IX. AFFAIRE DE M. VAN HOEY
nous souhaitons que les autres en agissent envers nous, fait le fondement du bien supi'eme des états, des nations, des rois, de leurs sujets, enfin de chaque homme. C'est nu devoir qui vous est connu, et que la providence vous a iraj^osé en vous élevant si haut^ et pax' les lalens qu'elle vous a dispensés. Puisse donc la persuasion couler de vos lèviM^s comme le miel, et personne ne doutera, que l'on n'est heureux qu'autant que l'on fait le bonheiu' des autres. Puissiez-vous, Mylord , bannir cet art pernicieux que la discorde a enfanté pour séduire les hommes à se détruire mutuellement! Misérables politiques , qui substituent la vengeance, la haine, la méfiance, l'avidité, aux préceptes divins de la gloire des rois et du salut des peuples. Vous savez, Mylord, que le courage est appelle par excellence une vertu, parce que c'est l'amour du bien qui le donne seul , et que ce sont l'équité, la modération et la bonté qui en règlent les mouvemens. Les vrais héros rendent leurs victoires salutaires aux vaincus, et ils dressent pour euxmêmes des trophées immortels, en triomi^hant de la vengeance et de la colère, passions si naturelles à l'homme, si difficiles à vaincre. C'est ainsi que la clémence a été estimée, par les sages de tous les temps, la plus magnanime, la plus utile et la plus sainte des vertus royales. Il y a de l'indiscrétion, et je le sens bien, Mylord, de vous rappeler des choses que votre sagesse, votre savoir , votre exj)érienGe et la religion ont gravées si profondément dans votre coeur. Ce n'est pas que je prétende rien ajouter à votre entière persuasion. Mais comment cesser de parler de ce qu'on aime? Connaître la vérité, être épris de ses célestes beautés, n'est, comme V. Exe. le sait, qu'une seule et même chose. Puissent deux aussi grands rois ne jamais cesser d'être les dignes émules l'un de l'anlre en humanité, en douceur, en grandeur d'âme. Puisse leur amour pour les hommes augmenter chaque jour leur gloire, et la faire briller
avec plus créclat. Que leurs peuples puissent leur devoir la paix, et l'Em-ope, le rétablissement de son repos. Que leur sagesse immortalise leur mémoire, et qu'elle serve d'exemple à la j^ostérité la plus reculée. Puissentils jouir encore long-temps sur la terre, de la juste reconnaissance du genre humain, et puissent-ils s'assurer, de plus en plus, la félicité éternelle. J'ai Thonneur d'être, etc.
Paris, le 3 Juin 1746.