PREMIER MIN. DE PHILIPPE V; EN
vaît appréhender avec raison. Et comme il est indubitable que les criminels de ce genre ne peuvent jouir d'aucun asile, sans excepter même celui des églises, il se trouverait par la suite des temps, que si l'on laissait introduire un usage si contraire au droit des gens, ce qui a été établi pour une plus étroite correspondance entre les souverains, tournerait à leur ruine et causerait leur destruction; surtout s'ils permettaient que les privilèges accordés aux hôtels des ambassadeurs, par égard pour les souverains qu'il représentent, en faveur des délits communs (ce qui pourtant ne se pratique pas dans toutes les cours) s'étendissent jusqu'à couvrir des sujets dépositaires des forces, des finances et des- secrète de l'état, lorsqu'ils viennent. à manquer au devoir de leur ministère: ce qui serait l'erreur la plus préjudiciable qui pût entrer dans l'esprit humain, et lé plus gé^ néralement contraire à toutes les puissances de la terre; puisque, si celte licence avait lieu, elles seraient obligées de maintenir, souffrir et tolérer dans leur propre cour tous ceux qui machineraient leur perte.
Il est évident que dans le cas dont il s'agît, et dans de si énormes circonstances, le roi d'Angleterre ne soutiendra pas son ambassadeur, ne fût-ce que pour le préjudice que produirait contre lui-même un pareil exemple, si les criminels de l'espèce du duc étaient compris parmi ceux qui doivent jouir du droit des gens.
C'est sur des fondemens aussi clairs, aussi solides, et aussi irréprochables que S. M., après l'avis unanime des directeurs de sa conscience, résolut que le dite dé Ripperda fût tiré de l'hôtel du susdit ambassadeur, pour être transféré au château de Ségovie: elle chargea de l'exécution de ses ordres l'alcade de la cour, don Louis de Cuellar , chevalier de l'ordre de St. Ja<:;ques , soutenu par un détachement des gardes-du-corps, que commandait le maréchaj[-de-camp^ don François de Valanza,
„.UlTf^^
duc
PABMIBB. MIN. DE PHIIilPPE VJ EN 1726* 197
tannicpe et à sa cour dp la vçriié du fait, et de tout cç qruî est arrivé dans cette rencontre.
Jean -Baptiste de Oràndayn.
Madrid le 27 Mai 1726.
N°- vm.
flxtruLU d'une autre lettre du marquis de la PaZy adrei'^
9ée aUi f^arquiif de Pqzzobueno.
Comme le cas imprévu qui vient d'arriver unkpe-r ment par la témérité et la grande imprudence du duc de Rîpperda, a été si contraire à l'inclination du roî, comme il paraît très -clairement par toutes les circonstances qui l'ont accompagné, ^et que j'aî décrites trèsamplement dans une autre lettre àV. Exe; et que. le désir trés-si^cère du roi, pour conserver et maintenir l'harmonie et la correspondance la plus étroite et la plus parfaite avec S. M. Britannique, n'en a point été altéré, S. M. m'a ordonné de notifier à V. Exe. que, cfuand vous rendrez compte à S. M. Britannique de ce qut e&t arrivé, vous l'assuriez en même temps de l'amitié sincère et inaltérable que le roi de son côté conserve à son égard ; et pour lui en donner une preuve, V. Exe. doit lui représenter, le plus clairement qu'il sera possible, les égardîi que S. M. a eu la bonté de témoigner pour son ambassadeur et pour sa maison, ayant différé si long -temps après que le duc s'y fut réfugié, de prendre une der-^ nière résolution pour l'en tirer, quoiqu'il fût en son pouvoir de le faire dès le moment qu'il s'y était re^du^ S. M. étant informée que les privilèges des maisons des ambassadeurs ne s'étendent pas jusqu'au cas en question. C'est ce que V. Exe. aui'a à exécuter ponctuellement^ car telle est la volonté expresse du roi.^
Madrid le 25 Mai 17?6.
196 V- AFFAIRB DU DUC BS RIPPE^A,
Mémoire de Monsieur Sfanhape^ adreué au roi é^Et-»
pagne (du 13 Juillet 1726).
Sire, Le soussigné ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de S. M. Britannîcpie ayant reçu ordre de comnmmqTJer à Y, M. les sentimens du roi son maître, au sujet du refuge que le duc de Ripperda a pris dans son hôtel à. Madrid, et de ce qu'il en a été enlevé par force, en vertu des ordres de Y. M.; et ayant en même temps reçu la copie d'une lettre que le duc de Newcastle, ministre et secrétaire d'état, a eu ordre d'écrire â M. de Pozzobueno, ministre de Y. M. à Londres, et dans laquelle il découvre amplement les sentimens du roi sur cette affaire, ledit ambassadeur juge qu'il ne pouvait mieux s'acquitter de ce devoir, qu'en remettant à Y. M. la copie ci-jointe de ladite lettre, comme contenant littéralement tout ce qu'il lui a fité ordonné de représenter k cette occasion, sans y rien ajouter de son chef, $inon de prier très -humblement Y. M. de vouloir bien avoir égard aux solides et justes raisons qui y sont alléguées f se promettant de la haute sagesse et justice de Y, M. toute la réparation nécessaire de la violence faite aux immiuiités dès ministres publics, et de lui faire communiquer la résolution que Y. M. trouvera à propos de prendre dans ce cas important, afin qu'il puisse en rendre compte an roi son maître.
Fait à Madrid le 13 JuiUet 1726.
W. Stanhope.
Lettre du duc de Newcastle au marquis de Pozzobueno (de Whitehall le 20 Juin 1726).
Monsieur, j'ai remis au roi, il y a quelque temps, comme je l'ai déjà fait savoir à Y. Exe. les deux extraits
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de lettres que vous m'avez fait l'honneur de me délivrer, Tun concernant le refuge que le duc de Ripperda a pris dans l'hôtel de l'ambassadeur du roi à Madrid, et la manière violente dont il en a été^ enlevé par ordre de S. M. Catholique 5 l'autre que vous me donnâtes en même temps, contenant les assurances les plus fortes du désir de sadite Majesté, pour conserver et entretenir une pai^faite harmonie et bonne correspondance avec le roi mon maître. V. Exe. ne doit pas être surpriise de n'avoir pas plutôt reçu une réponse sur une affaire aussi importante que celle dont il s'agit, lorsqu'elle vm^dra bien se souvenir que, quoique la première lettre oeMr. Stanhope sur ce sujet fût de la même date que la vôtre, savoir du 25 Mai, elle n'est cependant parvenue au roi que le 10 Juin au soir 5 et que la cause de ce retardement a été, que le courrier de l'ambassadeur, qui ne partit qu'une heure après celui qui avait été dépêché par votre cour, a été arrêté sept jours à Vittoria; et même cette lettre, comme il paraît par sa date, ayant été envoyé dans un temps où il se li'ouvait dans une extrême perplexité, au sujet de ce qui venait de lui être fait, il ne pouvait qu'écrire en général et confusément dans l'cmiarras où il était, et se référait, pour une relation plus distincte et plus particulière, à ce qu'il enverrait par une personne qu'il promettait de déj^êcher de Madrid peu de jours après. Vous concevez facilement. Monsieur, que S. M., avant que d'être exactement et entièrement informée du fait dans toutes ses circonstances, ne pouvait se déterminer sur la réj)onse qu'elle ferait touchant une affaire si délicate et si importante , qui intéresse si fort non seulement la gloire et la dignité de cette coiu'onne, mais aussi celle de tous les souverains, sans même excepter S. M. Catholique. Celte personne étant depuis arrivée, et le roi en ayant eu pleine information, j'ai présentement ordre de vous communiquer les sentimens de S. M. sur une affaire aussi désagréable.
200 V. AITAIRS BU DUC DE AlPFERDA,
' Pour venir an fait, je dois commencer par vous dire, qae S. M. ne prétend pas cpe les ministres pubUcs puis-* sent protéger des personnes qui sont au service des princes chez qjoi ils résident, ou qui sont accusées de quelque crime contre eux: et S. M, a remarqué avec plaisir, que son ambassadeur n'a jamais eu upe telle pensée, comme il paratt évidemment par la conduite de Mr. Stanhope envers le duc de Ripperda, lorsqu'à son retour de sa maison de campagne, il le trouva inopinément chez lui, avec ramhassadeur d'Hollande. Son Exe. commença par faire les perquisitions nécessaires, pour être parfaitement iuformée du cas, comme, dans quelle situation il était à l'égsqrd de S, M. Catholique, et quelles raisons Tavaient porté &* chercher cet asile, afin qu'elle pût mieux régler sa conduite à cette occasion, et juger s'il était convenable de lui permettre de rester dans sa maison.
La première question que Mr. Stanhope lui fit, et qui efiectivement était la plus essentielle, fut, s'il avait encore quelque emploi sous S. M. Catholique, ou si en quelque manière que ce fût, il était encore à son service 5 à quoi le duc répondît que non; que la veille S, M., sur sa demande, l'avait entièrement remercié et déchargé de tous sçs emplois, La seconde question que S. Exe, lui fit, fut, s'il avait quelque lieu de croire qu'il fût en disgrâce et mal dans l'esprit du roi d'Espagne, ou s'il appréhendait que S. M. Catholique eût dessein de le charger de quelque accusation, et de le faire poursuivre pour quelque crime qu malversation qu'il aurait commise dans son ministère; parce que, dans l'un ou l'autre cas, il ue trouverait aucun encouragement, moins encore aucune protection de' la part de S. Exe» Le duc lui répondit que, bien loin d'être disgracié, et encore moins soupçonné, ou en danger de se voir accusé d'aucun crime, le roi d'Espagne avait eu la bonté de lui accorder une pension de trois mille pisto-