‹ Causes celebres du droit des gens (volume 5)Chapitre 47 sur 123 · XII. AFFAIRE DU COMTE DE LA SALLE · texte numérisé non relu

XII. AFFAIRE DU COMTE DE LA SALLE

])raliqnc partout ailleurs) n'a pu que se ]>rcter A celle crime cour voisine. Elle pouvait d'autant moins balancer a y aquiescer qu'elle n'avait aucune connaissance de ce que M. le comle de la Salle devait être accrcdilc de la ])art de S. M. Très -Chrétienne, ayant été neuf jours dans cette ville, fréquentant les sociétés, et ne s'étant qualifié que comme simple particulier, venant de Varsovie.

Je ne veux entrer ici dans aucun autre détail sur la conduite de M. de la Salle qui ne saurait être approuvée; je me contente de répondre à V. Exe. sur rélargissemcnt de cet officier, qu'elle exige, en lui rappellant ce dont on est convenu avec elle le premier jour, savoir:

1) Que le roi mon très - gvacieux maître demanderait un ra])port exact et circonstancié de la ville, défendrait à ladite ville l'extradition du prisonnier, et lui ordonnerait de rendre la liberté à son secrétaire et à ses domestiques, et de permettre au colonel de parler à un chacun.

2) Que S. M. ferait écrire au plus vîte en Russie et emploierait ses bons offices pour rendre la liberté à M. le comte de la Salle. Tout cela a été exécuté, et S. M. Polonaise attendra à présent la réponse de la cour de Russie, et les lettres de France, pour savoir en quoi elle pourra ultérieurement contribuer à la bonne harmonie de deux cours, qui sont également ses amies et ses alliées.

J'ai l'honneur d'être etc, Dresde, le ...Mars 1748.

(JSIgnature du vice-chancelier.)

Les représentations que l'ambassadeur de France adressa plus tard à S. M. Polonaise et aux ma-

gnats du royaume pour obtenir l'élargisse;ment du prisonnier, portaient en substance: „ que le colonel 5, de la Salle étant né sujet français, les droits que „S. M. Très - Chrétienne avait sur lui étaient plus „ anciens que ceux que pouvait avoir acquis la cour ,, de Russie par quelques années de service de cet „ officier* qu'en examinant la question sur le droit „ de réclamation qu'avaient les deux gouvernemens, ,5 il ne pouvait y avoir de doute là -dessus, et que „ia qualité de sujet né de la France donnait in- ,^ contestablement à celle-ci le droit de le juger." — M. Des Issarts fit observer encore: „que c'était aux y, deux cours de Russie et de France à s'exjDliquer „et à s'entendre sur leurs droits respectifs au sujet „du comte de la Salle; mais qu'aucun état neutre „ou ami, bien moins encore la régence de la ville „de Dantzig, ne pouvait dans aucun cas s'arroger 5,1e droit d'arrêter cet officier, sans faire injure à „ celui de la puissance au pouvoir de laquelle il ap- „ parteUait ; et que la présentation faite par M. Ma- „tlii de la lettre de créance du comte, comme chargé „ d'affaire du roi, aurait dû engager la régence de „ cette ville à le mettre sur le champ en liberté et 5, à lui restituer ses papiers; le contraire étant ar- „ rivé , S. M. Très - Chrétienne insistait sur une sa- ,,tisfaction dans toutes les formes, sauf à s'entendre 5, après avec la cour de Russie sur leurs prétentions „ mutuelles. "

Déjà dans la nuit du 24 au 25 Mai le comte avait tenté de s'échapper, au moyen d'une corde

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qu'il avait fait descendre dans la Vistule du haut de sa prison; mais après avoir traversé un bras de cette rivière, il fut aperçu par les gardes, qui s'emparèrent de lui et le reconduisirent en prison. Un second essai qu'il fit pour se sauver, n'eut pas plus de succès. Toutefois quelques jours après, feignant d'être malade pour distraire l'attention qu'on avait sur lui, il trouva moyen de tromper la vigilance de ses gardes en endossant les habits de son valet de chambre , qu'il laissa à sa place , et de gagner une issue du fort de Weichselmunde d'où il s'enfuit dans la nuit du 30 au 31 Juillet, se rendant en Prusse et de là en droiture en France (^).

Le magistrat de la ville de Dantzig ayant instruit M. Schers de cet événement, celui-ci lui adressa la note ci-après.

]N°- VIL

Lettre de M. Schas adressée au tnagistrat de la ville de Dantzig {^).

Messieurs, c'est avec le plus vif élonnement que je viens d*a])preiidre par la leUre que MM. du magistrat m'ont adressée hier, que le colonel de la Salle, reconnu espion, déserteur russe, et qui sur la réquisition de

(1) Les fouilles publiques de ce temps mandaient de Dantzig que du SO au SI Juillet, le comte de la Salie avait e'Lc élargi du fort de Wcichselmiiude et envoyé seci'ètement en Erancc; ajoutant que cet élargissement avait ete concerte entre les ministres du roi et les quatre bourguemaîtres de la ville sans consulter les autres magistrats,

(2) Traduite de l'allemand.

S. M. rimpératrice avait été arrêté et conduit au fort de Weicliselmimde , a disparu.

Cette évasion a d'autant plus lieu de me surprendre que toutes les circonstances prouvent jusqu'à l'évidence, qu'elle s'est faite du su des autorités de la ville. La permission qui fut accordée audit colonel, de changer son logement, afin d'être plus commodément : la faculté de pouvoir se promener dans l'intérieur de la forteresse, et d'avoir avec lui son valet de chambre; le soin que l'on prit de le laisser de nouveau à la garde des mêmes officiers qui lors de la première tentative que le prisonnier fît, pour s'échapper, s'étaient rendus coupables d'une si grande négligence; les perquisitions tardives et peu soigneuses que l'on fit alors pour se resaisir du prisonnier, et le laps de temps de 30 heures enfpi, que l'on vient de laisser passer avant de m'instruire de la fuite, sont des preuves plus que suffisantes pour constater la part que le gouvernement de cette ville a prise dans cette affaire.

Comme il est de mon devoir de rendre au plutôt un compte exact à S. M. l'Impératrice de cet événement, je dois vous prier Messieurs, de m'instruire le plus promptement que possible de toutes les circonstances qui ont accompagné cette entreprise.

Je suis peiné de devoir en cette occasion informer S. M. ^Impératrice, combien peu les faits ont répondu aux assurances réitérées que le magistrat m'a donnés sur le soin particulier qu'il prendrait de la garde de ce prisonnier, et je ne puis plus vous dissimuler Messieurs, que ce n'est qu'à vous mêmes qu'il faudra vous en prendre pour les suites fâcheusses que cet événement nécessairement attirera sur vous personnellement, et sur la ville de Dantzig.

Dantzig, le ^5. Août 1748.

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