XX TABLE DES MATIERES
Loujs XV., roi de France, près Auciste II. roi de Pologne, fait prisonnier à Dantzig par le fcldmareclial russe, comte de Munich 210
CAUSE SEPTIÈME
Rupture enti-e les cours d'Espagne et de Portugal, à la suite d'un attentat commis à Madrid en 1735 , par les gens de Dom Pedro de Cabëal, marquis de Belmonte, ministre du roi de Portugal à la cour d'Espagne , accommodée par la me'diation de la France , de l'Angleterre et de la Hollande . 247
CAUSE HUITIEME
Arrestation du duc de Belle-Isle, mare'chal de France , se rendant en 1744 à Berlin, en qualité de ministre plénipotentiaire de S. M. Très-Chrétienne 285
CAUSE NEUVIÈME
Desaveu donne' en 1746 par les États-Ge'ne'raux des Provinces- Unies des Pays-Bas à la conduite de leur ambassadeur à la cour de France, M. van Hoey, et excuses que fut obligé de faire celui-ci au ministère britannique, pour avoir agi sans instruction de son gouvernement 311
CAUSE DIXIÈME
Différend survenu en 1747, entre la cour de Suède et celle de la Grande-Bretagne, au sujet de l'extradition d'un négociant nommé Springer, accusé de haute trahison et réfugié dans l'hôtel du ministre d'Angletei're 326
CAUSE ONZIÈME
Différends survenus dans les années 1740 et 174l , entre le Danemark et la Hollande, au sujet de, la pèche d'Islande et de Groenlande 359
CAUSE DOUZIÈME
Discussion qui s'éleva eu 1748, entre les cours de France, de Russie et de Pologne, à l'occasion de l'arrestation du comte de la Salle, sujet français entré au service de la Russie . 399
CAUSE PREMIERE
Violences exercées en 1705^ jyar Victor Amédée^ duc de Saroj/e, contre l'ambassadeur de France M. de Fhelipiieaux ^ en représailles du désarmement des troupes Savof/ardes entrées au service de France et d'Espagne,
1 ouTE l'Europe était attentive à la conduite que tiendrait Victor- Amédée , duc de Savoye, en 1700 après la mort du roi d'Espagne Charles II, puisqu'on ne doutait point que cette mort n'allumât la guerre en Italie , et surtout dans le Milanais. Les maisons d'Autriche et de France avaient également intérêt à attirer le duc dans leur parti.
Aussi à peine Philippe V fut -il reconnu roi d'Espagne (^), qu'il fit demander en mariage Marie- Louise- Gabrielle de Savoy e, fille cadette du duc régnant, qui ne refusa point cette alliance.
Sa fille ainée avait, quelques années auparavant, épousé le duc de Bourgogne, héritier présomptif de la couronne de France j de manière que ses deux
(1) Le 14 Nov. 1700 ; il fut le premier prince de la maison de Bourbon qui montAt sur le trône d'Espagne.
l. AI'FAIIIE DE M. DK VllVA.JVPEAUX
filles se Iroiivaient plac^ées sur deux des plus piiîssans trônes de l'Europe (^).
Ce mariage fut suivi d'un traité d'alliance signé entre les rois de France et d'Espagne, et le duc de Savoye ; par lequel ce dernier s'engageait à fournir dix-mille hommes aux deux souverains, pour la défense du Milanais ; permettait aux troupes françaises qui se rendraient en Italie, le libre passage par ses états, et obtenait le commandement général de leurs armées enLombardie, accompagné de gros subsides. Ces dispositions firent de la peine à la cour impériale; mais Guillaume Ilf, roi d'Angleterre, rassurait l'empereur sur ces engagemens du duc de Savoye, persuadé comme il l'était qu'on pourrait le ramener. Déjà les troupes impériales étaient entrées dans le Milanais, lorsque le duc de Savoye se mit en campagne; celles qu'il devait fournir, ne joignirent que fort tard l'armée espagnole et française, et S. A. R. ne se mit à leur tête que vers la fin du mois de Juillet.
La campagne n'était pas encore finie, que le duc de Savoye demanda au roi de France de plus gros subsides , qui lui furent accordés. Tandis que le duc de Savoye assurait les cours de France et
(1) On prétend que la duchesse de Bourgogne employait tous les moyens pour découvrir les secrets et les desseins les plus cache's de la cour de France, et en instruisait son père. A la mort de cette princesse, Louis XIV trouva, dit-on, dans une cassette, les preuves des intelligences qu'elle avait avec la cour de Turin, et ne put s'empêcher de dire d Me. de Maiutenon: „La petite coquine nous trahissait ! '*
d'Espagne de son attachement à leurs intérêts, et qu'il permettait le passage aux troupes françaises'par ses états; il s'en excusait non -seulement vis-à-vis de la cour impériale; mais dans une lettre au roi d'Angleterre, dans laquelle il lui rendait compte de sa conduite, il l'assurait expressément, „que c'était „ contre son inclination qu'il permettait aux troupes ^françaises de passer par ses états, pour se rendre „dans le Milanais; mais qu'il sj voyait forcé parla „ malheureuse situation de son pays."
Avant la fin de la campagne de 1702, le duc de Savoye, malgré les instances des généraux français et espagnols, ramena ses troupes en Piémont. Après son retour à Turin, il représenta au roi de France la modicité des subsides, et lui m demanda de nouveaux, qui lui furent encore iccordés. Le roi de France n'ignorait pas les inngues du duc, ni les solhcitations qu'on lui faisait Dour rompre ses engagemens avec lui et le roi d'Es- )agne; il dissimula toutefois son ressentiment, espéant que les véritables intérêts de ce prince, ne lui permettraient pas de s'exposer aux dangers où le louveau parti qu'on lui proposait d^embrasser, pionerait ses états.
Peu de tems avant la mort du roi d'Angleterre, 3 ministre de Savoye à Londres eut ordre d'y soUiiter les subsides que S.' M. Britannique lui faisait spérer ; mais il lui fut défendu en même temps, de e rien négocier par écrit, de crainte que les émisures français n^en eussent connaissance.
Pendant la négociation, GuiUaume III vint à
4 ï. AFFAIRE DE M. DE PIT FLIPPE AUX,
inourir (0? ^^ comme le duc de Savoye n'osa confier SCS secrets à la reine Anne qui n'eut d'abord aucune part en sa confiance, la négociation fut continuée à Vienne.
Comme cette cour n'avait point encore oublié le traité que le duc de Savoye avait conclu avec la FrcUice, en I696, sans la participation de ses alliés, quoiqu'il eût promis de ne pas s'en détacher, elle avait de la peine à se fier à ses promesses , et à se persuader qu'après le mariage que venait de contracter sa fille avec le roi Philippe V, il voulût entrer de bonne foi dans une alliance qui avait pour but de détrôner son gendre et sa fille, qui ne luî avaient donné aucun sujet de mécontentement. Ces considérations obligèrent la cour impériale à prendre des mesures pour traiter avec le duc de Savoye d'une manière qui ne pût devenir suspecte aux alliés. On lui proposa de lui envoyer de Vienne une personne de confiance, munie de pouvoirs suffisans pour mettre la dernière main au traité. M. Salvay, chargé d'abord d'entamer cette négociation, fut envoyé plusieurs fois à cet efî'et à Turin, jusqu'à ce qu'enfin l'empereur, ne doutant plus des bonnes dispositions du duc de Savoye pour les intérêts de sa maison, lui envoya le comte d'Auersberg avec plein pouvoir de traiter et de conclure une alliance offensive et défensive avec S. A. R. Ce ministre arriva à Turin au mois de Juillet 1703, y resta quelque temps caché, et comme l'on craignait que M. de Plie-
(1) Le 19 Mars 1702.
lippeaux, ambassadeur de France à celte cour, n'eut quelque connaissance de cette négociation, il quitta Turin dans la nuit, et s'établit dans une maison de campagne appartenant au marquis de Prié secrétaire d'état du duc de Savoye.
Non seulement le duc de Savoye se dispensa de prendre le commandement de l'armée pendant la campagne de 1703, mais il remplit même la promesse qu'il avait faite à l'empereur, en réduisant à la moitié les troupes que selon le traité il devait fournir aux armées alliées ; et tandis qu'il se plaignait de la modicité des subsides que la France lui payait pour l'entretien de ses troupes, il les augmenta par de nouvelles levées ; fit pourvoir et fortifier ses places fortes , et tâclia d'obtenir des Suisses la permission de lever quelques régimens dans leurs cantons (^).
Le traité qu'il venait de conclure avec l'empereur fut même annoncé à Lisbonne avant l'échange des ratifications, par les ministres d'Angleterre et d'Hollande qui croyaient d'autant moins devoir en faire un mystère au roi de Portugal, qu'ils désiraient le faire entrer dans l'alliance qu'on lui proposait. Les ambassadeurs de l'empereur à Rome et en Pologne ne furent pas plus discrets, et en parlaient publiquement, en citant même les particularités de cette négociation.
(1) Ce qui fit dire dans les cours étrangères, „que le duc de Savoye ,, voulait reparer par un coup d'eckt le tort qu'il avait fait à ses allies ,,dans la dernière guerre."