‹ Causes des maladies épidémiques, moyens d'y remédier et de les prévenir; avec quelques réflexions sur l'épidémie d'EspagneChapitre 2 sur 57 · XI · texte numérisé non relu

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» Papou , quoique plein de longueurs et de hors- » d’œuvre; il a également profité de tout ce qu’ont écrit » sur le même objet , à differentes époques, leshommes » qui en ont le mieux jugé : tels ont été Facio, en 1079? « et Sénac, au commencement du siècle dernier ; tels » sont encore , au moment actuel , Assalini, Pouque- » ville et le docteur INacquart.

» M. le docteur Lassis a étendu très-utilement le » cadre de ses Recherches, en y faisant entrer d’amples » notices historiques et chronologiques , concernant la » peste , et d’autres constitutions épidémiques répu- » tées ^contagieuses : il a saisi cette occasion pour don- » ner, sur la fameuse peste de Marseille, le précis le » mieux raisonné qui ait encore paru. Enfin, il a résumé * et terminé son livre par la conclusion suivante : J’ai » cru devoir la transcrire tout au long , dans l’intérêt du » lecteur. » ( Voy. cette conclusion dans ouvrage.)

Des médecins justement célèbres , qui ont été euxmêmes sur le théâtre où la peste exerce ordinairement ses ravages , qui l’ont vue de près , et observée avec soin , n’ont reconnu en elle qu’une de ces fièvres appelées putrides ou malignes ordinaires, et non une maladie contagieuse, dans le sens étendu que l’on donne généralement à ce mot. Ces médecins partagent entièrement l’opinion que j’appuie de milliers de faits , mais ils déclarent n’être nullement disposés à faire connaître leur manière de voir; ils sont persuadés que Ce serait se compromettre auprès du vulgaire , fortement imbu des idées de la contagion.

Quelques personnes pourront être étonnées d’une telle résolution , elles pourront la croire très-blâmable : pour moi, quelque intéressé que je sois à ce que des médecins d’un aussi grand poids se prononcent hautement ee

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faveur de l’opinion pour laquelle j’ai fait tant de recherches , je ne crois p^is pouvoir les condamner : les préjugés ont un grand empire , et je suis loin de me dissimuler combien celui dont il s’agit est enraciné , quoique beaucoup moins ancien qu’on ne le croit. Voici le raisonnement de ces médecins :

« Qu’une maladie se manifeste dans un endroit, que cette maladie, quoique non contagieuse , soit néanmoins crue telle; que nous déclarions que l’on se trompe ; que, sur notre déclaration , les autorités s’abstiennent de prendre les mesures dictées par le système de la contagion; que quelques-uns des habitans de cet endroit se rendent dans plusieurs autres villes ou villages , et qu’enfin ( ce qui arrive souvent ) , dans l’un ou dans l’autre de ces derniers lieux, il se déclare une maladie qui ait plus ou moins d’analogie avec celle du premier endroit; alors, ajoutent - ils, on ne manquera pas de prétendre que cette nouvelle épidémie est une suite de la première ; qu’elle provient de germes apportés par les voyageurs, auxquels on a imprudemment laissé les passages libres : de là des conséquences qui pourraient être très-fâcheuses pour nous. »

Mais , ai-je répliqué , n’y aurait-il pas moyen de tout concilier? Ne doit-on pas du moins faire connaître la vérité au Gouvernement, sauf à lui d’avoir tous les égards convenables pour un préjugé si funeste , mais si solidement établi? On a persisté dans la persuasion qu’il faut se taire , malgré les inconvéniens affreux du système de la contagion, sur lequel, loin de se relâcher, on ne fait qu’enchérir déplus en plus; et malgré les pertes qu’il occasionne, les frais qu’il exige, la terreur qu’il excite ou entretient, et le mal qu’il ne fait qu’accroître , on pense que tous ces

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inconvéniens ne peuvent prévaloir contre la loi qu’impose le préjugé. Ainsi, une épidémie d’aura d’autres causes que des miasmes marécageux ou d’une autre nature , ou bien la disette, la cherté des vivres , ou leur mauvaise qualité ; des habitansjouissantencored’unebonnesanté,mais

menacés de la perdre par ces seules causes , commençant même à éprouver les atteintes de celles-ci, voudront s’y soustraire , en allant chercher ailleurs un meilleur air, de meilleurs alimens, et ils seront repoussés chez eux sans pitié, au nom de l’humanité , de la raison et des lois (1) ! Les mêmes motifs empêcheront de leur porter du secours ; ils auront ainsi la douleur d’être condamnés à rester sous l’influence de causes de mort; le système admis leur fera même paraître le mal plus grand qu’il n’est en lui-même : heureux encore si l’on ne vient pas les resserrer étroitement dans leur maison , ou les en arracher pour les renfermer ailleurs. La crainte , l’inquiétude, les contrariétés et les privations de tout genre , tout sera réuni pour occasionner les maux mêmes qu’on prétend éviter, et ces maux sembleront encore justifier les mesures qui les auront produits.

Des médecins tels que ceux dont je viens de parler , paraissant ainsi admettre l’opinion régnante, une infinité d’autres gens de l’art qui, aux yeux du vulgaire, sont aussi de quelque poids, mais qui, dans Se fond, sont incapables de bien voir par eux-mêmes, croyent être dans la bonne voie, en se déclarant les champions du système admis, et sont toujours prêts à s’élever contre les téméraires qui osent tenter de faire triompher la vérité.

(1) Voyez le Journal des Débats, n° du 28 août cbmicr, et. tous les autres journaux de ces derniers temps.

avertissement.

Il faut donc faire un appel à tous les hommes véritablement instruits et amis de l’humanité. Ne serait-il pas à désirer que le gouvernement demandât du moins à tous les médecins éclairés et de bonne foi, s’ils ont vu des maladies épidémiques autres que la petite-vérole, la rougeole, la scarlatine, exercer de grands ravages sous la seule influence d’une cause occulte; s’ils n’ont pas toujours vu, au contraire, ces maladies accompagnées de quelques causes évidentes , commencer et finir avec ces causes.

J’ai déjà dit ailleurs, mais je crois devoir le répéter ici, que j’admets volontiers les inconvéniens d’une communication intime et fréquente avec des malades attaqués de fièvres appelées putrides , et placés dans des endroits peu aérés. La matière des évacuations de ces malades , le produit seul de leur respiration , plus chargé de principes délétères que dans l’état de santé , se joignant aux autres causes morbifiques régnantes, on est très-exposé à contracter les memes affections que les premiers atteints ; mais jamais le mal ne se porte au loin par les moyens que Ton a crus propres à cette transmission. Si quelques personnes ont ainsi contracté la maladie, ce n’a été que pour ellesmêmes ; le mal n’étant transmissible qae sous l’influence des premières causes, ne s’étend jamais au-delà de leur sphère. Dans les cas d’épidémie , qu’on abandonne donc les choses à leur cours ordinaire, en s’attachant seulement à distinguer les véritables causes, et à les combattre ou à s’en éloigner.

Ainsi une épidémie se déclare-t-eîie dans un lieu quelconque? se croit-on exposé aux mêmes causes évidentes que celles qui la font naître et se développer , telles que la chaleur , certains miasmes, le manque ou la mauvaise qualité des alimens, etc., ce n’est ni par des

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