X. AFFAIRE DE M. GUIDECKENS
sa course. A peine fut- on instruit de son évasion que l'on envoya encore le même soir, un détachement de gardes à pied entourer l'hôtel du baron de Korlf, ministre de Russie à la cour de Suède, où l'on supposait que le prisonnier s'était réfugié. Mais dès le lendemain de grand matin on aj)prit par la déposition de deux valets de pied qui la veille avaient quitté furtivement l'hôtel du ministre d'Angleterre que cet individu avait trouvé asile chez leur maître. On ne tarda pas en renforçant de beaucoup encore la garde, non-seulement à faire entourer l'hôtel du colonel Guideckens, mais à placer des postes militaires dans toutes les rues y aboutissantes. Vers les 10 heures du matin le baron de Nolcken, chancelier de la cour, se rendit chez ce ministre par ordre du roi pour lui dire que S. M. étant instruite que le négociant Springer s'était réfugié dans son hôtel, elle espérait qu'il ne s'opposerait point à son extradition. Sur la réponse que le colonel Guideckens lui fit, qu'il ignorait si l'individu qu^il cherchait était dans son hôtel, mais qu'il s'en informerait, le chancelier le quitta. M. de Nolcken revint cependant peu de temps après, et ayant assuré au ministre qu'il avait acquis la certitude que le prisonnier se trouvait encore dans son hôtel, et réitérant de nouveau d'acquiescer à la demande qu'il lui avait fait, précédamment, il ajouta qu'à moins de s'engager à ne point laisser échapper Springer de son hôtel, le roi espérait qu'il ne voudrait point, par un refus, donner lieu à des démarches qui n^
328 X. AFFAIRE DE M. GUIDECKENS,
sauraient être que désagréables pour les deux gou- Vernemens, M. Guideckens se contenta de lui dire, que même dans la supposition que le négociant Springer s'était réfugié dans son hôtel, il ne s'ensuivait pas pour cela, qu'il y fût encore; qu'au surplus il ne conceyait pas comment on prétendait le faire le gardien de cet individu, et enfin, s'en tenant à ce qu'il lui avait déjà dit précédemment, il lui promit de lui rendre une réponse positive jusqu'à 4 heures après midi. M. de Nolcken s'en retourna chez le roi après cette déclaration ; mais déjà vers le midi il revint une troisième fois , et annonçant au ministre de la part du roi que S. M. entendait positivement que le S. Springer lui fût livré, il lui déclara en même temps que, si dans l'espace d'une heure il n'avait acquiescé à sa demande, on se verrait obligé de prendre d'autres mesures pour s'assurer du prisonnier. A cette sommation le ministre d'Angleterre, protestant contre toutes les irrégularités et violences déjà commises en cette occasion envers son caractère public, répondit, qu'il ne pouvait rien contre la force, et demanda un délai pour pouvoir conférer avec ses collègues sur cette affaire. Aussi dès que le chancelier l'eut quitté de Douveau, M. Guideckens se rendit chez plusieurs de ses collègues et après s'être entendu avec eux sur le parti qu'il avait à prendre, il se décida à écrire au chancelier de Suède une lettre (voyez N°I.) par laquelle , en protestant de nouveau contre des procédés si contraires au droit des gens et aux
MIN. d'aNGL. a STOCKHOLM; EN 1747- 329
privilèges dus aux ministres publics, il consentait à l*extradition du négociant Springer. En conséquence de cette déclaration M. de Nolcken accompagné du comte de Lieven, colonel des gardes, se rendit vers les 4 heures de l'après-midi à l'iiôtel du ministre d'Angleterre 5 où s'étant emparé de la personne du S. Springer, ils le remirent entre les mains des gardes qui le reconduisirent en prison (*).
Cet événement donna lieu à la publication des pièces suivantes.
Factum publié par Je colonel Gmdeckens, mùiistre de S. M, Britannique à la cour de Suède , et distribué par lui aux ambassadeurs et ministres étrangers résidant à Stockholm.
Lundi 16 Novembre entre 6 et 7 heures du soir, un de domestiques de M. le colonel Guideckens, ministre de S. M. Britannique à la cour de Suède, vînt lui annoncer qu'un courrier anglais était arrivé. Ayant ordonné qu'on le fît monter dans sa chambre, M. Guideckens fut très -surpris en reconnaissant en lui le négociant
(1) Ce fut le 12 Dec. que l'on prononça sa sentence; elle portait en substance, que la commission nommée pour pre'sidef à sou prpcès l'avait trouve coupable de mort ; mais que le comité' secret, par des considérations importantes avait juge' à propos d'adoucir la peine en le condamnant seulement à être conduit sur l'échafTaud de la capitale, ainsi que sur ceux de toutes les villes situe'es sur la route de Stockholm à Maxstrand, où il sera ti-ansfere' pour y être enfermé le reste de ses jours, avec la restriction expresse que sa grâce ne serait jamais comprise dans aucun pardon gênerai, L'exdcution de cette sentence eut lieu le 20 Décembre 1747.
330 X. AFrAIRE DE M. GUIDECKENS,
Springcr, cchnpj)é de prison. Après avoir fait retirer ses gens, Springer instruisit le mijiistrc qu'ayant trouve moyen d'enivrer les ofFieiers qui le gardaient, et s'étanl empare d'un de leur manteau et d'im chapeau il était parvenu au moyen de ce déguisement a passer à travers les gardes; qu'étant arrivé au marché du lioi^d, il avait pris un traineau qui, après Ta voir conduit dans divers quartiers de la ville, l'avait enfin mené jus((u'<\ l'hôtel de M. Guideckens se disant elrc^ courrier anglais. Le lendemain 17 Novembre au malin, lorsque M. Guideckens fut levé, il s'apperçut en regardant par Ja fenêtre, qu'on avait placé des factionnaires à toutes k^s rues et avenues aboutissant à son hôtel. Vers les 9 heures du matin le baron de Nolcken, chancelier de la cour, vint le trouver pp,ur lui annoncer de la part du roi de Suède, que S. M. ayant appris que le négociant S2)ringer s'était réfugié chez lui (M. Guideckens) elle esj^érait qu'il ne s'opposerait point à son extradition attendu que cet individu était un criminel d'état, accusé de haute trahison; que l'homme qui l'avait conduit chez le ministre d'Angleterre était en bas ; que M. Guideckens pouvait l'interroger s'il le jugeait à propos, et que S. M. avait lieu de s'attendre que M. Guideckens ne voudrait pas, par un refus, donner lieu à quelque événement qui pom^ràit.avoi^" des suites également désagréables et fâcheuses pour les deux cours. M. de Nolcken ajouta que comme il se pourrait bien que les gens de M. Guideckens eussent accueilli Springer à son insçu, ilsemit bien aise que le minislre voulût lui permettre de faire conjointement avec lui la visite de son hôtel. ■'^'' /Lé ministre d'Angleterre répondit au baron de Nolcken qu'il ignorait si Springer était dans sa maison, mais qu'il s'en informerait, et que vers les 4 heures après-midi, M. de Nolcken aurait de ses nouvelles. Quant à la visite de sa maison, il lui fit comprendre que son caractère cotame mini^strc de S. M. Britannique
MIN. D'ANGIv. à STOCKHOLM- EN 1747- 331
ne permcltait pas qu'il consentît à une telle proposition.
Le baron de Nolcken, aj)rès cette réponse, se retira, mais revint une heure et demie après, pour informer M. Guideckens, que S. M. Suédoise avait de nouveau reçu des avis très - certains que Springer était dans sa maison, et que comme elle savait aussi qu'on employait toutes sortes de moyens pour le faire échapper, S. M. priait M. Guideckens de ne le pas permettre. Il est nécessaire de remarquer que la certitude que l'on avait que Springer était chez le ministre d'Angleterre, était fondée sur la dénonciation de deux de ses domestiques, deux frères qui s'étaient laissés gagner par un troisième frère qui avait pareillement été au service de M. Guideckens, mais qui n'y était plus. Cet homme vint voir ses deux frères vers les 10 heures du matin à la vue et au sçu de toute la maison de M. Guideckens , et après avoir eu quelque conversation avec eux, il s'en retourna, pour faire rapport de ce qu'ils lui avaient dit.
M. Guideckens au second message de M. de Nolcken, répondit simplement que si Spnnger avait été dans sa maison, ce n'était pas une raison qu'il y fût encore, et que s'il était échappé, M. Guideckens ne voyait pas comment on pouvait prétendre qu'il fût son geôlier ajoutant qu'à 4 heures M. de Nolcken aurait de ses nouvelles, ainsi qu'il le lui avait dit auparavant.
Entre la première et la seconde visite de M. de Nolcken, le ministre d'Angleterre avait envoyé aux ministres des cours alliées du roi son maître pour connaître leurs sentimens sur l'événement qui venait d'arriver, et voyant que leur réponse tardait trop à lui parvenir vu. la grande distance de leur demeure, il ordonna qu'on attelât son carrosse dans Itntention de s'aboucher avec eux. Mais au moment où il allait monter en carrosse, M. de Nolcken vint le trouver une troisième fois: c'était vers le midi. 11 commença par amionccr au ministre d'Angleterre que
332 X. AFFAIRE DE M. GUIDECKENS,
le roi avaît jugé à propos de renforcer ]a garde placée autour de sa maison , et que S. M. s'attendait à être instruite dans une heure, des intentions de M. Guideckens relativement à l'extradition de Springcr, afin de savoir quelles mesures il lui restait à prendre.
M. Guideckens lui répéta, comme il l'avait déjà fait à deux reprises, que le roi serait informé de sa résolution vers les 4 heures après-midi, ou plutôt s*il était possible, ajoutant qu'il allait sortir pour conférer avec les autres ministres sur une affaire de cette importance, donnant à entendi-e à M. de Nolcken qu'en attendant on n'avait qu'à prendre les mesures qu'on jugerait à propos.
M. Guideckens sortit, et vît qu'en effet on avait renforcé de près de 400 hommes au moins les troupes qui tenaient sa maison bloquée depuis le matin. A mesm*e que son carrosse avançait , les troupes se rangèrent à la vérité pour le laisser passer ; mais peu après elles eui-ent ordre de charger à balle, et l'on ordonna en même temps à un officier de suivre M. Guideckens à cheval; ce qu'il fit, et le reconduisit de même jusqu'à sa porte. Indépendemment de cela, lemaîu^e d'armes du fils de M. Guideckens, venant chez M. Guideckens comme à l'ordinaire, fut arrêté, et n'eut pas la permission d'entrer dans la maison, non plus qu'un particuher qui voulait y faire visite. On fit même des tentatives de fouiller les gens à livi'ée du ministre, qui entraient et sorlaieut de sa maison.
Le ministre vit à son retour que non seulement on avaît considérablement renforcé la garde, mais que la populace, à leur instigation, s'assemblait de plus en plus, et ayant appris, pendant qu'il était dehors, que la résolution avait été prise d'employer la force, que la populace devait entrer la première dans sa maison, et que, sous prétexte de venir au secours de M. Guideckens, elle serait suivie par les troupes, il se vît obligé d'écrire la lettre suivante à M. de Nolcken, chancelier de la cour.
MIN, D'ANGIi. À STOCKHOLM 3 EN 1747- 333
„ Monsieur, comme par tout ce que vous m'avez jjdit, je ne puis plus doutei* que, si je ne veux consen- „tir a l'extradition de Tinfortuné qui s'est réfugié chez „moi5 on est dans Tintenlion d'employer la force, à „ laquelle je ne me trouve pas en état de résister, j'ai „ l'honneur, Monsieur, de vous écrire la présente pour „vous faire savoir que, si vous voulez vous rendre chez „moi cet après-midi entre 3 et 4 heures, vous pourrez „retirer celui que vous réclamez. Toutefois, Monsieur, „je proteste de la manière la plus solemnelle contre „ toutes les procédures qui ont eu lieu en cette occa- „sion, que je regarde comme une nouvelle infraction ,,du droit des gens, faite en ma personne, ainsi que „des privilèges et immunités qui appartiennent aux mi- „nistres étrangers. J'ai Thonneur d'être etc. Stockholm, le 17 Novembre 1747
GUIDECKENS."
Vers le midi et pendant que M. de Noicken était encore chez M. Guideckens, un des chambellans de la cour remit à ce dernier, de la part du roi, un papier dont voici la copie.
„ Comme un marchand de cette ville, nommé Cliris- „tophe Springer, a trouvé moyen hier au soir de s'ép „chapper de la prison où il était détenu pour crime ,, contre l'état, S. M. m'a ordonné de déclarer de sa part „ qu'elle attendait de l'amitié qui règne entre elle et la „ cour de la Grande-Bretagne, que M. Guideckens, „ ministre de ladite cour, n'accorderait point d'asile à „un homme accusé de haute trahison; S. M. ayant ex- ,,pressément enjoint à ses ministres dans les cours „ étrangères de se bien garder, dans de pareils cas, de „protéger les criminels, à la punition desquels tous les j, souverains, pour leur sûreté mutuelle, sont également „ intéressés. Le roi m'a aussi ordonné de dire au mi- „nistre britannique que S. M. se repose entièrement sur
334 X. affairt: df m. gutdeckens,
„la parole qu'elle s'attend que M. le ministre lui ai ,y donnera."
M. Guideckens ne fit point de réponse au contenn de cette note, attendu que M. de Nolcken chancelier de la cour, qui était alors présent, avait déjà été ti-ois fois chez lui pour lui parler de cette affaire.
Si le S. Springer avait pu être considéré comme criminel d'état et comme accusé, avec la moindre ombre de vérité et de justice, de haute -trahison (comme il est dit dans cette note), M. Guideckens a été trop longtemps employé dans les affaires pour avoir pu hésiter un moment à consentir à son extradition; mais l'on envisage sa captivité, et le procès intenté contre lui, dans un tout autre jour: c'est pourquoi M. Guideckens dans les explications qu'il a eues avec M. de Nolcken, lui a dit que cet infortuné était regardé, non seulement ici, mais dans la plupart des cours de l'Europe, comme une innocente victime que Ton voulait immoler, ainsi qu'on avait fait du médecin Blakwall, dans l'intention de mettre des sceaux de vraisemblance à la farce que certaines personnes ont jouée ici depuis le commencement de la diète , afin de faire accroire au public que la succession du trône de Suède était en danger, et que certaines puissances respectables avaient part à cette prétendue conspiration.
Entre les 3 et 4 heures après-midi , M. de Nolcken se rendit chez le ministre d'Angleterre, comme il en avait été prié par la lettre ci- dessus. M. Guideckens lui dit qu'il voyait qu'il fallait qu'il cédât A la force; que c'était pousser les choses trop loin, que toutes les cours où l'on respectait la justice, étaient indignées des procédés dont on usait ici pour jusiiiier des soupçons injurieux qu'on prenait soin de faire naître sur les inten- . tions de certaines puissances; qu'à l'égard de l'Angleterre, qui en était une, la fausseté de cette insinuation pouvait facilement être prouvée, puisque S. M. Suédoise
MIN. D'ANGI.. a STOCKHOLM- EN 1747. 335
n'avait qu'à se rappeler rpic M. Giiideckens a été le premier qui l'ait informée, par ordre de sa cour, de l'intenlion de l'impératrice de Russie de recommander S. A. R. alors éveque d'Eutîn, à la place du grand -duc de Russie, qui avait décliné l'élection faite en sa faveur.
M. de Nolcken convint de la vérité de ce fait , et dit qu'il en avait été instruit depuis long-temps. Il convint aussi qu'on poussait les choses trop loin. Enfin M. de Nolcken ayant demandé au ministre d'Angleterre de vouloir permettre au comte de Lieven, aide -de -camp du roi, et à un autre officier, de monter chez lui, il y consentit et les deux officiers étant venus, M. Guideckens leur fit remettre l'infortuné Springer, qu'ils reconduisirent en prison.
N«- II
Note circulaire accompagiiée d'un exposé de fait^ envoyés de la part du ministère suédois^ à tous les ministres étrangers résidant à Stockholm.
On a vu avec étonnement dans les gazettes étrangères un prétendu factum , qu'on y a rapporté comme ayant été distribué à Messieurs les ministres étrangers à la cour du roi, par le ministre d'Angleterre, à l'occasion du refuge qu'avait trouvé chez lui un criminel d'état, nommé Springea*, et de l'extradition qui s'en e^l suivie.
On a de la peine â se figurer que c€ ministre ait voulu gâter ainsi lui-même le mérite d'une cxti-adition, différée à la vérité sous de vains prétextes, mais exécutée enfin d'assez bonne grâce pour lui avoii- attii'é àes remercimens de la part du roi même, et pour avoir porté S. M. à s'en louer au2)rès de sa cour; lui, surtout , qui , depuis le temps qu'il exerce l'emploi de ministre public, ne saurait ignorer jusqu'où s'étendent ses droits, et que nulle considération au monde ne peut
336 X. affaihe de m. guideckens,
l'autoriser à donner asile à un homme soupçonné, et même accusé de haute trahison. Mais l'on est fondé a douter principalement qu'une pièce, remplie de faits aussi manifestement faux, ait pu j^arlir de la plume d'un ministi^e étranger, dont le langage et le caractère doivent éti-e ceux de la vérité et de la honne foi.
Tel est entre autres le récit de ses conversations avec le bai^on de Nolcken, chancelier de la cour 5 récit dans lequel il y a des détails supprimés et d'autres altérés, ou il afïecte de donner un air de menace à des pi'opositions faites de la part de S. M. avec tous les ménagemens que le cas pouvait comporter, et oii enfin le baron de Nolcken se trouve chargé d'un langage indécent et absurde dans la bouche d'une personne qui fait partie du ministère.
La circonstance des gens à cheval qui avaient suivi son carrosse; celle des tentatives pour fouiller ses domestiques, et celle àes officiers enivrés sont de la même nature. On met au même rang le prétendu avis que l'on avait pris la résolution d'employer la force, en cas de refus. Tel est encore Tendroit où le nombre des soldats, commandés aux environs de sa maison, est dit avoir monté à 400 horomes; ce qui est exagéré du double. On serait disposé à regarder le tout, moins comme un cfTet de malignité, que pai'ce qu'il ne s'est pas donné le temps, ni la peine de se metti'c au fait. On aurait la charité de porter le même jugement sur la circonstance des fusils chargés à balle, qui est notoirement fausse et singulièrement imaginée, puisqu'on n'en voit pas l'usage. Mais on ne sait comment sauver son caractère et sa façon de penser, à l'égard du prétendu plan de faire entrer la populace dans sa maison, et ensuite des troupes, sous prétexte de venir à son secours. C'est supposer une convention entre le gouvernement et la populace pour assaillir une maison. Rien de plus injurieux à S. M., rien de plus absurde en soi-même.
On ne saurait passer non plus à M. Guideckens d'avoir voulu faire envisager comme une trahison, le zèle qu'ont eu ses domestiques de révéler la retraite de Springer, et qu'il ait pu prétendre que pour être à son service, ils cessassent d'être sujets du roi. Mais ce qui met le comble à Tabus du caractère public, c'est de s'ériger en juge d'un cas dévolu pour lors à la connaissance des Etats; d'accuser de fausseté ce qui lui a été formellement déclaré de la part du roi; de prendre à partie toute une nation, et d'oser vouloir rendre des cours respectables de - l'Europe complices de sa témérité. Il est surtout inconcevable que le ministre d'une tête couronnée, qui doit plus qu'un autre en connaître les droits sacrés, ait pu pousser l'indécence au point de traiter de farces àiis actes de justice , exercés par des ordres émanés du trône. M. Guideckens ne saurait ignorer que le crimiDcl en question se trouva condamné par des voix unanimes. Mais quand il en eût été autrement, la seule idée de crime d'état devait faire craindre à ce ministre de se flétrir lui-même, en prenant la défense de celui qu'on jugeait coupable.
Enfin la pièce porte si peu les caractères d'une production qui aurait pour auteur un ministre j^ublic, que l'on souhaite, pour Thonneur de M. Guideckens, de pouvoir croire qu'elle lui a été attribuée gratuitement. Mais supposé qu'un sentiment aussi charitable ne lui fût pas dû, on sait que S. M. le roi d'Angleterre est le seul juge de ses démarches, et le roi a trouvé bon de s'en rapporter à l'équité de S. M. Britannique. En attendant, afin que MM. les ministres étrangers ne soient pas induits en erreur par d'aussi faux exposés, S. M. a bien voulu ordonner qu'on leur fît part de cette note, en y joignant un simple récit du fait qui les mettra à portée de juger avec connaissance de cause quels ont été ses ménagemens et sa délicatesse dans un cas qui aurait pu intéresser les prérogatives de leur état.
338 X. AFFAIRE DE M. GUIDECXENS,
Exposé du fait allégué dans cette note.
Un marchand nomme Sprinter accnsé et convaincu ensuite de liante trahison, ayant trouvé moyen de s'échapper de prison, on ne tarda pas à être instruit qu'il s'était réfugié dans Ja maison de M. Guideckens, ministre d'Angleterre. Aucune circonslanee ne rendait cependant le ministre suspect d'avoir eu connaissance de ce projet. On envoya aussitôt une cinquantaine de soldats pour veiller sur toutes les personnes cpii sortiraient de riiôtel afin d'empêcher l'évasion du criminel 5 et la populace s'étant attrouppée d'une manière à faire craindre du désordre on renforça la troupe jusqu'au nomhrc de 180 hommes. Dans ces entrefaites le roi jugea à propos de faire déclarer, par un gentilhomme de sa cour, à chacun de MM. \(^s ministres étrangers en particulier: „ qu'un marchand de Stockholm, nommé Sprin- ,,ger, ayant trouvé moyen la veille de s'échapper de sa „ prison, où il était détenu pour crime d'état, S. M. „ attendait de l'amitié qui règne entre elle et leurs „ cours respectives, qu'ils n'accorderaient point asile à „un homme accusé de haute trahison, vu que S. M. „ avait expressément enjoint à ses ministres dans \es cours „ étrangères de bien se garder en pareils cas de proté- „ger les criminels, dont la punition intéresse également „tous \cs souverains pour leur sûreté mutuelle, et que 5, S. M. se reposait entièrement sur la parole qu'elle „ s'attendait que MM. \qs ministres étrangers lui en don- „ neraient. "
Pour ce qui est de M. Guideckens en particulier, Je Laron de Nolcken, chancelier de la cour, s'étant rendu par ordre du roi, chez ce ministre, lui déclara: jjQue „S. M. avait jugé nécessaire de lui faire part d'un „ événement dont elle était persuadée qu'il n^ avait eu y-ijusques-là aucune connaissance. Qu'elle en usait ,y ainsi par un effet de la confiance ciu'elle mettait
MIN. D'ANGIi. À STOCKHOLM 5 EN 1747- 339
,,dans ses bonnes intentions , et par de justes égards „pour sa coiir'^^ Après quoi, il lui dit les preuves qu'on avait que le criminel avait été reçu dans sa maison, et ajouta que sur ces indices S. M. espérait qu'il en ferait faire la reclierclie parmi ses domestiques, et qu'il le ferait ensuite livrer. M. Guideckens, nonobstant ce qui a été reconnu dans la suite, répondit qu'il n'en avait aucune connaissance 5 mais qu'il allait s'en informer, et donner ensuite sa réponse, témoignant que dans le cas où la chose se trouverait telle, il se croyait obligé d'attendre, sur l'extradition qu'on lui demandait, les ordres de sa cour, vu, ajouta- 1- il, les sentimens peu favorables qu'on avait ici pour elle, et le silence qu'on observait sur la satisfaction qu'il avait demandée au sujet d'une insulte faite à sa maison par les gardes de nuit; mais qu'au cas qu'il eût été résolu d'employer la force, il serait obligé de laisser faire. Le chancelier de la cour l'assura qu'on ne songeait à rien moins qu'à des voies de fait; qu'on n'avait d'autre désir que de vivre en bonne intelligence avec sa cour, et de procurer à son ministre tous les agrémens possibles; que la faculté qu'on espérait de lui en cette occasion, pourrait en faire naître aussi à l'égard de la satisfaction sur le cas mentionné; mais que l'idée qu'on avait de ses sentimens et de sa pénétration, ne permettait pas de croire qu'il voulût donner lieu à des incidens désagréables pour les deux cours, sur-tout ne pouvant ignorer que dans aucun lieu du monde un ministre étranger n'était censé autorisé à donner refuge cliez lui à un homme accusé de haute -trahison; liberté que le roi, son maître, permettait sans doute aussi peu à ses ministres dans les autres cours, que S. M. l'accorderait à ceux qui résident à la sienne. Le chancelier de la cour lui proposa ensuite, comme la voie la plus courte, de faire faire en sa présence les recherches dans sa maison, comme cela s'était fait auj^aravant dans le cas d'un homme accusé
340 X. AFFATKE DE M. GUTDECKENS,
tic vol. M. Guidcckcns répondit que lo cas dont il s'agissait, intéressant les immunités et les prérogatives du caractère de ministre étranger, il lui fallait du temps pour en délibérer avec MM. les ministres des autres cours. Il se référa à ce qui s'était passé en Espagne, à l'occasion de la retraite du duc de Pupperda dans riiôtel du ministre d'Angleterre croyant apparemment le cas de la même nature (^Roussel cérém, diplorn, T, II. p. 367). Il promit du reste de lui faire savoir par écrit sa résolution vers les 4 heures après-midi, ajoutant qu'il ne croyait pas que ce délai pût être d'aucun j)réjudicc, au cas que le criminel se trouvât dans sa maison, attendu les mesures qn'il voyait qu'on avait prises pour empcclier son évasion.
Le baroïi de Nolcken dit que c'était-là précisément une circonstance sur laquelle il avait ordre de le prévenir, parce que dans la persuasion où était le roi que c'était à son insçu que ses domestiques liu* avaient ouvert sa maison, ces mesures avaient été jugées nécessaires par S. M. pour prévenir qu'ils ne laissassent échapper le criminel. M. Guidcckcns convint qu'il n'y avait rien à ces arrangcmens qui ne fut dans l'ordre, et il chargea le chancelier de la cour de remercier S. M. de la manière dont elle avait bien voulu l'en instruire. Le baron] de Nolcken ayant fait rapport au roi de ce qui s'était passé, S. M. lui ordonna de se rendre une seconde fois chez M. Guideckens, pour lui déclarer la satisfaction qu'elle avait de son procédé, et qu'elle s'attendait qu'il lui donnerait sa 2>arole d'honneur (sur laquelle fiWi:: se reposait entièrement) que le criminel ne s'évaderait point avant la réponse qu'il avait promis de donner 5 qu'au reste le bruit s'étant répandu partout que le prisonnier échappé se trouvait actuellement chez lui, S. M. dans la crainte de quelque désordre de la part de la populace attroupée, avait voulu pourvoir à la sûreté de sa maison, et qu'elle avait ordoîmé que Ton renforçât les gardes pos-
MIN. D'ANGL. A STOCKHOLM^ EN 1747- 34l
tées clans le quartier. M. Guideckens parut recevoir cet avis avec reconnaissance, mais il fit des difficultés sur la parole d'honneur qu'on lui demandait, ne sachant pas, disêiit-il, si le marchand se trouvait encore dans sa maison, et il se borna à j^romettre de ne point différer sa i-^l^onse.
Le chancelier de la cour, s'étant mis en devoir d'aller rendre compte au roi de cette seconde conversation, reçut en chemin des ordres de S. M. de réclamer formellement le criminel. 11 retourna sur ses pas, et trouva le ministre d'Angleterre sur le point de monter en carosse^ ce qu'il fît en effet un moment après. Il lui déclara de la part du roi , que S. M. ayant su qu'il y avait des mesures de prises pour faire évader le criminel, elle avait trouvé bon de l'en informer, et de demander formellement qu'il fût livré avant la nuit tombante; à défaut de quoi, les ordres de S. M. l'autorisaient d'avoir recours à d'autres moyens; que dans ce cas M. Guideckens, après les^avertissemens qui lui avaient été donnés préalablement, n'aurait aucun sujet de se plaindre; mais qu'on était persuadé au reste qu'il ne se refuserait point au parti le plus convenable à l'amitié qui subsistait entre les deux cours. M. Guideckens donna à ces paroles un sens de menace, comme si l'on avait eu intention d'employer la force ; mais il reçut des protestations qui durent le rassurer.
Dans ces entrefaites arriva le gentilhomme de la cour, chargé de faire au ministre d'Angleterre , ainsi qu'à MM. les ministres des autres cours, la déclaration susmentionnée, que la longueur de la tournée ne lui avait pas permis de venir faire plutôt à M. Guideckens. Il reçut simplement cette déclaration, et le chancelier de la cour, ayant pris la parole, dit que c'était-là justement le sujet de leur entretien, et que l'affaire allait être terminée. Le chancelier s'étant en suite retiré, reçut, quelques.
342 X. AFFAIRE DE M. GUIDECKENS,
heures après , la lettre suivante de ce ministre. — {Elle se trouve placée p. 333.)
Le chancelier de la cour s'étant donc rendu chez lui, témoigna de la part du roi le gré que S. M. lui savait de la facilité qu'il avait apportée, et dont elle tiendrait compte à sa cour dans \qs occasions. Comme, il ne s'agissait plus que de s'entendre sur la manière dont se ferait l'extradition, le chancelier lui proposa, puisqu'il ne convenait point que les gardes entrassent dans sa maison , de consentir cpi'un des adjudans-généraux du roi, qui se trouvait à portée, et un officier des gardes reçussent le criminel. M. Guideckens y accpnesça de honne grâce. Il traita les officiers avec politesse, et donna ses ordres pour l'extradition. Il se réserva d'intercéder auprès du roi, en faveur du prisonnier, et pria que l'on prévînt S. M. à cet effet. Û ajouta qu'il paraissait qu'on lui avait rendu de mauvais offices auprès du prince -royal; ce qui lui faisait juger que S. A. R. ignorait les bons offices qu'il lui avait rendus dans le temps de son élection. Le chancelier de la cour dit qu'en effet il était parvenu à sa connaissance qu'il n'y avait pas nui, et promit de le faire valoir. Il conclut, en lui disant qu'il conviendrait sans doute lui-même qu'on avait scrupuleusement observé dans cette occasion tout ce que l'usage prescrivait entre des cours amies, et tout ce que les égards du roi pour celle d'Angleterre avaient paru exiger, et que lui, chancelier, se ferait un devoir de rendre justice auprès du roi à son procédé, qui ne pouvait produire que de bons effets, relativement à rintelligence qui subsistait entre les deux cours.
Le baron de Noleken ayant assisté à l'extradition, retourna chez le ministre d'Angleterre, et lui réitéra le compliment qu'il lui avait déjà fait sur la manière dont il avait exécuté la chose, mais il lui lit connaître en même temps que le roi n'avait pu voir qu'avec surprise, dans la lettre rapportée ci-dessus, le sens forcé qu'il
MIN. D'ANGL. à STOCKHOI.M; EN 1747- 343
avait donné à la dernière fléclaratîon qui lui avait été faite comme si Ton avait eu dessein d'en venir à des violences, dont S. M. lui avait expressément enjoint de l'assurer du contraire. M. Guideckens ayant demandé si aux mots d'autres mesures ou moyens, l'on pouvait donner un autre sens, Je chancelier lui dit que S. M. n'entendait par -là que la nécessité où elle se serait à Ja fin vue réduite de se plaindre de lui à sa cour, par la poste qui partait précisément ce jour-là.
On ne peut désavouer qu'en ces occasions M. Guideckens n'ait laissé échapper des expressions qui ne furent pas assez mesurées, tellement que le chancelier de la cour le pria de les épargner, en lui déclarant néanmoins qu'il ne prétendait en faire aucun usage. Mais une chose sur laquelle il a insisté principalemenf, a été sur l'obligation où il a prétendu qu'on était de lui laisser le temps de savoir les sentimens de sa cour. Le lendemain le roi lui envoya un gentilhomme, pour lui témoigner que S. M. lui savait gré de sa facilité, qui répondait aux sentimens qu'Elle avait toujours supposés à la cour brilaunique. Le roi lui répéta la même chose, quand il vint quelques jours après faire sa cour à S. M.
Mémoire en forme de lettre^ adressé au roi de ^iiède par le colonel Guideckens^ ministre d'Angleterre.
Sire, après que le rapport avait été fait au roi mon maître , de tout ce qui s'est passé le 17 Novembre de l'année passée, au sujet de l'extradition du marchand Springer qui s'était réfugié chez moi, S. M. Britannique n'a pu voir qu'avec la dernière surprise que l'on en soit venu à de nouvelles violences contre son ministre, avant même qu'on m'ait donné la satisfaction que j'ai si souvent demandée pour les insultes faites cinq mois auparavant par la garde de nuit à ma maison et à mes gens»
344 X. AFFAIRE DE M. GUIDECKENS,
Dans les représentations qnc j'ai ordre de faire à V. M. sur l'affaire du 17 Novembre, je ne m'arrêterai pas sur la question; „si la maison d'un ministre étran- „ger peut servir d'asile, jusqu'à ce que le maître soit „ d'avis de faire rendre celui qui s'est réfugié chez lui, „ou que ledit réfugié soit réclamé de la part du sou- „ verain auprès duquel il réside. " Cette tlièse a été décidée par de célèbres jurisconsultes, ainsi que par une pratique continuelle. Il est connu de quelle manière le roi de France Louis XIV demanda et obtint une satisfaction pour les violences faites au duc de Créqui , son ambassadeur à Rome , et quoique dans un pareil cas il se fût commis les plus grandes violences contre riîôtel de Dom Pedro de Cabrail, ministre de S. M. Portugaise à Madrid, le secrétaire d'état de S. M., M. Patinho, loin de nier le droit d'asile affecté aux maisons des ministres étrangers, tâclia seulement, dans sa lettre circulaire du 28 Février 1735, de changer les circonstances, et de supposer des cas tout différens' pour justifier les actes de violence qui s'étaient faits.
Ce principe posé , il s'ensuit naturellement que l'hôtel d'un ministre étranger doit être à l'abri de toute insulte, et doit jouir du droit d'asile, selon le sentiment des plus célèbres jurisconsultes, tant que ce droit n'est point aboli par un consentement mutuel. Il ne s'agit point ici de ce qu'un ministre prudent, et qui connaît parfaitement les sentimens justes et équitables de son maître, doit faire dans le cas où un criminel qui s'est réfugié chez lui, est réclamé; il s'agit seulement de ce point, que la maison d'un ministre étranger ne j^eut être violentée, quand même il s'opposerait à l'extradition d'un criminel, et que dans de pareilles circonstances, le prince auprès duquel ce ministre réside, n'aurait autre chose à faire qu'à en porter des plaintes au maître dudit ministre qm', étant exempt par suite de l'inviolabilité dont il jouit, de toute jurisdiction étran-
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gère, n'a d'autre juge compétent que son propre souverain.
Les exemples que Ton voudrait alléguer pour soutenir le contraire, au lieu de justifier les violences commises en pareil cas, ne serviraient qu'à confirmer ce que je viens d'avancer. Les souverains ont toujours regardé ces violences comme une offense, en ont demandé satisfaction, et en cas de refus, ils ont pris des mesures sérieuses pour l'obtenir; ce qui est prouvé par plus d'un exemple.
Si donc la maison d'un ministre étranger doit être à l'abri de toute violence, comment le roi, mon maître, doit-il juger la conduite inusitée que l'on a tenue à mon égard dans l'affaire du marchand Springer; surtout lorsqu'on considère que je n'ai jamais refusé son extradition, vu que l'on m'a annoncé de la part de V. M. qu'il était criminel d'état, quoiqu'il n'ait été condamné comme tel que quelque temps après? Le délai que j'ai demandé pour me déterminer, n'était que pour pouvoir conférer avec les ministres étrangers sur la manière irrégulière et étrange avec laquelle on m'a demandé l'extradition de ce marcband.
Le lendemain après que S^^ringer se fut réfugié chez moi, on s'est oublié jusqu'à faire poster des sentinelles à toutes les rues et avenues aboutissant à mon bôtel. Â neuf beures du même matin, M. de Nolcken, dhancelier de la cour, me fit connaître plus clairement les dispositions peu amiables que l'on avait à mon égard, en me déclarant qu'on avait lieu de se promettre que je ne voudrais pas par mon refus donner occasion à quelque événement qui pourrait être également fâcbeux et désagréable pour les deux cours. Non content de cela, et quoique, comme je l'ai déjà dit, je n'eusse aucunement refusé de consentir à l'extradition de Sj^ringer, M. de Nolcken me vint faire des menaces, en me déclarant brusquement, dans une troisième visite qu'il
346 X. AFFAIRE DE M. GUIDECKENS,
me fit le même malin, et pour la même affaire, que V. M. avait jugé à propos de faire renforcer la garde qui était autour de ma maison, et qu'elle attendait à être instruite dans une heure de mes intentions au sujet de l'extradition de Springer, afin que V. M. sçût les mesures qu'elle aurait à prendre.
Une déclaration si claire et si formelle ne pouvait renfermer aucun équivoque 5 car liis mesures les plus efficaces avaient été déjà prises pour empêcLer que Springer n'échappât, et l'on avait pour cet effet renforcé jusqu'au nombre de 400 hommes les troupes qui étaient autour de ma maison. Il était donc question de mesures ultérieures. Celles-ci ne pouvaient consister que dans la force et la violence, comme on l'a fait voir Lientôt après par des actes d'hostilités réelles; car vers ]es midi, lorsque j'étais monté en carrosse pour faire quelques visites, on me fit suivre par-tout par un officier à cheval. Les troupes eurent de plus ordre cle charger a halle. Les gens qui voulaient venir chez moi, furent arrêtés, et n'eurent pas la permission d'y entrer. On tenta même de fouiller mes gens.
Par tout ce que je viens d'avoir l'honneur d'exposer à V. M. il est évident, qu'on n'a pas eu pour moi dans cette occasion les procédés que les usages généralement reçus auraient exigés, ni les égards dûs aux têtes couronnées , dans la personne de leurs représentans. On a d'ahord commencé par des menaces et des violences: on m'a traité moi-même comme un prisonnier, en ne me perdant pas de vue en quelque façon: en un mot, on a fait tout ce que l'on a pu pour me forcer à l'extradition du marchand Springer.
Pour pallier ces procédés extraordinaires, on a débité , 1) que les troupes , dont on a environné ma maison, n'ont dû servir qu'à me défendre contre la populace. 2) Qu'il y a une ordonnance de cette cour qui décide contre les ministres étrangers en pareil cas.
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À l'égard du premier article, il ne paraît pas qu'on ait pu raisonnablement prévoir ou croire que la populace avait conçu quelque mauvais dessein contre ma maison, et l'événement l'a fait voir, puisque le jour que le marcliand Springer fut exposé sur Téchaffaud, bien loin de lui faire la moindre insulte, la populace témoigna compatir à l'affront et à la peine que l'on faisait souffrir audit Springer.
Pour ce qui regarde le second article, il est notoire qu'un souverain peut faire telles ordonnances que bon lui semble à l'égard de ses propres ministres ; mais on conviendra aussi que si ces ordonnances renferment des clioses qui soient contraires au droit des gens, reconnu et reçu partout, elles ne peuvent s'appliquer aux ministres des autres puissances, à moins d'un consentement ou d'une convention préalable.
Voilà, Sire, ]es représentations que j'ai ordre exprès du roi mon maître de faire à V. M. sur ce qui s'est passé mardi 17 Novembre dernier, au sujet de l'extradition du marchand Springer qui s'était réfugié cbez moi. S. M. Britannique croit que ses ministres ne sont responsables de leurs actions qu'à elle seule 5 que c'est à elle qu'il faut porter des plaintes dans le cas où un d'eux aurait pu s'écarter de ce qui est dû au souverain auprès duquel ils résident,' et, elle ne saurait donc regarder la manière dont on en a agi envers moi dans cette occasion, cjue comme une infraction manifeste du droit des gens. C'est pourquoi S. M. Britannique s'attend de la justice connue de V. M. qu'elle fera examiner sans délai la conduite de ses ministres dans cette affaire, et me fera donner une satisfaction aussi éclatante^ que les outrages et les violences exercées envers moi ont été publiques.
Je reviens. Sire, j)résentement aux plaintes que j'ai si souvent portées et aux représentations que j'ai si
348 X. AFFAIRE DE M. GUIDECKENS
souvent faites toucliant l'insulte commise par la garde de nuit contre ma maison et mes domestiques, le 7 Juin de l'année passée. Quelque prétexte que l'on puisse alléguer pour me refuser la satisfaction qui m'est due, S. M. Britannique ne sauroit attribuer ce refus qu'aux mauvaises dispositions de certaines ])ersonncs ici à son égard; car il n'y a point de maxime plus simple, ni plus généralement reçue que celle-ci, savoir : „Que 5, ceux qui offensent et outragent des ministres publics, „ne violent pas seulement le droit des gens, mais com- „ mettent aussi un crime capital contre les lois civiles, 5, et que ce crime est capital dans sa propre signilîca- „tion5 c'est à dire punissable de mort." Aussi cette vérité a été reconnue de tout temps en Suéde. L'équipage d'un ministre de l'empereur ayant été insulté par un cavalier du temps de Charles XI, ledit cavalier fut condamné à mort, de l'approbation de ce prince, comme on le voit par la lettre de S. M. au gouverneur de cette ville.
On prétend ici que la satisfaction que je demande, est contraire aux lois et à la forme du gouvernement de ce royaume, mais S." M. Britannique est très-bien instruite que, selon les lois de Suéde même, on ne peut me refuser l'arrestation des gardes de nuit en question, puisqu'elles disent expressément; „que dans les cas de „ quelque crime énorme, plainte ayant été portée dans „ l'instant, ou dans les 24 heures, la personne accusée „doit d'abord être mise aux arrêts."
Si le crime dont ces gens ont été coupaljles a mon égard , est punissable de mort , comme le roi Charles XI l'a reconnu, on ne saurait donc objecter que ce n'est pas un crime énorme. On ne saurait non plus dire que j'ai manqué aux formalités prescrites par la loi, puisque l'on sait que j'ai porté mes plaintes à M. de Nolckcn, chancelier de la cour, le jour après l'insulte; et plu-
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sieurs heures avant que les vingt -quatre heures fussent expirées.
S. M. Britannique ne ]>ouvant donc regarder tous les délais qu'on apporte à la justice qui m'est due dans cette affaire, que comme des faux-fuyans que certaines personnes ici emploient pour me la refuser, c'est au nom et par les ordres exprés du roi, mon maître, que j'insiste de rechef auprès de V. M . sur la satisfaction que j'ai inutilement demandée jusqu'ici, et S. M. Britannique s'attend qu'elle sera non seulement prompte, mais publique.
Le soussigné a l'honneur de se recommander trèsrespectueusement à la hienveillanee de V. M. Fait à Stockholm le 13 Février 1748.
M. GUIDECKENS.
N«- IV
3Iémoire de la cour de Suède, remis par le mintslre du roi accrédité ii la cour de Londres^ au secrélaire d'état de S. M. Britannique.
S. M. le roi de Suède aurait cru ne pouvoir faire un usage plus convenable du mémoire ci-joint que M. Guideckens, ministre de S. M. le roi d'Angleterre, lui a adressé, qu'en le lui renvoyant immédiatement, si elle x^gh avait été empêchée par la seule considération, qu'elle y a trouvé employé le nom respectable de S. M. Britannique. Mais sa dignité ne lui permettant point d'entrer eu discussion avec un ministre dont la plume respecte si peu les droits \es plus sacrés, elle a mieux aimé ordonner au ministre soussigné de s'ouvrir directement au ministère de S. M. le roi d'Angleterre, sur le princij)al sujet du mémoire.
Le récit de ce qui s'est passé lors de l'extradition du criminel j nommé Springer, que le soussigné a déjà
350 X. AFFATRE DE M. GUIDECKENS
eu rhonneur de communiquer ici, joint à la note qui l'accompagnait, auront suffisamment prévenu S. M., le roi d'Angleterre sur tous les faux exposés dont ce mémoire est rempli. Jamais ménagemcns n'ont été plus soigneusement observés, et jamais les égards pour S. M. le roi d'Angleterre n'ont été manifestés d'une manière plus marquée. Aussi M. Guideckens a-t-il trouvé à propos, à défaut de faits, d'avoir recours à des suppositions singulières à la vérité , mais qu'il a avancées avec assurance, pour prouver de prétendues violences et infractions contre le droit des gens. S. M. le roi de Suède en connaît toutes les prérogatives. Elle sait jusqu'où s'étend aujourd'hui le droit d'asile dans un cas de haute trahison, et elle se serait crue fondée à employer plus de rigueur dans celte occasion, et elle l'aurait fait, si la considération qu'elle a pour S. M. le roi d'Angleterre , ne l'en avait empêchée. On n'aurait pas été en peine de trouver à la cour même de S. M. Britannique des exemples propres à prouver qu'il y a des cas où l'inviolabilité du caractère de ministre étranger est limitée.
Il n'est donc point question ici de réfuter l'ample dissertation dans laquelle M. Guideckens est entré sur les immunités d'un ministre public. On les a consultées même plus scrupuleusement que ne l'ont fait, de nos temps, d'autres cours en de pareils cas; et que ne paraissait l'exiger celui dont il s'agit. Supposé toutefois que, malgré tous les ménagemens que l'on a eus, on crût pouvoir blâmer les procédés qui ont été observés, S. M. le roi de Suède déclare qu'il n'y a rien eu à quoi elle n'assujettisse elle-même ses ministres dans les cours étrangères, s'ils s'oubliaient au point de cacher chez eux des personnes accusées de haute trahison , ou de s'opposer le moins du monde à leur extradition. S. M. aurait surtout considéré une pareille conduite avec
MIN. d'aNGT.. à STOCKHOLM 3 EN 1747. 351
indignation, si son ministre a la cour Je S. M. le roi (l'Angleterre eût abusé ainsi cle son caractère pendant les derniers trouLîes d'Ecosse.
Ce serait faire tort aux lumières et à l'équité de S. M. Britannique, que dappuyer d'avantage sur ce sujet. On passe à l'injurieuse séparation du roi et de son ministère, que M. Guideckens fait dans son mémoire, comme il l'a déjà fait ailleurs. Il est étonnant qu'après un si long séjour en Suéde, il ait pu vouloir s'abuser lui-même sur la forme du gouvernement. Il ne peut ignorer combien les démarches du ministère y sont subordonnées aux ordres du roi, et bien loin que S. M. puisse lui passeï' d'avoir osé lui demander satisfaction de son ministère, elle est fondée elle-même à demander justice à S. M. Britannique d'un outrage fait à son autorité et à la fidélité de son conseil. Aussi il est enjoint ou soussigné d'y insister , ainsi qu'il a l'honneur de s'en acquitter par le présent mémoire.
Le second point sur lequel roule le mémoire de M.. Guideckens, est l'insulte qu'il dit avoir été commise contre sa maison et contre ses domestiques par les gardes de nuit, et dont il demande réparation. Pour mettre cette affaire dans tout son jour, le soussigné ne peut se dispenser d'entrer dans des détails qui y ont rapport, quoiqu'ils ne soient pas inconnus au ministère de S. M. Britannique.
Le premier mémoire, que présenta en celte occasion M, Guideckens, j^ortait que ses gens, ayant été maltraités de paroles par trois hommes du corps d'artillerie, quatre gardes de nuit étaient survenus, et s'étaient saisis d'un de ses domestiques; que celui-ci s'étant dégagé de leurs mains, et étant rentré dans la maison, les gardes de nuit avaient voulu en forcer la porte; mais qu'on les en avait fait retirer, en les chassant à coups de bâton. Il concluait par demander que ces trois
352 X. AFFAIRE DE M. GUIDECKENS,
hommes, et le guet, fassent arrêtés, et que Pon examinât TafFaire à fond. Il est à remarquer cfue dans le même lem2)s on fit rapport au roi des jilaintes qu'avaient portées les gardes de nuit, qu'elles avaient été insultées jiar les domestiques du même ministre. Le roi ordonna aussitôt qu'on en fît part à M. Guideekens, et que nonobstant des rapports, aussi contradictoires, on lui déclarât qu'il aurait pleine satisfaction, moyennant qu'il voulût permettre à ses domestiques de se présenter devant les juges, afin d'éclaircir le fait. M. Guideekens répondit qu'il s'y prêterait dès l'instant qu'il aurait appris que les accusés auraient été conduits aux arrêts. Il est à observer que dans sa réponse il a eu grand soin d'assurer que c'était par ses ordres que ce guet avait été chassé et mis en fuite à coups de bâton; on laisse à juger s'il convient à un ministre, qui déclare s'être fait justice lui-même, au point de s'être arrogé le droit de châtier, de demander ensuite au gouvernement satisfaction.
Peu de temps après , il présenta un second mémoire, dans lequel il insista de nouveau sur l'arrestation préalable, avant qu'il pût se déterminer à laisser comparaître ses gens. Le roi lui fit connaître par une réponse formelle qu'il avait appris avec déplaisir les sujets de plaintes qu'il disait avoir reçus, et dont S. M. était disposée à lui faire avoir justice selon toute l'exigence du cas 5 mais que les lois du pays ne permettant point de faire arrêter personne sans connaissance de cause, on le requérait encore de permettre que ses gens assistassent à l'examen. Loin de s'y prêter, il donna, quelque temps après, un troisième mémoire au nom et par ordre, disait -il, de sa cour, dans lequel il continua d'insister sur la satisfaction, mais tout en refusant de laisser comparaître ses gens, avant que les accusés eussent été emprisonnés, prétendant que tout examen d'un fait, dont il avait été témoin oculaire, était superflu,
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attendu que son seul rapport devait suffire pour ïe constater. Il est à. remarquer toutefois qu'ayant dit dans son premier mémoire qu'il s'était mis à la fenêtre dans le temps où les gardes de nuit faisaient des efforts pour enfoncer la grille de fer, il n'a pu voir tout au plus que cette seule et dernière circonstance. Ainsi, il ne saurait être en droit d'exiger que l'on s'en rapportât à lui sur la question de savoir qui avait donné lieu à la première insulte,
La réponse du roi portait qu'il voyait avec surprise que ce ministre se fût plaint à sa cour, comme d'un déni de justice de la part de S. M., quoiqu'elle lui eût déclaré formellement qu'on lui rendrait toute celle que le cas pouvait comporter, à condition qu'il se prêtât de son côté aux formalités que les ordonnances prescrivaient, et qu'il fît comparaître ses gens pour éclàircir l'affaire; que la même difficulté subsistant de sa part, il devait s^en prendre à lui-même de ce que la satisfaction n'avait point encore été donnée. Qu'à l'égard des formalités, elle ti'exigeait rien à quoi elle n'assujettît ses propres ministres dans les cas qu'exigeaient les lois du pays, et qu'elle espérait de l'équité de S. M. le roi d'Angleterre qu'elle aurait égard à ces circonstances. M. Guideckens a refusé constamment de s'y accommoder, quoique le ministère de S. M. [e roi d'Angleterre eût déclaré au ministre de S. M. le roi de Suède, que M. Guideckens avait le pouvoir de se relâcher là-dessus, dans le cas où ce serait en conformité des ordonnances du pays. Cependant le roi , par un effet de ses égards pour S. M. le roi d'Angleterre, donna ordre que la chose fût examinée de la manière la plus jcrupuleuse, indépendamment des éclaircissemens qu'on avait espéré envain d'obtenir des domestiques du ministre.
Cet examen, loin de justifier le détail rapporté dans ses plaintes, met le tort en entier du côté de ses domestiques, puisque les accusés ont déposé unanimement, et ofï'ert de le confirmer par serment, que les domestiques les avaient insultés les premiers de paroles et de
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coups, de manière que la conduite qui a été tenue par la troupe, ainsi que par les gardes de nuit, n'a été que celle, à laquelle le droit d'une juste défense les autorisait. Il est prouvé de plus qu'aucun des gardes de nuit n'a touclié à la grille, si ce n'est qu'un d'entre -eux ayant reçu un coup qui l'étourdit, et dont il est mort ensuite, et ayant voulu saisir celui qui le lui avait donné, les tenailles dont ces gardes sont munis ^ avaient porté contre la grille. Ces informations ont été communiquées à M. Guideckens par le gouvernement de la ville, auquel le roi avait enjoint de lui déclarer que S. M. attendait sa détermination à cet égard; toujours également disposée à lui faire avoir toute la satisfaction due à son caractère, si l'on pouvait encore prouver que les accusés fussent coupables. L'affaire en étant demeurée là, îl n'a plus dépendu que de M. Guideckens d'obtenir une satisfaction.
L'exemple du règne de Charles XI de glorieuse mémoire, allégué par M. Guideckens, prouve combien on a été de tout temps soigneux à la cour de Suède de pourvoir à la sûreté des ministres étrangers; mais il n'est point à comparer avec ce qui s'est passé ici. Il était question alors d'un fait notoire et avéré, où rien n'empêcliait que la justice ne pût être prompte. Ici on n'a d'autre preuve que les seules plaintes du ministre, directement opposées à ce qui a résulté de Texamen. On ne fait nulle difficulté d'ajouter foi à ce que déclare un ministre étranger, au nom de sa cour. C'est là le sens de ses lettres de créance; mais elles ne portent point sur des cas privés, et l'on ne saurait accorder à M. Guideckens, ni à tout autre ministre étranger, que sa seule dénonciation puisse servir de preuve irréfragable.
S. M. le roi de Suède ne balance point à s'en rapporter à la propre décision du roi d'Angleterre, si dans les deux cas, dont il s'agit, il a été possible de porter plus loin les attentions pour elle. S. M. n'a rien de
plus fortement à coeur que de lui en donner dans tous les temps des preuves convaincantes, et elle ne désire autre chose que de voir à sa cour, à la place de M. Guideckens, un ministre qui puisse en rendre un compte fidèle à Si M. Britannique.
Comme divers bruits répandus dans le public faisaient croire que le baron de KorlF, ambassadeur de l'impératrice de Russie a la cour de Stockholm, avait eu des intelligences avec le négociant Springer, ce ministre jugea à propos d'adresser le mémoire suivant au roi de Suède.
Mémoire en forme de lettre adressé au roi de Suède par le baron de Korff^ ambassadeur de Vimpératrice de Russie à la cour de Stockholm.
Sire, comme le bruit s'est généralement répandu dans cette ville , que le négociant Springer avait été arrêté par suite d'avoir fréquenté l'hôtel de l'ambassadeur soussigné dès son arrivée dans cette capitale, et que de pareils bruits pourraient suggérer au public des idées incompatibles avec les intentions amicales de S. M. l'Impératrice, le soussigné se trouve dans l'obligation de représenter respectueusement à V. M. que si l'on gardait à ce sujet plus long-temps le silence, ces bruits paraîtraient peutêtre avec le temps vraisemblables et préjudicieraient au véritable but que les deux cours se proposent et qui doit cimenter de plus en plus l'amitié qui subsiste entre elles.
L'impératrice n'a jamais négligé de donner à V. M. et à son royaume en toute occasion les preuves les plus évidentes de ses intentions pacifiques et de son affection. C'est dans celte vue, et pour témoigner combien S. M. Impériale a à coeur la tranquillité et la sûreté
356 X. AFFAIRE T)E M. GUIDECKENS,
de V. M. et de son royaume, et qu'elle est disposée k contribuer à leur conservation, que S. M. Impériale conjointement avec l'impératrice des Pvomains, reine de Hongrie , a fait inviter hier V. M. par son ambassadeur extraordinaire qui réside à votre cour, d'accéder au traité d'alliance défensive conclu entre leurs dites Majestés Impériales à Petersbourg le 22 Mai 1746.
Le soussigné convient qu'il a employé le négociant Springer pour se procurer par lui les cboses dont il avait besoin pour son établissement en cette ville, ainsi que cela est permis partout aux ministres étrangers; ce qui par conséquent peut d'autant moins préjudicier audit négociant, que le soussigné a riionneur d'être revêtu du caractère d'ambassadeur auprès de V. M. de la part d'une souveraine qui s'est constamment fait une règle d'entretenir une amitié sincère avec V. M. et d^avoir une entière confiance dans ses sentimens pour elle.
Le soussigné en remettant aux lumières éclairées de V. M. s'il ne conviendrait pas de désabuser le public sur ces bruits si préjudiciables, et d'ordonner que l'on prît des mesures pour en faire voir la fausseté, se recommande avec le plus profond respect à sa haute bienveillance.
Fait à Stockholm, le 28 Février 1747.