Allemagne , Paris
Allemagne. Levées contre les Turcs; soulèvements des paysans en Autriche , disette , pillage.
(1) Facio , p. 189 , i4o , ï42.
(2) Hist. de France, par Ghâlon , t. ni , p. 225.
Notices historiques . 9.0 3
Paris. Guerres civiles du temps de la Ligue; feux allumés pour purifier l’air.
ÏO98. Marseille et le reste de la Pro -
vence.
Celte province a beaucoup souffert dans le temps de la Ligue. Deux factions s’étaient formées à Marseille; on vit ses habitants s’armer et combattre les uns. contre les autres. Cette ville ne s’était soumise au roi qu’en 1096. La guerre avait encore lieu de ce côté avec le duc de Savoie en 1597. Le duc d’Épernon y attira également de grands maux en voulant s’en rendre maître.
lôgq. Bordeaux .
Troubles du temps de la Ligue ; ensuite guerre avec l’Espagne.
De 160/j. à 1607. France , Paris particulièrement.
Suite de guerres presque continuelles 3 conspirations; famine , vents furieux (1).
1619. Paris.
Grands troubles ; rassemblements de troupes ; suite de l’évasion de la reine mère du château de Blois.
(i) Mézeray.
2 o/j Notices historiques.
1621. Pologne.
Cette peste fut, dit-on, apportée de Turquie sous Osman Ier ou Othman IL La vérité est que cette maladie est survenue de la manière qu’elle doit naître dans une guerre des plus cruelles. Le grand-visir ayant pénétré dans ce malheureux pays avec une armée de 3oo,ooo hommes , y commit toutes sortes de dégâts ; siège de Choczim et du camp du grandchancelier de la république. Le visir perdit dans cette guerre 80,000 hommes , outre 100,000 chevaux , et les Polonais 20,000. Auparavant les Polonais et les Cosaques avaient ravagé les terres des Turcs , et ceux-ci, d’un autre côté, avaient soutenu une guerre des plus sanglantes contre les Perses. Les contagionnaires font venir cette peste d’un autre lieu comme toutes les autres ; mais on doit remarquer ici comme ailleurs , qu’ils 11e parlent d’aucun qui 11’ait été préalablement le théâtre de grandes calamités (1).
î62Ô. Païenne , Londres et Metz.
Levées en Sicile et en France pour la guerre qui survint au sujet de la Valteline , et à laquelle la France, l’Espagne , l’Italie et l’Allemagne prirent part. Guerres civiles en France;
(1) A.struc.
Notices historiques . aoo
levées également en Angleterre , sous Charles Ier , pour une expédition contre l’Espagne 9 expédition qui fut malheureuse; grands troubles en Angleterre; mesures violentes pour lever des contributions ; soldats logés chez les particuliers.
Ingrassias 9 qui vivait alors 9 fit faire, dit-on9 des progrès à fart de traiter la peste. La recherche des causes était le seul objet sur lequel on pouvait faire des progrès (i). Sans idées justes à cet égard, tous les systèmes sont vains.
1626. Toulouse.
Guerre civile dans le Languedoc, suscitée par le duc de Rohan 3 chef du parti protestant.
De 1627 La Hoche lie y Ljony Aix Mont a i63i„ pellier 9 Digne > Blois Milan ,
Lorraine > Savoie 7 et plusieurs autres lieux.
Guerres civiles sous Louis XIII. La France épuisée par les guerres civiles et étrangères ; rassemblements de troupes dans différents points de ce royaume 9 sur-tout dans le midi 9 pour la guerre d’Italie contre la Savoie, l’Espagne et l’Empire, et pour la guerre civile suscitée
(1) Papon,
20 6 Notices historiques .
parle duc de Rohan, qui^après s’être allié avec les ennemis du dehors, avait fait soulever les protestants dans la plus grande partie de la France, ruais sur-tout dans le Yivarais, le Dauphiné et le Languedoc. Fatigues excessives au siège de la Rochelle, et famine : tout manquait dans cette ville , principalement les vivres. La faim contraignit les habitants de dévorer même les cuirs servant aux harnais des chevaux et aux carrosses. Encombrements par la présence des troupes du marquis d'LTxelles ; disette et terreur dans beaucoup d'autres villes , telles que Lyon , Aix , Montpellier , Marseille ; intempéries : à Digne , par exemple , on a respiré un air brûlant pendant quatre mois que l'épi» démie y exerça ses ravages. Guerre entre Louis XIII et le duc de Lorraine • autre gu erre en Italie , pour la succession au duché de Mantoue. Dans cette peste on voyait six à sept malades dans le même lit (i). Beaucoup de malades éprouvèrent des évacuations alvines bilieuses ou vermineuses^ des nausées et des vomissements ; ce qui supposait l’usage de mauvais aliments (2). Le théâtre de cette peste a toujours été le même que celui de la guerre; aussi a- 1- on dit qu'èlle suivait la
(1) Papon.
(2) Idem.
Notices historiques. 207
marche des troupes , comme on l’a eht de beaucoup d'autres. On s’est exprimé ainsi en l’attribuant à une cause invisible dont rien ne démontrait l’existence ; tandis qu’on aurait du voir dans sa prédilection pour les lieux désolés par la guerre, la preuve que ce fléau en était la seule et unique cause.
Les historiens rapportent que dans Lyon , la maladie fut à peine déclarée, que la frayeur s’empara des esprits ; chacun ferma sa boutique et ses magasins , et hâta par ses vœux et son activité le moment où il pourrait quitter cette ville, parce que quelques maladies produites par les calamités de la guerre , ou par d’autres causes aussi évidentes, étaient attribuées à la contagion. Mais ceuxqui cherchaient un asile dans les villes, les villages et les hameaux voisins étaient repoussés dans beaucoup d’endroits avec 1111e dure te désespérante • quelques-uns, après avoir erré de villages en villages, tantôt accablés d’injures et quelquefois chassés à coups de pierres par les habitants , s en retournaient à la ville , où ils étaient mal reçus de leurs parents , et finissaient par périr dans un abandon plus cruel que la mort. Il y en eut qui, après avoir eu la barbarie de laisser à la ville leurs femmes et leurs enfants au milieu despestiférés, moururent dans l'abandon
Notices historiques .
à la campagne , au lieu que leurs femmes et leurs enfants , quoique exposés à la prétendue contagion, échappèrent à la maladie.
On a prétendu qu7un assez grand nombre de gens du peuple ont été atteints de cette maladie en allant voir passer les charrettes remplies de morts , et les maisons marquées du signe des pestiférés. Mais beaucoup d’auteurs contagionnaires pensent eux-mêmes que les cadavres n ont rien de contagieux. Si cjuidem , dit Rondelet, dissecuimus aliquando corpora mortuorum ex peste , multis spectantihus studiosis sine aliqao damno (i).
Ainsi, dans le cas dont il s’agit, la contagion n’était pour rien ; au lieu de ce mot il eût fallu se servir de celui de maladie. Le triste spectacle qui s’offrait de toute part , notamment la vue des signes des pestiférés mis sur les maisons , était bien capable de glacer d’épouvante les plus intrépides et de les rendre plus susceptibles d’être atteints parla maladie, déterminée d’ailleurs parles causes déjà énoncées , et par les mesures prises contre la prétendue contagion. L’effroi était en effet si grand, que l’on voyait des femmes devenues tout-à-coup taciturnes , ayant l’air abattues ,
(i) Methodus curandi , etc., p. 7 36.
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tenant 1111 chapelet a la main et poussant des hurlements affreux. Il y en eut qui , au bruit de la sonnette attachée aux tombereaux pour avertir les passants de s’éloigner, tombèrent sans vie ; ce qui est un exemple de ces morts subites attribuées à la contagion. On en vit aussi d’une fortune et d’une condition audessus du commun qui, ayant entendu sonner la prière pour demander à Dieu la cessation du fléau , furent saisies d une telle frayeur qu’elles tombèrent malades en rentrant chez elles et moururent. Nouvel exemple des accidents attribues faussement a la contagion, «Piien, disent les historiens , n’élait égal au spectacle d’horreur qu’offrait la ville de Lyon^ a la tin de septembre et dans les mois d’octobre et de novembre. On n’apercevait presque personne dans les rues ; on 11’osait pas sortir pour prendre de l’exercice en plein air : ainsi on restait chez soi en proie à la terreur et aux effets d’un air vicié par la présence continuelle de toutes les personnes de la maison, et on.se privait d’une infinité de choses nécessaires. Ami ou allié on n’osait s’aborder; on ne regardait les passants qu’à travers les fentes des portes ; on ne parlait que par les fenêtres à ceux à qui on avait affaire. Quand des motifs pressants attiraient à la ville quei-
JSotices historiques.
q ces- uns des habitants qui s’étaient retirés â la campagne, ils y venaient sur de bons coursiers, le nez couvert de leur manteau, et courant comme si l'ennemi eût été à leur poursuite ; et ils s’en retournaient avec la même vitesse. Les magistrats ordonnèrent de brûler des bois odoriférants devant les maisons pour purifier l’air, tandis qu’il eût beaucoup mieux valu s’occuper uniquement à faire enlever les cadavres et les ordures de toute espèce qu’on laissait s’amonceler , et à procurer aux indigents des aliments sains et abondants. Les feux n’étaient qu'un surcroît de dépenses ’et d’embarras , ils étaient même une cause réelle de l'altération de l’air.
L’hôpital des pestiférés offrait un spectacle aussi affreux. Le désordre , la famine , la malpropreté et la terreur qui y régnaient comme ailleurs, tendaient également à y accroître la mortalité. « On ne pourrait croire, dit un historien , tous les genres de désordres qui régnèrent alors (i). »
Pour achever ce tableau d’horreur, pour faire voir à quelles extrémités peut porter l’idée de la contagion, il faut ajouter qu’un vieillard de 94 ans creusa sa propre fosse^ mit
(1) Papou, 179.
Notices historiques .
sur le bord un peu de paille , et se coucha de manière qu’en expirant il pût tomber dedans sans exposer personne au prétendu danger de gagner son mal (i). Ce malheureux avait eu la force de faire sa propre fosse. En recevant des soins, il eût pu guérir ; mais la crainte de la prétendue contagion dut être la cause de sa mort : il s’est trouvé dans un état d’abandon absolu.
L’approche de l’ennemi vint ajouter à toutes les calamités. Tout ce qui restait de gens en état de servir courut aux armes. L’état de guerre avait été la première et la principale cause de l’épidémie, la présence des troupes ennemies dut en augmenter les ravages.
La peste de Montpellier, qui eut lieu dans le même temps , eut la même origine. La terreur ne manqua pas d’y exercer toute son influence , en se joignant à la disette , à l’encombrement et à d’autres calamités qui accompagnèrent nécessairement le passage de l’armée de Louis XIII, et qui l’avaient même précédé ; et sur-tout le séjour de quelques corps de troupes, tels que le régiment de Picardie , qui a été logé chez les particuliers (2).
(i) Papon , t. 1, p. 182 et i83.
{2) Senae, Traité de la peste , part. 1 , p. 37.
212, Notices historiques.
Dans cette épidémie, produite par les seules causes dont nous venons de parler , les habitants éperdus, fuyant la prétendue contagion, abandonnent tout et se précipitent ainsi dans de nouvelles sources de maux. Ils font leur bagage , le chargent sur des charrettes , ou le portent sur leurs épaules ; les chemins se couvrent de fuyards , qui ne sont pas assurés de trouver un asile , excepté ceux qui ont des maisons de campagne;. les consuls eux-mêmes, frappés de crainte, ne songeant qu’à la prétendue contagion , laissent écouler quelque temps sans s'occuper des mesures nécessaires pour l’approvisionnement de la ville. Dans la suite , un conseil de santé créé par eux est bientôt dissous par l’éloignement de tous ses membres, qui s’enfuirent successivement de peur de la contagion. Le résultat définitif de celte crainte réunie aux autres causes indiquées , fut la mort d’environ la moitié des habitants qui étaient restés (1). Ceux qui en fuyant ont pu se rendre dans des lieux où régnaient la paix et l’abondance , ont du être préservés. Par exemple , dans une maison de campagne bien située, bien pourvue‘de tout, et à l’abri de la visite des gens de guerre , on
(i) Papon , t. 1, p. 189.
Notices historiques . 2i3
se trouvait en sûreté, non contre la contagion., elle n’était pas la cause du mal ; mais contre les causes bien plus réelles dont nous avons parié : les fléaux de la guerre.
Nous avons vu par la conduite des consuls que l’idée de la contagion , qui portait à de fausses mesures, détournait de tout ce qui pouvait alléger ces calamités.
Nous ne parlons pas ici des suites incalculables pour une armée en particulier, et même pour un état dont le salut repose sur elle, de ce qu’une ville comme Montpellier vint tout.” à-coup à se dépeupler; Une cité d’une telle importance forme quelquefois une ressource considérable et de ses habitants, sur-tout en déterminant par son exemple celle des habitants de beaucoup d’autres villes des environs , peut entraîner la perte de toute une armée. Ainsi celle de Louis XIII eût pu en souffrir beaucoup , si les circonstances eussent voulu qu’elle restât dans le territoire de Montpellier.
La peste de Digne , l’une des plus considérables qu’aient présenté ces temps de" désordres, nous fournit aussi des traits qui doivent trouver place ici.
Un arrêt du parlement d’Aix qui défendait sous peine de mort aux habitants de sortir
indispensable. La désertion
214 Notices historiques.
flKi
de la ville et du territoire; des ordres pour rétablissement d’un cordon de troupes sur les confins ; diverses autres mesures aussi subversives , dont un commissaire était chargé ; tout fut exécuté avec une rigueur et un appareil qui ne pouvaient manquer d’occasioner une grande épouvante , et de priver les malheureux habitants d’une grande partie des ressources qui leur restaient.
Lorsque les idées de contagion régnent, des craintes au moins trop prématurées portent souvent à s’éloigner de la ville beaucoup d’habitants dont la présence lui serait trèsavantageuse , et les mesures de police qui viennent ensuite pour empêcher de passer certaines limites , privent un grand nombre d’autres habitants d’aller , du moiçts de temps en temps , respirer au loin un air plus vif et plus pur , et faire un exercice qui serait salutaire. Ces inconvénients ont dû se faire sentir particulièrement pendant cette peste d’Aix , parce que l’air était brûlant, sur-tout dans les endroits où son cours n’était pas trèslibre , comme dans l’intérieur des villes. Nous allons voir des inconvénients d’un autre genre.
Les paysans des environs qui gardaient les passages, confisquaient le peu de provisions que
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des personnes envoyaient à leurs parents et à leurs amis ; ils vendaient à un prix exorbitant les denrées qu’on ne pouvait recevoir que de leurs mains. C’est ainsi que toutes les fois que l’on met des entraves aux moyens d’approvisionnements, elles sont portées plus loin qu’on ne se le serait imaginé , et qu’il se trouve toujours des hommes cupides et inhumains qui spéculent sur le malheur des autres : telle est la suite nécessaire des mesures tant re commandées contre la prétendue contagion. Ces paysans délibérèrent même de mettre le feu à la ville et de la consumer par les flammes avec les habitants , pour préserver le pays de la peste. Cet acte de barbarie inouï n’était qu’une conséquence assez naturelle de l’opinion de la contagion; et, en effet, il est approuvé par Papon, qui écrivait en 1700, et; qui était bien pénétré de principes conformes au système de la contagion. Cet auteur observe seulement qu’il eût fallu faire sortir de la ville les personnes encore en vie : comme si la ruine d’un grand nombre de citoyens, la perte de leur habitation ordinaire, n’était rien en comparaison du danger de la contagion , dont pourtant l’existence peut être contestée. On verra bientôt, en effet, que ce danger était chimérique. Quoi qu’il en soit, plus ré-
2 î G Notices historiques.
cemment ce système de destruction a été suivi par M. Vicq ~ d’Azir , dans une épizootie qui régnait sur les bœufs : ce médecin a fait faire main basse sur tous ceux de ces animaux qui étaient malades, ou même seulement suspects. Mais revenons à la conduite des paysans des environs d’Aix. On se contenta, dit l’historien Papon, de mettre le feu .à une maison de campagne , où périt toute la famille du propriétaire , qui s’y était retiré pour éviter la contagion ; et si on ne brûla pas la ville même, c’est qu’au moment où on allait y mettre le feu , on apprit que l’épidémie régnait également dans plusieurs autres villes voisines.
Si c’eût été par contagion que la peste a passé aux cantons voisins, cette maladie étant déjà ainsi répandue et ses foyers ainsi multipliés, elle se serait multipliée encore davantage, parce que, plus les cantons qu’elle occupe ont d’étendue, plusil-existe de moyens d’éluder les mesuresprises contre les communications. Mais si les villes voisines ont été également en proie à la peste, c’est parce qu’elles étaient exposées aux mêmes causes évidentes que celle de Digne, c’est-àdire, aux calamités de la guerre civile. Par-tout où ces causes ont régné, la peste s’y est manifestée malgré toutes les barrières et tous les
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gardes. Toutes les villes qui se sont trouvées à l’abri de ces mêmes causes, on été garanties de la peste, malgré toutes les propriétés contagieuses qu’on lui a attribuées , et malgré tous les moyens de communication qui se sont présentés.
La crainte de mourir faute de secours dans des lieux écartés retint un grand nombre d’habitants à la ville, où plusieurs causes morbifiques ordinaires se trouvèrent réunies. Les magistrats se troublèrent, et le mal ( l’historien dit la contagion ) , augmenta. On se fuyait les uns les autres avec un soin extrême; les domestiques abandonnaient les maîtres; les voisins devenaient sourds aux plaintes de leurs voisins ; les artisans refusaient de travailler , le pauvre de servir, les riches de se voir et de s’entre-secourir. L’office divin fut interrompu, l’horloge discontinua de sonner; les fontaines, faute d’entretien , se tarirent; les
moulins cessèrent de moudre ; les fours et les boucheries furent fermés ; en un mot , 011 ne se donnait plus mutuellement aucun secours , et l’on manqua des choses les plus nécessaires à la vie.
Les habitants des campagnes périssaient par les mêmes causes, par suite du même abandon.