CONCLUSION
On a pu remarquer que dans l’examen de la question qui nous occupe, nous avons plutôt consulté les faits et laissé parler les auteurs les plus judicieux, que nous n’avons exprimé
(1) Plusieurs grands capitaines ont été loin de dédaigner de tels soins. Voyez entre autres les Mémoires du maréchal de Saxe , art. u, de rhabillement , et les préceptes Sur la santé des gens de guerre par Colombier, p. 43.
notre propre opinion. On a pu remarquer en second lieu, qu’il résulte de ces faits et du raisonnement de la plupart des auteurs cités par nous , que les affections désignées sous le nom de typhus , sont produites uniquement par certaines causes évidentes, dépendantes soit du genre de vie , soit des intempéries , des fatigues, des privations ou des excès, de l’habitation de lieux malsains , de l’usage de mauvais aliments ou de mauvaises boissons, delà malpropreté , de la terreur , de l’encombrement, ou de quelques autres causes analo gués. Ces seules et uniques causes règlent le commencement , le degré et la terminaison de chaque épidémie , de sorte que si elles diminuent seulement, l’épidémie ne fait que se modérer ; si elles cessent tout-à-coup , l’épidémie se dissipe également tout-à-coup ; si elles reparaissent, l’épidémie se renouvelle ,* enfin si elles sont détruites sans retour, le mal ne reparaît plus. Le nombre ni l’étendue des prétendus foyers de la contagion, ni la saison, ni les communications les plus fréquentes entre les hommes sains et les malades, n’ont aucune influence dans ces divers événements, si ce n’est dans le cas d’encombrement et de malpropreté. En effet , le développement de la peste elle-même a souvent lieu , sans que rien
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fasse soupçonner la moindre contagion , et souvent aussi cette maladie se dissipe sans qu’on ait fait autre chose qu’attaquer les causes évidentes , ou lorsque ces causes ont disparu spontanément.
Nous avons admis que les miasmes qui s’exhalent des personnes atte intes de ces maladies, peuvent produire une impression nuisible* Mais ces miasmes consistent seulement dans ceux qui proviennent des évacuations plus ou moins abondantes que les malades éprouvent. Ils ne sont pas plus contagieux que ceux qui se développent dans d’autres maladies, auxquelles on n’a jamais soupçonné ce caractère , ou ceux qui s’élèvent des marais ou d’une cuve en fermentation. Ils n’ont pas la propriété de se conserver aussi facilement , ils n’ont pas non plus autant d’activité qu’on le prétend ; enfin nous sommes persuadés que toutes les fois qu’il n’existe pas de causes morbifiques résultant de quelque source évidente, et qu’on n’éprouve pas d’avance quelques affections, le séjour momentané auprès des malades, ni leur attouchement , ni celui de quelques-uns des objets qui ont pu être atteints par leurs émanations, ne présentent rien de bien redoutable.
Rien n’annonce donc le germe de la conta-
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gion ? et tout dépose contre son existence.
Il nous semble également démontré que , du moins le plus souvent; la crainte d’une telle cause entraîne des suites extrêmementfunestes, en détournant l’attention , en l’empêchant de se fixer sur les seules véritables , en portant à des mesures dont le résultat est d’éloigner du but que l’on doit se proposer.
Dans le système de la non-contagion on ne serait occupé que des moyens de combattre les véritables causes. Tous les genres de séquestration; les infirmeries particulières, la réclusion dans sa propre maison, les cordons de troupes, qui exercent tant de vexations , et mettent tant d’entraves aux approvisionnements, les quarantaines pour les suspects, toutes ces mesures plus nuisibles les unes que les autres , seraient remplacées par les moyens les plus propres à faire renaître ou à entretenir l’abondance, le bon ordre, la salubrité, etc. Le mot de suspect serait également rayé des codes sanitaires. L’idée d’un danger de mort presque certain et imminent ne viendrait plus apporter le désespoir dans les esprits. Les malades n’auraient point la douleur de se voir arracher du sein de leur famille, ni d’en être délaissés. On pourrait se rendre mutuellement, comme chez les Turcs, tous les devoirs
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de l’amitié et de la parenté, sans crainte d’être atteint par la maladie on par des lois aussi meurtrières. Les travaux et le commerce ne seraient plus interrompus. Au lieu de s’opposer à l’arrivée des subsisiances , les habitants du voisinage la favoriseraient. On ne venait plus des médecins eux-mêmes et des ministres de la religion s’éloigner des malades. Assurés d’être utiles, en ne combattant que des causes évidentes, se livrant à toute 1 ardeur de leur zèle, les médecins parviendiaient infailliblement à atteindre les sources du mal ; du moins ils rejetteraient beaucoup de moyens usités qui ne peuvent que nuire. Leurs visites auprès des malades ne seraient plus accompagnées de précautions effrayantes. Alors se dissiperait cette obscurité dont on se plaint généralement. Ces hypothèses opposées les unes aux autres, cette incertitude qui règne dans les écrits des auteurs, la versatilité que l’on remarque dans leur pratique , feraient place à des idées justes et positives sur la nature et sur le traitement des épidémies. Le gouvernement et les particuliers, dirigeant tous leurs soins contre les seules causes à combattre, trouveraient toujours quelques moyens d’y parvenir. En un mot, une ville atteinte d’une épidémie, au lieu de devenir le théâtre de ces désastres qui ont
signalé tant d’antres maladies épidémiques, ne différerait en rien d’une ville saine , si ce n’est par la présence des malades, qui alors seraient beaucoup moins nombreux, et en général beaucoup moins gravement affectés, que sous le système de la contagion.