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CHAPITRE TROISIÈME

Intoxicatious chrouiiiues.

11 faut prendre surtout en considération, à cet égard, les intoxications causées par le tabac et l'alcool ; elles provoquent des maladies du nerf optique, qui sans conduire, si ce n'est fort rarement, à la cécité complète, n'en entraînent pas moins à leur suite une faiblesse de vue mettant pour ainsi dire le patient hors d'état de travailler. Le tabac joue, à ce sujet, encore un plus grand rôle que l'alcool, mais dans la majorité des cas les deux causes agissent simultanément.

§32. a. Tabac. — Le principe nuisible du tabac est la nicotine, dont les feuilles sèches renferment, selon les différentes qualités, de 1,5 —9 «/o- Parla préparation qu'elles subissent, il s'en perd quelque peu, de sorte que les diverses qualités de tabac du commerce en renferment environ de 1 à 7 " /q. Le tabac le meilleur marché en contient de 2,2 à 2,5 o/o» les qualités moyennes de 1 ,5 à 1 ,8 le tabac de la Havane 1 ,8 à 2,2 Vo- Chauffée à 250% la nicotine se volatilise en se décomposant. En présence de la vapeur d'eau, la volatilisation se produit sans décomposition. Dans le tabac sec qu'on fume, elle se décompose donc en grande partie par la chaleur; tandis que plus le tabac est humide (et les qualités inférieures le sont généralement), plus la fumée est chargée de nicotine et de vapeur d'eau.

Le tabac à chiquer renferme une quantité considérable (le nicotine; d'un autre côté, beaucoup de fumeurs ont l'habitude de chiquer leur bout de cigare, et combinent de la sorte les effets du poison. L'amblyopie est aussi bien déterminée par l'action de mâcher le tabac que par celle de le fumer [Fœrster (1), Ayres (2)].

Comme nous a\ons déjà dit, il ne passe dans la fumée qu'une petite fraction de la nicotine, et de celle-ci une portion très faible est absorbée ; il faut donc fumer une quantité considérable de tabac pour provoquer une intoxication. Ceci résulte déjà de ce fait que, comparativement au grand nombre de fumeurs, il existe peu d'amblyopies, causées par le tabac.

Les amblyopies nicotiques figurent, d'après Hirschherg et Fœrster, pour 0,6 7o à 1 o/^ dans le contingent de toutes les maladies des yeux. Sichél (3) dit que peu de personnes peuvent impunément f umer plus de 20 grammes de tabac par jour; mais on ne saurait à cet égard établir une mesure précise, car il faut tenir compte de la qualité du tabac, de la façon dont on fume et en même temps de l'âge de l'individu. D'après Hulchinson [i], il ne faut pas toujours atteindre cette dose, et il a noté cette amblyopie chez des personnes ne fumant guère plus de 15 grammes de tabac par jour. 11 pense que les gens qui ne prennent pas d'alcool se défendent moins contre le tabac. Je ne sais pas si cela est prouvé, mais ce qui est certain pour moi, c'est

(1) Manuel de Grxfe et Sœmisch, t. VII, p. 203,

(2) Cincinnati Lanctt, 1882.

(3) Avnales d'oculistique, t. LUI, p. 122.

(4) Opht. hofpit. res., (. VIII, p. 456.

que l'abus do l'alcool prédispose à l'amblyopie par le tabac.

Des gens jeunes supportent mieux le tabac, en général, que des gens âgés. Fœrste?' remarque avec raison que beaucoup de fumeurs, à partir de quarante ans, doivent diminuer leur ration journalière de tabac, s'ils veulent éviter le manque d'appétit, l'insomnie, l'affaissement général, etc. Les cas d'amblyopie par le tabac s'observent surtout au delà de l'âge de quarante ans.

Hirschberg rapporte que la consommation annuelle do tabac par tête est pour l'Allemagne (1) de 1200 à 1300 grammes, pour la Grande-Bretagne de 600, pour la France et l'Autriche de 830 à 900 grammes. Si l'on admet que les hommes adultes à partir de l'âge de vingt ans forment un tiers de la population et que tous fument, la quantité de tabac par jour et par individu s'élève, en Allemagne, de 10 à 12 grammes, dans la Grande-Bretagne à 3, en France et en Autriche de 7 grammes à 7 grammes et demi.

Quelques-uns des malades à! Hirschbe7'g consommaient en une année presque 30 kilogrammes de tabac, soit journellement à peu près 130 grammes 1

Le tabac de qualité inférieure contient plus de nicotine et parlant est plus dangereux que le tabac de qualité supérieure. C'est peut-être pour cela que l'amblyopie causée par le tabac est plus répandue dans les classes pauvres que dans les classes aisées. Celles-là fument beaucoup et continuent à fumer, même après que des troubles de santé se produisent à la suitë de l'abus du tabac; enfin dans les

(1) Centralblatl fîir Aitgenheil/c. , 1878, p. 2W.

classes pauvres, l'usage de l'alcool est beaucoup plus Iréqueot et prédispose à l'amblyopie nicotique (1).

Le pronostic est néanmoins favorable dans la plupart des cas. Le mal est guérissable s'il n'existe pas depuis trop longtemps et si l'usage, du tabac cesse. Peu de malades venant consulter le médecin pour leur amblyopie se doutent que leur faiblesse de vue est causée par l'abus du tabac. Il serait donc utile d'éclairer le public à ce sujet. Si les fumeurs savaient que la vue peut s'affaiblir par l'usage du tabac, ils penseraient plutôt, le cas échéant, à cesser de fumer. Que peut-on donc faire contre l'abus du tabac? Faut-il ouvrir une campagne contre lui, semblable à celle déjà établie contre l'alcool?

Je ne crois pas que ce soit utile, parce qu'une pareille agitation n'entraînerait que peu de prosélytes et ne serait probablement suivie que de médiocres effets. Voici cependant, à mon point de vue, ce que l'on peut faire dans ce but :

Faire connaître d'une part au public quelles peuvent être les suites de l'abus du tabac, et en second lieu, chercher à diminuer la quantité de nicotine, surtout dans les tabacs de qualité inférieure.

Il existe différents procédés pour retirer, en grande par-

(1) Bulletin de la Société de médecine publique, t. VI, 1883. — Sur quelques accidents causés par le tabac. Vallin. — Discussion. — D' Fieuzal.

« Je crois que le tabac, fumé à jeun, est très dangereux pour le système nerveux du cœur et secondairement pour le système vasculaire, ischémie rétinienne et papillaire, pouvant aller, surtout chez les personnes qui ont des habitudes alcooliques, jusqu'à l'atrophie des nerfs optiques. » {Note du traducteur.)

lie, la nicotine des feuilles du tabac, sans en altérer l'arome; il s'agirait donc de trouver le meilleur et le moins coûteux de ces procédés et d'en faire l'application. Le gouvernement gagne actuellement, dans les pays où le monopole, à l'égard du tabac, est établi, 800 à 900 ^/^ dans la fabrication des qualités inférieures. Il pourrait certainement faire un petit sacrifice, afin de rendre le tabac moins préjudiciable à la santé publique.

§ 33. b. Alcool. — L'abus de l'alcool provoque souvent une amblyopie dont les symptômes et la marche sont fort semblables à ceux de l'amblyopie nicotique. Dans la plupart des cas, le tabac et l'alcool agissent ensemble.

Dans les cas d'intoxication chronique par l'alcool, il y a deux facteurs principaux : 1° l'usage prolongé d'une grande quantité d'alcool; 2° la présence des alcools composés supérieurs dans les boissons. L'abus de Feau-de-vie dans la population augmente d'autant plus que l'on va vers le INord, et il règne dans certaines contrées à un point extraordinaire.

Dans la province hollandaise de Groningue, on compte annuellement 35 litres de genièvre (sorte d'eau-de-vie des plus communes) par tête d'individu, c'est-à-dire plus de 70 litres par adulte. Les ouvriers qui travaillent dans les « polders » et dansles digues de ce pays prennent jusqu'à un litre d'eau-de-vie par tête et par jour, quelquefois plus (1).

L'eau-de-vie commune est particulièrement riche en alcools supérieurs, car pour sa production on emploie la pomme de terre, qui donne beaucoup de ces alcools et on

(1) J. Deaiijoii, llevue de Belgique, 1883.

s'occupe le moins possible de la rectification du produit obtenu.

Dans le but de remédier aux inconvénients si graves qui résultent de l'abus de l'alcool, les gouvernements ont édicté des mesures préventives (1). La Belgique est, parmi tous les pays qui consomment de l'alcool, le seul qui fait exception à cet égard, ce qui ne lui fait pas honneur. Tous les autres pays ont des lois restrictives qui passent par tous les degrés de rigueur, en commençant par l'État de Maine, dans l'Amérique du Nord, où la vente des spiritueux est prohibée sauf dans un but thérapeutique. Je vais citer, à ce sujet les mesures principales que l'on devrait introduire dans la législation :

1" L'État d oit veillera ce que l'eau-de-vie de consommation soit de bonne qualité.

2° 11 doit surimposer l'eau-de-vie et dégrever au contraire les légères boissons alcooliques, telles que la bière, le cidre, par exemple.

3" Le nombre des débits de boisson doit être diminué et toujours en rapport avec le chiffre de la population (2), leur autorisation doit être rendue plus difficile.

La vente de l'eau-de-vie doit sous des peines sévères être interdite à tous ceux qui ne sont pas investis d'un droit de vente.

4" Il faut par contre favoriser le plus possible l'ouverture

(1) Metman, Études sur les législations européennes relatives aux débits de boissons alcooliques. Paris, 1879.

(2) En Hollande, d'après une nouvelle loi, une licence est accordée par 2,o00 habitants dans les communes de plus de 30,000 âmes et une au maximum pour 2^0 habitants dans les plus petites communes. En Belgique, il y a un cabaret pour 44 habitants.

(rélahlissenienls de bouillon, de Ihé, de lait et de locaux pour se chauffer.

5" Les débits où se vend l'eau-de-vie doivent être surveillés par la police et de sévères punitions être infligées à ceux qui auraient vendu de l'eau-de-vie mauvaise ou falsifiée.

6" Celui qui sera trouvé en état d'ivresse sur la voie publique sera condamné à payer une amende ou bien mis en arrestation.

7" Tout ivrogne notoire doit être considéré comme un dissipateur, et à ce titre être pourvu d'un conseil de surveillance. L'ivresse habituelle peut être invoquée comme une cause de divorce.

8» L'effet de sociétés de tempérance encourageant les établissements de thé et de bouillon, ne peut qu'être d'une très grande utilité (1).

(1) La direction générale des conirihutions indirectes vient de publier sur la consommation des boissons en France des tableaux statistiques qui fournissent de curieux renseignements sur les quantités de boissons consommées en 1883 dans les principales villes de France, et qui permettent d'établir, pour le vin, le cidre, l'alcool et la bière, le chiffre de consommation moyenne par habitant.

Pour le vin, c'est à Clermont-Ferrand que la consommation est la plus considérable; la moyenne consommée par habitant est de •238 litres; à Grenoble elle est de 216 liires; à Versailles de 215 htres: à Tours de 214 litres; à Paris de 213; à Toulouse de 212.

Dans les centres vinicoles elle est beaucoup moins importante : ainsi la moyenne à Bordeaux est de 206 litres par habitant; a Celte, elle est de 107 Ulres; à Montpellier de 149 litres; à Dijon de 191 litres.

C'est dans les villes du Nord que la consommation en vin est la plus faible. A Tourcoing, la consommation par habitant n est que de 14 litres. Aucune ville de France n'offre un chiffre inférieur.

En revanche, dans le Nord on fait une grande consommation de bière. La moyenne, par habitant, est de 294 litres à LiUe; de i res à Saint-Quenlin; de 224 liires à Saint-Pierre-lès-Calais; de 20* hUes à Tourcoing; de 193 litres à Roubaix; de 108 litres à Amiens.

MALADIES DES YHUX CONSÉC, A DliS MALAUllîS GÉNÉRALES. 85

§ 34. c. Plomb. — L'intoxication chronique parle plomb cause souvent des névrites optiques, à la suite desquelles peut se développer une atrophie du nerf optique. Un traitement hien institué peut dans la plupart des cas arrêter l'affection lorsque l'intoxication n'est pas très grave. D'autres

A l^aris, la moyenne de la consommation de la bière est de 14 litres seulement. La ville où elle descend le plus bas est Dijon, où elle est de 3 litres.

Les villes où on consomme le plus de cidre sont Rennes, Caen et le Mans; à Rennes, la moyenne par habitant atteint 522 litres.

Enfin, en ce qui concerne la consommation des alcools, les principales villes .se classent comme suit, par ordre d'importance des moyennes constatées par habitant : Caen, 17 litres; Versailles, 16 lit. 80; Rouen, 16 lit. 60; le Havre, 15 lit. 20; Saint-Pierre-lès-Calais, 13 litres; Boulogne, 12 lit. 90; Amiens, 12 lit. 10; le Mans, 10 lit. 80; Rennes, 10 lit. 07; Lorient, 10 lit. 40.

A Paris, la consommation par habitant est de 6 lit. 50. Dans les autres villes, elle varie entre 2 et 5 litres.

Quant au nombre des débits de boissons et à la quantité d'alcool pur imposée annuellement au droit général de consommation, voici, pour les dix dernières années, de 1874 à 1884, les chilFres officiels puisés à la même source. Pour l'année 1884, les résultats sont seulement provisoires et n'ont pas besoin de commentaires (iVoie du traducteur).

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