Notices historiques
On trouva un enfant suçant le sein de sa mère morte.
Le fléau ayant cessé, quoiqu’on n’eût brûlé ni ]a ville ni ses habitants, le corps-de-garde qu’on avait mis à rentrée du pont ne laissa pas d’user toujours de la plus grande rigueur. Les habitants indignés ayant pris les armes, tuèrent quelques hommes , et ôtèrent aux autres l’envie de revenir.
L’histoire de cette épidémie , appelée peste comme les autres maladies épidémiques de même nature , prouve qu’il n’esL pas plus nécessaire de brûler que de tenir assiégées les villes qui en sont atteintes , pour faire cesser ces maladies et les empêcher de se propager, puisqu’ici le mal s’est dissipé sans retour dans tout le canton (malgré l’expulsion des troupes qui gardaient le pont ), et que, dans le principe , il s’y est développé malgré cette garde si sévère.
On doit faire encore ici une autre réflexion: c’est que, si on ajoute aux calamités de la guerre les mesures prescrites contre la contagion, on verra toujours se renouveler tous les maux dont on a déjà plusieurs fois fait mention, lors même qu’il n’y aura pas la moindre apparence de contagion; et que si ces calamités viennent à se dissiper, la peste cessera de
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même , malgré la multitude des prétendus foyers de la contagion , et malgré la susceptibilité des récidives. La ville de Digne nous a offert des exemples remarquables de Fun et de l’autre cas.
i635 ou i636. Nimegue.
Grands rassemblements de troupes dans les Pays-Bas. Guerre entre les Français , les Hollandais et des Espagnols.
î736. Londres .
Grands troubles sous Charles Ier. Dans cette épidémie, dit un auteur (1) , les précautions furent exactes, les malades renfermés, et le^ familles suspectes séquestrées. Mais ces soins semblaient ranimer la peste ; ses ravages s’étendaient et se multipliaient en proportion des moyens qu’ori employait dans l’intention de les arrêter. Enfin un édit rapprocha les habitants qui se fuyaient : ils sortirent de leurs prisons domestiques ; en se revoyant , ils se communiquèrent bientôt leurs biens et leur fermeté ; alors l’infection, c’est-à-dire , la maladie , ne fit plus de progrès.
(a) Traité de la peste par Senac, part. iro, p< n5,
220 ÎSotices historiques .
1647 Espagne . ^ Valence et en Catalogne
1648. particulièrement.
On prétend que cette peste fut apportée à Valence par un vaisseau venu d’Afrique. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’alors la guerre régnait en Espagne , et ce pays avait à soutenir une autre guerre qui se faisait avec opiniâtreté en Italie , particulièrement dans le royaume de Naples. Le duc de Guise était appelé par les Napolitains , qui voulaient en faire leur roi. Depuis 1640, révoltes continuelles : d’abord en Catalogne , où les Castillans sont égorgés ; ensuite en Portugal. En ï64i , les Catalans se donnent à Louis XIII, Barcelonne ouvre ses portes aux troupes françaises ; enfin , l’Espagne était aussi en guerre avec les Hollandais.
1600. Provence et Sardaigne .
Des vaisseaux la portèrent, dit -011, en Sardaigne. Nous allons trouver encore ici des causes bien plus réelles. Guerre civile en France, principalement dans le midi. Guerre avec l’Espagne qui, depuis long- temps, est aussi obligée de rassembler des troupes nombreuses , particulièrement dans la Sardaigne. Alors cette île était sous sa domination , et devait lui servir d’entrepôt et de retraite , vu
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sa situation entre elle et le royaume de Naples, qui lui appartenait également, mais où des révoltes fréquentes l’obligeaient à envoyer souvent de nouvelles troupes.
De i654 Arras , Venise , Naples , États du à i656. Pape , Gênes , Sardaigne.
Siège d’Arras par le prince de Condé ayant avec lui Farchiduc d’Autriche, pour le compte de l’Espagne.
Venise. Guerre opiniâtre entre les Vénitiens et les Turcs. Deux grands combats : l’un en 1 655 , et l’autre en i656. Presque toutes les parties de fltalie devaient se ressentir de la guerre dont elle était le théâtre, notamment les pays indiqués.
On a fait diverses histoires sur la prétendue transmission de la peste à Rome ; mais le cardinal Guastaldi qui les rapporte , indique des causes bien plus vraisemblables, telles que, i° une sécheresse extrême, précédée des vents du midi qui avaient persévéré plusieurs années de suite; 2.0 une grande disette et une grande cherté de vivres; 3° des fruits de mauvaise' qualité ; 4° une multitude innombrable de sauterelles et de cigales mortes et pourries qui couvraient la campagne. Cette peste exerça sa plus grande fureur pendant l’biver et le prin-
222 Notices historiques .
temps de i654 à i655. Il faut ajouter à ces causes celles qui résultaient delà guerre.
La guérison de celle deVenise a été attribuée aux cautères, conseillés par Heinsius, médecin allemand. En reconnaissance de ce prétendu bienfait , la république fit ériger à sa gloire une statue sur la place de Saint-Marc , avec cette inscription : Liber alor pair iœ a peste . Il n’est pas nécessaire de dire que la cessation de cette peste était due à celles des causes évidentes qui l’avaient produite. Ce qu’on a dit de la peste devait s’appliquer à celle du reste de l’Italie.*
1660.. Allemagne .
Guerre en Hongrie avec les Turcs, et dans la Prusse entre les Danois , les Polonais , les Suédois , et les Impériaux. Siège de Munster.
De 1664 Provence , particulièrement à a i665. Toulon et à Cuers , Londres,
Calais .
Provence. Réunion du Comtat à la France par arrêt du parlement, et probablement rassemblement de troupes dans cette province, pour appuyer ce changement. Du moins on y a rassemblé celles qui revenaient d'Italie et de Catalogne. Famine en 1662. Gui Patin, parlant de l’état des peuples de ce temps , dit :
Notices historiques . 22 3
$< Aussi meurent-ils par toute la France de maladie, de misère, d'oppression, de pauvreté, et de désespoir - et il s’écrie : Eheu, nos miseras ! O miser am Gallium (1)! »
Londres. Longs troubles intérieurs ; rassemblements de troupes pour la guerre avec les Hollandais. Suivant M. Hodges , qui attribue cette peste à la contagion apportée de Westminster à Londres , sans indiquer comment cette transmission s’est opérée , toute la ville tomba, par sa crainte même, dans le malheur qu’elle craignait. Sydenham croit aussi à la contagion, et cependant il parle de causes évidentes. Il rapporte que cette peste a été précédée d’un hiver très-froid et très-sec qui dura jusqu’au printemps sans interruption , et que le dégel étant venu tout-à-coup, à la fin de mars, on vit beaucoup de maladies, entre autres une lièvre continue épidémique qui a fini par devenir peste.
Suivant M. Hodges , dans cette peste la sécurité ayant succédé à la terreur, le même empressement qui avait éloigné les habitants de la ville les y ramena; tous les jours les boutiques furent ouvertes, les assemblées se formèrent , le commerce se rétablit ; ceux que la
(s) Oui Patin , toni. u , p. 4 ? 29?> > 394 et 3 10.
224 Notices historiques .
frayeur avait éloignés de leurs parents , ceux qui redoutaient même la vue des autres hommes, reprirent leurs anciennes liaisons; les maisons qui portaient encore les marques de la mortalité ne leur parurent plus suspectes ; les chambres mêmes, qu’au para van t on avait crues les plus infectées, ne furent plus un séjour redoutable : plusieurs couchèrent hardiment dans les lits des pestiférés ; un tel changement ne ralluma point la peste.
Calais. Préparatifs de guerre contre l’Anglê-‘ terre. « Toute la côte de Normandie pleine d’une soldatesque qui veille sur l’ennemi afin qu'il ne nous surprenne rien. » Gui Patin de qui nous avons tiré ce passage , dit encore , page i34 : « Des troupes marchent toujours sur la frontière de Picardie, on dit qu’elles vont vers Calais et Gravelines. » Plus loin il ajoute : «Toutes les villes de Picardie regorgent de soldats qui mangent le peuple , qui n’a plus que la peau et les os , pellis et ossa sunt prœ misera macritudine ; tout est ruiné en notre pays de Beauvais ! BoneDeus . Usquequo Domine ! >> C'est l’exemple de ce qui se passe dans tous les pays occupés par les gens de guerre.
1676. Malte.
Armement contre les Turcs en faveur du
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roi de Pologne troupes du roi d’Angleterre, Charles II , reçues dans le port de Malte, à l’occasion de la guerre que ce prince faisait aux Tripolitains (1).
De i665 Autriche j Saxe et plusieurs autres à 1679. contrées de V Allemagne.
En 1675 continuation de la guerre entre l’Autriche et la France. L’armée française passe le Rhin ; plusieurs combats ; siège de Trêves et de plusieurs autres villes. Les troupes suédoises qui avaient pénétré dans le cœur de l’Allemagne , manquant de vivres , après un séjour de trois mois , usèrent de violence pour s’en procurer. Plusieurs villes prises, quelquesunes pillées. Les Suédois se répandent de tous côtés dans les états de l’électeur de Brandebourg. Levées de troupes dans le Holstein $ siège de plusieurs autres places de 1676 à 167B. Cette dernière année, guerre avec les Hongrois soutenus par les Turcs. L’Autriche est ravagée par un parti protestant, qui y répandit une telle terreur, que presque tous les habitants abandonnèrent leurs biens et leurs maisons. Plusieurs villes sont également assiégées dans cette contrée. Troupes encore sur pied en 1679, 011 la paix s’est faite entre
(1) Histoire de Malte , par Vertot.
'2ri6 Notices historiques .
l’Allemagne et la France. La Saxe a partagé le sort du reste de l’Allemagne.
ïqo5. Constantinople.
Révolte des troupes en 1700. Continuation des troubles pendant les années suivantes. Vents orageux du midi.
1708 et 1 7 1 2 . T vans y ban ie , Hongrie Autriche.
Lutte sanglante depuis 1705 entre les Autrichiens et les Hongrois. L’Autriche faisait encore la guerre en Italie , dans les Pays-Bas et en Alsace. En 1711, fréquents tremblements de terre et inondations (1).
1720 Marseille et quelques autres lieux 1721. de la France > notamment Aix et Foulon (2).
On a cru trouver particulièrement dans cette épidémie de la Provence , de fortes preuves de la contagion et de la nécessité des mesures adoptées contre cette cause • mais il
(1) Mézeray.
(2) Cet article paraîtra peut-être un peu long, mais il faut considérer qu’il est l’extrait de plus de 200 volumes , qu’on y a fondu les faits les plus importants , et discuté les opinions qu’ils ont fait naître , afin de démontrer combien celle de la contagion dans cette épidémie elle-même est peu fondée.
Notices historiques . 227
bous semble qu’un examen attentif n’y fera voir que des preuves absolument contraires. Nous pensons qu’on remarquera, surtout dans cette occasion, que des maladies qui eussent pu être légères , sont devenues des épidémies trèsfunestes par suite des mesures même employées dans la vue d’en empêcher les progrès , et par l’omission des moyens de combattre les véritables causes. Nous allons entrer dans quelques détails sur cette épidémie; la question qu’elle présente demande une discussion approfondie.
Si un grand nombre de médecins Font attribuée à la contagion apportée par le vaisseau du capitaine Chataud, d’autres se sont persuadé qu’elle provenait du climat, de la saison , d’un air marécageux, de la malpropreté, de la sécheresse, de chaleurs excessives, d’un vent trop calme d’abord, trop violent ensuite ; de pluies extraordinaires , de la disette, de la cherté des vivres, suivie de l’abondance; de mauvais fruits; enfin de la crainte, des mesures qu’on a adoptées, du désordre et des autres inconvénients qui en sont résultés; en effet , l’épidémie existait avant l’arrivée de Chataud (1).
(1) Traité de la peste, par Senac.
2 ‘2 8 Notices historiques.
Pour justifier l’opinion de la contagion, il faudrait prouver que le capitaine Chataud n’avait point patentes nettes, c’est-à-dire, d’attestations que la peste ne régnait pas dans les lieux, d’où il venait, ou que, bien qu’il en eût eu, son équipage n’avait pas laissé d’importer des germes de peste. Pour rendre plus certaine, ou du moins vraisemblable, l’existence de ces germes , il faudrait prouver encore que les maladies qui se sont manifestées dans le navire durant la traversée, étaient de la nature de la peste ; qu’il ne s’est trouvé dans ce vaisseau lui-même aucune autre cause morbifique suffisante; que la cargaison n’a point été soumise à ce qu’on appelle la purge , qu’elle a été surle-champ introduite dans la ville ; que l’équipage n’a pas non plus subi de quarantaine; que dès les premiers tnoments de son arrivée, il a pu pénétrer dans Marseille et en fréquenter librement tous les quartiers où la maladie a commencé : enfin , pour rendre la démonstration complète, il faudrait aussi faire voir cette ville exempte de toute autre cause que de la contagion ; il faudrait la faire voir ne contenant point en elle-même, dès avant, ou au moment de l’arrivée du vaisseau de Chataud, des causes assez puissantes pour rendre raison des premières atteintes de la maladie, et que
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par suite il ne s’y en est pas présenté d’autres également assez intenses pour expliquer ses progrès rapides et funestes ; or, c’est ce qu’on n’oserait sans doute affirmer.
Examinons d’abord le récit d’un auteur qui, à l’époque même de l’épidémie dont nous parlons, écrivit beaucoup en faveur de la conr tagion.
Après avoir parlé de la nouvelle vraie ou fausse, parvenue à Marseille, sur l’existence de la peste dans la plupart des villes maritimes de la Syrie, cet auteur , d’accord en cela avec tous ceux qui ont écrit également sur ce sujet, rapporte que le premier vaisseau qui vint de ce pays, fut celui du capitaine Chataud, et que ce navire aborda aux îles du Château -d’If, le 2 5 mai 1720; et il continue , en disant que les patentes de ce capitaine étaient nettes , parce qu’il était parti de Saïde , où elles lui avaient été expédiées le 3 janvier, avant que la peste ne régnât dans cette ville (1).
Jusqu’ici on ne voit aucun motif de penser que le capitaine Chataud ait reçu des germes de contagion dans le lieu d’où il est partie néanmoins c’est ce qu’on a avancé. Malgré le
(1) Astruc, Dissertation sur l’origine de la peste, p. 62 et suivantes.
2 3 o Notices historiques.
certificat qui prouvait que dans Saïde il n’y avait pas même de soupçon de mal contagieux , on a prétendu que l’équipage ou la cargaison avait pu prendre dans cette ville les germes de la peste , parce que , a-t-on dit, cette maladie s’y est déclarée quelque temps après le départ du vaisseau , et l’on ajoute qu’ alors qu’elle se manifeste dans une ville , elle y couvait déjà depuis quelque temps (i) : fait d’ou résulterait, pour le dire en passant, que les mesures prises pour empêcher la propagation du mal seraient inutiles , même aux yeux des partisans de la contagion , puisqu’on ne peut y avoir recours qu’à une époque où la maladie est bien reconnue , et qu’alors le mal que l’on voudrait éviter se serait déjà effectué. Nous dirons en outre qu’on ne devrait jamais avoir beaucoup de confiance dans les patentes nettes, et que, par conséquent, il serait également inutile de s’en procurer. Mais si, à moins qu’il ne subsiste encore d’autres causes que la contagion , on a toujours vu habiter impunément les lieux où la peste a régné., après la disparition de tous ses symptômes , malgré la susceptibilité des récidives , que
(i) Relation historique de la peste de Marseille., p. 26 et 27.
Notices historiques . 2 3 1
Ton ne peut révoquer en doute, et malgré les milliers de germes que , suivant le système de la contagion , elle a dû y laisser , on a bien moins encore sujet de craindre avant qu’elle soit déclarée : aussi a-t-on cherché d’autres preuves. « On assure , dit Astruc, parlant encore du capitaine G ha tau d , qu’en venant il avait touché à Tripoli de Syrie , où la peste était déclarée ; qu’il avait été forcé d’y prendre un envoyé de la Porte qui voulait passer dans l’ile de Chypre; que cet envoyé, ou sa suite qui était nombreuse et apportait beaucoup de marchandises , avait introduit la peste dans cette île, où elle subsistait encore; enfin que le capitaine Chataud avait été obligé de prendre en paiement du nolis quelques balles de soie infectées, qui avaient mis la contagion sur son bord. » Ce passage est extrait d’une, lettré particulière de Marseille. Astruc qui la rapporte, ne dit rien à l’appui de cette lettre , elle est son seul garant, et l’auteur de la lettre, qu’on ne nomme pas, n’ose rien affirmer ; il dit seulement qu’on assure , expression qui permet le doute.
Telle est l’autorité sur laquelle on s’appuie pour faire entendre que le vaisseau de Chataud avait reçu des germes de peste. On conviendra probablement sans peine que cette preuve est
i3l Notices historiques.
insuffisante. On le reconnaîtra d’autant mieux que Chataud avait emporté patentes nettes , même de Tripoli et de Chypre , comme de Saïde. D’après la manière dont Astruc (1) s’exprime ensuite , il paraît l’avoir lui-même trèsbien senti. « Ce qu’il y a de certain, continuet-il , est que le sieur Chataud , en montrant ses patentes déclara qu’il était mort six hommes de son équipage dans la route , ou dans le séjour qiLil avait fait à Livourne , où il avait touché. Mais il prétendit prouver par des certificats des médecins des infirmeries de Livourne, qu’ils étaient morts de simples fièvres malignes. »
Dans tout ce qui vient d’être dit, le seul point qui paraisse incontestable , c’est la maladie et la mort de quelques hommes de l’équipage. Or, ces accidents ont pu provenir de diverses causes qui se seront trouvées dans le vaisseau , telles que l'usage de mauvais aliments (2); ils ont pu aussi ne consister que dans des fièvres simples malignes (3), comme Font déclaré les médecins de Livourne, et
(2) Dissertation sur l’origine de la peste, par Astruc , p. 63.
(2) Idem,id.
Traité de la peste , par Senac, p. 5.
Notices historiques . 2 3 3
comme on l'a consigné dans le journal imprimé par l’ordre des échevins de Marseille , et tiré des Mémoires de cette ville. Suivant ce journal , les fièvres dont il s’agit n’ont présenté
que des accidents ordinaires. D’autres causes ont pu se joindre aux aliments , surtout par suite des idées de la contagion. On pourra en juger par ce qui va être exposé.
Tous ceux qui ont donné l’histoire de cette peste rapportent qu’un Turc qui se trouvait sur le vaisseau de Chataud, étant mort au bout de quelques jours de maladie , le maître du navire retira l’ordre qui avait été donné à deux matelots , de jeter le cadavre à la mer, et voulut que d’autres Turcs rendissent ce dernier devoir à leur compatriote. Les cordes dont on se servit furent également jetées ainsi que les hardes du mort. Les deux matelots remplis d’effroi d’après de telles précautions , et d’autant plus affectés sans doute qu’ils avaient touché le cadavre, ne tardèrent pas à tomber malades à leur tour et à périr. Cet événement , cité comme une preuve de .l’existence de la contagion dans le bâtiment , ne la suppose cependant pas. Beaucoup de médecins, même parmi les partisans de la contagion , ont admis que les ca-
234 Notices historiques*
davres n’ont rien de contagieux (i). On a des exemples de personnes mortes de frayeur seulement (2,). Les effets mortels des passions vives sont assez connus, ceux de la crainte surtout. Si la terreur n’a pas suffi pour faire succomber ces matelots, elle les a du moins rendus plus susceptibles de l’impression des autres causes morbifiques auxquelles ils ont pu être exposes conjointement avec le reste de l'équipage, qui a sans doute aussi partagé leur crainte. L’effroi a dû s’accroître encore , lorsque le capitaine s’y livrant lui-même , s’est retiré à la poupe, après la mort de deux autres personnes , et lorsque cet officier, ainsi séquestré , a ordonné d’autres mesures très-propres également à faire naître par-tout la terreur. Trois autres matelots étant encore tombés malades, sont morts de la même manière que les premiers. C’est d'après la visite que le médecin et le chirurgien des infirmeries de Livourne en ont fait , qu’ils ont porté le jugement dont nous avons parlé. Le chirurgien en chef des infirmeries de Marseille , M. Gue-
(1) Voyez Rondelet , îib. de Febrib, , cap. de Febr. pestilentiali.
(2) Papon, de la Peste, t, 1, Hist, de la peste de Lyon.
Notices historiques. 2 35
rard, a tenu le même langage sur la maladie d’un autre matelot, mort deux jours après l’arrivée du navire, le 27 mai. Dans l’examen du cadavre , ce chirurgien n’a aperçu aucune marque de contagion. Néanmoins les intendants de la santé ont ordonné que les marchandises de la cargaison seraient soumises à
une rigoureuse quarantaine. De nouveaux bâtiments sont arrivés peu après celui de Chataud ; ils avaient des patentes brutes, mais tous ont de même été soumis à la quarantaine. Un mousse du bord de Chataud et quelques portefaix employés à la purge des marchandises , devenus malades, ont aussi succombé. Le chirurgien des infirmeries fit la même déclaration que pour le matelot mort le 27 mai; mais sur le rapport d’un élève en chirurgie (1), on a enfin admis , le 7 juillet, que la contagion existait sur les bâtiments. Aux causes ordinaires qui avaient pu régner sur le vaisseau durant la traversée, et dont on s’est probablement moins occupé que de la prétendue contagion , se sont joints les inconvénients d’une quarantaine long-temps prolongée. Les individus morts après l’arrivée de Chataud.
(1) Senac , le Traité de Novice , voyez p. 8 de son Traité de la peste, partie première.
2 Notices historiques.
sont effectivement des gens renfermés dans le même enclos que les marchandises, et occupés a ce qu7on appelle la purge, c’est-à-dire, presque toujotirs privés d’un exercice convenable et d un air pur et libre , entourés de vapeurs malfaisantes emanees des substances mises en usage pour cette prétendue purge , telles que 1 arsenic employé sous diverses formes , le soufre , etc. , et se considérant d ailleurs comme voués à une mort presque certaine (i). Il n’est point étonnant que quelques-uns de ces malheureux aient éprouvé au bout d un certain temps plus ou moins de dérangement dans leur santé, et qu’une fois malades et traités d’après les idées de contagion, ils aient fini par mourir.
Les équipages et les marchandises du vaisseau de Chataud, et de plusieurs autres arrivés peu apres lui , ont été admis dans les infirmeries de Marseille; on doit sans doute en conclure que les intendants de la ;&anté n’ont rien trouvé de contagieux dans ces bâtiments (a). Si au bout de quelques jours les magistrats les ont soumis a des mesures plus rigoureuses,
(i) Relat. hist., p. 4oo. Traité delà peste, par Senac, part. 2e , p, 64.
{2) Traité de la peste, par Senac, partie T®, p. 5,
Notices historiques. tôq
en les renvoyant à File de Jarre , c’est qu’ils ont cru devoir céder aux clameurs publiques (i). Malheureusement , ce que les partisans de la contagion n’ont regardé que comme des demi-mesures (2), la purge des marchandises retenues dans un enclos où l’on a renfermé également des portefaix , a suffi pour produire des maux réels, et ces accidents euxmêmes ont paru justifier les préventions qui en étaient la véritable source , et autoriser de nouvelles mesures plus désastreuses encore. La cour, qui ne voyait les choses que de loin , ordonna de brûler et le vaisseau de Chalaud et sa précieuse cargaison (3). Cependant, peu de temps encore après avoir pris ces mesures , les magistrats revenant à leurs premières idées, celles de la non-contagion , et reconnaissant les inconvénients des idées de la contagion, ont paru se repentir de leurs précautions. Dans des avis qu’ils ont affichés , ils déclarèrent que la maladie qui régnait n’était qu’une fièvre maligne dont la cause se trouvait dans les aliments et la misère : mais le coup était porté,
(1) Traité de la peste, par Senac , part. ire , p. y et
(2) Relation hisl. de la peste de Marseille , 2e édition,
(3) Traité de la peste , par Senac , part. ire , p. 10
238 Notices historiques .
il n’était plus possible de faire revenir le public des préventions qu’on lui avait inspirées. A ces avis des magistrats , si opposés aux idées de la contagion 9 on doit ajouter un autre fait, c’est que trois passagers , partis , l’un pour Paris, les deux autres pour la Hollande > après avoir observé .seulement quinze jours de retraite, et soumis leurs hardes à quelques fumigations , n’ont mis la contagion dans aucun de ces endroits (i). Enfin, une remarque encore très-importante , c’est que sur les autres navires suspects qui étaient partis des lieux où la peste régnait bien évidemment , et qui arrivèrent après le capitaine Chataud, il n’est mort personne ; il n’y a pas même eu de malades, ni pendant la route, ni pendant la quarantaine. Si un des portefaix du capitaine Ailland est mort dans les infirmeries , c’est après avoir été obligé de travailler à la purge des marchandises du capitaine Chataud , et même d’enterrer un de ces portefaix. Quelques-uns pourraient regarder ce fait comme favorable au système de la contagion; mais ceux qui n’adoptent point ce système , ne peuvent-ils pas également s’emparer de ce
(i) Relation hist. de la peste de Marseille, ire édit., p. 34»
Notices historiques . 23q
même fait pour fortifier leur raisonnement ? Rien ne nous semble plus naturel.
Nous ne trouvons donc nulle part des preuves que les maladies qui ont éclaté à bord des vaisseaux nouvellement arrivés à Marseille , tinssent à des causes occultes comme la contagion, ni qu’elles fussent susceptibles d’être transmises d’un lieu, ou d’un individu à un autre. Il nous semble qu’on est 'plus fondé à penser qu’elles dépendaient de causes purement locales. Voyons maintenant si on ne doit pas porter le même jugement relativement aux maladies qui se sont développées dans la ville de Marseille.
Causes et maladies existant dans Marseille y tant avant l’époque de l’arrivée du capitaine Chataud , quà cette époque même et depuis .
De ce qu’il n’y a rien que de très-équivoque dans tout ce qu’on a avancé en faveur de Fexistence de la contagion à l’égard du vaisseau du capitaine Chataud , sur lequel on a fait rouler presque tout ce qu’on a dit de la transmission de la contagion, des ports de wSyrie à Marseille, c’est déjà une forte 'présomption contre cette transmission ; et nous avons vu en outre, qu’on a pris des mesures pour l’empêcher, comme si on eût dû la crain-
24o Notices historiques.
dre; de sorte que , pour justifier ce qu’on a dit à cet égard, on a été forcé de supposer que les lois sur la quarantaine avaient été enfreintes; que des pacotilles avaient été glissées furtivement à Marseille : et l’on n’a pu rien citer qui constatât ces opérations clandestines. Il y a plus , on est convenu que la voie par laquelle les germes de la contagion auraient été transmis du lazaret de Marseille dans cette ville, n’a point été connue (i). D’ailleurs nous avons encore d’autres motifs trèspuissants pour ne point admettre ce qu’on a débité à ce sujet.
i° Des causes morbifiques assez actives, et des symptômes de peste se sont manifestés dans Marseille long -temps avant l’arrivée de Ghataud. A cette époque , on a remarqué de nouvelles causes capables de donner lieu à de nouvelles atteintes de l’épidémie ; et d’autres causes, également évidentes et plus actives encore , qui se sont présentées ensuite , ont pu contribuer beaucoup à ses progrès.
Il est constant que le vaisseau du capitaine Ghataud n’est arrivé que le 2.5 mai 1720 (2) ;
(1) D’A.ntrechans , Relat. de la peste de Toulon,
(2) Traité de la peste, par Senac , p. i65 et 166.
Notices historiques. i
que toute la cargaison fut mise en quarantaine , et qu’aucun des passagers ne put se rendre dans la ville avant le 14 juin (1) ; néanmoins assez long-temps avant ces deux époques , des parotides, des charbons et des bubons s étaient fait voir en divers quartiers de cette ville.
Selon plusieurs médecins , une demoiselle Augier mourut , du 19 au 20 avril , après avoir eu, dès le i3 du même mois, une parotide fort gonflée.
Dans la nuit du premier au second du mois de mai, une demoiselle Caurin ou Cauvin mourut, après avoir également été attaquée de peste dès le 16 avril. Il lui était survenu une parotide, du 28 au 29 mars, laquelle était
fort élevée le second jour et disparut le troi-
sième. : , n
Mademoiselle Courtaud ou Constant, femme d’un négociant, eut un charbon avec fièvre, dont elle pensa mourir , entre le 3 et le 4 mai de la même année.
. t : ' b il-1,' .
(1) Voyez les remarques du docteur Blin, sur Sa relation de cette maladie, etc., p. 3g et 4°* H en est du vaisseau de Chataud , auquel on attribua la peste de Marseille, comme du vaisseau américain, auquel fut attribuée si gratuitement l’épidémie de Cadix en 1800.
Cette dernière maladie s’était également manifestée avant l’arrivée du vaisseau américain.
'2^2 Notices historicjues.
Environ le 28 do même mois, une nommée JBoze ou Roze, demeurant rue du Ferrât, fut saisie d’une violente fièvre continue, qui ne cessa le cinquième jour que pour laisser voir un bubon de la grosseur d’un œuf de poule , qui vint en suppuration, fut ouvert et conduit à parfaite cicatrice.
Gaspard André, maître d’école , rue du Prat, a commencé à se plaindre le 2 juin d’un manque d’appétit et d’un charbon à la fesse gauche ; dans la nuit il sentit une douleur vive à cette tumeur,* le troisième jour la fièvre Je prit avec douleur de tête , la langue devint sèche, les yeux égarés, et on s’aperçut au pli de l’aine d’une petite tumeur grosse comme une noisette. Cette tiimeur parvint à suppuration et le malade guérit.
Ces faits sont tirés d’une notice intitulée Observations sur les causes de la peste de Marseille > etc. , par MM. Didier, conseiller médecin du Roi , professeur à Montpellier, député de la cour près les pestiférés de cette ville ; Jacques Robert, docteur agrégé au collège des médecins de Marseille, ayant traité les malades avant et pendant le cours de la peste, tant dans la ville que dans les deux hôpitaux de la Charité et du Jeu du Mail ;
te
Notices historiques. £zp
et Claude Rimbault , également médecin , employé à Marseille pendant l’épidémie.
Tous déclarent avoir examiné les faits qu’ils ont avancés avec toute l’attention et l’exactitude dont ils étaient capables.
L’auteur de la Relation historique delà peste de Marseille (i),, voulant combattre l’opinion des médecins que nous venons de citer relativement à la prétendue contagion apportée par le vaisseau de Chataud , mais ne pouvant disconvenir de la vérité des faits qu’ils ont rapportés. en oe qui regarde les parotides, les bubons et les charbons, prétend que ces accidents n’étaient point des signes de peste , et il en donne pour preuve qu’il est peu de villes où l’on ne voie chaque année quelques malades atteints de ces sortes de tumeurs , sans que cependant on puisse admettre que la peste règne aussi fréquemment. Il veut que pour qu’ils puissent être regardés comme un caractère de cette maladie , ils soient accompagnés de contagion. Mais tous les efforts de cet auteur n’empêcheront sans doute pas de croire que dès l’année 1719, il a existé des maladies pestilentielles, puisqu’il est lui-même forcé de convenir que ces accidents ont eu
(1) l\el. hist. , p. 390*392.
^44 Notices historiques.
lieu, puisque tout le monde les regarde comme des symptômes caractéristiques de peste , et qu’ici, ils doivent d’autant plus être considérés comme tels , qu’ils étaient accompagnés de lièvre. On ne peut faire la même remarque que notre auteur , on ne peut reconnaître que ces affections n’étaient pas accompagnées de contagion , sans tirer une conséquence qui n’est pas favorable au système dont elle est l’objet.
L’arrivée du bâtiment de Chataud , ni celle des autres navires venus peu après celui-ci, n’étaient donc pas nécessaires pour que la peste parut dans Marseille ; il y a plus , c’est que les maladies qui ont régné immédiatement après le retour de ces divers bâtiments, ont été regardées par des médecins tres-versés dans la pratique, comme n’étant point pestilentielles: elles n’ont présenté aucun caractère des maladies de ce genre (i). Les médecin et chirurgien en chef des infirmeries, MM. Michel et Guerard ou Gueirard , ont déclaré ne pas en avoir trouvé à ceux qui étaient confiés à leurs soins. M. Michel a écrit aux échevins: «Que les malades qu’on lui envoyait , n’avaient d’autre
(i) Rel. hist. de la peste de Marseille, ie éd. , p. 29, 3o , 3i , 5i et 109.
Notices historiques .
mal, les uns que l’ennui d’être enfermés, et les autres que la vérole, et qu’ils avaient plus besoin de mercure que d’autres remèdes. »
En considérant la facilité avec laquelle on se livre souvent à l’idée de causes occultes, lors même qu’on en a sous les jeux de trèsfrappantes , on ne sera point étonné que les Marseillais , déjà imbus des idées de la contagion de la peste , ayant entendu parier de l’existence actuelle de cette maladie dans quelques-unes des Échelles du Levant , se soient persuadés que telle était la source des maladies qui se sont développées dans la ville au moment de l’arrivée de quelques navires qui venaient de ce côté • on ne le sera point surt-out en admettant que quelques gens de l’art ignorants et disposés à flatter les idées de la multitude, ont porté un jugement conforme à ces idées , même sur les maladies les plus simples et les plus ordinaires (i); ce qui a donné lieu au médecin des infirmeries de tenir, auprès des échevins , sur les malades qu’on lui envoyait, le langage que nous avons rapporté.
Ce médecin est loin d’être le seul qui n’ait
point admis la contagion.
(1) Traité de la peste par Senac , part. ire, p. 482.
JS oti ces historiques .
Suivant MM. Didier , Robert et Rimbault , déjà cités (i), les véritables causes se sont trouvées dans le climat , la saison, l’air, les vents et la disette. L’année 1719 fut stérile, les blés , l’huile , les vins manquèrent ; les chaleurs furent excessives dans la Basse-Provence. Pendant ces chaleurs, qui durèrent tous les mois de juin , juillet et août, il ne fît presque plus de vent , celui d’est fut le seul qui régnât, et ce vent resta presque toujours trèscalme et fort chaud,* des pluies continuelles succédèrent aux chaleurs de l’été, les vents d’ouest soufflèrent avec violence : ces dérangements portèrent dans les corps le levain qui infecta la ville de Marseille. La corruption, la malpropreté, de mauvais aliments (â), de mauvaises digestions , l’abondance de mauvais fruits , la crainte, le désordre le firent éclater et le multiplièrent. Des morts subites , conjointement avec les fièvrès accompagnées de bubons, de charbons et de parotides, avaient déjà annoncé quelques changements singuliers dans les corps ou dans les saisons. « Ce n’est
(1) Traité de la peste par Senac , part. i’% p. 2, > et 2o5.
(2) Comme pendant le siège que souffrit cette ^ille suas Jules-Cesar.
Notices historiques . cil\.j
pas, dit M. Senac(i), sans des témoignages authentiques que M. Didier s’attache à ces causes; il les établit sur la foi des registres publics ; il a fouillé les extraits mortuaires , il a fait des recherches dans plusieurs familles, il a examiné les cicatrices des charbons; par ses soins il a découvert par-tout des vestiges de la peste ; il nous a appris le nom des malades, les commencements et les progrès de leurs maux. »
M. Didier (2) s’expliquant encore dans deux autres notes sur ces causes , parle aussi de la cherté et de la mauvaise qualité des vivres, de la crainte et du désordre. Il dit positivement que ce sont ces causes que la médecine doit reconnaître, sans qu’il soit nécessaire de supposer une semence de peste répandue dans l’air; enfin il traite de préjugé et de préventions les idées du public à ce sujet. Ce professeur a aussi remarqué que l’hôpital de la Charité de Marseille , enveloppé des prétendus miasmes pestilentiels , n’a point éprouvé la maladie , tant que la bonne nourriture et la propreté durèrent; mais qu’ayant perdu ces deux avantages , la peste s’y déclara (3).
(1) Traité de la peste , part. ire , p. 3.
(1) Id. , p. 467 , 481 et 482.
(3) Id. , p. 355.
248 Notices historiques .
On dit que l’opinion des médecins de Marseille ne s’accorde pas avec celle de M. Didier. Mais de quels médecins parle-t-on ? On 11’en nomme aucun , et nous en avons déjà trouvé plusieurs très-versés dans la pratique, dont quelques-uns étaient attachés aux infirmeries de cette ville , qui tiennent absolument le même langage que M. Didier. Ces médecins attestent qu’ils n’ont rien avancé que d’après un examen très-attentif. Nous trouvons en outre plusieurs praticiens des plus éclairés de Montpellier, qui, envoyés à Marseille comme M. Didier, et placés également sur le théâtre des faits dont il parle, ont pu de même en juger. Nous avons vules magistrats eux-mêmes proclamer par une affiche qu’il ne s’agissait que d’une fièvre maligne déterminée par de mauvais aliments et par la misère. Citons quelques passages de la plupart des autres mé decins les plus célèbres parmi ceux qui ont été employés dans cette peste.
« O11 n’est que trop convaincu (1), disent MM. Ghicoyneau , Vérin et Soulier , médecins de Montpellier , envoyés par la cour à Marseille , que la désertion et l’inaction de la plu-
(1) Traité de la peste par Senac , part. r% p. 2/j3 et 276.
Notices historiques. a 49
part des personnes qui pouvaient donner des secours , le défaut de nourriture , des remèdes et du service , le funeste préjugé d’être atteint d7un mal incurable , le désespoir , la crainte d’être abandonné sans aucune ressource; on est, dis-je, convaincu que toutes ces causes n’ont pas moins contribué que la violence du mal à faire périr si subitement un très-grand nombre de malades ; puisqu’ à mesure que cette crainte mortelle de la contagion a diminué , qu’orf s’est mutuellement secouru , que la confiance et le courage ont pu renaître , on a vu aussi diminuer sensiblement les progrès et la violence de ce terrible fléau , et que nous avons été plus heureux dans le traitement des malades qui en étaient frappés. »
Dans les observations nombreuses que ces médecins (1) ont communiquées, on trouve toujours des causes évidentes de la maladie, telles que les mauvais aliments , une diarrhée excessive par suite d’indigestions répétées , la crainte , le défaut d’exercice , notamment chez des personnes renfermées dans leurs maisons pendant plus de trois mois, et qui n’avaient eu aucune communication avec les
(1) Traité de la peste par Senac, part. ire, p. 24s, 246, 269, 288, Sop, 3i3, 317, 3a3,
25o Notices historiques .
personnes du dehors , une terreur extrême pour le moindre sujet, l’usage journalier des oignons, des parfums assez forts pour produire des étourdissements.
1VL Bouzon(i), maître en chirurgie, commis le 19 juillet pour visiter d’autres malades, n’a reconnu chez eux que des fièvres vermineuses.
MM. Perrin , Audou et Robert , médecins et MM. Croizet et Bouzon , chirurgiens (2) chargés le ier août de visiter de nouveaux malades , pour prononcer sur leur état auprès des officiers généraux des galères , ne trouvèrent chez la plupart que des signes de vérole ou d’indigestion , par suite de l’usage d’une grande quantité de mauvais fruits.
M. Maille, professeur à Cahors (3), envoyé de Paris, n’a vu la cause du mal que dans les mauvais aliments, le blé pourri dans le fond des vaisseaux , et les fruits.
Suivant M. Boyer, médecin de la marine à Toulon (4) , les aliments ont été les premières causes de la peste , et la terreur qui
(1) Rel. hist. , p. 4o.
(2) Id. , p. 61-66.
(3) Ici. , p. 363.
(4) Id. , p. 371.
Notices historiques . 2 5 *
raccompagne , la source inévitable de sa propagation.
L’auteur de la relation historique de cette peste (1), qui ne peut être soupçonné de pré» vention contre la contagion , dit que la plu-» part des médecins de Marseille n’ajoutaient que très-peu de foi à la contagion. Il rapporte également que dès les premiers jours de l’épidémie, il s’exhalait des miasmes infects des maisons malpropres, dans la plupart desquelles il y avait de l’encombrement ; que la maladie a commencé chez de pauvres gens (2) , et dans une rue qui n’est habitée que par du menu peuple ; il dit encore (3) , ou du moins il fait entendre , qu’aussitôt qu’on a eu parlé de peste , il n’est resté dans Marseille que la populace. Il nous apprend aussi que chez ceux qui étaient les premiers atteints, on a toujours trouvé quelques dérangements de conduite auxquels on a rapporté, observe-t-il, la cause du mal (4) $ et que ceux qui étaient secourus dès le commencement, et a qui la bonne nourriture 11e manquait pas, en réchap-
(1) Rel. hist. , p. n3, 1 1 4-
(2) id. , p. 102 , no, 444-
(3) ld. y p. 1 1 5 et suivantes.
(4) Ce jugement paraît n’avoir pas été conforme au sien , mais nous nous en tenons aux faits.