IL
Les typhus épidémiques ne sont subordonnés qu à des causes évidentes (2).
On sait, par exemple, que dans les parages malsains de l’Afrique et de l’Amérique , un moyen de se préserver et même de guérir , lorsqu’on est menacé ou atteint des maladies épidémiques propres à ces régions et réputées contagieuses , est de changer de lieu (3).
(1) Ce qui a eu lieu sur-tout avant l’existence des lois sur les quarantaines , ce qui a constamment lieu encore dans tout l’Orient et dans l’Afrique.
(2) Hippocrate et Galien, loco cil. Facio, loco cit.,p. 4, 12 , 14 ? ï5 , 16, 17 , etc. , et beaucoup d’autres auteurs , qu’il serait également trop long de citer ici. Traité de la Peste, par Senac, part. iere, p. 178, 179, 180. Gayet, Traité de la Peste , p. 1 i3.
(3) M. le baron Desgenettes , Hist. méd. de l’armée d’Or. , part. iere , p. 36 , 37 , 38 , 78 et 247.
M. le baron Larrey , Relation hist. et chirurgicale de l’expédition de l’armée d’Or. , etc. , p. i3i.
Mémoire sur les maladies
Suivant les observations multipliées de différents voyageurs, que, dans les ports de TE-
Le docteur Dalmas, Recherches sur la fièvre jaune 7 p. i93, 194.
Le docteur Blin , Remarques sur la maladie épidémique de Cadix , an ix , p. 4o et 4i , et plusieurs autres auteurs cités par ce docteur.
Le docteur Assalini ,, Observations sur la peste, p. 7 et 8 du rapport sur cet ouvrage fait à l’Ecole de Méd.
de Paris , et p. a5 , 26 , 2 7 , 45 , 46 , 47 > 4^ j 49 y 7 5i , 5*2 , etc. du corps de l’ouvrage.
Voyez l’art. Peste dans l’Encyclopédie. Cette maladie y est attribuée aux exhalaisons du Nil.
Nous croyons devoir rapporter les propres paroles du docteur Pugnet , qui admet la contagion , mais dont l’ouvrage contient des observations très-judicieuses et très-concluantes en faveur de la non-contagion.
« La contagion ( il eût fallu dire la maladie) s’était rigoureusement circonscrite dans l’enceinte de Damiette. Quoique cette ville ait conservé toutes ses relations extérieures . Nous ne nous sommes pres¬
que pas aperçu que ses dehors , et, à plus forte raison , les lieux plus distants , aient souffert.
» Un bataillon de la 25e demi-brigade , pendant son séjour en cette ville , faisait seul plus de perte que tous les autres corps réunis. Il partit pour Mansourah , laissa un malade en route , et dès-lors fut exempt de toute infection.
)) Il a suffi à la garnison entière , pour se mettre hors d’atteinte des miasmes contagieux , de traverser le Nil 9 et de camper sur la rive opposée.
prétendues contagieuses . 3 7
gypte , par exemple , il arrive des bâtiments dont les équipages soient atteints du typhus oriental ; que ces équipages aient avec les ha-v
» Ceux qui ont observé combien l’humidité de l’atmosphère se concentre dans les rues étroites et couvertes de Damiette, dans ses maisons obscures et malpropres, dans ses okels toujours encombrés, dans tout son intérieur , que pénètre avec tant de difficulté la chaleur et la lumière du soleil , ne sont point surpris de voir s’y concentrer également le foyer de la contagion. » On ne doit point être surpris d’y trouver une insalubrité extrême. et, par conséquent, d’y voir régner fréquemment, ainsi que dans d’autres lieux de l’Orient et des autres parties du monde exposées aux mêmes inconvénients, des maladies très-graves» Loco cit. , p. 17$ et 176*
On pourrait ajouter aux autorités que nous venons de citer , l’exemple de cette maladie qui ravageait la flotte des Romains, et que Varron arrêta en condamnant certaines fenêtres, et en en faisant pratiquer de nouvelles; celui de l’épidémie d’Àgrigente, qui se dissipa quand Empédocle eut fait boucher une gorge de montagnes par laquelle soufflait, sur la ville , un vent délétère, et beaucoup d’autres que l’histoire ancienne nous fournit également. Dans des temps moins éloignés , Londres et Marseille ont offert des exemples aussi remarquables , et plus récemment , on en a vu de pareils en différentes régions, notamment à Constantinople, vers le commencement de 1816, et à Parme, vers le commencement de 1817. Dans cette dernière ville, des mesures prises pour mettre un terme à la misère, en mirent un également à l’épidémie qui en était la suite.
58 Mémoire sur les maladies
bitants les plus grandes communications : si c7est à lepoque où l’eau du JNil coule avec rapidité dans son propre lit et dans ses nombreux canaux; si les vents étésiens ont succédé aux vents délétères du midi, alors la maladie, quoique dans le lieu-où elle paraît aujourd’hui avoir principalement établi son empire, se borne uniquement aux individus qui composent ces équipages ; et même, s’ils se rendent à terre, non-seulement ils ne communiquent pas leur irialadie, mais elle se dissipe en peu de temps. Mais si les canaux sont remplis d'eaux stagnantes, verdâtres et infectes; si Feau du JNil lui-même , dont le cours est ra~ lenti pendant les trois quarts de l’année , a contracté ces mauvaises qualités ; si les vents du midi , sur-tout ceux du kampsin, régnent, dans ce cas , que des équipages atteints de typhus arrivent ou non , cette maladie ne manque jamais de se développer et de se ré« pandre plus ou moins (i) ; comme en Àmé-
(i) Prosper Alpin , De Med. Ægyt. îib. i, Savari , Lettres sur l’Egypte, t. m , p. 3 , 6 , 7,9, 10, 11.
M. le baron Desgenettes, loco cit. , p. 247 et 248» M. le baron Larrey, loco cite, p. g5 , 96, 127, i3aÿ i33 , i34 et i35.
Le docteur Boussenajd , Dissertation sur la peste , p. 36.
p ré ten dues con lagie uses. 39
rique , dans certains temps de Tannée seulement , la fièvre jaune se manifeste auprès de certains criques sans se communiquer aux lieux voisins (1); comme dans une ville assiégée il se développe , par suite des calamités de la guerre , des maladies autrefois appelées peste , et maintenant typhus , ou fièvres atoniques, qui cessent aussitôt que le siège est levé , quoique alors les communications , loin de diminuer , se trouvent plus fréquentes.
Il semble que Ton connaît assez maintenant l’activité et la multitude des causes évidentes qui surviennent presque chaque année dans toutes les Echelles du Levant, en divers autres points de TAsie et de l’Afrique , ainsi que dans quelques-uns des parages de T Amérique, pour sentir qu’il n’est pas nécessaire d’aller chercher ailleurs que dans ces causes la véritable source des maladies épidémiques qui s’y développent. De semblables causes à peu près s’étant quelquefois manifestées en Eu-
Le docteur Pugnet , îoco cit.,p. l'jS , etdelap. 2oo&Ia p. 204. Ces pages contiennent particulièrement des remarques d’une grande importance; elles nous paraissent décisives.
Le docteur Pouquevilîe , loco ci t • , p. 8 et g.
Bruce , Voyage en Nubie et en Abyssinie, etc. , t. 8, cliap. xi.
(1) Le docteur Dahnas,loco cit.
4 o Mémoire sur les maladies
rope , elles y produisirent des maladies semblables. Mais le plus communément ces maladies ont pris leur origine dans les maux entraînés par l’état de guerre , état de trouble , d’anarchie, de désordres, de vexations, état enfin qui rassemble toutes les misèreshumaines, qui se renouvelle si fréquemment sur tous les points du globe , que signalent toujours de nouvelles fureurs , et dont la plupart des maladies épidémiques appelées peste ou typhus furent précédées ou accompagnées. Jetons un coup d’œil rapide sur ce qui se passe généralement en pareilles circonstances.
Une assez grande partie des habitants, contraints à loger les soldats , n’ont pour leur habitation et celle de leur famille , souvent nombreuse , qu’une seule chambre , quelquefois fort insalubre par elle -même , et où se trouvent aussi des animaux. Cette habitation , déjà ainsi encombrée , recevant de nouveaux hôtes, ne contient bientôt plus qu’un air corrompu. En supposant même que les soldats et les gens de la maison eussent tous grand soin d’entretenir la propreté , soin peu ordinaire , cet air ne laisserait pas de s’altérer en peu de temps, sur-tout si ^ faisant usage d’un poêle , on a ménagé peu d’ouvertures par le moyen desquelles il puisse se renouveler.
prétendues contagieuses . 4i
Alors , par suite de cette seule cause , des maladies doivent se déclarer et se propager d’autant plus promptement que le nombre des soldats est plus grand et leur séjour plus long. Ces maladies doivent être communes aux soldats et à leurs hôtes ; c’est, en effet, ce qu’on voit ordinairement. Ilspourraient s’en prendre les uns aux autres , s’ils reconnaissaient qu’il y a réciprocité et que cette réciprocité a lieu par les causes que nous avons exposées ; mais souvent chacun se flatte que le mal ne vient nullement de lui , et quelques historiens euxmêmes portent un jugement semblable. Ils disent tantôt que l’armée a trouvé la peste dans tel pays où elle a passé, tantôt, *au contraire, que c’est elle qui l’y a répandue. Mais si, comme tous les médecins le savent, comme le prouvent mille faits, fhaleine seule d’un
certain nombre de personnes logées dans des chambres ou des salles trop étroites , peut en altérer beaucoup l’air , que ne doit- on pas redouter, lorsque , à cette cause, il s’en joint plusieurs autres ? Si les gens de la maison sont malpropres , s'ils conservent des substances alimentaires, ou d’une autre espèce, susceptibles de fournir des miasmes; si la constitution de l’air est par elle-même généralement insalubre; si les soldats arrivent fréquemment
Mémoire suç les maladies
avec des habits mouillés par la sueur ou pa»r la pluie , qui produisent également des miasmes aussi nuisibles que désagréables à l’odorat; enfin , si a toutes ces causes on ajoute les autres calamités, compagnes ordinaires des guerres, et sur-tout des guerres de longue duree, telles que la disette, les aliments malsains et les mauvaises boissons , de grands changements dans le genre de vie , l’inquiétude, la consternation, la terreur, etc., on trouvera, sans doute , des raisons suffisantes pour expliquer l’origine des maladies que Fou toit assez souvent se développer aux armées , pai mi les habitants des pays où elles séjourne nt, et meme, parmi ceux des pays qu’elles ne font que parcourir.
Il doitetre bien prouvé aujourd’hui que ces maladies épidémiques, qui ont régné dans les temps anciens, mises depuis le 1 5e siècle au rang des maladies contagieuses, n’avaient pas ce caractère. Déjà on convient assez généralement que les vingt-sept pestes dont parle Tite-Live, ne provenaient que de causes évidentes. On ne tardera pas, sans doute, à reconnaître qu’il en est de meme pour les épidémies dont font mentionles autres historiens. C’est le jugement qu’en ont porté eux -mêmes ceux des historiens et des médecins qui ont eu soin d’examiner les
prétendues contagieuses. 4 3
faits et de les bien peser (i). Rapportons seulement ici ce que dit Maret, dans un mémoire sur l’usage d’enterrer les morts dans les églises , etc.
« La France fut nombre de fois exposée aux ravages de la peste, dans les 10e, 11e, 14% i5e et 16e siècles ; et l’histoire nous apprend que dans ces temps malheureux des guerres intestines et des famines jonchaient de cadavres la surface du royaume; que l’agriculture négligée avait transformé la plupart des provinces en marécages , et que l’obligation de se mettre en défense, amoncelant les peuples dans les villes , en rendait le séjour infect et d’autant plus dangereux, que la police, méconnue et impraticable , 11e pouvait prévenir les inconvénients de la malpropreté (2). »>
M. O-Ryan , auteur d’un autre mémoire sur le même sujet, et qui cite ce passage, dit immédiatement après: «Pourquoi chercher une cause extérieure à une maladie qu’il est tout simple d’attribuer à des causes admises et re~
(1) Voyez indépendamment des auteurs déjà cités, Homère, Iliade, îiv. 11; Hérodote, De l’Egypte 5 Procope , lib. 11 , De bello Persico ; Evagre, Hist. eccl,, 1. îv , c. xxix ; Gauvet de Rumilly , De la Peste; Colombier, Hygiène mil. , etc*
(2) Loco cit. , p. i/jj.
44 Mémoire sur les tnaladies
connues de tous les médecins du monde? Y a-t-il le moindre doute que ces fièvres , réputées contagieuses, malignes ou épidémiques, auxquelles l’ignorance des siècles dont parle l’auteur a donné le redoutable nom de peste, ne dussent leur origine au miasme humain et au miasme marécageux (i) ? » Ce qu’on vient de dire de ces épidémies peut s’appliquer à presque toutes les maladies épidémiques qui ont régné depuis les temps les plus reculés , notamment pendant ces dernières années > comme on pourra, si je ne me trompe, en juger, par les notices historiques qui seront placées à la fin de ce mémoire.
La communication passagère avec les malades y le contact du pus , ni meme son inoculation , ne suffisent pas pour donner le typhus.
Les médecins de l’expédition d’Egypte ont remarqué qu’une multitude de personnes , même des corps d’armée entiers, ont commu- 1 niqué pendant long-temps avec des pestiférés, sans contracter la maladie. Par-tout ces médecins bravent eux-mêmes impunément la prétendue contagion. Les médecins du pays ne sont ni plus réservés ni plus malheureux.,
(i) Lgco cit. , p, 82.
prétendues contagieuses. 4^
M. le baron De&geneltes s’inocule le pus d’un bubon dans Faine et dans le voisinage du creux de Faisselle ; il n’en résulte qu’un peu de rougeur à l’endroit des piqûres. Le docteur Assaîini reçoit sur les mains le pus des bubons dont il fait l’ouverture ; il couche dans des draps apprêtes par une femme pestiférée : une autre femme se repose la veille de sa
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mort sur le lit de ce médecin ; il touche régulièrement le pouls à tous ses malades, pour faire voir que la maladie ne se communique pas, et , en effet, il n’en reçoit d’atteintes dans aucun cas. Le général en chef donne le même exemple , et il obtient le même résultat. Les habitants du pays, Egyptiens, Turcs et Syriens, communiquent de même avec les pestiférés, et peut-être avec moins de précautions ; ils se servent des hardes des morts sans les désinfecter ; les lois sur les quarantaines sont fréquemment violées, et cette négligence n’a aucun inconvénient (1).
(i) Beaucoup d’auteurs ont fait des remarques semblables à celles que nous venons de présenter. Nous citerons seulement.
Procope, lib. n , De bello Persico.
Eyagre, Hist. eccl. , I. iv, c. xxix.
Cardan , De varietate rerum , lib. viii , c. ÿxviii.
M. le baron Desgeneites , loco cit. , p. 19 ? 21 , *î5 , aG , 86 , 87 , 88 , 89 , 108.
4G Mémoire sur les maladies
Nous omettons une infinité d’autres faits qui militeraient également contre le système de la contagion. Nous parlerons seulement encore des effets attribués à divers moyens employés comme prophylactiques contre cette cause. Les succès que l’on croit avoir obtenus de tels moyens sont autant d’exemples en faveur de la non-contagion.