N^ XX
Note du cardinal Gabrielli, adressée à M. Lefèbvre, Chargé df affaires de France; du 7 Avril 4808.
Des appartements du Quirinal, le 7 Avril 4808.
Ce matin, vers six heures de France, un détachement de troupes françaises s'est présenté devant le palais de S. S.
h) Le cardinal Gabrielli, d'après les ordres de S. S. , avait fait publier un édit portant que le pape changeait dorénavant sa cocarde, et que celle des militaires qui lui demeureraient fidèles, serait à l'avenir blanche et jaune. L'ancienne cocarde était rouge et jaune. — • Cet édit fut ac-
Le saisse de garde déclara à l'officier commandant le détachement, quil ne pouvait accorder rentrée à une troupe armée, mais qu'il ne s'opposerait pas à ce qu'il entrât seul. ' L'officier français eut l'air satisfait. 11 fit faire halte à sa troupe, qui s'éloigna de quelques pas. Le suisse ouvrit alors la petite porte, et laissa entrer l'officier; mais au moment où celui-ci passait, il fit un signe à ses geni^, qui, la baïonnette en avant; écartèrent le suisse. La troupe, ainsi entrée par force et par ruse, se rendit au corps de garde de la milice du Capitole, qui se trouve dans l'intérieur du palais, en enfonça aussitôt la porte, et s'empara des carabines dont on se sert pour monter la garde danis une des antichambres de S. S.
La troupe commit la même violence dans la salle de la garde -noble du Saint -Père, où les soldats enlevèrent les carabines dont cette garde se sert pour faire son service dans l'antichambre qui précède immédiatement l'appartement de S. S.
Un officier français se rendit auprès du capitaine des Suisses et lui annonça, ainsi qu'au petit nombre des gens qui étaient avec lui, que, de ce jour, la garde suisse était sous les ordres du général français; mais cette garde s'y est réfusée.
Une sommation pareille a été faite au commandant de la garde sédentaire des finances ; ayant refusé de s'y soumettre, il fut conduit au. château. En même temps différents détachements de troupes parcoururent la ville, arrêtèrent les gardesnobles et leurs officiers.
Le Saint-Père, prévenu de ces attentats contre sa sou-
cueilli avec transport: tous les jours le mécontentement se manifestait d'une manière singulière et nouvelle. Dans une lettre circulaire du 30 Mars, adressée par le cardinal Gabrielli aux of&ciers du pape, il était dit «que les circonstances actuelles faisant craindre que la troupe «française ne veuille s'emparer des rênes du gouvernement papal, S. S. » engage , dans le cas d'un événement si malheureux , tous ceux qui » occupent des charges publiques, à refuser de continuer leurs fonctions » au nom de tel prétendu possesseur de l'état ecclésiastique que ce » soit, et à faire, jusqu'au dernier moment, tous les actes au nom de » S. S. »
veraineté, et plongé dans la douleur que son coeur en ressent, a expressément ordonné'au pro-secrétaire d'État, cardinal Gabrielli, d'en porter des plaintes et de déclarer franchement à y. S. III. que la mesure des offenses et des injures auxquelles sa personne sacrée est exposée augmente journellement, et que journellement on foule de plus en plus aux pieds les droits de sa souveraineté.
Les troupes françaises, peu satisfaites d'avoir signalé leur entrée dans Rome en braquant des canons contre le palais du souverain pontife, et d'avoir insulté d'une manière si révoltante la résidence de S. S., voulurent pousser plus loin les avances; en conséquence elles surprirent la sentinelle suisse, pénétrèrent de force dans la demeure paisible du pape, enfoncèrent les portes, s'emparèrent du peu d'armes qui servent plutôt pour la pompe que pour la défense de sa personne sacrée, arrêtèrent même ses gardes, et la privèrent ainsi de sa garde d'honneur.
S. S. exige, avant tout, que tous ses gardes-du-corps, arrêtés sans raison et contre le droit, soient élargis ; ensuite elle déclare solennellement, qu'à ces outrages elle n'a opposé et n'opposera que la patience, et à la dureté de semblables traitements, que la douceur prescrite par son divin maitre. Dans sa longue .et injuste captivité, S. S., en présence du monde, des anges et des hommes, attend, avec une sainte résignation et avec la fermeté inaltérable de ses principes qui en est une conséquence, toutes les offenses que la violence pourra encore faire éprouver au chef de la religion catholique, toutes les humiliations qu'elle éprouve ne devant servir que d'autant plus sûrement à la gloire de cette sainte religion.
Tels sont les sentiments de S. S., que le soussigné doit expressément manifester à Y. S. 111. En obéissant à cet ordre, il renouvelle pour sa personne l'assurance, etc.
Jules cardinal Gabrielli.
L'ordre du prinôe Eugène, du 4 Avril, qui déclarait la cocarde pontificale signe de ralliement, ayant été publié à Rome le 1 du même mois , S. S. chargea dès le lendemain
le cardinal Gabrielli, d'adresser la lettre ci -après à M. Lefebvre, pour réclamer contre cette mesure^) :
N^ XXI
Note du cardinal GabrielU, adressée à M. Lefèbvre,
du \\ Avril 1808.
Des appartements du Quirinal, le 44 Avril 4808.
Lorsque S. S. eut vu avec autant d'étonnement que de chagrin Tincorporation de ses troupes dans Tarmée française, et le rude traitement éprouvé par les officiers restés fidèles à leur prince, elle donna une nouvelle cocarde à ses gardes du corps, et au corps peu nombreux des milices du Gapitole et des finances qui n'avaient pas encore été incorporées, ni mises sous les ordres du général français.
£n changeant la cocarde, S. S. eut l'intention de manifester son opposition contre cette incorporation violente, et sa ferme résolution de maintenir la neutralité, enfin de ne prendre aucune part aux actions des troupes incorporées qu'elle ne reconnaissait plus pour les siennes. Par ordre du Saint-Père, cette intention fut manifestée officiellement à Y. S. III. et à tout le corps diplomatique; et, en observant toutes les règles, on joignit à cette notification un modèle de la nouvelle cocarde.
Après une déclaration aussi prompte et aussi franche, S. S. n'aurait jamais pu penser qu'on irait jusqu'à calomnier la pureté de ses intentions, et à répandre dans le public l'opinion que la nouvelle cocarde devait être un signe de ralliement contre Varmée française, ainsi qu'elle a été représentée par un ordre du jour qui fut affiché hier à chaque coin de rue et envoyé dans les provinces.
Le Saint -Père veut bien croire que de faux rapports adressés à S. M. Fempereur et roi Napoléon ont été la cause de cet ordre du jour.
En effet, si S. M. eut connu l'objet que le Saint -Père
\) Par une note circulaire à laquelle était jointe celle que Ton vient de lire, adressée au Chargé d'afifaires de France, le cardinal prb-secrétaire d*État instruisit les ministres étrangers de cette mestu*e.
s^était proposé en changeant cette cocarde, et qu'elle eût su que le général français avait ordonné aux troupes incorporées de prendre la même cocarde, elle n'aurait pu la faire passer pour un signe de ralliement contre l'armée française, puisqu'elle était portée même par des troupes qui font partie de cette armée.
Quoique le Saint-Père soit certain que le peuple romain et le monde entier rendent justice à la pureté de ses intentions et à la loyauté de sa conduite, et qu'il ait la conviction que personne ne pourra soupçonner que le ministre du Dieu de paix puisse former dans son cœur le plan vil et malicieux de machinations sanglantes, néanmoins les couleurs atroces sous lesquelles on a présenté à S. H. une chose aussi innocente que l'innocence même, ont si vivement affligé le cœur du Saint -Père, qu'il a ordonné au pro- secrétaire d'État cardinal Gabrielli d'en adresser à Y. S. Dl. les plaintes les plus fortes, et de sommer votre loyauté pour qu'elle présente à S. M. ce changement de cocarde sous son véritable point de vue.
S. S. inébranlable dans sa façon de penser, déclare formellement que les ordres du jour qu'on a publiés et affichés insultent à son caractère personnel, à sa dignité et à sa souveraineté ; qu'ainsi que chaque prince peut choisir pour ses officiers les couleurs qui lui conviennent, elle a de même donné aux siens une nouvelle cocarde, pour faire connattre à toute la terre, qu'elle ne reconnaît plus pour sienne la cocarde portée par les troupes incorporées ^ans l'année française, et qu'on a enfermé au château ses gardes -nobles, et beaucoup d'autres officiers sur lesquels ne tombait pas même l'ombre d'un reproche, mais qui au contraire avaient le mérite d'avoir exécuté les ordres de leur prince.
C'est en leur faveur que l'innocence élève sa voix plaintive- et réclame itérativement cette liberté que le Saint -Père a jusqu'à présent inutilement réclamée.
Après avoir fidèlement exécuté les ordres de S. S., le soussigné a l'honneur, etc.
Jules cardinal Gabrielli.
Les négociations entamées à Paris entre le cardinal Caprara et M. de Champagny, se continuèrent toujours. Une note de ce dernier, du 3 Avril 1808, laissait encore la porte ouverte à un accommodement. « La proposition dont Vem- » pereur ne se départira pas », disait ce ministre, « est que «toute ritalie, Rome, Naples, Milan, fasse une ligue offen- » sive et défensive , afin d'éloigner de lltalie le désordre ))et la guerre. Si le Saint- Përe adhère à cette proposition, » tout est terminé. S'il s'y refuse, il annonce par cette déter- » mination , qu'il ne veut aucune paix avec l'empereur et » qu'il lui déclare la guerre. Le premier résultat de la » guerre c'est la conquête, et le premier résultat âe la con- » quête c'est le changement de gouvernement ; car si l'em- » pereur est forcé d'entrer en guerre avec Rome, ne l'est -il » pas d'en changer le gouvernement^ d'en établir un autre » qui fasse cause commune avec les rois d'Italie et de Naples » contre les ennemis communs ? Ces changements ne feront » perdre au pape aucun de ses droits spirituels ; il conti- » nuera d'être évêque de Rome , comme l'ont été ses prédé- »cesseurs dans les huit premiers siècles et sous Charle- » magne. Néanmoins ce sera un motif de douleur pour S^ M. » de voir l'imprudence , l'aveuglement détruire l'œuvre du » génie, de la politique et des lumières. »
A cette nouvelle démarche du gouvernement français, et après que M. Lefèbvre eut demandé au Saint -Père ses résolutions définitives, le cardinal Gabrielli, dans une note qu'il adressa le 4 9 du même mois à ce ministre, disait, que le Saint -Père ne connaissait d'autre règle que son devoir et sa conscience ; que, comme son devoir et sa conscience l'avaient empêché, à une époque antérieure, d'accéder à la confédération qui lui était proposée, ils ne lui permettaient pas davantage aujourd'hui d'accepter la proposition d'une ligue offensive et défensive qui,à la vérité, paraissait différente de la première,
mais qui n'exceptait, par sa nature, aucun prince avec lequel les circonstances ne pussent mettre S. S. en état de guerre. Plus loin le cardinal dit : « Le territoire du pape étant enve- » loppé de toutes parts , S. M. ne peut raisonnablement être » inquiète que pour les ports de mer. Mais en offrant de les » fermer pendant la durée de la présente guerre aux enne- » mis de la France, et de garder ses côtes, afin d'empêcher «qu'on n'y effectue de débarquement, elle a prouvé, autant )) que ses devoirs les plus sacrés le lui permettent , combien » elle s'intéresse à la sûreté et à la tranquillité de l'Italie.» — n finit sa note en disant : « Si , d'après les vues secrètes de ))Dieu, cette espérance ne se réalisait pas, et que, loin de » consulter sa gloire et d'écouter la justice , S. M. voulait )) mettre k exécution ses menaces , s'emparer de l'état ecclé- » siastique à titre de conquête, que dans l'espace de plus de » dix siècles les plus puissants monarques ont respecté, et » en renverser le gouvernement, S. S. ne pourra pas pré- » venir ces événements désastreux, mais elle déclare solen- )) nellement qu'un droit de conquête ne peut exister à son » égard, puisque S. S. vit en paix avec l'univers, et qu'il ne » peut exister que l'usurpation la plus violente et la plus » inouïe. '^ ) Le renversement du gouvernement ne sera pas
i) Dans Touvrage de ]'abbé Lionnet, Le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, nous trouvons le passage suivant: «Le Cardinal ne cacha point ))à Terapereur ce qu'il y avait d'imprudent et de téméraire dans la con- »duite qu'il tenait envers le Saint -Siège.» « Si vous touchez au pape, »lui dit-il, vous êtes perdu,» «Quoi, répliqua Napoléon, perdu? Est-ce » que les armes tomberont des mains de mes soldats ? Ce n'est pas ce » que je veux dire , reprit S. Ém. , mais quand on abandonne Dieu .... »Je n'abandonne pas Dieu pour cela, continua l'empereur, je reconnais » toujours le pape pour évéque de Rome et chef de l'église universelle ; » seulement je veux en être l'empereur. — Vous ne le pouvez pas, ajouta »le courageux interlocuteur, les états de l'Église lui ont été dûment et » légitimement concédés; ils lui sont garantis par le droit public et par » une possession immémoriale. — Je le sais, répondit l'empereur, mais »que m'importe? n'ai -je pas toutes les raisons du monde pour m'en » emparer ? Pourquoi le pape ouvre-t-il ses ports aux Anglais, aux éter-
366 CAUSE iX. 1809.
» une suite de la conquête , mais un acte d'usurpation. Par » un tel acte, on détruira, non Y ouvrage du génie, de la poy> litique et des lumières, mais Youvrage de Dieu de qui pro- » vient toute domination , et surtout celle qui a été accordée » au chef de Téglise pour le plus grand bien de la re- » ligion. » ^)
Lorsque la note dé M. de Cbampagny du 3 Avril, fut remise au cardinal-légat Caprara, Tempereur avait déjà signé les deux décrets de Saint -Cloud, datés du 2 Avril 4 808. Par l'un , le gouvernement impérial avait pris possession des provinces d'Urbino, de Macérata et de Camérino, déclarées h perpétuité et irrévocablement réunies au royaume dltalie, le pape n'ayant pas voulu faire la guerre aux Anglais, ni se réunir aux rois dltalie et de Naples , pour la défense de la
» nels ennemis de la France, à ces écumeurs de mer ? Dés lors qu'il est » prince temporel , il doit en subir toutes les chances ; par conséquent, » il est exposé comme un .autre à la guerre . et à la conquête ; ce n'est «pas à un autre titre que je prétends le traiter en cette circonstance. » — Il n'était pas difficile au cardinal, dit l'abbé Lionnet, de montrer « tout ce qu'il y avait d'astucieux et de faux dans les arguments de l'em- » pereur. Les raisons se pressaient par mUliers sur ses lèvres pour sou- «tenir les droits du Saint-Siège. Une de celles qu'il faisait valoir avec »plus de force, pour le détourner d'une semblable idée, était celle-ci: «Que vous en reviendra-t-il, disait le prélat à son neveu, si ce n'est de »la honte et de l'ignominie? Vous convient-il de vous mesurer avec un » souverain dont toute la force est dans la confiance en son bon droit et 1» en votre magnanimité ? Allons, ne flétrissez pas par une mesquine ambi- » tion, les lauriers que vous avez cueillis sur tant de champs de bataille. » Soyez Charlemagne plutôt que -Charles-Quint. Le nom du premier est » inmK)rtel dans les fastes de l'Église ; il sera proclamé et béni dans «la suite des suites. Celui du second est marqué d'une tache que » n'ont pas effacée une immense domination ni un grand nombre de «victoires. — Mais que pouvaient les conseils de la sagesse sur l'esprit » d'un homme aveuglé par l'orgueil et égaré par l'ambition ? Napoléon M n'écoutait personne ; il suivait obstinément la pensée qui le domi- » nait. »
i) Cette note ainsi que celle du 3 Avril, de M. de Cbampagny au cardinal Caprara, furent communiquées par le cardinal Gabrielli à tous les ministres étrangers. Par une autre circulaire cette même communication fut faite à tous les cardinaux.
CAUSE a. 1809. ' 367
Péninsule^) ; par Fautre il fut ordonné à tous les cardinaux, prélats et autres employés quelconques près de la cour de Rome, nés dans le royaume d'Italie, de rentrer dans le royaume, sous peine de confiscation de leurs biens en cas de désobéissance.
Le cardinal Caprara ayant demandé et obtenu ses passeports, M. Lefëbvre demanda les siens, qui lui furent remis le 19 Avril 1808.
Parmi les actes nombreux de violence et d'usurpation exercés contre l'autorité du pape, et qui suivirent de près l'occupation de la ville de Rome, nous devons encore faire mention de l'arrestation du cardinal Cavalchini, gouverneur de Rome*), qui fut enlevé militairement le 21 Avril, par un
i) Le 49 Mai une protestation fut adressée au chevalier Âlberti, Chargé d*affaires du royaume d'Italie, par le cardinal pro- secrétaire d*État Ga^ brielli.
2) Avant de consentir à partir, le cardinal se retira dans son cabinet, et adressa une lettre au pape, dont -nous donnons ici quelques fragments : « Il n*y a jamais eu de moment de ma vie , » commence la lettre, «où mon âme ait éprouvé autant de consolation et de paix, que »le moment où j'adresse à V. S. cette lettre respectueuse. Heureuse » lettre , à qui il sera permis au moins de s'approcher du trône , si on «refuse cette permission à celui qui l'a écrite I Lettre, témoin éternel » des sentiments , avec lesquels , aujourd'hui , arraché par la violence je » me sépare de mon souverain et de mon père I Serein d'âme, tranquille » d'esprit, avec une conscience qui ne me reproche aucun délit, je vais » quitter Rome. Votre fermeté invincible, Très -Saint -Père, et l'exemple »iUustre de tant de personnages éminents revêtus de la pourpre, et qui
» souffrent la même injuste tribulation, m'animent et m'encouragent
«Menacé, je ne me suis pas senti abattu; gardé à vue maintenant, je » ne me laisse pas abattre ; arraché de Rome, je serai le même. Et quel » ministre qui vous est fidèle pourrait s'humilier ? Que ce soit là le plus » amer reproche qu'auront à se faire vos ennemis et les miens ! Je serai » privé de tout, mais rien ne m'enlèvera la belle joie d'une conscience «pure qui souffre, sans l'avoir mérité, de son dévouement au Saint- » Siège, et de son amour pour votre personne sacrée....» — La police du général Miollis fit saisir partout les copies de cette lettre, et on parvint à en brûler plus de deux cents : néanmoins les amis du pape réussirent à en envoyer un grand nombre à Naples, en Toscane et en Piémont.
piquet de soldats. Elle fait le sujet de la correspondance suivante.
N^ xxn.
Lettre du cardinal Gabrielli, adressée au général Miollis ;
du 20 AvrU 4808.
Des appartements du QuîrinaU le 20 Avril 4808.
Le chef de l'état-major général français s'est rendu ce matin, par ordre de V. Exe, auprès du cardinal secrétaire d'État, pour le prévenir que Farrestation et le prochain transport à Fenestrelle de monseigneur le gouverneur de Rome n'a pas d'autre motif que son refus d'exercer la justice d'après les lois et les règlements d'état.
Le soussigné a cru de son devoir de porter cette communication à la connaissance du Saint-Père, qui avait appris avec amertume l'intimation précédemment faite à ce prélat S. S. a été extrêmement surprise en apprenant le motif apparent de cette arrestation et de cet exil. L'expérience de beaucoup d'années a prouvé à S. S. et à toute la ville de Rome la vigilance, le zèle et l'impartialité de. ce fonctionnaire, précieux pour la justice et la tranquillité publique^ Elle ne peut croire que la vigueur de sa conduite vigilante se soit relâchée.
Le Saint -Père sait aussi que s'il en était ainsi, il n'appartiendrait qu'à lui-même, comme souverain, de réprimander, et, le cas échéant, de punir ce prélat. Il a en conséquence ordonné au soussigné de porter promptement à Y. Exe. ses plaintes les plus vives. Il est persuadé que cette démarche aura pour suite immédiate la délivrance du prélat, et que V. Exe. ne prendra pas la mesure de violence projetée, qui serait d'autant plus sensible à son cœur, qu'elle serait plus irrégulière et plus injuste.
Le soussigné, en exécutant cet ordre de S. S., a l'honneur, etc.
Jules cardinal Gabriblli.
N^ xxin.
Seconde lettre du cardinal Gabrielli, adressée au général MioUis ;
du 22 Avril 4808.
Des appartements du Quirinal, le 22 Avril 4808.
Le Saint-Père a été prévenu que, malgré les représentations qui avaient été faites à Y. Ëxc. par une note du 20 de ce mois, monseigneur Cavalchini, gouverneur de Rome, a été déporté ce matin, au chagrin de tous les hommes de bien. Cette nouvelle a élargi, dans le cœur de S. S., la plaie profonde qu'y ont causée tant d'abus de force, qui se sont rapidement succédés depuis le jour mémorable où l'armée française est entrée dans kome. Le Saint- Père a vu avec peine qu'on punit, non le délit, mais la vertu, la fidélité, qui sont le plus bel apanage de tout homme d'honneur, et que la nation française a été dans tous les temps jalouse de professer.
Le Saint-Père, plus sensible aux tribulations d'autrui qu'à ses propres maux, est nuit et jour tourmenté de l'idée que trois officiers de ses troupes de ligne ont été, pour prix de leur fidélité, transportés à la forteresse de Mantoue ; que les nobles individus qui composaient sa garde du corps ont été, pour de semblables motifs, enfermés au château Saint-Ânge où ils se trouvent encore ; enfin , qu'un prélat d'une intégrité notoire, un des premiers ministres du gouvernement, a été déporté à la forteresse de Fenestrelle.
S. S. veut que le cardinal Gabrielli, son pro- secrétaire d'État, réclame de nouveau contre ces abus de la force ; et, quoique l'expérience ait appris au Saint -Père que sa voix, qui est toujours celle de la justice, ne produit pas l'effet désiré, il ne veut pourtant pas la suffoquer et manquer ainsi aux devoirs de, souverain et de père.
En conséquence, il demande de nouveau et avec plus de vivacité encore la liberté des trois officiers conduits à Mantoue, la liberté de tous les gentilshommes enfermés au château Saint- Ânge, et la liberté de monseigneur Gavalchini, gouverneur de Rome, qui a été transféré à Fenestrelle; il la demande, tant en son nom qu'en celui de l'innocence et de la justice. Martens, Causes célèbres. IV. 24
Le soussigné, e|i exécutant les ordres do S. S., a Thonnour do renouveler à V. Exe, etc.
Jules cardinal Gabrielli.
Le général MioUis se contenta de répondre le lendenaain au cardinal Gabrielli en ces termes : « Votre lettre d'hier me » retrace sous des couleurs vraiment affligeantes , des événe- » ments que les ordres de S. S. ont produits. J'ai eu l'hon- » neur de représenter plusieurs fois en vain, k LL. Ém. vos » prédécesseurs , et h vous-même , la peine que j'éprou- ))vai& des résultats qu'ils devaient amener. Je la prie d'a- » gréer, etc. »
Un autre acte de violence fut exercé par les autorités françaises le 6 Septembre. Un major, nommé Muzîo, se présenta devant le cardinal Pacca qui se trouvait dans la secrétairerie d'État de Monte-Cavallo, et lui signifia un ordre de départ, sous prétexte d'avoir publié une notification du pape qui pouvait entraver les enrôlements faits par les Français. Le cardinal déclara qu'il' ne paiiirait pas sans les ordres du Saint-Përe, à qui il annonça par un billet, ce qui venait d'arriver. Le pape accourut à l'instant même dans les appartements du cardinal, qui raconte ainsi le fait^): «Je » m'avançai à sa rencontre ; je me précipitai au-devant de » lui , et je trouvai cet excellent pontife dans un état difficile » à décrire ; il avait les yeux troublés , les cheveux (hcessés » sur la tête ; et ne me reconnaissant point , quoique j'eusse » une soutane de pourpre : « Qui est la ?» s'écria- 1- il d'une » voix forte, « qui est là ?» «Je suis le cardinal», lui répon- » dis-je , en lui baisant la main. « Où est H officier ? » reprit » le Saint-Përe. Je le lui montrai , près de moi , dans une » attitude respectueuse. Alors le pape le regardant: «Allez,» » dit-il , « annoncer à votre général que je suis las de souffrir
4) V. Mémoires du cardinal Pacca, p. 27.
tant d'insultes et d'outrages de la part d'un homme qui ose encore s'appeler catholique. Je n'ignore point quel est le but de toutes ces violences ; on voudrait , en me séparant peu à peu de tous mes conseillers, me mettre hors d'état d'exercer mon ministère apostolique, et de défendre les droits de ma souveraineté temporelle. J'ordonne à mon ministre de ne point obéir aux ordres d'une autorité illégitime, et de me suivre dans mes appartements pour y partager ma captivité. Que votre général sache que, si la force doit l'arracher de mou sein, ce ne sera qu'aprës avoir enfoncé toutes les portes, et que je le déclare responsable des suites funestes de cet attentat énorme et inouï. » L'officier se tournant modestement vers moi, me pria de lui traduire en français les paroles du Saint-Père, qu'il promit de rapporter fidèlement au général; alors le pape, me prenant par la main, « allons », dit- il, « M. le cardinal i>, et il remonta dans ses appartements, au milieu des appls^udissements des gens de sa cour qui étaient accourus de » toutes parts. » ^ )
Nous devons parler encore ici de la déportation du cardinal Antonelli, doyen du sacré-collége, ainsi que de celle de M. Arezzo, sous -gouverneur de Rome, et de la violence exercée contre les gouverneurs de l'état pontifical. Ces faits se trouvent consignés dans la note suivante, que le cardinal Pacca, pro-secrétaire d'État, adressa le 7 Septembre aux ministres étrangers :
\) Par une note que le pro-secrétaire d'État adressa le même jour aux ministres étrangers, il leur rendit compte de cet événement, et leur fit connaître en même temps que le Saint- Père avait fait défendre ensuite à sa garde suisse de laisser désormais entrer dans le pajais aucun soldat français, et lui avait ordonné, s*il se présentait quelque officier français, de lui déclarer que le cardinal habitant Tappartement de S. S., la décence s'opposait à ce qu'il reçût les officiers français, mais on était libre de communiquer avec lui par écrit.
N". XXIV
Note du cardinal Pacca, pro- secrétaire (TÉtat, adressée aux mnistres étrangers résidant à Rome; du 7 Septembre 1808.
Du palais Quirinal, le 7 Septembre 4808.
Le cardinal Pacca, pro- secrétaire d'État, après avoir instruit Y. Exe. de Tattentat aaquel on s'est porté hier sur sa personne, doit encore, pour obéir au Saint- Père, vous faire connattre une nouvelle violence que la force étrangère vient de se permettre sur la personne de monseigneur le cardinal Antonelli, doyen du sacré-collége. Hier, vers les deux heures après-midi, un officier français est entré avec huit grenadiers chez monseigneur le cardinal, lui a intimé l'ordre de son arrestation, a laissé des sentinelles devant son hôtel, dans la salle et dans son antichambre; et deux heures après il est revenu lui signifier Tordre de partir de Rome dans la nuit même, sans égard pour son grand âge, pour son caractère d'évéque, ni pour les importants services qu'il rendait à l'église catholique, en qualité de préfet de la sacrée -pénitencerie et de la secrétairerie des brefs. Arraché par la f^rce, il a dû partir vers les six heures de cette nuit, sous l'escorte de six dragons français.
La troupe française s'est rendue coupable d'une autre violence sur la personne de monseigneur Arezzo, pro-gouverneur de Rome. Ce respectable prélat vaquait aux fonctions de sa charge dans le palais public du gouvernement, l'orsqu'un officier français se présenta à lui, à la tête de trente grenadiers, lui signifia l'ordre de son arrestation, et le fit conduire surle - champ à son logis , escorté par quinze grenadiers ,. gardé étroitement à vue, et privé de la liberté de parler à personne. Ce prélat a été enlevé vers les huit heures du soir pour être déporté, dit-on, en Toscane.
Plusieurs gouverneurs de provinces ont été arrêtés et conduits à Rome, pour s'être fidèlement prêtés d'après les ordres du Saint-Père , à la publication de la déclaration par laquelle S. S. condamnait l'enrôlement de quelques sujets pontificaux dans un corps de troupes appelées civiques, portant cocardes italienne et française.
Ce matin on a appris que Tévèquo d'Anagni a été violemment enlevé de son diocèse par la force militaire , conduit à Rome et enfermé dans le château Saint-Ange. Le palais Quirinal est bloqué par la troupe française : des sentinelles sont placées nuit et jour autour de la demeure de S. S., et Toa porte Taudace jusqu'à visiter les voitures qui sortent de ce palais. On a arrêté et conduit chez le commandant de la place, pour y être visitées, plusieurs personnes qui en sortaient avec des commissions, et entre autres un portier de la secrétairerie d'État qui portait des papiers officiels à la sacrée - consulte. Cette accumulation d'attentats énormes, quç Ton ne peut voir commettre sans frémir d'horreur, et que Ion n'entendra point raconter sans eflFroi, démontrent clairement que le chef de l'église est l'objet d'une persécution directe et de plus en plus violente; qu'on ne cherche qu'à mettre des entraves à Texercice de son ministère apostolique, et qu'on voudrait rompre le frein de son héroïque patience.
Le soussigné proteste, au nom de S. S., contre ces excès abominables ; déclare que jamais la persécution ne sera capaWe d'ébranler les principes du Saint-Père, fondés sur la sainve religion, et communique à V. Exe. la nouvelle de tous ces événements, afin qu'elle puisse en instruire sa cour.
Le cardinal Bahth. Pacca.
Parmi les luttes fréquentes qui s'élevèrent à la fin de 1808, entre Fautorité militaire française et Fautorité pontificale, nous devons en signaler une où la première reçut Féchec le plus complet, et où tout Fhonneur fut pour la seconde.
Après Feutrée des Français à Rome au commencement de Février, un des premiers actes du cardinal pro - secrétaire d'Élat Joseph-Doria, fut d'annoncer que le pape n'autorisait pas les fêtes du carnaval, dans l'état de deuil où était la ville de Rome, et même dans Fintérêt des Français qu'on pourrait insulter à Fabri du masque.
En 1808, le général Miollis, croyant peut-être se faire un mérite auprès des Romains, fit annoncer le 1 7 Décembre,
par la gazette rofmaine, journal qui se publiait à Rome au mépris du souverain pontife , que par permission de t autorité supérieure, les divertissements du carnaval auraient lieu cette année comme à l'ordinaire. Le pape qui avait fait dire aux cures de Rome que son désir était qu'il n'y eût point de carnaval cette année, instruit de ce procédé injurieux, ordonna au pro-secrétaire 'd'État, le cardinal Pacca, de démentir sur-le-champ cette prétendue autorisation. En conséquence il fut affiché pendant la nuit suivante dans presque tous les quartiers de la ville, et sans que les Français s'en aperçussent, une notification, dans laquelle il était dit: « S. S. notie «seigneur, ayant appris que la gazette romaine, que F en » publie an mépris de son autorité, annonce, dans son ni- »méro d'hier, l'autorisation des masques, des festins et dss » courses pour le carnaval prochain , nous a expressément » ordonné de faire connaître sans retard à ses fidëles sujets, » que cette autorisation n'existe point de la part de son ^u- » vernement. S. S. veut au contraire que Ton sache qi elle » désapprouve hautement ces réjouissances publiques , qji ne » peuvent cesser d'être défendues, puisque les motifs de leur » défense subsistent toujours. Bien plus, dans les circonstances «actuelles, le Saint- Père regarde ces spectacles bruyants » comme moins conciliables encore que Tannée dernière avec » la tranquillité publique qu'il a tant à cœur de cons«rver , et ))la triste et dure situation où il est réduit, doit rsppeler à » son peuple la belle conduite des fidèles de la primitive » église : Pierre était en prison ; V église adressait incessam- » ment à Dieu des prières pour lui. »
«Le Saint -Père ne doute point que ses fidèles sujets » n'imitent ce glorieux exemple , et ne lui témdgnent encore » en cette circonstance cet attachement dont ils lui ont donné » jusqu'ici des preuves si consolantes. »
Malgré cette notification du gouvernement pontifical, le
général MioUis espérant sans doute que la passion des Romains pour les spectacles prévaudrait sur leur amour pour le Saint- Përe, persista dans son projet. Mais lorsqu'il voulut faire les préparatifs ' d'usage pour le mettre k exécution, il trouva non -seulement dans toutes les classes une résistance qui l'obligea de recourir a la force ^), mais il eut encore rhumiliation, le jour destiné à l'ouverture dos courses, de ne pas voir paraître une seule voiture au corso, ^)
Le pape pensa alors qu'il devait faire préparer un docunent pour annoncer à l'Europe catholique les nouveaux évélements qui le menaçaient^) ; et ce fut à la fin de 1808, sprès avoir examiné la bulle, dont la rédaction avait été cmfiée au cardinal de Piétro , que S. S. la communiqua au cardinal Pacca, qu'il l'approuva, et qu'il en fil faire de nom-
4) La construction des échafaudages ordinaires et le charriage du boi; ne se firent que par voie de contrainte ; ce fut la force qui enleva du "apitoie les prix destinés aux barbarie vainqueurs , et ce fut par elle auss qu'on obtint des juifs les tapisseries qu'ils ont coutume de fournir pour les sièges des juges.
S Arriva ensuite le 4 Février, dit le cardinal Pacca dans ses Mémoires, jour cestiné à l'ouverture d'un spectacle si agréable aux Romains ; la troupe française entra vers midi dans le an-so pour y maintenir le bon ordre, -nais en un instant, boutiques, portes, fenêtres, tout fut fermé, tous se retirèrent : on eût dit, à l'aspect de cette rue, une ville dépeuplée 3t déserte. La voiture du chef des archers et une quarantaine de persoines envoyées par le gouvernement pour observer ce qui se passait, v)ilà tout ce qui parut sur ce cours. long et spacieux, où l'on voyait autiefois à la même heure des flots de peuple arriver et se presser de toues parts. Cette journée qui fait tant d'honneur au peuple romain, émut et consola le cœur affligé du Saint-Père, mais elle atterra le général francs, qui connut bien cette fois les sentiments de la population, et apprit, selon le mot d'un Romain, qu'il n'en est pas de l'homme comme de l'ovrs, que Von amuse et fait danser quand on veut avec un bâton,
3) Déjà en i 806 , sur le bruit des menaces faites à Paris au cardinal Caprara, le cardinal Consalvi pensait à faire rédiger une sorte de notification, et k pape avait chargé le cardinal de Piétro de donner à ce document une forme convenable, et de se trouver prêt à le remettre à S. s. aussitôt qu'elle le demanderait.
breuses copies par les employés les plus discrets de la se-
crétairerie d*Ëtat. ^ )
Les affaires ecclésiastiques avec le reste de l'Europe suivaient leur cours autant qu'il était possible. Toutefois Terapercur, fatigué de la résistance quil éprouva de la part du souverain pontife, résolut de le dépouiller de sa puissance temporelle.*) Par un décret quil rendit à son camp impérial de Scbœnbrunn le 17 Mai 1809, il réunit tous les états du pape à Tempire français, et déclara la ville de Rome ville impériale et libre. Les terres et domaines du pape étaient augmentés jusqu'à la concurrence d'un revenu net de deuii millions. Une consulte devait prendre possession des état pontificaux, pour que le régime constitutionnel pût y êtn organisé le 1 Janvier 1810.^) Pour justifier cette mesure, I était dit dans le préambule du décret :
a Considérant que, lorsque Charlemagne, empereur (hs » Français et notre auguste prédécesseur, fit donation ie
1) Toutes les copies de cette bulle étaient uniformes, sans ce)6ndant contenir ce qui pouvait concerner le motif de la notification. La cour romaine ignorait si le changement de gouvernement précéderait Tenlévement du pape, ou si rênlévement précéderait le Changement On pensa donc qu'il fallait que les bulles fussent disposées en doube, de manière qu'il y en eût dp prêtes pour chacune des circonstances différentes: le pape les signa, les scella du sceau pontifical et les mit en réserve.
2) Dés le mois de Février, dit de Bignon, Butoir e de Fraive, T. 8, p. 273, le département des affaires étrangères en France établissait, dans des rapports à Tempereur, la nécessité, de mettre un terme à la souveraineté temporelle du Saint-Siège. L'impossibilité de maiitenir plus longtemps l'état présent des choses était démontrée. Cet éta/ de choses, par sa durée, tournait au désavantage de la France ; car, dms une lutte prolongée entre le fort et le faible, chaque jour qui s'éccule sgoute à l'illustration de la faiblesse courageuse et à la déconsidération de la puissance qui opprime. Plus le temps marche, plus le 5ape s'affermit dans sa résistance, et inspire de l'intérêt même à ceut qui l'avaient d'abord condamné.
3) La destitution du pape comme prince souverain, n'y fut point prononcée ; mais l'on se contenta de déclarer seulement ses états réunis à Tempire français.
)) plusieurs comtés aux évéques de Rome , il ne les leur » donna quà titre de fiefs et pour le bien de ses états, et » que» par cette donation, Rome ne cessa point de faire partie » de son empire. »
<t Que depuis, ce mélange d'un pouvoir • spirituel avec )) une autorité temporelle a été, comme il Test encore, une » source de discussions, et a porté trop souvent les pontifes » à employer Tinfluence de l'un pour soutenir les prétentions » de l'autre ; qu'ainsi les intérêts spirituels et les affaires du » ciel, qui sont inmiuables, se sont trouvés mêlés aux affaires » terrestres qui, par leur nature, changent selon les cir- » constances et la politique du temps. »
« Que tout ce que nous avons proposé pour concilier la » sûreté de nos armées, la tranquillité et le bien-être de nos » peuples , la dignité et l'intégrité de notre empire avec les » prétentions temporelles du pape, n'a pu se réaliser, «r ^)
i) ScHOELL, dans V Histoire abrégée des traités de paix par Koch, T. IX, p. 301 , remarque avec raison en cette occasion : « qu'une légère «connaissance de Thistoire du moyen âge suffit pour faire sentir que le » fait auquel cette phrase fait allusion, est représenté sous un faux jour ; ))mais, en l'admettant même, il n'autorisait pas les successeurs de Char- ))lemagne à reprendre le don de ce monarque. D'ailleurs, aucune pos- » session ne serait sacrée, si au bout de mille ans il était permis d'en » scruter l'origine. C'est par un autre abus de mots que l'empereur Na- « poléon prétendit à l'honneur d'être le successeur de Charlemagne. L'em- » pire des Francs n'a rien de commun avec ce prétendu empire français » dont l'empereur se disait le fondateur. Le royaume des Francs était » un démembrement du premier empire , et le titre impérial que l'empe- » reur s'était arrogé ne pouvait pas donner à la monarchie française un » droit qu'elle n'avait pas. Cet exemple est une nouvelle preuve de la » confusion des idées qui naît du faux emploi des mots : rien n'est plus » fréquent, même dans les livres élémentaires, que de confondre les » Francs , peuple germanique qui a conquis les Gaules et fondé un em- » pire dont la France d'aujourd'hui était une province, avec les Français, » peuple né du mélange des Francs et des Gaulois, et qui n'a eu son «monarque particulier que depuis 843. Le deuxième considérant, sur "lequel cet acte de violence est fondé, est motivé sur l'abus qui résulte » de la confusion des pouvoirs spirituel et temporel ; on peut accorder » l'abus, sans reconnaître à l'empereur Napoléon le droit de le corriger.
Le 23 JuÎQ 1809, le général Miollis fit arrêter M. de Vargas, ministre d*Espagne ainsi que les prélats Guardoqai et Bardoxi, auditeurs de Rote espagnols^ sous prétexte qu'ils étaient les ennemis du gouvernement français. Les ministres étrangers en furent instruits par une note circulaire qui leur fut adressée par le cardinal pro-secrétaire d'État ^ )
Dans la journée du 9 Juin 4 809, le pape avait été prévenu de l'imminence d'un danger. Le cardinal Pacca lui demanda alors si, le changement de gouvernement une fois publié, il fallait faire afficher la bulle dans les endroits accoutumés. Le pape lui répondit qu'on devait suspendre cette publication jusqu'à ce que lui -môme eût lu le décret impérial. ^)
Mais dans le commencement de la matinée du 1 Juin, un billet annonça au cardinal Pacca que le gouvernement allait ôtre changé, et qu'on s'attendait au plus à une simple protestation du pape, sans bulle d'excommunication, protestation à laquelle on n'attacherait pas plus d'importance qu'aux notes des cardinaux Gonsalvi, Casoni, Doria, Gabrielli et Pacca, et que dans cette assurance le général allait publier un décret de l'empereur.
»Le troisième considérant caractérise trop bien le pouvoir arbitraire, » pour que nous nous y arrêtions ; il n*y a aucune usurpation qu'on ne » puisse justifier par de tels motifs. »
4) Le lendemain, 24, le général Miollis amionça un grand bal dans les appartements du palais Doria, qu'il occupait depuis son entrée à Rome ; tous les membres du corps diplomatique s*y rendirent, à Texceplion du chevalier de Lebzeltern, Chargé d'affaires d'Autriche, qui sur la demande, qu'on lui fit, pourquoi il s'abstenait d'aller à cette réunion, répondit, sans compromettre sa cour, que son sentiment personnel l'avait déterminé à montrer cet égard pour M. de Vargas, outragé, répétait -il, malgré le caractère respectable dont il était revêtu.
2) Le Saint-Père donna pour raison, que souvent on avait fait courir de pareils bruits qui ne s'étaient pas confirmés ; qu'on ne connaissait pas le décret, les conditions, les restrictions qu'il pouvait contenir; qu'ainsi il ne faUait pas tomber dans une contradiction qui plus tard serait reprochée à la cour romaine.
A deux heures avant -midi, au bruit de lartillerie du château Saint-Ange, le pavillon pontifical fut descendu, et oh éleva le pavillon français. En môme temps on publia à son de trompe, dans tous les quartiers de la ville, le décret qui ordonnait la réunion à l'empire de ce qui restait des états romains.
Le cardinal Pacca courut sur-le-champ auprès du Saint- Përe. En cet instant, tous deux se rencontrent dans la môme pensée, se dirent à la fois Fun à Tautre ces paroles de Jésus- Christ: a Et consummaium est» Le pape ne paraissait pas avoir perdu son courage ; il chercha même à soutenir celui de son ministre. Peu après arriva monsjgnor Tibère Pacca, neveu du cardinal, qui apportait un exemplaire du décret impérial, imprimé, que la Consulte avait répandu dans la ville. Le cardinal le prit des mains de son neveu, et pria le pape de venir avec lui près de la fenêtre, parce que les rideaux, fermés hermétiquement suivant Tusage de Tltalie dans cette saison, ne permettaient pas au jour d'entrer dans l'appartement. Le pape se leva et suivit son éminence. Le cardinal voulut lire avec calme et réflexion, puisque les opérations qu'on allait ordonner devaient dépendre de cette lecture ; mais cet effort ne lui fut pas possible. « La profonde in- » dignation , 2> dit le cardinal^), «que m'inspirait l'attentat » inouï qui se consommait alors, la présence du vicaire de » Jésus-Christ, de mon infortuné souverain qui entendait de j» ma propre bouche la sentence de sa déchéance, les im- » postures , les calomnies que je rencontrais dans ce décret » impie, le bruit du canon qui annonçait avec un triomphe » insultant l'usurpation la plus insigne ; tout cela me serrait » si fort le cœur, me troublait tellement, que je pus à peine, » après plusieurs reprises , et au milieu de profonds soupirs, » lire les principaux articles. J'observais attentivement le
4) Mémoires du cardinal Pacca, p. 66.
)) Saint- Përe, et aux premières lignes du décreV je remarquai » sur son visage une espèce de trouble qui n'était que Teffct » de sa trop juste indignation ; mais il reprit bientôt son air )) naturel, et il entendit la lecture du décret avec beaucoup » de calme et de résignation. »
Le pape alors se rapprocha de la table, y signa sans rien dire, les copies d'une protestation en langue italienne, qu'on avait aussi préparée, et qui fut affichée la nuit suivante. Sur la demande que le cardinal lui fit s'il fallait donner des ordres pour publier la bulle d'excommunication , le pape, un peu incertain, répondit qu'il l'avait relue exprès, et que les expressions qu'on y employait contre le gouvernement français lui paraissaient très-fortes. Le cardinal répliqua que devant en venir à une extrémité aussi terrible et aussi éclatante que celle de la publication d'une bulle d'excommunication, il était nécessaire d'y présenter un tableau épouvantable, mais non exagéré, des injures, des violences du gouvernement impérial, de manière que quiconque viendrait à la lire, pût dire que le pape avait encore trop tardé à élever Ja voix contre des excès aussi offensants et aussi multipliés. Le Saint -Père reprit: — «Mais vous, que feriez- » vous ?» — « Eh bien, » répondit le cardinal, <r je n'hésiterais » pas : vous avez annoncé cette terrible mesure, votre peuple » l'attend et la désire , et vos oppresseurs la redoutent. Ce- » pendant la demande de V. S. m'agite et m'inquiète ; Saiut- Dpère, levez les yeux en haut et donnez -moi vos ordres; » n'en douiez point , ce qui sortira de votre bouche sera la » volonté du ciel. » Alors le Saint- Père éleva ses yeux au ciel, et après une courte pause, il dit : « Eh bien ! publiez » la bulle , mais prenez bien garde que les exécuteurs de vos » ordres ne soient découverts ; car ils seraient fusillés , et » j'en serais inconsolable. » a Saint-Père , » reprit le cardinal, » je leur donnerai toutes les instructions nécessaires , mais je
» ne puis cependant répondre, qu'il n'arrivera rien de fâcheux. » Dieu saura bien protéger et bénir cette entreprise. » Cette publication eut lieu peu d'heures après, d'une manière si extraordinaire, quelle plongea dans la stupeur le général Miolh's et toute la ville de Rome.
Ce fut dans la nuit du 10 au 11 Juin, que la bulle fut affichée, dans les quartiers éloignés notamment aux trois églises di San-Pietro, di SarUa-Maria- Maggiore et di San- Giovannû La police n'avait encore rien découvert, lorsque le matin du môme jour, un Romain qui parcourait la ville de très-bonne heure, vit cette affiche sur les murs de l'église Saint -M arc, près du palais de Venise. Il alla Tarracher, et la porta au général MioUis, qui, avant de la communiquer au président de la consulte, Saliceti, l'envoya sur-le-champ par un courrier à l'empereur.
Le pape,- après cet acte de vigueur, s enferma avec plus de précautions que jamais dans son palais, dont les portes étaient occupées par sa garde suisse. Dans la bulle d'excommunication , qui s'appelle la bulle Quum memoranda, Napoléon n'était pas nommé directement, mais il y était compris comme un des auteurs de toutes les spoliations qu'avait éprouvées le Saint-Siège.'') Dès ce moment, on continua de s'observer avec anxiété des deux côtés. Dans le palais on craignait à tout instant qu'on ne vtnt arrêter le pape : le général Miollis de son côté redoutait que S. S. ne sortit revêtue de ses habits pontificaux, pour tenter une révolution en sa faveur. *)
\) Cette bulle a été imprimée avec beaucoup d'exactitude, en latin, en italien et en français, dans Touvragc du cardinal Pacca et dans beaucoup d'autres ; elle est de i 7 pages d'impression.
2) Le cardinal Pacca dans ses Mémoires, raconte que son prédécesseur, le cardinal Gabrielli, avait fait des arrangements avec le gouvernement sicilien pour enlever le Saint-Père. Dans ce but, une frégate anglaise vint croiser, pendant quelques jours, à peu de distance de Civita-
Le 4 Juillet le général Miollis avait fait appeler le général Radet, et entrant dans une explication de la position des Français, lui avait montré son inquiétude des suites que pouvait avoir la fermentation générale qui se manifestait sous les caractères les plus alarmants, et qui compromettait, disaitil, au dernier degré, le sort des troupes en Italie. Il avait déclaré surtout, que déjà tous les moyens de sévérité pour rétablir le calme étaient épuisés, qu'il ne lui en restait plus d'autre que d'éloigner le pape dô Rome ; que l'empereur faisant là guerre sur le Danube, ne pouvait pas envoyer de troupes en Italie, et que lui, général gouverneur, était déterminé à faire enlever le pape. Il annonçait au général Radet qu'il l'avait choisi pour cette impoiiante opération. Ce général fit observer an gouverneur qu'un acte de cette nature ne se faisait pas sans des ordres supérieurs par écrit, sans de mûres réflexions, et surtout sans troupes. Le gouverneur répondit que le soir môme on préparerait des ordres et des troupes, et qu'il fallait s'occuper des dispositions convenables, de manière à éviter jusqu'au soupçon. Radet se retira fortement ému de se voir chargé de cette entreprise. Il s'enferma pour combiner ce qu'il pouvait opposer à l'effet qu'elle devait produire. '' )
Dans la journée du 5 Juillet 1809, on vit arriver de
Vecchia pour recevoir S. S. Comme il n'arrivait pas, un émissaire, c'était un franciscain, en habit laïque, se rendit à Rome pour presser son voyage. Pie VII dit alors au cardinal Pacca, que ce projet n'avait jamais eu son entier assentiment; et, après en avoir pesé de nouveau les inconvénients et les avantages, il fut décidé que le Saint -Père ne partirait pas.
4) Des ordres lui ayant été annoncés, et se voyant, déclare-t-il dans sa narration, soumis à la cruelle alternative ou de franchir les droits les plus sacrés, ou de violer ses serments par la désobéissance, oppressé par un sentiment de répugnance mêlé de crainte, plus il cherchait les moyens d'éluder, et moins son imagination le servait. Sa seule espérance reposait sur le défaut de troupes, qui l'aurait dispensé d'exécuter les ordres.
Naples huit cents conscrits, qui furent logés au château Saint- Ange , et dont une partie n'était pas armée. Par ce renfort la garnison de Rome fut portée h 7200 hommes. Dans la soirée on s'empara de force , mais aussi secrètement que possible, des échelles du tapissier Joseph Fomari. Mathieu Lovatti fournit des échelles de maçon/ des cordes et les hommes qui étaient sous ses ordres. Ces individus et les instruments furent placés dans le quartier militaire dit délia pilotta, situé près le palais Quirinal. Le munitionnaire des forçats du château Saint-Ange, Joseph Tignani, fut chargé de procurer des torches à vent, les échelles qui servent pour exécuter les criminels condamnés à la corde et d'autres objets nécessaires pour escalader le Quirinal. On lui fit accroire que ces préparatifs avaient un autre but, car on craignait que si le projet transpirait, le peuple qui ne s'était tenu tranquille jusqu'alors que pour obéir aux exhortations du Saint-Père, ne le fit manquer vu la faiblesse de la garnison. Pour chef de l'entreprise on choisit un nommé François Bassola, qui se trouvait aux galères de Civita-Vecchia, anciennement attaché comme domestique au palais du pape , et qui avait été condamné, pour vol domestique, à être pendu; mais la clémence de Pie VII avait commué sa peine en l'envoyant aux galères. Le général Miollis ne voulant confier à personne une négociation si importante, se rendit lui-même k Civita-Vecchia. On promit à Bassola la liberté et cent écus romains. ^ ) Uans la même soirée les partisans les plus fanatiques de la France, qui avaient pris la dénomination de soldats civiques se réunirent avec leurs chefs, les comtes François Mariscotti, Joseph Giraud, César Marrucchi et autres, dans les environs du Quirinal, pour être à portée de soutenir l'entreprise.
i) Le gouverDement français paya effectivemeDt les cent écus promis, mais il désavoua le général Miollis, comme n*ayant pas été en droit de promettre la grâce à un condamné.
Après minuit les ponts du Tibre furent garnis de piquets de cavalerie et d'infanterie ; des factionnaires furent placés dans les rues les plus fréquentées de Rome ; des corps considérables parcouraient le corso et les rues voisines du Quirinal, de manière que toutes communications entre les différents quartiers de la ville fussent interrompues et on ne permit à personne ou d'avancer ou de revenir sur ses pas. Le lieu du rendez-vous était le palais Rospigliosi au mont- Quirinal, où Ton avait à dessein logé le général Radet, chef de la gendarmerie. Le général Miollis se plaça dans le jardin du palais Colonna qui est contigu à ce palais, pour observer et donner des ordres supérieurs.
Tout étant préparé , les divers détachements se mirent eo marche en observant le plus grand silence, pour assaillir dans le même instant cinq portes du palais Quirinal. Chaque chef des détachements qui devaient concourir à Tensemble de Tentreprise était prévenu de Tinstant du signal convenu pour Tescalade. Une heure après minuit que frapperait Thorloge môme du Quirinal, était le moment fixé pour agir spontanément : mais un incident retarda Texécution. Le général apprit qu'un des officiers de la garde du pape était en vedette sur la tour saillante près de la grande porte d'entrée du Quirinal, et que chaque nuit on prenait cette mesure de surveillance qui cessait à la pointe du jour. Alors on changea les instructions pour le moment. Le général subdivisa ses postes des environs de la fontaine de Trévi ; il envoya garder les portes des églises principales environnantes, pour empêcher de sonner le tocsin ; il guetta la rentrée de lofficier en sentinelle sur la tour, et à deux heures trente-cinq minutes , il donna le signal.
La garde suisse ne s'étant jusqu'alors aperçu d'aucun mouvement extraordinaire, en avait fait le rapport accoutumé au cardinal Pacca, pro-secrétaire d'État, qui, après avoir pris
les dernières précautions journalières, s était retiré avec les autres cardinaux qui veillaient encore dans leurs appartements. — Le premier point d'assaut fut dans la rue dite di porta pia, entre le palais de la domesticité (palazzo délia famigliajy et la chapelle vulgairement nommée (sala regiaj salle royale. La troupe y cassa plusieurs fenêtres , s'introduisit dans les appartements, et de là par les corridors oh elle répandit la consternation et Teffroi par ses cris et des coups de fusil, sans cependant faire de mal à personne, dans la cour dite de Vhorloge,
Le second assaut eut lieu par la petite rue de la dataria; on entra par les fenêtres de Tautre palais de la domesticité, et en avançant comme au premier point, la troupe gagna les autres corridors de cette partie.
La troisième attaque eut lieu au portail de la paneteria dont on escalada le mur et se rendit ainsi maître de la petite cour de la paneteria. Quoique ces trois détachements furent ainsi pénétrés dans Tintérieur du palais, il n'existait toutefois pas de communication entre eux. Pour l'établir ils furent obligés de briser toutes les portes qu'ils trouvaient bien fermées ; car on n'avait pas réussi à pénétrer par les fenêtres de l'appartement du pape du côté du jardin, oh le portier Louis Capellini avait introduit un détachement de soldats.'*) Le quatrième assaut fut dirigé contre une porte murée du jardin ; il ne réussit pas, parce que cette porte ayant été enfoncée, et le premier mur abattu, on fut arrêté par un autre de fterra pieno anticoj qu'on jugea impossible de percer. — Le cinquième point d'attaque fut le petit bastion qui est à la gauche du grand portail du palais. La troupe l'escalada ;
i) Les paons qui se trouvaient dans le jardin, effrayés à Taspect des torches allumées, commencérent ^^p rier ; mais moins heureux que les cris qui sauvèrent jadis le capitole, ils tombèrent victimes de leur vigilance et les vainqueurs du Quirinal ornèrent leurs chapeaux des plumes de ces oiseaux.
Martens, Causes célèbres. IV. 25
mais il lui fut impossible d'avancer, ayant trouvé toutes les communications interrompues et les portes fortement barricadées. Elle renonça à la tentation de les forcer, lorsqu'elle s'aperçut que les autres détachements étaient réunis dans la grande cour de l'horloge, et avaient ouvert la grande porte par laquelle entra sur-le-champ le général Radet avec une partie des troupes qui jusqu'alors avaient été simples spectateurs de ce qui se passait.
La troupe prit alors le chemin qui conduit directement aux appartements du pape, brisa toutes les portes et pénétra dans l'antichambre dite dei bussolanti, où elle trouva la garde suisse, avec son capitaine qui avait reçu Tordre de ne faire aucune résistance. La garde fut déclarée prisonnière de guerre; on brisa quelques-unes de ses hallebardes et on demanda au capitaine son épée qui lui fut rendue peu de temps après.
Pendant que ces actes de violence furent commis au dehors , une scène de résignation et de patienCe se passa dans l'intérieur du palais. Au premier instant oi!i les diverses attaques eurent lieu, et précisément au moment de la quatrième, le suisse de garde avait donné, par la cloche, le signal convenu qui avertissait le cardinal Pacca qu'on investissait le palais. Celui-ci en fit part à S. S., auprès de laquelle la distribution particulière des appartements n'avait permis de se rendre qu'aux personnes suivantes , savoir : le cardinal Despuig, monsignor Doria (maestro di caméra), monsignor Mastai, monsignor Pacca, avocato reaUy l'abbé Mauri et divers officiers de la maison du souverain pontife, les autres cardinaux et prélats bloqués dans leurs appartements par la manœuvre décrite n'ayant pu pénétrer jusqu'à celui de S. S. M. Ceccherini chirurgien du pape qui avait voulu forcer le passage, fut maltraité de coups de crosse de fusil et de 30uRIets.
Le Saint-Përe s'étant revêtu de ses habits ordinaires avec le camail et Fétôle, attendit avec résignation la fin de cette funeste catastrophe. En sortant de sa chambre à coucher, S. S. prit par là main le cardinal Despuig, et lui dit, sans aucune émotion : « Nous voici , M. le cardinal. » S. Ém. répondit : «Saint- Père, le moment est venu,, où V. S. doit » montrer son courage et implorer le ciel pour qu'elle puisse » nous donner à tous un exemple. Que Y. S. se rappelle que » c'est le jour de Foctave de Saint-Pierre. » Pie VII répondit : <r Vous avez raison. » La rumeur s'étant augmentée , le cardinal ajouta : « SiV. S. le veut, nous avons encore le temps » de passer dans la chapelle secrète pour recevoir les dispo- » sitions du Seigneur au pied des autels ; » mais comme le tumulte augmentait toujours et qu'on s'apercevait qu'il approchait. Pie Vn se plaça sur son siège, et les deux cardinaux se mirent debout k ses côtés ; il demanda instamment qu'on lui apportât le crucifix qu'il avait coutume de prendre avec lui dans, ses voyages, mit le bréviaire dans sa poche, et ordonna qu'on plaçât à son doigt l'anneau que portait Pie VI son prédécesseur pendant son exil , et qui lui avait été envoyé à Valence le jour de son élection à Venise.
Cependant le cardinal Despuig proposa au pape de ne pas laisser forcer la dernière porte qui restait sur pied , afin de ne pas s'exposer aux inconvénients qui pourraient avoir lieu, si une tourbe si vile entrait violemment dans son appartement. On envoya dans le passage antérieur quelques officiers du pape, et entre autres l'abbé Maury qui demandèrent aux soldats ce qu'ils cherchaient, a Nous voulons le pape, » répondirent-ils. « Eh bien, » répliqua Fabbé, « je le lui dirai. » Mais comme ils continuèrent à faire des efforts pour, rompre le dernier obstacle, S. S. ordonna qu'on ouvrît les portes. Aussitôt le général Radet s'avança , suivi de gendarmes , de soldats français et civiques armés de fusils, et de quelques
individus romains.^) Tenant le chapeau à la main, comme tous ses compagnons, le général s'approcha du pape, et lui dit : Cl Je viens par ordre de mon souverain , Tempereur des » Français, demander à V. S., si elle veut renoncer à la do- » mination temporelle de ses états. » A ces mots Pie YII s'assit, car au moment de Feutrée de la soldatesque il s'était mis debout. Il répondit d'un air calme et tranquille : « Je » ne le puis. » Le général Radet reprit : a Si V. S. veut faire » cette renonciation, je ne doute pas que tout ne s'arrange, » et que l'empereur n'ait pour V. S tous les égards. » Se relevant de nouveau d'un air plein de dignité et de majesté,
i) Dans un rapport publié en iSH, par Je général Radet, celui-ci dit à cette occasion: «Que tout autre se mette dans cette position, et » à moins d* avoir perdu tout sentiment moral et humain , il jugera de »rétat pénible de ma situation. Je n*avais pas encore d'ordre de m'em- » parer de la personne du pape. Un saint respect pour cette tête sacrée, » doublement couronnée, remplissait tout mon être et toutes mes facultés » intellectuelles. Me trouvant devant elle, suivi d'une troupe armée, un » mouvement oppressif et spontané se fit sentir dans tous mes membres. »Je n'avais pas prévu cet incident, et je ne savais comment me tirer » de là. Que faire ? Que dire ? Par où commencer ? Voilà le difficile de » ma commission : Ma troupe entrait avec moi ; la présence du Saint- » Père, de son sacré collège, et le lieu saint où je me trouvais, exigeaient » le respect et la décence. Je me retournai ; je commandai que Ton re- » conduisit et que Ton plaçât en ordre la troupe dans la salle du trône, » et que des patrouilles en fussent détachées pour le maintien de l'ordre »dans le palais. Fort embarrassé du parti à prendre, pour ne com- » promettre ni le succès, ni le gouverneur, ni moi-même, je profitai du » mouvement rétrograde de ma troupe , pour envoyer en toute hâte le «maréchal des logis de gendarmerie Cardin! , prévenir le gouvemeur- » général que j'étais en présence du pape sans avoir pu parvenir jus- » qu'au cardinal Pacca que je ne connaissais pas, et demander les ordres » du gouverneur. Je prolongeai le mouvement de ma troupe ; je ne laissai » avec elle qu'un petit nombre d'officiers ; je fis entrer le surplus près de »moi, ainsi que les sous-officiers de gendarmerie. Ils entrèrent avec la «plus grande honnêteté, le chapeau à la main, et s'inclinant devant le »pape, à mesure que chacun allait prendre place pour former la haie » devant l'entrée intérieure. Toute cette ordonnance dura cinq minutes «environ, lorsqu'arriva le maréchal des logis Cardini, qui me rendit en » secret l'ordre du gouverneur d'arrêter le pape avec le cardinal Pacca, » et de les conduire incontinent hors de Rome. Tout sévère que me » parut cet ordre, il me fallait obéir. »
le Saint -Père d*un ton qui indiquait quil se rappelait de sa qualité de prince et de vicaire de Jésus-Christ, prononça ces paroles : «/e ne le dois pas, je ne le veux pas : J'ai promis )) à Dieu de conserver à la Sainte -Église ses états; je ne )} manquerai pas à mon serment. » Le général répondit : « Je » suis fâché que V. S. ne veuille pas condescendre à cette » demande , puisqu'elle s'expose à de nouveaux désagré- » ments. » « J'ai dit,» reprit le Saint-Père, « que rien ne me » fera changer ; je suis prêt à perdre la vie à l'instant môme apour la religion du serment que j^ai prêté à Dieu, et à ]» verser la dernière goutte de mon sang. » Le général répondit : « Cette résolution peut produire beaucoup d'incon- » vénients. » Le Saint-Père l'interrompit en disant : « Je suis )> résolu et ne me départirai jamais de ma résolution. » S'il en est ainsi,» dit alors le général, «je suis peiné des ordres )) de mon souverain et de la commission dont je suis chargé.» Changeant alors le ton de souverain qu'il avait soutenu jusqu'à ce moment, Pie VII prit la mine affectueuse d'un père, et d'un air de compassion, il dit au général : «Mon fils, cette » commission n'attirera pas sur vous la bénédiction du ciel. » Ces paroles parurent toucher le général ; néanmoins il poursuivit ainsi : a II faudra que j'emmène Y. S. » Â ces mots Pie VII répliqua : « Cela sera la reconnaissance pour tout ce » que j'ait fait en faveur de votre empereur ; cela sera le » prix de la condescendance que j'ai eue pour lui et pour » l'église de France.» Le général répondit: «Saint -Père, 1» telle est ma commission ; mais je suis fâché de devoir » l'exécuter, car je suis catholique et fils de l'église. » A ces mots le cardinal Pacca interrompit cet entretien, en disant qu'il était nécessaire que S. S. fût accompagnée de quelques personnes dont elle avait besoin pour le gouvernement de l'église. Le général répondit : « Toutes les personnes que » S. S. demandera pour sa suite, lui seront accordées, mais
9 cet objet devra se traiter avec le général en chef qui est »en dehors du Quirinal.» Le cardinal Pacca fit observer encore que sans doute S. S. aurait besoin de quelques préparatifs pour faire le voyage ; à quoi le général répondit que c'était trop juste. Dans l'intervalle Pie VU avait de sa propre main formé une liste de quatre cardinaux et de quelques prélats et officiers. En la remettant au général Radet, il dit : « Cette liste fera connaître ma volonté ; car elle est de mon » écriture.»
Ce colloque fut interrompu par l'arrivée d'un aide de camp qui parla à l'oreille du général Radet: celui-ci reprit alors : « L'empereur ordonne que le seul cardinal Pacca aille » avec nous. Ce cardinal ayant demandé combien de temps ^on accordait à S. S. pour se préparer h son départ, le général répondit : « Une demi-heure, i» A ces mots Pie VII se leva et dit : « Allons ! que la volonté du Seigneur soit faite 1 » Le Saint -Përe étant entré dans sa chambre à coucher, y fut suivi par le général. Aussitôt qu'il en fut sorti, il prit le bras du cardinal Despuig et celui du cardinal Pacca qui s'était revêtu pendant ce temps de ses habits de cardinal, du roccetto et de lamozetta.^) Alors environnés de gendarmes, de sbirres et de sujets rebelles, marchant d'une manière incommode sur les débris des portes jetées à terre, on descendit les escaliers. Arrivé au pied de l'escalier tournant, le général Radet sépara le Saint-Përe du cardinal Despuig et ordonna que ce dernier fût reconduit par des gendarmes dans son appartement. On traversa la grande cour dans laquelle se trouvait de la troupe française , qui rendit les honneurs, dus au chef de l'église et à laquelle S. S. donna sa bénédiction. .Arrivé h la principale porte de Monte-Cavallo, où se trouva prête la voiture du géné-
4) On mit tellement de précipitation dans cet acte de violence, qu'on ne donna même pas aux camerieri, dits adjudants de chambre, le temps, de mettre dans une valise un peu de linge pour changer dans le voyage.
rai Radet, le pape voyant sur la place des troupes napolitaines, rangées en bataille , leur donna sa bénédiction , après quoi il monta en voiture^) ainsi que le cardinal Pacca. Un gendarme ferma les deux portières à clef. Alors le général monta sur le siège avec le maréchal des logis Cardini, et donna Tordre du départ. Au lieu de prendre la route du palais Doria, qu'habitait M. Miollis, on suivit la direction de la porta pia, puis on tourna vers la porta- solara, et par un long circuit en dehors des remparts, on parvint à la porta del Popoh, qui était fermée ainsi que toutes les autres. Des brigades de cavalerie, les sabres nus, étaient postées sur tout le passage, le long des murs. Hors de la porta del Popolo le Saint-Père était attendu par une autre voiture attelée de chevaux de poste et par d*autres gendarmes destinés à former son escorte. On changea de voiture, et le général Radet qui jusqu'alors avait pris place en dehors entra dans celle du pape avec le cardinal Pacca et prit la route de Toscane. ^)
Peu d'heures après le départ du souverain pontife, la publication suivante, signée de sa main fut afGchée aux lieux accoutumés ^) :
\) Celait une de ces voitures appelées bastar délies , dont on avait fait clouer les persiennes du côté où le pape était assis.
2) Il était huit heures et un quart d'Italie lorsque Pie Vil entra dans la voiture. Cette expédition nocturne avait duré trois quarts-d'heures. — Aussitôt que Ton sut à Rome l'enlèvement du Saint- Père, une consternation générale s'empara des habitants de cette ville. — Les cardinaux Despuig, Trajette, Casoni, Erskine qui se trouvaient au palais, y^ restèrent en état d'arrestation jusque dans la matinée du jour suivant, où on leur permit de retourner à leurs habitations.
3) Cette pièce préparée à longues mains pour cet événement, avait été confiée à des personnes sûres qui, en la portant à la connaissance du public, rendaient ainsi un dernier service à leur souverain.
N^ XXV
Publication affichée dans Rome la nuit qui suivit VerUèvement
du pape.
Pie VII à ses fidèles st^fets et à son troupeau particulier
et bien -aimé!
Dans les fâcheuses extrémités où nous sommes réduits^ nous versons des larmes d'attendrissement, et nous bénissons Dieu, le Père éternel de notre Seigneur Jésus- Christ ^ le Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation^), de ce qu'il daigne nous accorder un soulagement bien doux, en voyant s'accomplir de nouveau en notre personne, ce que son divin Fils, notre Rédempteur, annonça autrefois à Saint -Pierre, le chef des Apôtres, dont nous sommes le successeur, malgré notre indignité : « Lorsque vous serez d^ns un âge avancé, vous étendrez les mafns ; un autre vous ceindra et vous conduira où vous ne voudrez point aller. *)
Nous savons néanmoins et nous déclarons qu'étant en paix avec tout le monde, et même priant sans cesse pour la paix entre les princes, on ne peut, sans un acte de violence, nous arracher de la ville de Rome, notre pacifique et légitime résidence, parce qu'elle est la capitale de nos états, le siège spécial de notre sainte église romaine, et le centre universel de l'unité catholique , dont par la divine Providence nous sommes sur la terre le modérateur et le chef.
Nous livrons donc avec résignation nos mains pontificales à la force qui les lie pour nous entraîner ailleurs; et toutefois nous déclarons les auteurs de cet attentat responsables envers Dieu de toutes ses conséquences. Pour nous, nous ne formons qu'un désir, nous ne donnons qu'un conseil, qu'un ordre à nos fidèles sujets, à notre cher et bien -aimé troupeau de l'église catholique, c'est qu'ils imitent avec ferveur la conduite des fidèles du premier siècle, dans le temps que Saint^ Pierre était renfermé dans une étroite prison, et que l'église adressait incessamment à Dieu des prières pour lui. ')
\) Ep. II ad Cor., cap. I, v. 3.
2) Joan. XXI, 18.
3) Act. Apost., cap. XII, V. 5.
Successeur, quoique indigne, de ce glorieux Apôtre, nous aimons à croire que tous nos enfants bien -aimés rendront à leur commun et tendre père ce charitable devoir, qui sera peut-être aussi le dernier; et nous, en récompense, nous leur donnons, de toute Peffusion de notre cœur, notre bénédiction apostolique.
De notre palais du Quirinal, le 6 Juillet 4808.
Pie VII, pape.
Place -f- du sceau.
Lorsqu'on fut arrivé à une heure de nuit à la Chartreuse de Florence, la personne du Saint-Përe fut remise entre les mains du colonel de la gendarmerie Lecrosnier. La princesse Elisa Bacciocchi, sœur de Napoléon qui, avec le .titre de grande-duchesse gouvernait alors la Toscane» après avoir fait complimenter Pie VU par un officier de sa maison, n'ayant reçu aucun ordre de son frère, et considérant le pape comme un hôte fort embarrassant pour elle-même, et toujours encore à craindre pour l'empereur au centre de l'Italie, donna l'ordre peu d'heures après l'arrivée du Saint -Père à la Chartreuse, de le transporter à Alexandrie. De là on partit pour Grenoble, pour prendre la route sur Valence, Avignon , Aix , Nice et Savone. Pie VII séjourna tranquillement dans cette dernière ville jusqu'au printemps de l'année 4 8l!2, grâce à la grande et funeste expédition que poursuivit alors Napoléon contre la Russie. Toutefois le 9 Juin, sous prétexte qu'on avait vu des bâtiments anglais s'approcher de Savone"*), on intima au Saint-Père l'ordre de se préparer à un voyage pour rentrer en France ; et le lendemain 1 , on le fit partir pour Fon-
i) «Les Anglais,» dit Artaud, «qui avaient tâché d'empêcher le «pape de faire le voyage de 4804, en France, et qui ensuite voyaient » avec plaisir qu'il n'avait pas voulu grossir le nombre de leurs ennemis» » firent avertir secrètement Pie VII, qu'une frégate, qui croiserait près de »Savone, pourrait s'approcher après certains signaux, et le délivrer de » sa captivité. »
tainebleau, où il arriva le 20 Juin au matin. ^) Ce fut là o& cinq mois après, Fempercur revenu de la désastreuse campagne de Russie, fit signer le 25 Janvier <8<3, à Pie Vil ce concordat mémorable qui n'eut et ne devait avoir aucune valeur, il est vrai, mais qui ne resta pas moins une éclatante preuve de Tabus de la violence exercée contre ce vénérable prince de l'église. ^) Ce ne fut que le 23 Janvier 1814, que Pie VII se remit en route pour Rome, où il fit son entrée solennelle le 24 Mai de la même année. ^)
A une époque moins riche en événements, et surtout en bouleversements, l'arrestation du pape et sa translation, loin de la capitale de la chrétienté aurait causé en Europe une stupeur générale, ému tous les peuples catholiques et agité les gouvernements. Toutefois cet événement se trouva alors rapetissé par la grandeur et l'importance de ce qui se pas-
i) En rapprochant le pape ainsi de la capitale, on avait Fintention de le faire environner de personnes vendues qui, à force d'instances et d'insinuations, rengageassent à consentir à tout ce qu'on voudrait exiger de lui au nom de Tempereur.
2) Le pape Pie VII, dit Artaud , était alors âgé de li ans. Sa vie desséchée par les douleurs, des désordres de santé, le dégoût des aliments, sa sensibilité excitée par le désir de revoir les cardinaux qu'on retenait prisonniers ; l'insistance importune de Bertalozzi, qui le pressait de tout accorder; les supplications des cardinaux italiens qui traitaient cette importante affaire, et qui le fatiguaient quelquefois de prévisions menaçantes, ou accompagnées d'une sorte de contemption ; le silence absolu de toute voix sage, noble, qui vînt relever cette âme flétrie par la soufirance ; enfin les approches de la mort, tout contribuait à décourager le pontife.
3) Ceux de nos lecteurs qui voudraient connaître toutes les circonstances dont fut accompagné lé voyage du pape de Rome â Fontainebleau, ainsi que celles non moins intéressantes et curieuses qui précédèrent et accompagnèrent la signature du concordat du 25 Janvier iS\3, arraché au Saint-Père, les trouveront relatées dans l'ouvrage du chevalier Artaud, Bistidre de Pie VII, T. 2 ; dans les Mémoires du cardinal Barthelemi Pacca, auxquels est jointe encore la Relation de l'enlèvement du pape et de son voyage jusqu'à Florence, par le lieutenant général baron Radet; et dans une brochure portant pour titre: Précis historique du voyage et de la captivité de Pie Vil, depuis son départ de Rome jusqu'à son retour en cette ville, par M. L**. en 18U.
sait ailleurs. Le jour même, 6 Juillet 1809, où le pape fut emmené de Rome, Napoléon remporta la mémorable victoire sur Varmée autrichienne à Wagram : et comme Ta dit trësbien en cette occasion un de nos historiens modernes : « Le » bruit dun grand scandai s'évanouissait sous le canon de la y> victoire. y>^)
Observations.
Quoique l'enlèvement du Saint-Père soit un fait d'une telle nature qu'on a peine à croire qu'il ait eu lieu sans un ordre positif de l'empereur des Français^), il n'est pas moins vrai que s'il en eut existé un pareil, le général Miollis n'en eut point' fait un mystère au général Radet Un ordre positif eut levé tous les doutes, et n'eut permis ni à l'un ni à l'autre cette hésitation qui s'est fait sentir même dans les rapports de ces deux généraux entre eux. U faut donc supposer que le général Miollis, gouverneur et chef de la consulte extraordinaire, ait eu et dû avoir dans ses instructions, une grande latitude pour toutes les hypothèses possibles, et que le moment d'user de cette latitude. était arrivé lorsqu'il en fit usage.') La preuve de l'exactitude du fait se trouve dans les deux lettres que le général Miollis adressa à l'empereur, dans lesquelles il lui rend compte de Tévénement.
La première commence par la phrase suivante : « V. M. » m'a confié le soin de maintenir la tranquillité dans ses états
i) V. DE BiGNON, Histoire de France.
2) Pour en disculper Tempereur, quelques écrivains ont supposé que cet ordre était parti du roi de Naples. Nous sommes persuadés qu'il n*y a eu d'ordre spécial donné ni par Tun ni par Tautre. La prise de possession des états romains était une mesure délicate. Aussi l'empereur avait-il appelé Tun des ministres du roi de Naples, Salicetti, à faire partie de la consulte extraordinaire. Le roi lui-même avait été sur le point de se rendre à Rome, son voyage annoncé, et tout, à la cour, préparé pour le départ. De là sans doute Topinion assez accréditée que l'ordre de l'enlèvement venait de lui. Cette opinion nous parait sans fondement. Histoire de France, par de Bignom.
3) Ce que le général Radet, ainsi que nous l'avons vu^ dit dans le récit justificatif publié en 4845, sur les circonstances qui précédèrent et suivirent l'arrestation au pape Pie VU, nous confirme encore, que là est la vérité.
» de Rome : j'ai atteint Tunique moyen d'y parvenir ; j'ai or- 1» donné l'arrestation du cardinal Pacca. Le pape s'y ei^t op- » posé par des barricades et une défense qui l'ont entraîné » lui-même avec le cardinal, etc.» — La seconde commence par la phrase suivante : » Le pape a prononcé lui-même son » éloignement de Rome. Lorsque le général Radet , parvenu à r> son dernier retranchement, lui a demandé s'il ne porterait » plus atteinte à l'autorité temporelle, il répondit qu'il la sou- )> tiendrait en lui jusqu'à la dernière goutte de son sang, etc. » Cette explication si naturelle est confirmée encore par les propres paroles de Napoléon, qui s'exprimait ainsi: ^) «Quand Don crut que la fortune m'abandonnait à Ëssling, on fut prêt » aussitôt à Rome pour soulever la population de cette grande » capitale. L'officier qui y commandait ne crut pouvoir échapi> per au danger qu'en mettant le pape en route pour la France; » cet événement s'était opéré sans ordre, et même il me con-
» trariait fort »
Les variations sur le lieu que l'on fit habiter par Pie VU, attestent encore que son éloignement de Rome ne résultait point d'un plan prémédité, mais que c'était un accident de guerre produit par la position difficile des Français dans cette capitale. S'il en eut été autrement, il est à présumer que Napoléon eût déterminé d'avance le lieu de résidence, assigné au Saint- Père.
i) V. Mémorial de Sainte- Hélène. T. V, p. 337.