‹ Causes celebres du droit des gens (volume 5)Chapitre 18 sur 123 · N° XXI · texte numérisé non relu

N° XXI

Réponse de 3L Jackson à la lettre précédente.

La lettre que V. Exe. m'a fait riionneur de m'écrire le 26 d'Août m'a été remise hier après-midi, par le colonel des. gardes de S. M. Suédoise, qui me notifia en même temps, que S.M. lai avait ordonné de me faire escorter, moi et toutes \vs personnes de ma suite jusqu'à Gottembourg, et de me prévenir que nous avions k nous mettre en voyage tout au plus tard dans quatre; jours d'ici; ajoutant même que je devais partir mardi prochain. Ce temps est si court, quil m'est impossible de mettre le moindre ordre à mes affaires domestiques; d'autant plus que je suis loin de jouir de cette liberté que V. Exe. suppose m'ètre accordée, étant gardé de même comme je l'ai été depuis le commencement de ma détention. Comme on ne me permet point de sortir de mon hôtel et que je n'ai que la faculté de vonmes amis chez moi il me faudra abandonner mes affaires particulières dans le plus grand désordre. Cette circonstance m'oblige par conséquent de m'adresser à V. Exe. pour qu'elle veuille bien employer ses bons offices, afin que les personnes auxquelles je laisserai le soin de ma maison, jouissent de la protection et des privilèges auxquels elles ont droit comme appartenant à la suite d'un ministre, jusqu'à ce qu'elles puissent se défaire de

mon mobilier ou bien me l'expédier en Angleterre. Si V. Exe. réussit à me procurer cet ordre, je la prie de vouloir bien le faire adresser à M. de Rumpf, résident de LL. HH. PP. ]es Etats - Généraux en cette cour, qui en chargera les personnes les plus propres pour cette besogne.

Encouragé par les offres généreuses que vous avez eu la bonté de me faire dans votre lettre, je ne doute point que V. Exe. excusera la liberté que je viens de prendre, et dont j'ai toute la reconnaissance possible. Quelques affligeantes que soient les conjonctures dans lesquelles je me trouve à présent, c'est une grande consolation pour moi, qu'elles me fournissent l'occasion de pouvoir l'assurer de ma vive reconnaissance et du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur,

de Votre Excellence

Stockholm le 31 Août ^^ *^^' -humble et très - obéissant ^yij serviteur

R. Jackson.

M. Rumpf, ministre résident des États- Généraux qui, après l'échange des ministres de Suède et d'Angleterre, avait eu recours aux bons offices du comte de la Marck pour obtenir sa réadmission à la cour, en reçut la réponse suivante.

N° XXII

Réponse du comte de la Marck à M. Rumpf, ministre

résident des États-Généraux à la cour de Stockholm

(du 23 Octobre).

Je n'ai différé. Monsieur, de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 23 Septembre, au sujet de votre réadmission à la cour, que dans l'es-

132 10. A FF A tut: DIJ BAK. DE GOFRTZ,

poir de Iroiivcr le moyen de travailler avec suceès à i'accomplisseiiieiiL de vos désirs. Je suis mallieurcuseinent oljligé Je vous avouer franchemenl que j'ai trouvé S. M. le roi de Suède fort choqué, de ce qu'après toutes les assurances que je lui avais données des dispositions où étaient LL. HH. PP. de laclier de regagner son amitié, il recevait continuellement de nouvelles marques du peu de considération qu'elles avaient pour sa personne; citant en cette occasion la longue captivité dans laquelle on avait retenu le baron de Gortz, même après la mise en liberté du comte de Glullemberg en Angleterre; l'opposition que M. M. des États-Généraux firent à la résolution qu'avaient i)rise les États de la province de Gueldre à ce sujet, et enfin la contiiiualion de l'arrestation du jeune comte de Gbilîemberg, même après que le baron de Gortz avait été relâcbé. J'ai vu toutefois que les assurances que j'avais à bii donner au nom du roi mon maître pour disposer S. M. à des sentimens plus favorables pour la république, malgré les sujets de mécontentement qu'elle croyait avoir, n'étaient pas restées lout-à-fait sans bons i-ésultats. Mais lorsqu'en dernier lieu je voulus faire valoir la liberté rendue au baron de Gortz et au jeune comte de Gbilîemberg, et m'en prévaloir pour obtenir votre réadmission à la cour, le roi me dit avec vivacité qu'il avait appris que les Etats- Généraux n'avaient relacbé le baron de Gortz que parce qu'ils ne pouvaient plus s'y opposer, les Etats de la province de Gueldre l'ayant déjcà mis en liberté. Et quant au jeune comte de Gbilîemberg, S. M. me dit qu'on ne l'avait relâcbé que parce que l'envoyé d'Angleterre avait déclaré ne plus vouloir fournir les sommes nécessaires à son entretien. Ces dernières circonstances ont de nouveau excité le ressentiment de S. M., et ont fortifié le roi dans sa résolution déjà prise de ne consentir à votre réadmission à la cour, que lorsqu'il aurait reçu des preuves non équivoques des sentimens des Etats -Gé-

MIN. D. CHAULES Xll R. DE SUEDE; EN J717. 133

iiéraux envers sa personne. S. M. attend, ne pouvant plus se rapporter, comme par le passé, aux assurances que je lui en avais données, Cfue la république lui donne satisfaction de la conduite cpi'elle a tenue, et lui fasse excuse sur tout ce qui s'est passé. Dès que la république aura acquiescé à cette demande, votre réadmission à la cour aura lieu, et S. M. stîra très-disposée même de favoriser la république dans tout ce qui dépendra de lui.

Je suis ])ciné, Monsieur, que ces circonstances me privent de la satisfaction que j'aurais eue à vous faire obtenir ce que vous souîiaitez, tant pour vous-même, que pour LL. HII. PP., pour lesquelles depuis que je suis ici, je me j^lais à travailler avec toute l'aflection et tout le zèle possible, et pour lesquelles je continuerai à m' employer autant qu'il sera dans mon pouvoir de le faire. J'ai l'honneur etc. etc. (^).

le comte de j-A Marcîv.

Dès que le baron de Gortz eut recouvré sa liberté (le 1 Août) il se rendit d'Arnheim à Zutphen où il fut aussitôt rejoint par M. Preiss. Quoiqu'il se fût engagé envers les États de Gueldre de quitter leur territoire immédiatement après son élargissement, il séjourna cependant encore quelque temps dans cette ville et y eut plusieurs conférences avec le comte de Reventlau , ministre de Holstein , et le général Poniatowski. Avant son départ pour la Suède (^)j il adressa encore la lettre suivante aux

(1) Ce ne fut qu'à l'avènement de la piiticcsse UJrique au tiôue de Suède que M. Rurapf obtint sa rëadmission à la cour.

(2) Les Etats-Généraux avaient offert de transporter le baron de GorU en Suckle sur uu vaisseau de guerre; raui9 M, Preiss leur

134 in. AFFAIRE DU J3AK. DE GOERTZ,

titats-Généraux, que le président de semaine refusa toutefois de recevoir des mains de M. Preiss n'en ayant point la copie, mais qui ne fut pas moins publiée dans les journaux.

N« XXIll.

Lettre du baron de Gortz adressée aux Etats - Généraux (du 23 Août 1717).

Hauts et Puissans Seigneurs !

Ayant eu communieation du méniofre que Lord Withwortli a présenté le 4 de ce mois à LL. HH. PP.pour se plaindre de la résolution de MM. les Etats de la province de Gueldre, prise le 31 Juillet dernier, pour faire cesser ma détention, j'y ai trouvé des expressions si outrageantes pour moi, et en même temps si peu usitées entre ministres, que je ne ])uis m'empéclier de représenter pareillement à LL. HH. PP., ce qu'une juste défense permet contre des injures répandues avec tant de fiel et d'animosité.

Ce ministre y dit que Mrs. les Etats de la dite province m'ayant fait remettre en liberté, m'ont par- là mis en état de reprendre des pratiques dangereuses contre la personne sacrée de S. M. Britannique et ses royaumes.

L'accusation que Lord Witliworth avance, mérite d'autant plus qu'on en fasse sentir la malignité, que ce n'est que jiar de pareilles insinuations que la bonne foi de LL. HH. PP. s'est laissée surprendre de la manière que ma détention l'a fait voir depuis 6 mois.

11 me serait aisé d'exposer aux yeux de LL. HH. PP. tout l'artifice des calomnies répandues à dessein contre

ayant représenté qu'il ne pouvait accepter cette offre à moins qu'ils ne voulussent garantir son sûr transport et s'engager d'en faire leur propre affaire, on se contenta de lui délivrer les passeports ne'cessaires pour s'en retourner par terre.

MIN. D. CHARLES XII R. DE SUÈDEj EN 1717- 135

mon nom et mon lionneiir, si c'était à Tacciisé d'apporter des 2^r6uves de sa défense, comme il appartient A un accusateur de justifier ce qu'il avance.

Mais comme Téquité et la justice qui ne se réfusent même pas au moindre ])articulier, me suffisent pour le présent 5 j'espère queLL. HH. PP. agréeront ma protestation contre toutes les indignités qu'on m'impute et que je nie absolument.

Il est étrange que le ministre d'Angleterre m'accuse de pratiques dangereuses. Car s'il entend par-là les soins que doivent prendre tous les ministres en général, pour le service de leurs souverains , et que j'ai pris en [iarticulier pour défendre les intérêts du roi mon maître contre les mauvais desseins des ministres allemands du roi d'Angleterre, on ne peut me reprocher d^avoir franelîi les bornes du devoir.

Mais comme il prend à tâche de faire réussir les mauvais desseins, on peut à bien plus juste titre l'accuser lui-même de ne s'occuper que d'intrigues et de pratiques dangereuses contre la personne sacrée du roi mon maître et contre ses royaumes.

S'il faut prendre ces expressions à la letti'e, le droit de recrîminatioii ne peut m'êlre refusé, et je suj)plie LL. HH. PP. de regarder ces indignes insinuations comme de pures calomnies et des mensoges. Je sais le respect que l'on doit aux souverains , et je n'ai jamais ces^ un instant de professer des sentimens de vénération pour eux. Au reste, comme je suis au moment de mon départ pour aller en Suède, j'espère que LL. HH. PP. voudront bien instruire S. M. par où ma conduite a pu leur déplaire, et quelles sont le^ raisons qui les ont portées à donner les mains au traitement inoui que l'on m'a fait endurer, par une captivité incompatible avec les sentimens que S. M. a toujours eus pour LL. HH. PP. et dont j'ai eu moi-même l'occasion d'assurer plus d'une fois M. le grand-pensionnaire, leur nxinislr{\

136 m. AFFAIRE DU BAli. DE GOEllTZ,

Comme LL. HH. PP. demandent justice au roi des accusations intentées contre moi, il sera d'autant plus nécessaires de produire les preuves, queLL. HTI.PP.me mettront par-là en état de travailler utilement à tout ce qui pourra contribuer à effacer l'impression que le peu d'égard qu'on a eu pour ma personne en qualité de ministre du roi, a dû si justement laisser à S. M. Je suis etc.

le baron DE GoERTZ.

Revenu en Suède, le baron de Gortz, après s'être occupé pendant quelque temps du rétablissement des finances (^), se rendit au comencementde l'année I7I85 en qualité de plénipotentiaire du roi, à Pile d'Aland pour négocier la paix avec le czar (2). Lorsque la négociation lui parut assez avancée, il partit pour la Norvège, afin de porter les préliminaires de paix au quartier général du roi (^) dont il ignorait encore la mort. Arrêté par ordre du prince héréditaire de Hesse-Cassel, époux de la princesse Ulrique, par le colonel des gardes Baumgardt et le chambellan Bjornskjold, dans le village deTannum,il fut conduit

(1) Il travaillait, dit le comte BasseM'itz dans ses mémoires, à re'parer les finances de Suède, moins pour faire le bonheur de la nation appauvrie par les victoires de Charles XII, que pour asseoir sur de nouveaux fondemens les entreprises antérieures qu'il avait conçues.

(2) Les confe'rences s'ouvrirent en mai entre le conseiller prive' Ostermann (depuis chancelier de l'empire) et M. de Gortz, assiste' l'un du comte de Bruce, grand-maître d'artillerie, et l'autre du comte de Ghillemberg.

(3) Tué au siège de Frédericshall le 11 Décembre 1718.

à Stockholm sous mie forte escorte et traduit devant un tribunal extraordinaire, composé de deux membres de chaque état et présidé par le baron Pehr Ribbing, chargé d'examiner sa conduite (^). Accusé d'avoir donné de mauvais conseils au roi; d'avoir donné pleine licence aux officiers pour les enrolemens forcés; d^avoir opprimé la nation par des taxes onéreuses et des loix nouvelles; d'avoir contribué à la prolongation de la guerre et de s'être emparé du trésor de l'état, il fut condamné par ce tribunal à perdre la tête. Il demanda à se justifier {~\ mais il ne put l'obtenir, et la sentence fut exécutée le 2 Mars 1719 (3).

(1) Comme les papiers trouves sur ce ministre lors de son arrestation ne donnèrent point assez de jour sur sa négociation avec le czar, le sénat voulait s'assurer du conseiller Stambke qui lui servait de secrétaire et qu'il avait laisse à l'île d'Aland. Stambke en eut vent, passa sur le territoire du czar et en implora la protection. Pierre refusa de le livrer, se fondant sur ce qu'il était au service de Holstein, et non de Suède. Le sénat ne voulant point employer la réquisition du duc de Holstein, Stambke resta libre et devint plus tard l'instrument des premières liaisons intimes entre son maître et son protecteur.

(2) Lorsque l'on discuta dans les divers ordres de la diète s'il serait admis à se justifier, les paysans, les bourgeois et le clergé opinèrent pour l'admission; mais la noblesse refusa son assentiment. La jalousie de plusieurs personnages marquans, et l'esprit de parti qui s'était ranime', même avant la mort du roi, aggravèrent sans doute le sort du baron de Gortz.

i (3) Voici quelques détails sur la fin tragique de ce ministre tels qu'ils sont rapportés dans les ^Lettres historiques de l'année 1719" p. 155. — Ce fut le jeudi 2 mars que le baron de Gortz fut décapité, tl montra une grande fermeté jusqu'au dernier moment de sa vie.

138 lU. AFFAIRE DU BAR. DE GOERTZ.

11 sortit de sa prison, appuyé sur le bras de M. Conradi, son confesseur, et regardant d'un oeil fixe tous les spectateurs, qui étaient en foull dans les rues et aux fencHres. Lorscpi'il fallut entrer dans le carrosse qui l'attendait, il y lit monter ce ministre le premier, et se mit à sa gauche. Ses domestiques suivaient le carosse, escorte de 300 garde'I à cheval, et précédé de son cercueil couvert d'un drap noir. Étant arrivé au lieu du supplice, hors de la ville, et monté sur l'échafaud, il regarda de tous c<5tés, et demanda au Sr. Conradi, s'il lui était permis de haranguer le peuple, à quoi ce ministre répondit, qu'il lui était plus convenable de songer à faire sa paix avec Dieu. Il demanda ensuite où était maître Jean, l'exécuteur. Lorsqu'on le lui eut montré, il appela son valet de chambre, qui lui délia les épaulettes de son habit, et les abattit, ensuite ayant lui-même ôté sa perruque, défait sa cravate, et mis un petit bonnet qui lui couvrait les yeux, il mit la tête sur le bloc, où l'exécuteur la lui abattit d'un seul coup. Ses domestiques la mirent d'abord dans le cercueil avec le corps, et l'enterrèrent dans uae fosse qu'où avait faite près du lieu de l'exécution.

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