‹ Causes des maladies épidémiques, moyens d'y remédier et de les prévenir; avec quelques réflexions sur l'épidémie d'EspagneChapitre 1 sur 57 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

G O M P E Pt E JEUNE, Libraire , rue de l’école de médecine • MÉQUIGNON-MARVIS, Libraire, même rue.

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PRÉFACE

Les fonctions que j’ai exercées à Farinée ou dans l’intérieur du royaume m’ont mis à même d’observer et de traiter un grand nombre de maladies épidémiques réputées contagieuses; j’ai donné une attention spéciale aux causes manifestes qui les avaient produites, et qui tenaient aux circonstances malheureuses qui accompagnent presque toujours la guerre. J’ai constamment remarqué que de leur intensité et de leur étendue dépendaient la violence et la propagation de la maladie; et, comme l’influence de la contagion, indépendamment de ces causes, ne m’a jamais présenté des effets appréciables , j’ai dû la regarder comme nulle. Il n’en est pas de même de l’influence qu’a exercée sur ces épidémies, l’opinion de leur contagion ; elle m’a paru au contraire

PRÉFACE

devoir être rangée parmi les causes qui ont contribué le plus puissamment à entretenir , propager et aggraver le mal. C'est l'obstacle que , quelquefois , j'ai eu le plus de peine à vaincre ; c'est cette malheureuse croyance qui , faisant négliger la recherche des causes réelles de l’épidémie, a empêché qu'on y remédiât en les éloignant.

Témoin des funestes effets qui en résultaient, profondément affligé des maux que ce fléau ajoutait aux désastres inévitables de la guerre, j’ai consacré, à mon retour dans ma patrie, le peu de loisir que me laissait l’exercice de ma profession à l’étude des maladies tvphoïdes.

J'ai compulsé l'histoire de toutes les épidémies; et la conviction que j'avais acquise par ma propre expérience , a été pleinement confirmée par celle des autres.

C’est ce double résultat que je présente au public, qui, je l’espère, daignera accueillir mes efforts, en faveur des motifs qui m'animent : l'amour de la vérité et du bien public.

PREFACE

Lai appris, pendant l'impression de cet ouvrage , qu'un médecin anglais , le docteur Mackleyn, venait de traiter le meme sujet, et que je m'étais souvent rencontré avec lui (i). Loin de m’en chagriner, je me réjouis de ce qu'un autre s'occupe également à déraciner des opinions si fatales à l'humanité. Ce n'est pas à l’originalité que je prétends; et l'on verra dans le cours de cet ouvrage, que j’ai trop peu soigné le style pour aspirer aux honneurs

(i) Lorsqu’en 1814 je communiquai à plusieurs sociétés médicales de Paris les idées qui font la base de cet ouvrage , elles parurent tellement éloignées de l’opinion accréditée , que je crus un instant m’en être laissé imposer par des apparences trompeuses. En revoyant mes matériaux , en méditant attentivement lhis» toire de toutes les épidémies , mes premières idées ne purent que s’affermir de plus en plus; il ne me fut plus permis de me taire; je pris donc la résolution de rendre publics les motifs de ma conviction. Vers le milieu de l’impression, M. le docteur Serres me fit savoir qu’il venait de paraître à Londres un ouvrage dont les vues semblaient analogues aux miennes. Je ne pus me défendre d’un sentiment de satisfaction , en voyant un nouvel athlète entrer dans la même carrière que moi, pour détruire l’un des préjugés les plus funestes qui aient affligé l’espèce humaine.

x préface;

littéraires. J'ai obéi à ma conscience et à la voix de l’humanité, en écrivant ce mémoire. Les devoirs de ma profession ? comme médecin , ne m’ont pas permis de le porter au degré de correction que j’aurais peut-être pu y donner si j’en avais eu le loisir.

Le titre donné d’abord à cet ouvrage ne comprenait que les maladies appelées peste ou typhus, tandis que mon travail peut s’appliquer à des maladies désignées sous beaucoup d’autres noms ; j’ai donc cru devoir changer ce titre.

D’autres causes encore ont fait prendre à quelques personnes une fausse idée de mon livre. On Fa regardé comme l’exposé d’une opinion qui m’est particulière , etcomme consistant dans ces explications,, cesdiscussions oiseuses et souvent dénuées de fondement, que malheureusement on rencontre dans la plupart des écrits sur le même sujet. Mais j’ai voulu, au contraire, que mon opinion ne fût comptée pour rien. J’ai tâché seulement d’offrir une masse de faits suffisante pour mettre la vérité dans tout son jour, de quelque côté qu’elle se trouve; objet dont on doit maintenant plus que jamais sentir la haute importance.

Si je me suis livré à quelques raisonnemens , c’est qu’ils découlaient naturellement des faits , et je n’j ai consacré que de courts chapitres , où j’ai tâché de présenter sous toutes ses faces le système de la contagion, et de l’apprécier.

Je n’ai trouvé sur ce sujet que des écrits incomplets ,

( 1 ) Comme il sera facile de le voir 7 la note suivante n’a été imprimée qu’en 1822; tandis que le corps de l’ouvrage même a été imprimé en

Y iîj avertissement.

sans clarté et sans méthode. Ces écrits , tout nombreux

qu’ils sont, laissaient une grande lacune que je crois avoir

remplie.

J’ai été secondé et encouragé par l’exemple et parles lumières de plusieurs médecins français des plus distingués dans l’enseignement : tels sont MM. Portai, Des Genettes , Dubois, Ribes et Serres. M. le baron Des Genettes, auquel je dois l’avantage d’avoir été à portée de recueillir de nombreuses observations , qui ont servi de base à mon travail, peut être considéré comme ayant porté les premiers coups au système admis dans un siècle d’ignorance, par l’autorité de son nom, par l’exactitude et l’importance des observations consignées dans sa Relation médicaée de l* armée d’ Orient , notamment par l’heureuse expérience qu’il a faite sur luimême , expérience qu’il faut aussi appeler courageuse, quoique ses lumières aient dû diminuer beaucoup à ses yeux l’apparence du danger.

Presque tout est donc fait maintenant pour la solution de la question de la contagion ; tous les matériaux sont rassemblés , l’édifice est même en partie élevé. Doit-on laisser aux étrangers le soin d’y mettre la dernière main ? Déjà , dans de nouveaux écrits , quelques autres de nos compatriotes ont professé la même, doctrine que moi , sans néanmoins me citer. Si je ne tenais qu’aux intérêts de ma propre réputation , j’observerais que rien ne peut empêcher que , dès l’année. 1814 ? j’aie présenté à diverses Sociétés , particulièrement à celle de la Faculté de médecine et à la Société médicale d’émulation , un premier travail où j’ai manifesté mon opinion. Mais peu importe de quel côté la vérité arrive; l’essentiel est qu’elle soit bien accueillie, et qu’elle le soit parmi nous, comme elle 11e peut raan-

AVERTISSEMENT. , fï

cjrtïer de l’être (î). On ne voudra pas toujours répandre l’alarme de tous côtés , intervertir toutes les lois de la société et de l’humanité , faire de grands frais , causer de grandes pertes au commerce et à l’Etat lui-même , sur des bruits de contagion* dont la source est uniquement dans l’habitude des préjugés, dans l’ignorance, l’insouciance , ou le vil intérêt ; du moins on examinera suffisamment pour fixer les idées à cet égard.

Quoi qu’il en soit, s’est-il déjà opéré quelque changement dans l’opinion, depuis la publication de mon ouvrage ? Quel serait ce changement ?

Indépendamment d’un assez grand nombre de médecins éclairés, qui ont abandonné le système de la contagion, mais qui n’ont rien publié sur ce sujet, voulant bien regarder comme suffisant ce que j’ai publié moimême ; indépendamment aussi de ceux qui maintenant professent hautement, mais sans me citer, la même opinion que moi, tandis que, avant l’impression de mon ouvrage , ils m’ont déclaré ne pas la partager entièrement , on a vu dans plusieurs des journaux de médecine les plus estimés en France et en Angleterre, des articles favorables à cet ouvrage, et assez étendus. Tel est un article inséré dans le Journal général de Médecine, cahier de novembre 1819, dont Fauteur est M. le docteur L. H. Villermé, secrétaire général de la Société médicale d’ému-’ lion, qui , en son particulier , a recueilli des observations très-importantes sur ce point. Un autre article a été mis dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, cahier d’août de la même année. Nous nous bornerons à donner un extrait de ce der-

(1) Il paraît qu’en Angleterre, l’ouvrage -du docteur Macklein sur lequel je crois avoir la priorité, fait déjà une grande sensation. Lettre du docteur Abercrombie , à M , le professeur Serres.

AVERTISSEMENT

nier ^ qui est de M. le docteur Rouss iNe - Chamseru . l’un des membres les plus distingués de l’ancienne Faculté.

« Je crains , dit Fauteur de cet article , que \habi~

» tude des préjugés ne fasse apercevoir dans les asser- » lions du docteur Lassis, quelques apparences de para- » doxe; mais j’espère aussi que la préoccupation de cer- » tain lecteur cessera , dès qu’il aura pris la peine » d’approfondir le contenu d’un l ivre d’ailleurs fort » instructif.

» A la tête du premier chapitre , l’auteur , pour si- » gnaler les partisans de la contagion , a inscrit cette » épigraphe : Majorent fidem homines adhibejit iis » quce non inteiiigunt (Pline). Ainsi , de tout temps,

» se sont malheureusement gouvernés la plupart des » hommes. Leur persuasion se mesure volontiers à Fin-

* compréhensibilité des objets , et même à leur absur- „

* dité la plus évidente. De là viennent ces longues » vicissitudes qui ont toujours retardé l’avancement » des sciences et des arts , tant que les conseils de la » raison et d’une saine expérience ont été repoussés par » les fantômes de l’imagination.

» . M. le docteur Lassis s’empresse d’éclairer

» chacun des points de la question. Le premier ne lui » semble pas mériter une longue réfutation. Quant au » second , il porte sur un fait qui , lui-même , est con- » testé....

» Suivant M. le docteur Lassis , le résultat qu’on a » cru obtenir des séquestrations , sert beaucoup à en » imposer. Il est bien vrai que ceux qui se séquestrent » pendant! es maladies appelées typhus , les contractent » rarement; mais 'est-il nécessaire d’en chercher d’au- » 1res raisons que l'avantage de jouir d’une habitation

AT ER Tl S SE MENT.

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» salubre et des autres commodités les plus nécessaires * à la yie , en même temps que l’on est exempt des » soucis, qui, dans ces circonstances, rongent ceux que » 1 on voit privés de ces ressources. [Cuva est in vis - » ceribus spina. )

» L’auteur conçoit judicieusement que partout où il » y a encombrement , ee dont il cite nombre d’exem- » pies mémorables, partout aussi la naissance et le dé- » veloppement des typhus épidémiques s’expliquent sans » qu’il soit besoin de l’hypothèse de la contagion. De » V aveu même de ceux qui ont embrassé cette er- » reur , les typhus, depuis i’ usage des séquestrations , » ont fait plus de ravages qu’ auparavant

» M. le docteur Lassis, après avoir combattu ave© » avantage plusieurs autres objections , parle succinc- » tentent de la fable des germes , dont ses adversaires » repaissent leur crédulité; il s’occupe peu également » d’une cinquième objection, déduite, comme la précé- » dente , de suppositions purement gratuites , et , s’il » s’arrête à quelques autres, c’est afin d’en tirer des » armes à l’appui cle sa propre doctrine. Un second » chapitre fournit au premier un supplément , en six » paragraphes , où l’on remarque une profonde érudits tion puisée dans les meilleures sources modernes. Le » troisième chapitre est la conséquence des deux pre- » miers , et les deux qui suivent achèvent de démon-* » trer toute la série des cinq propositions fondamentales » établies par notre auteur.

» Ce qui me paraît assurer le mérite de son travail , » c’est l’excellence de sa méthode analytique et le choix » des bons matériaux avec lesquels il a amalgamé ses » propres observations. On ne pouvait tirer un ineil- » leur parti qu’il ne l’a fait du très-bon ouvrage de

AVERTISSE M E NT

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