chefs, et conducteurs de ses gens de guerre tant de cheval que de pied, Français et étrangers, et tous autres ses officiers qu'il appartiendra, que le contenu en la présente ils fassent exécuter chacun à son égard dans l'étendue de leurs pouvoirs et juridictions. Car telle est la volonté de S. M., laquelle veut et entend que la présente soit publiée et affichée en toutes les villes, ports, havres et autres lieux de son royaume et terres de son obéissance que besoin sera, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance. Fait à Mai'ly, le quatrième jour de Décembre 1703.

Louis.

ChamUlart.

Pendant que Tén se disposait en France à la ^ guerre contre la Savoye, ce prince ne négligeait rien dans les cours de ses nouveaux alliés pour en ob-

tenir les secours dont on l'avait flatté et dont il avait . un si grand besoin.

Le comte d'Auersberg, ne pouvant obtenir du duc de Savoye le renvoi de M. de Phélippeaux en France^ insista pour que du moins S. A. R. l'éloignât de Turin où son séjour lui était fort suspect j et petto demande lui fut enfin accordée.

Le 15 décembre le comte Jesqueri, major de la place de Turin , vint trouver l'ambassadeur de la part du duc, et lui signifia que S. A. R. l'envoyait ' près de lui pour 1-instruire qu'elle avait jugé à pro-* pos de le faire conduire à Coni, de s'informer quand il lui plairait de partir ; ajoutant que S. A. R. lui per^ mettait de garder une vingtaine de ses domestiques pour le servir, et que des passeports seraient délivrés aux autres pour retourner en France , en lui laissant le choix de ceux qu^ voulait garder près de lui.

L'ambassadeur, répondit: „ Puisque le duc de ,, Savoye s'arroge un droit qui ne lui appartient pas, „ il m'est indifférent qu'il m'envoie à Goni ou ail- „ leurs, je suis prêt à partir, mais comme ni moi „ ni mes domestiques, nous ne sommes assez mal- „ heureux pour être ses sujets , il n'a nulle autorité „sur eux; il veut que je garde seulement 20 de mes „ domestiques; ce n'est pas à lui à en fixer le nom- „bre ; le duc de Savoye qui m'a constamment re- „fusé un passeport pour qu'un seul de mes gens „ puisse se rendre en France, veut actuellement que „ j'en envoie plus de trente, mais moi je ne le yenk „pas; et s'il persiste dans cette violence, dites-lui

30 I* AWWjaBM-'mm m. m «BÉurasAinc^

^âm lùÉL part qnH^a'kt apfk ë ÊlfÊ^ dm WfiA tm

yyjïomhre suflSsaM de ^ gardes ^\ëÉv on ÎMnjQe'fciw:

^la ioxmf je SQÎ* trèt-fjMviidé/^ âjonta-t-il^ ^q^p y^BOW; perdront oatto^bpUlb^ "«l^oe «m^ W ^qu0 le duc de Sa wii y e aura lancere gagnée^ i^qu'il prenne gÉoda «K «ntea... If onhBaai pWj^M'^ ^Tonsprie,*' dit^lanaiapqiiii, ^Sée Ini ténâiêwStf^t' ^à mot la réponse ^w, je iriens^de tons £ure.^' jtlé ftit le lendemain que Â* A. tt* appronra les jhÎÊcm que l'ambassadeur ayait de -ae psa* se séparer de Bfff domestiques, lui lusant cependant signifier que jg' noiûWé de tant d0 «;«. armés hd ûmatàtà^ mtquiétude sur ee qifil ponrait arrirer en nMite; • ^ r* '^ ,,I1 y a moyen^^ dit rambaskadeur, ^de cal^ ^mer la crainte du duc de Sayoje là-dessus ; o^est ^d'augmenter le nombre de mon escorte à propor- ,^ tien du nombre de mes domestiques; de me per- ^ mettre d'enyoyer demander un passeport au duc ^de Vendôme, pour Pescorte qui me conduira à ^yConi, ou de receyoir ma parole que, si nous trou- „ Tons des Français sur la route , moi et mes domes- „ tiques, nous resterons spectateurs du combat, en „ priant Dieu pour la bonne cause; que je m'enga- „ gérai même que pendant mon séjour à Coni, ni noies ,,gens ni moi nous lie tenterons rien contre le ser- „vice de S. A. R., que de plus, et pour lui ôter „ toute inquiétude, j'offre défaire serrer toutes les „ armes de mes domestiques jusqu'à Coni, pourvu „ qu'on ne m'en impose pas la nécessité et que ce soit „ de mon plein gré."

Le duc de Savoye accepta ce dernier parti , et le marquis de St, Thomas fut prendre la déclaratioh ci-après que l'ambassadeur lui remit (^).

N»- YI.

Déclaration de l'ambassadeur de fk^anee.

S. A. R. ayant fait proposer à M. de Pliélippeauz de se rendre à Coni, ponr une plus grande commodité de sa personne pendant son séjour en Piémont jusqu'à son échange^ avec offre de donner des passeports à ses domestiques qui lui seraient stiperflus et qu'il voudrait renvoyer, pour se dispenser par ce moyen de continuer à faire prendre les précautions qu'elle a crues nécessaires jusqu'à cette heure; dans cette conjoncture M. de Phélippeaux a donné sa parole d*honneur par la présente déclaration, de ne point sortir de la ville de Coni, ni de permettre qu'aucun de ses domestiques s'évade en quelque façon que ce soit , de ne rien tenter soit par lui-même, soit par le moyen de ses domestiques, qui puisse être contre le service de S. A. R. , ni d'y former

(1) Le jour même que cette dëclaration fat remise, le de'part de l'ambaçsadenr eut lienj ' on ne tint pas la promesse qne le dac de Savoye avait faite , de lai faire délivrer plasiears passeports par Tofficier qai serait chargé de la garde de sa personne, ponr les lai donner à Goni Tan après Tantre, afin d'envoyer en France tels de ses domestiques, chevanx et bagage qu'il voudrait, et dans le temps qu'il la jugerait k propos. H demanda aussi en partant, des emballeurs et des voituriers ponr faire emporter ceux de Be& meubles qui lui conviendraient, comme vaisselle d'argent, garderobe, tentures de tapisseries etc. On ne voulut jamais permettre à aucun emballeur de la ville d'entrer dans l*h($tel. Pour ce qui regardait les voituriers, le major de Turin en envoya un seul a l'ambassadeur pour le transport de ^^ elFets, qui demanda une somme excessive qu'il fallut lui donner, et M. de Phélippeaux a assuré depuis sou retour en France, que pour faire les quinze lieues de Turin à Goui et viugt de Gonî aux Antibes, il lui avait coûté mille écos de frais de transport.

Le jour fixé pour le départ, le marquis d'Aix présenta à M. de Phélippeaux les trois officiers qui, avec une escorte de 60 dragons ( ^ )y étaient nommés pour l'accompagner à Coni.

Le 25 Décembre, veille de noël, on arriva à Coni. La maison où l'ambassadeur fiit conduit, res-* semblait à une prison; les fenêtres entêtaient grillées; une partie en avait été murée, ainsi que la porte d'un petit jardin de 20 pieds en quarré. La maison fut entourée de factionnaires placés à dix pas l'un de Pautre, et on ne négligea pas d'en mettre en-^ core à toutes les portes dans Pintérieiu*. Indépendamment de cela on avait mis de gros treillis de bois aux endroits qui donnaient sur les autres maisons; toutes les cheminées, à la réserve de celles de la chambre de l'ambassadeur, et de la cuisine, étaient murées, de manière qu'on ne pouvait point y faire du feu, quelque froide que fût la saison. i

Plusieurs portes et trois grandes croisées grillées qui se trouvaient dans les appartexâens de M. de Phélippeaux , n'étant fermées que par des volets de bois, Pexposaient à toutes les injures de l'air, ou le privaient*^ de la clarté ; l'ambassadeur y fut malade à toute extrémité, sans que Mr. Saraval voulût même lui permettre de faire venir un vitrier pour y mettre des châssis.

(1) Ces' officiers ëtaient M. Saraval , cî-devant gouverneur d'Ast qui lors des guerres de Hollande, ëtait capitaine dans le régiment de Magalotti, an service de France; Asinari, commandant d'Ast, et le Jeune; ce dernier ëtait gouverneur du fort des Alinges en Savoye.,

34 I. AFFAIRE PS ké Dm VBÈLIVVMAVX^

Sur l'assurance d'qn prompt édhange : que le marquis deSt Thomas aTait donnée à l'ambassadnr, il ne fit porto: que son lit de eamp saïui'iCBcims meubles pour ses domestiqiseft ^ à qi|i .I0 |[iiwi(|mim de Coni fit fournir 19 lits -de soldat», dbiit.lte emquante personnes qui composaient sa mite, fiarent obligées de s'accommoder sans disfinotian. *>Oa ne lui permit même pas de fadre yenir des. màsuisien et tapissiers, pour remédier' à cet inconvénieiit *

Deux jours après Parrivée de B£ dè<'Piiélq»pcMnx, un ordre fut publié à Coni, qtii portait défenses! sous peine de la vie, de rien fournir à crédit aiucf gens . de Pambi^ssiidenr , ' ni d'acheter de kn qiiûi que ce soit . #: . * ... ,

Le jour.de noël VàmbaiBsadeur demanda im prêtre pour Tenir dir^iameàse dans Sà maisoiiç'asttis coni'me on n'avait point eu la précaution d'en demander la permission à l'évéque de Mondovi y aucun prêtre n'osa s'y rendre 5 ses domestiques furent conduits à PégUse , sous escorte.

Après quinze jours,. là forte dépense que l'ambassadeur était obligé de faire lui faisant craindre de manquer bientôt d'argent, il demanda à M. Saraval si le marquis de St. Thomas ne lui avait point fait tenir le produit de la vente de ses meubles à Turin, ou s'il n'y avait pas moyen de faire venir un orfèvre de Coni pour acheter sa vaisselle. M. Saraval répondit qu'il n'avait reçu ni argent ni ordre pour permettre cette vente j que d'ailleurs cettp permission serait inutile, puisque les habitans de Coni étaient trop pauvres, pour pouvoir rien acheter.

L'ambassadeur le chargea de demander au duc de Savoye la permission d'envoyer chercher de l'argent en France ou à l'armée, ou de vendre sa vaisselle, ou enfin qu'on lui envoyât le produit de la vente des meubles qu'il avait laissés à Turin.

M. Saraval promit d'en écrire à Turin, et dit ensuite l'avoir fait ; mais six semaines s'écoulèrent sans qu'aucune réponse arrivât, quoiqu'elle pût venir dans 24 heures. La nécessité à laquelle l'ambassadeur se voyait réduit, l'obligea de vendre ses médailles d'dr et d'argent (par l'entremise de Saraval et d'Asinari) aux juifs de Coni. Ce secours ne pouvait suffir long^temps.

Ce triste état obligea encore l'ambassadeur de prier M. Saraval, de demander à Turin la permission de pouvoir envoyer un trompette de Savoye en France ou à l'armée du duc de Vendôme pour chercher quelqu'argent, à-moins que le duc de Savoye n'aimât mieux lui faire envoyer le produit de ses meubles , ou de lui faire venir un orfèvre de Turin

pour acheter sa vaisselle. Toutes ces instances ayant été infructueuses , il se vit enfin obligé de demander qu'on lui fournît le pain dés prisonniers pour lui et ses domestiques.

„V6us voyez, Monsieur,^' dit -il à Saraval en cette occasion, „que je prends tous les tempéramens „ pour éviter une mauvaise affaire; celle-ci ne vau- „dra pas mieux pour vous que pour moi; le duc de „ Savoye veut nous faire périr en prison; que ne „nous envoie-t-il ses bourreaux pour nous égorger „promptement? Mais voici, Monsieur, ce que je

36 !• AFFAIRB DIS M. DB VUÉLmmAUXf

,,yoas prie d'écrire mot à mot à yotre maltvé: ffâ ^encore de quoi vivre pendant qnime jonr»^ û dans ,, ce temps-là il ne me yient de Pargent pM%i<voiefe jy légitimes que je demande , on ri le panf Am pri- ,,sonniers ne m'est point accordé , mes gens et moi ,, attendrons la dernière extrémité; mais après ayoir „été denx jours sans manger, je sortirai sur Tons, ^sans TOUS dire l'heure, nous tirerons par- tout et ^sur tous ceux qui s'opposeront à nous, jusqu'à ce ,,que nous soyons tous tués; .3 yaut mieux périr jy ainsi que de mourir de faim^ Cette menace eut son effet ; et Iç 14 Février, Sacraral lui annonça- qu'il lui était permis d'écrire à l'armée , qu'il n^avait qu'à lui remettre sa lettre ouverte, et qu'il renyerrftit à Turin. Elle était adressée au comte de Veaullecourt, lieutenant- général^ et eh son absence à M. deBésons ou à M. de Barbasières.

No- vn.

Lettre de M. de Phélippeaux adreuée au comte de Veaubecourt (datée de Coni le 14 Févr. 1704.)

La discrétion exige, mon cher comte, que Ton ménage ses amis , la confiance veut qu'on les éprouve dans les pressans besoins ; c'est sur ce dernier principe que j'use de la liberté qui m'a été donnée de vous' écrire par un tambour ou trompette, et que je vous prie de m'envoyer 400 louisd'or. II peut être que sans vous incommoder, vous ne vous trouviez pas en état de vous défaire d'une si grosse somme, mais le trésorier de l'armée ne vous la refusera pas sans doute , et au premier mot qu'il en écrira à M. Samuel Bemhai'd, il la lui remboursera sur mes appointemens , ou M. Odean que vous connaissez, fera sur le champ iionneur à ce que vous

lui manderez à ce sujet. Voilà , mon cher comte, unt preuve de ma confiance 5 il faut vous en donner de ma discrétion, je vous demande de l'argent, parce que -je n'en ai point} plus de 60 personnes, qui sont avec moi, sans savoir nos crimes, sommes depuis 146 JQVs pri-* sonnicrs apparamment du droit des gens, car nous ne le sommes certainement ni de guerre, ni d'état, ni d« justice. Depuis le temps de celte longue et dure prison, j'ignore s'il y a sur la terre d'autres gens que ceux qui me gardent ou qui me servent} il ne m*a pas été permis ni possible, de tirer de l'argent d'aucun endroit, pas même de la vente de ma vaisselle, ni de mes meubles, dont j'ai en Piémont pour plus de vingt cinq mille écus entre mes mains ou entre celles d'autrui } je puis assui*er cependant que je n'y dois, ni n'y ai jamais dû un sol. Le roi n'a pu savoir par moi, malgré mes instances réitérées, si son ambassadeur est mort ou vivant, ce que je vous marque, afin, mon cher comte, que vous ne différiez pas de m'envoyer l'argent que je vous demande; on ne peut être plus pressé} je me vois à la fin réduit depuis plusieurs jours à avoir demandé le pain des prisonniers, qui ne m'a pas encore été accordé. Si pour vous écrire je me sers d'une main étrangère, c'est que depuis deux mois mon bras droit est sans fonction, et sent des douleurs continuelles} mes infirmités, ma longue et dure prison ont réduit ma santé dans un état déplorable } je suis sans secours et hors d'apparence d*cn demander à des gens qui devraient me prévenir, et qui m'ont tout refusé conti*e le droit des gens* Vous contribuerez peut-être encore au rétablissement de ma santé et à prolonger ma vie, si vous pouvez pour quelques jours m'envoyer un bon médecin} examinez si vous êtes à portée de vos ennemis de demander cette grâce. Adieu, mon cher comte, conservez-moi votre amitié et ne devenez jamais* ainbassadeur , puisqu'ils ont cessé d'être inviolables, après l'avoir clé pendant six mille ans.

*2(^ Vendôme, malgré la parole qu'il avait donnée de •^ ne rien entreprendre contre son service, et que s'il ^ continuait elle serait obligée de prendre d'antres 9^' me«ires cdntré^lui, ce ministre répondit: •^- „Vous pouvez. Monsieur, mander à votre maîjjtie de ma part, qu'il est faux que j'aie rien fait ,, contre ma parole, puisque l'écrit que j'ai signé „pour la donner, dit que je n'entreprendrai rien ,,contre le aervice du duc de Savoye; mais je n'ai ,, point dit que je n'écrirais jamais; quel droit a-t-il „de vouloir empêcher que les traitemens inouis qu'il ,,ine fait endiy*er soient connus du roi ou du duc de ^Vendôme, par moi qui ^ dès que je serai libre, en „ informerai toute la terre? Ma lettre ne contient „rien contre le service du duc de Savoye, mais beau-^ „coup contre son honneur; je corromprai autant ,5 de soldats que. je pourrai, pour qu'ils portent de „ces lettres, non pas seulement au duc de Vendôme, ,,mais au roi, qui certainement ne peut imaginer „avec quelle cruauté votre maître agit contre Tam- ,,bassadenr de S. M. et contre plus de 50 de ses ,, sujets. Vous avez l'audace de nie menacer de sa „part; mandez-lui donc que je l'en défie , que je ne „le crains point, et que s'il ne me craignait pas da- „vantage, il ne violerait point avec tant de lâcheté ,, le droit des gens, pour m'empêcher de me mettre „à la tête d'un régiment, et lui demander raison „de bes perfidies et de ses injustices; que s'il se „ portait contre moi aux dernières extrémités, comme „il m'en menace, j'aurais la satisfaction en périssant „de savoir que tout le Piémont et toute la maison

40 I* AFFAIRB DX M.:BB VBÈLlWnMMXj

^ de Savoy e ne suflbvknt pas ponr.itre «aerifiéa à ^l'affiront qu'il ferait au it>i mon nuâtn eÉ tâ-^gm- ^ sonne de son représentant^

^Ignores -vous 9 Monsienr» fi» quiddi maaière 9,S. M. sut châtier les insulta»Atttia«aii cointe d!Ea- ^trades à Londres, et au duo. de Qrequi à Bnie; ^quelle difiënenoe cependant du papt et du roi d'An- . ,,gleterre À4ni duc de Saroye! Quelle difiârence dès ^traitemens que j'ai.reçus, dfa?ecceux4|niattiffèiMnt ,,à ces souverains la juste indignation de S. If.!^^

La lettre que M.-4e Fhélippeaux avait -^ovte au duc de Vendôme, etqui causa la nmt du soldat qui s'en était diargé, était datée de Coni, du 5 Mars 1704*

N*» vm.

Estrait de la lettre de JILée PkMppeanu^ màteêeie mu maréchal de Vendôme C^stëe de Coni du 5 mars 1704).

Monseigneur, c'est îcî la première voie que j'aie eue pour écrire, j'ignore si elle réussira. Je suis dans le sixième mois d'une dure prison, traité, non pas conformément au droit des gens, mais contre l'humam'té; les détails en seraient aussi longs et ennuyeux qu'ils sont incroyables; quant à la durée et aux suites je ne les crains pas par rapport à moi; j'ai fait mon devoir en toutes choses, cela me suffit, mais le roi et toute la France sont intéressés aux traitemens faits et à faire à l'ambassadeur de S. M. Le comte de Vcrnon dont le duc de Savoye ne se soucie point, ne suffit pas pour répondre de moi, je crois même que ce prince me marquerait sa haine et son ressentiment aux dépens d'autres de ses sujets les phis considérables; je vous supplie. Monseigneur, ou de mander au roi ce que je vous écris, ou de faire passer ce billet quand vous l'aurez déchiffré ; la personne

AJESB. BS FAA^CS À TURIN; £N 1703- 41

qui vous le rendra m'a promis .de me rapporter réponse, etc.

(signé) Phélippeaux.

Pendant sept mois et demi l'ambassadeor ne sortit point de fla chambre , qfooiqu'il eut la penni»7 sion de se promener dans la yille de Coni; mais il ne voulait ni s'exposer aux insultes du peuple , ni se trouver escorté par des militaires; et moins encore voulait-il quitter de vue âes papiers , n'ayant jamais pu se résoudre à les brûler, d'autant plus que plusieurs pièces originales s^y trouvaient, touchant les négociations secrètes du duc deSavoye avec les ennemis du roi de France , dont il pouvait avoir besoin un jour, pour justifier ce qu'il en avait écrit à sa cour (*).

Le comte de'Montroux vint remplacer M. Saraval, nommé au gouvemeinent de Montdoux, et quoiqu'il laissât subsister les choses à-peu-près sur le même pied , ses manières étaient bien différentes de celles de son prédécesseur.

Le premier de Mai le comte de Montroux annonça à l'ambassadeur que le comte de Vemon étant arrivé à Antibes où l'échange des ambs^sadeurs devait se faire , il était chargé de l'y accompagner, et que pour le faire avec plus d'honneur, il attendait huit gardes du corps , commandés par un bri-

(1) Les plus prëcieases étaient toujours au chevet de son lit, et toutes les armes de ses gens rassemblées dans sa chambre et toujours en ëtat de servir dans le besoin, au cas qn^on eût voulu lui enlever do force ses papiers.

42 h AFFAIAB SB M. BB PH^UPi

gadier qiuamTOriufcleydttBioity époquii)'pe»

quelle il {uriait M. de Phâi^peaux, de se diipWMr'

à partir. *

An jour dv Aipertf^lt^ de Mai) soixante eheyaux ou mulets ftffrà*|Mnps à FeuiLaiiiadliir j jfMiiiuiy transporter une partie db w suite et aes équipegiee^': quatre gardes du corps marchèrent en tête .deisica*lonne, suivis des bagagee et des domestiqneaff'eiii^ suite Tenait Fambassadey èdheyaly ayant à sa gnjprha* le comte de Montroux, et suivi* par les quatre âpUwie gardes du corps qui a^ec le .brigadier fermaient la marche. '*

La garnison de Coni était sous les armes et pl»^ cée en haye dans les.rues que Ton^iTait à passer; les soldats présentèrent les armes, sans toutefois^ battre aux champs , et sons que Ton tirât le canon.

M. de Montroux en fit une espèce d'excuse a l'ambassadeur, et de ce qu'ont ne lui offrait pas les présens de la ville, comme on ayait coutume de le faire aux ambassadeurs ; ajoutant qu'on en ayait agi de même en France envers le comte de Vernon , a quoi M. de Phélippeaux répondit:

„ On pouvait, Monsiem*, vous épargner la peine „de me faire ce compliment; il eût été inutile et 5, mortifiant au duc de Savoye de m'offirir un présent „que j'aurais refusé. Quant à son canon, j'espère „ qu'il tirera bientôt sur moi, et il me serait très- in- . 5, différent qu'il tirât présentement pour moi; votre „ maître a très-bien fait de se modérer sur ces deux „ points, et de se régler sur ce qui a été fait en „ France; mais voulant toujours marcher sur la même

,, ligne que le roi mon maître, il aurait dû imiter yj S. M. en ce que le droit des q/so» lui imposait/^

Sur toute la route l'ambassadeur reçut des marques d'honneurs et de respect^ de Ui part du comte de Montroux ainsi que des habitans. Le 13 mai on arriva au bord du Var, où Técdbange devait se faire (^).

Lorsque M. de Phélippeaux arriva sur les bords du Var, le comte de Vemon était déjà de l'autre coté avec M. Libois, gentilhomme de la chambre du roi, et les mousquetaires qui Pavaient escorté; les deux ministres étaient à deux cents pas de distance l'un de l'autre^ lorsqu'à un signe convenu on procéda à leur échange de la manière suivante.

Les équipages marchèrent les premiers, traversant en même temps la rivière. Les gens de la suite suivaient, et après eux les ambassadeurs; celui de France au milieu des gardes du duc de Savoye, et le comte de Vemon entre les mousquetaires, MM. de Libois et de Montroux les attendant au rivage pour les recevoir. Lorsque les mousquetaires quittèrent M. de Vemon ^ ils le saluèrent de Pépée, ce que les gardes du duc de Savoye ne firent point pour M* de Phélippeaux. Cette cérémonie fisûte, les mousquetaires et les gardes repassèrent la rivière eu même temps et dans le même ordre.

(1) La droite route ^lait de passer par Nice; mais on l'évita par ordre da duc de Savoye. Le marquis de Carail qui en était gouverneur, envoya le marquis de Senautes sou iilâ, suivi d'uu grand uombre d'officiers, pour complimenter llambassadeur, et lui faire des excuses de ce que les circonstances présentes ne lui permettaient pas de se rendre près de lui en personne.

44 L AVFAIBS 9M M. BS ^HiUFMBAITX^

Comme lea équipage» de P a mhnj M iWiir ^ Bl ii a ^ ce et sa maiêon ÀtÊtJÊtgj: hmaecnp ploê nombetaaei^ que ceux du iBiiil^|||p^ de SaToye^ il pria AL deMûnt- Touz d'ordeoMIVflfti:. Yoituriâp» aavojrardi àm im conduire jiuqtfi JMtibef^ don^ de les renvoyer à^IsmiId aùrebéj ce qui fid ÇKécllj^ de part et d'antre» • ** «y .;.* : ,: i^ . -

M. l'Huittiery commandant tf Antibea^ y^ à la rencontre de Tambassadenr 4fi 'Bmnbe^ jMqn^m hmà du Var^ et le reçut dans sa fii^y; avec toutoa laft marques d'honneor dues à êoa double caractère d'ambassadeur et de^ Ueutenant-^généraL 11 y .fit son entrée au bruit dB^oanon^ la garnison soua lès armes, les tambours battant aux champs.

Peu de jours après, on procéda auâsi à Péc]n|rige du marquis de Villa-ma|or, ninhassadeur d'Espagne^ avec le ministre que S. A. R. avait à la coor de Madrid.

Dans la lettre que l'ambassadeur écrivit d'A»tibes, au roi de France (le 21 Mai 1704) pour accompagner le rapport qu'il fit à S. M. de la conduite qu'on avait tenue envers lui , il s'exprima ainsi :

,,Voilà, Sire, comment s'est terminée, après „ sept mois et demi de prison^ une ambassade de plus „de quatre ans; je voudrais aux dépens de ma vie „y avoir mieux servi V. M. et avec un succès plus „ heureux; j'ai constamment eu à coeur de remplir „ mes devoirs , je n'ai pas dû faire moins , je n'ai pu „ faire davantage; je sais que partie de ce que j'ai „ l'honneur d'envoyer à V. M. dans les mémoires ci- „ joints , lui paraîtra incroyable , quoique tout ce qui

„y est dît soit de la plus exacte vérité. M. le duc ,, de Savoye qui m'a souvent fait dire par mes geo- ,, liers , que je n'étais pas en prison , persistera sans ,,doTifte à le soutenir; mais je ti'ai pas assez dlm^ 5, milité pour croire que ma parole soit balancée avec „la sienne; il pourra s'expliquer là-dessus avec la „ même audace qu'il eut au mois de septembre der- „nier, lorsqu'il assura V. M. et le roi d'Espagne, „ qu'il n'avait et n'aurait jamais de traité avec l'em- „pereun S'il pouvait y avoir dès personnes qui vou- ,, hissent insinuer à V. M. que le tableau que je viens „de tracer soit exagéré, je répondrai franchement „que ma vie a toujours été irréprochable, que je „n'ai jamais menti à personne, et que certes je ne „ commencerai pas à le faire en cherchant à en im- „ poser à V. M., dont la justice saurait me châtier, „ dès qu'elle m'aurait trouvé en femte ; je supplie „ donc V. M., de me permettre que j'expose ici la „ vérité toute entière, je n'altérerai rien. Je sors de „ prison avec plus de 50 de mes gens, desquels cinq „à six sont Piémontais ou Savoyards, les autres sont „vos sujets, de différentes provinces; je m'en sé- „ parerai bientôt; mais ce ne sera qu'après avoir été „aux pieds de V. M. vous supplier, Sire, qu'en les „ faisant tous interroger, que je sois puni, s'fls dé- „ posent contre ce que j'expose aux yeux de V. M. ^lorsque je serai arrivé en France. Comme je n'ai „ trouvé ici aucun ordre de V. M., j'irai à vos „ pieds. Sire, rendre compte de ma conduite, aussi- „ tôt que l'état de souffrance dans lequel je me trouve „me le permettra."

CAUSE DEUXIEME

Insulte faite en 1709 à M. de Mathweof^ ambassadeur de Russie à la cour de Londres; et satisf action donnée en cette occasion par la reine Anne d'Angleterre.

IVl. de Mathweof qui avait résidé pendant quelque temps en qualité d ambassadeur du czar Pierre I. à la cour de Londres, en fut rappelé en 1708- Après avoir pbtenu son audience de congé de la reine, il faisait ses dispositions pour quitter Londres et s^rendre en Hollande, lorsque passant en carrosse (le 21 juillet) par Charles-Streetj des exempts de police, en vertu d'un mandat d'arrêt qu'avaient obtenu contre lui plusieurs •marchands auxquels il devait environ 300 liv. steri., Parrêtèrent, se jetèrent sur lui, lui arrachèrent son épée qu'il voulut tirer pour sa défense, lui enlevèrent sa canne et son chapeau, et l'ayant forcé de descendre de carrosse, le trainèrent ainsi dans une maison publique appelée Blacirevery où ils le confièrent à la garde d'un ojfficier de justice. Il ne resta toutefois que peu de temps dans ce lieu, quelques gentilshom^ nies anglais étant survenus, et s'étant rendus caution pour lui.

Dèsqu ellA charge de se rendi combien e arriver, e ordres poi afio dq les M. de Mat dès le lend

r^ellrr de 1 lée à iV.

d^Angleterrg. ,

MoDsieur, ! conxue pendant tout le tempa <^e j'û at l'honneur d'être ambassadeur de S. M. l'empereur à !■ cour de S. M. la reîne de k Grand e-£retagne, ]'*« éti à même dt me convaincre de l'amitic sincère qu'elle a constamment eue pour l'empereur mon maître, et du soîn qu'elle a eue d'entretenir la bonne intelUgcnce entre les deoK cours; j'ose espérer de l'équité si connue de S. M. et de la bienveillance dont elle m'a honoré, qn'cUe daignera me donner une satisfaction aussi éclatante que l'insulte înouie que l'on vient de me faire, a été grave.

Voici le fait. Passant hier soir par Charles-Street, un olficier de justice de cette ville eut l'audace de m*arréter, et se jetant dans mon carrosse, de se saisir de ma 'personne après m'avoir arraché mon épée, mon chapeau et ma canne, et de me conduire comme un criminel A Blarhiever (maison de prostitution).

L'inviolabilité des ambassadeurs et les privilèges dont ils jouissent dans toutes les cours de l'Europe, sont trop connus pour que j'aie besoin d'en faire mention ici; mais il est inouï que pour commettre un tel attentat on

AMB. BE RUSSIE A liONDRES; EN l/OP^ 49

aît voulu se «ervir du pjrétexte controuVé, de ce cpe je n'avais point satisfait aux engagegtnens contractés e^ cette viUe 5 d'autant plus que loin d'avoir eu le prpjet de quitter aujourd'hui la capitale, j'avais fixé ce même jour pour acquitter mes dettes, et que je n'ai même point encore reçu ni mes letti'es de recréance, ni. çaes passeports. On n'a donc voulu que me tendre un|)iège, uniquement pour insulter à l'honneur de S. M. Tempereur mon maître, dans la personne de son représentant-

En protestant solemnellement contre cette violation du droit des gens, je demande qu'une satisfaction éclatante me soit donnée , et qu'une punition sévère soit infligée à tous ceux qui se «ont rendus coupables de cet acte de violence.

S. M. la reine si jalouse de faire respecter â& toute sa puissance l'inviolabilité des ambassadeurs des* têtes couronnées, et qui a récemment soutenu si glorieuseiKent l'honneur du comte de Manchester, son ambassadeiir à Venise, en exigeant de cette répid)lique que les préposés de la douane, pour avoir insidté seulement les gens à livrée dé ce ministre, fussent condamnés aux galères et au pîlory, jugera aisément combien peu cette insulte saurait être comparée avec celle qui vient de m' être faite, et. combien elle m'autorise à demander la punition la plus sévère des coupables.

N'ayant rien plus k coeur que de prévenir toutes le$ conséquences fâcheuses auxquelles cette affaire pourrait encore donner lieu, et ne voulant, sous quelque prétexte que ce puisse être, user de connivence envers les coupables, je me retirerai de cette cour sans plus attendre mes lettres de recréance, laissant à la sagesse de S* M. l'empereur mon maître à prendre les dispositions qui lui paraîtront les plus propres pour maintenir Thonneur dû à son représentant.

J'ai rhonneur d'être etc.

Londresj, le 22 Juillet A. DE MatHWEOF.

50 V^JL i AFFAISB m 11. Oa MAXrHWSQfl^

ÎTajairt p6hrt> #eça tto ' j ré pt m èe do miiiiplre crétaire d'état j(iBqtt>tt'S^J^ PomluMadeiirlm adressa f à iJEfitre atunuite.. ''

•■•«••»ll»l.t'j" ■.. .t.'.,, ■ > }■!. ^.' ,

DeuxÀmeietir* aàrknê» f» M. de MmM '

Monsieur, n'ayflnt)ttio«ve reçu ancime copiée de démonstration > de chagrin ou de vegret, ni de la. part de S.rM. la reine m decelle de tes ministres^ depait^eodi dernier (22), joar'oà je-Tont adressai .ma plainte car Patteiktat criminel eommis «contre ma personne, je- uhS . trouve plus que jamais' obb'gé de presser num départ» et je? TOUS prie' en consCqaent dé vouloir bien! saiàs délai me faire délivrer mes passeports, afin de pouvoir sortir Je plutôt possible de ce royaume.

;J-ai l'honneur d'être eta . :

A. DE Mathwbof.

Londres, le 26 Juillet 1708.

K^ in.

Bépome de.M. Boyle^ êecrétaire d'état de S. Mn Briim^ nique ^ aua; deua: lettres précédentes.

Monsieur, ainsi que j'ai eu rhonneur de l'assurer à V. Exe. lorsque je fus la première fois chez elle après Tattentàt commis contre sa personne , j'ai employé toute la diligence et tout le zèle possible pour viser aux moyens les plus propres à lui faire obtenir la satisfaction qu'elle demande. Dès que je fus arrivé à Windsor, j'informai S. M. la reine de Toutrage fait à V. Exe. S. M. me chargeant de l'assurer qu'elle est vivement peinée de cet attentat, m'a ordonné dé déclarer encore à V. Exe. qu'autant par la haute estime qu'elle a pour S. M. l'empereur, dont l'amitié et la bonne harmonie lui ont de tout temps été chères et le seront toujours, que par |a con-

AMB. DE RUS8IJ& À XiONDHES; EN 1709. 51

sidération particulière qu'elle a pour la personne de V. Exe., elle ne négligera rien pour lid donner une satisfaction aussi éclatante que la gravité jie l'insdite qui loi a été faite le demandera. >

Le conseil privé de S. M. a été assemblé extraordinaîrement dimanche passé, et sept des principaux complices ont été an'êtés et mis en prison. Il doit encore s'assembler pour cette affaire jeudi prochain, pour entendre les autres accusés qvd se trouvent compromis dans cette affaire, et S. M. la reine a ordonné à son avocatgénéral de faire le procès à tous, afin de pouvoir les punir selon toute la rigueur des lois.

Je ne puis être que très-peiné de Tempressement que V. Exe. • me témoigne dp vouloir quitter ce royaume dans un moment où on serait bien aise qu'elle restât, pour se convaincre par elle-même du soin que l'on prend à lui procurer le plutôt possible la satisfaction demandée k si juste titre par V. Exe.

Quant à mon particulier, je suis affligé que le sujet que j'ai à traiter avec V. Exe. soit si pénible pour elle et pour moi; mais comme j'éprouve toujours de la satisfaction quand je puis m'employer pour elle, V. Exe. me permettra bien de lui exprimer combien je prends à coeur ce qui la regarde, et combien est vraie . la haute estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être etc.

H. BOYXE.

Whitehall, le 27 Juillet 1708. /

N° IV

Lettre de M. de Maihwetif adressée à M. Bojfle»

Monsieur, d'après la parole formelle que vous m'avez donnée ce matin, j'ai attendu de midi jusqu'à trois heures la résolution par écrit que vous m'aviez promise de m'envo^^er en réponse des plaintes que je vous adressai sous la date du 22 de ce mois. Comme il paraît que cette promessie, ainsi qrue l'ont été déjà Jes précédentes,

52 U* AFPAIRB 1» >!• DB aCATBWBOT,

restera sans effet j je voua prie de Toatoir sm lafare . ex-» pédier les paaaeporu néoeasairea pour que je puiwe «me ma famOIe quitter ce paja aioaaitAt que poaaQilflL ■ Pai l'honneur d'être etc.

V A. Ds.MAvnrBOF.

Bépame du iecriUtire d'état^ M. Bagh^ à tm lettre

précédente*

Monsieur 9 j^ai eu Tlionneur d'envoyer ce matin à V. Exe. les passeports qu'eUe m'avait demandés, Popr ce qui est des ordres touchant Texpédition de seê meôblesy je me suis informé i ce sujet à la trésorerie ^ oà Ton m'a assuré que les ordres avaient été donnés pour tpt les préposés de la douane eussent à se rendre ches Y. Ëxc. ce matin, afin de laisser partir \08 équipages sans aucun empêchement; ce que j'espère aura déjà en Ben à votre entière satisfaction.

J'ai aussi l'honneur d'informer V. Exe. que les membres du conseil privé de S. M. la reine, se sont assemblés extraordinaircment aujourd'hui pour s'occupef de nouveau de l'affaire qui regarde V. Exe, Ils ont fait la recherche la plus exacte de ceux qui y ont eu part, et ont fait encore arrêter dix individus, ce qui porte le nombre des personnes arrêtées à dix-sept* ' D'un autre coté les ordres les plus exprès ont été renouvelés k l'avocat -général de S. M. de poursuivre les coupables avec la derm'ère rigueur et de ne rien négliger qui pût contribuer & donner à Y. Exe. la satisfaction la plus signalée.

Quoique j'aie déjà eu l'honneur d'exprimer à V. Exe.

les sentimens de ressentiment de S. M. la reine au sujet

de l'outrage qui lui a été fait , elle ne m'a pas moins

. ordonné de lui en réitérer les assurances, et de lui dire

combien son indignation est grande contre ceux qui ont

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