DES BRUITS DE SOUFFLE QUI ACCOMPAGNENT UNE LESION ORGANIQUE
A. Rétrécissements organiques. — Toutes les fois que le sang1 franchit une partie du système circulatoire où se rencontre une coarctation, on entend un bruit de souffle ei dans certains cas, lorsque le souffle est intense, on perçoit un frémissement cataire.
Les tubes manométriques nous ont appris qu’avant I’étrangdement, la tension est très-forte, tandis qu’après elle est beaucoup plus faible et quelquefois nulle, d’autre part, nous avons vu théoriquement et expérimentalement que la vitesse devenait très-grande au moment où le liquide franchit le rétrécissement; nous pourrons donc dire que les molécules sanguines sont fortement sollicitées à s’échapper par l’orifice rétréci, et comme elles ne peuvent pas toutes sortir à la fois, il en résultera évidemment que les unes seront refoulées et
comprimées, tandis que les autres sortiront. Les molécules refoulées ayant acquis, par suite de leur compression, une tension plus forte, elles réagiront et sortiront à leur tour en comprimant et refoulant les premières et ainsi de suite. De là, série des mouvements alternatifs à intervalles égaux et très-rapprochés . Or, c’est précisément là l’origine première du son. Consécutivement, toute la masse sanguine environnante sera ébranlée; à leur tour les parois subiront l’influence de ces vibrations et on percevra le souffle et le frémissement.
B. Insuffisances valvulaires. — Pour expliquer le bruit de souffle que l’on perçoit dans ces maladies, la théorie de M. Chauveau enseigne qu’une veine fluide se forme au passage de l’ondée en retour par l’hiatus pathologique; ainsi, pour l’insuffisance aortique, les valvules sigmoïdes venant à se former incomplètement, le sang1 retombe dans le ventricule en traversant un orifice rétréci et vibre sous forme de veine fluide. Mais cette veine fluide qui prend naissance à l’orifice même de l’insuffisance et qui se propage dans le sens du ventricule, elle donnerait (si elle était la seule cause) un maximum d’intensité, non pas à Ja base comme on l’observe, mais à la pointe.
La même chose ayant lieu pour l’insuffisance des valvules auriculo-venlriculaires, c’est dans l’orillette, c’està-dire. à la base qu’on devrait entendre le souffle de l’insuffisance mitrale. L’explication par les vibrations d’une veine fluide dans ces maladies est dcnc inadmissible.
Le frémissement que l’on perçoit dans certaines insuffisances aortiques serait tout à fait inexplicable.
Au contraire, en jetant les yeux sur l’expérience re-
présentée fig*. 19, tout s’explique rigoureusement. Sur le pourtour de l’hiatus, contre ces productions quelquefois si dures qui envahissent le bord libre des valvules malades, des molécules sanguines, sont comprimées exactement comme sur le biseau d’un sifflet, elles réagissent en vertu de leur élasticité ; de là mouvement, ébranlement primitif déterminant des vibrations secondaires dans la masse sanguine placée au-dessus, c’est-à-dire dans l’aorte. Cette masse en vibrant produit le souffle et le frémissement, souffle et frémissement qui se propagent dans le sens de l’ébranlement primitif, et comme cet ébranlement primitif est produil par l’élasticité des molécules réagissant contre le courant qui les comprime, c’est contre le courant aussi que se propageront le souffle et le frémissement. Nous l’avons constate sur les tubes inertes, voy. fîg. 19, c’est aussi ce qu’on constate sur les malades. Chez eux le souffle et le frémissement remontent l’aorte et s’entendent quelquefois dans les carotides.
« Les carotides propagent souvent le bruit de l’insuffisance des valvules semi-lunaires avec beaucoup d’intensité et s’accompagnent facilement d’un frémissement de leurs parois (1). »
Le souffle et surtout le frémissement sont beaucoup moins intenses dans l’insuffisance que dans le rétrécissement et cela s’explique facilement, puisque l’intensité de ces bruits est proportionnelle à la vitesse. Dans le cas d’un rétrécissement l’ondée sanguine lancée par une cavité presque toujours hypertrophiée a une
(1) Cantani, Adilizioni e note alla pathologia di Niemeyer, p. loi.
force bien supérieure à celle que laissent passer des valvules insuffisantes.