CAUSES ET PUÉVENTION DE LA CÉCITÉ
Les maladies tuberculeuses, proprement dites, des yeux ne doivent guère être prises ici en considération, parce qu'elles sont extraordinairement rares.
Les maladies héréditaires syphilitiques des yeux ont été longtemps confondues avec les maladies scrofuleuses.
C'est seulement dans les dix dernières années, que des progrès dans la connaissance de cette forme de maladie ont été réalisés. Elle affecte , outre les parties profondes de l'œil, principalementla cornée sous forme de kératite interstitielle ou parenchymateuse. D'après Cohn (1), elle entre pour 0,38Vo' parmi toutes les maladies des yeux, tandis que, d'après ZTonîe?-, elle est de 0,57o chez les enfants. La majorité de ces cas doit être mise au compte de la syphilis héréditaire.
Que faut-il faire pour la préservation de la syphilis héréditaire? D'une part, l'individu atteint de syphilis n'a jamais la certitude de sa guérison complète, pas plus qu'il n'est assuré que ses enfants seront sains, et d'autre part, les chances de procréation d'enfants sains seront d'autant plus marquées que la syphilis sera de date plus ancienne. C'est au médecin qu'il appartient de faire comprendre à celui qui est atteint d'un pareil mal, de ne pas se marier trop tôt. Fournier (2) a d'une manière frappante déterminé les conditions sous lesquelles le médecin doit donner son adhésion au mariage :
1» Au moment du mariage, il ne doit exister aucune localisation de la syphilis, capable d'amener la contagion ;
2° Trois années au moins doivent être écoulées depuis l'infection ;
(1) Schuberl,*S«r les maladies sypliililiques des yeux. Berlin, 1880.
(2) Syphilis et mariage (Pari?, 1880).
MALADIES DES YEUX DE CAUSE HÉRÉDITAIRE. Il
3° Aucune maaifestation de la syphilis ne doit avoir existé depuis un an et demi ou deux ans, au moins;
4» Si la syphilis est maligne, peu ou point influencée par le traitement, si elle occasionne des récidives fréquentes, des localisations viscérales précoces, si enfin elle entraîne à sa suite des lésions de nutrition, le mariage doit être différé ou même abandonné ;
5" 11 faut en tout cas, avant le mariage, instituer un traitement antisyphilitique.
La stricte observation de ces mesures de prévoyance est cependant loin de donner toute garantie contre la syphilis héréditaire, car il arrive que des enfants nés bien portants, sont atteints, plus tard, de syphilis qui se révèle le plus souvent sous la forme de kératite interstitielle, vers l'âge de neuf à seize ans ou même plus tard. Si, pendant la grossesse, la femme éprouve des symptômes syphilitiques, un traitement énergique approprié devra être aussitôt suivi, dans l'intérêt même du fœtus (1).
Les enfants provenant de semblables unions sont souvent faibles, cachectiques et en retard, même alors qu'on ne découvre en eux aucun symptôme apparent de syphilis.
Dans ces cas, un traitement tonique reconstituant, surtout à base de préparations iodées, sera le meilleur moyen de prévenir une kératite interstitielle.
La lèpre présente parmi ses complications les plus fré-
(1) Thurmann cite une femme ayant eu sept enfants, morts tous de la syphilis. Pendant ses huitième et neuvi(^me grossesses, elle se laissa traiter et eut deux enfants sains. Elle abandonna son traitement durant sa dixième grossesse. L'enfant qu'elle eut mourut de la syphilis au bout de six mois; elle reprit son traitement pendant sa onzième prossesse, et elle eut de nouveau un enfant bien pnrlnnl.
12 CAUSES ET PliÉVENTlON DE LA CÉCITÉ.
(jiientos des aiïections oculaires. D'après Danielsen {\) sur cent vingt lépreux, il y, en avait quatre-vingt-sept, soit 69 Vo» atteints de maladies des yeux. Les kératites, et les formations de nodules lépreux dans la cornée et dans la sclérolique, suivies du ratatinemcnt du globe de l'œil, expliquent suffisamment pourquoi tant de lépreux meurent aveugles.
Dans les pays où la lèpre règne encore, les aveugles, par suite de cette maladie, s'élèvent en Norwège, par exemple, à 2,4 "/(, [Hjort). On sait qu'à l'époque du plus grand développement de la lèpre, c'est-à-dire au moyen âge, il existait des mesures sévères, tendant à isoler les malades dans des léproseries.
Ces mesures sont aujourd'hui superflues, la lèpre étant considérée comme non contagieuse. Par contre, elle se transmettrait à la descendance; mais ce n'était point l'avis <]'Hébra. Cependant Danielsen et Bœck (2) ont observé sur deux cent quinze lépreux, cent quatre-vingt-cinq fois l'mlluence de l'hérédité.
11 existe en Islande une loi, datant de 1776, qui interdit le mariage aux lépreux. Il n'en existe pas de semblable en Norwège.
§ 4. La consanguinité des parents est une cause fréquente <le maladies, parmi lesquelles il faut citer en première ligne la débilité intellectuelle, la surdité et la cécité.
Cette dernière est, dans la plupart des cas, le résultat d'une rélinite pigmcntaire.
Les auteurs ne sont pas tous d'accord au sujet de l'influence de la consanguinité sur la santé de la progéniture.
(I) Bcrdning om Lnm/egaanhho'^pitald!^ Virlisomhcd. 1877-18/0.
! 2) Traité de la spedahlu-d, tradiiil. en IVii nçais pur Cossoii. Pans, 1 848.
MAI-.UlUCS DKS YKI X HK il.Vl'SIi II EUKDITA IIŒ. lï
G. Z>^;m'm(l)acliercliéàproiiver(|ii'(!n Augleloi-rejosiimriagesconsanguins ne cféaientpasplusd'enfanls infirmes ou plus spécialement de sourds-muets que les autres mariages.
INous essayerons de faire la lumière sur celte queslion, et particulièrement à l'égard de la rétinilc pigmentaire.
Les statistiques qui ont été établies jusqu'à présent se sont étendues sur la surdité et non sur la cécité.
IJebreic/i et Hocqiiart, dans leurs examens aux institutions de sourds-muets, ont établi que la rétinite pigmentaire s'y roncoutre fréquemment.
ils ont fait le compte des rétinites, chez les enfants issus de mariages consanguins, mais les résultatsainsi obtenus ne sauraient être considérés comme probants, si, comme cela est vrai, la surdi-mutité est une conséquence fréquente de la consanguinité des parents, attendu qu'on trouve naturellement chez les sourds-muets qui sont en même temps affectés de rétinite pig-nien taire, très souvent la consanguinité des parents. Il est donc préférable de résoudre cette question en s'appuyant sur les statistiques fournies par plusieurs cliniques.
AUTEURS
RÉTI.MTES
PIGMENT A InBâ.
M.YniAGIiS