CAUSES ET PIŒVENTION DE LA CÉCITÉ
coup de maladies des yeux, qui heureusement ne conduisent que rarement à une cécité compicle. Cohn (1), parmi vingt mille patients, trouva 1,15 7o maladies syphilitiques des yeux; Cocchis (2), parmi ses malades, 1,16 D'après Magnus, la proportion à cet égard est, sur tous les aveugles, de 0,47 ^j^; en revanche le nombre de ceux dont la faculté visuelle est atteinte par suite d'une maladie des yeux d'origine syphilitique est d'autant plus grand. Même cet affaiblissement de la faculté visuelle ne devrait pas avoir lieu, car le pronostic des affections oculaires syphilitiques est la plupart du temps favorable, surtout quand le traitement en aura été institué en temps opportun. On peut s'en convaincre dans la clientèle privée, parce que les malades des classes aisées sont plus inquiets et voient immédiatement un médecin. Les patients des basses classes devraient également avoir toute facilité de recourir aux conseils de l'oculiste. Je reviendrai du reste sur ce sujet à la tin de ce volume. Une prophylaxie contre les maladies syphilitiques des yeux n'existe point parce que nous ne sommes pas en situation d'empêcher chez un syphilitique l'apparition soudaine d'une iritis, etc. Une prophylaxie contre la syphilis est seule possible. La lutte contre celte maladie est un des problèmes les plus importants de l'hygiène.
Dans la première et la deuxième section, je me suis déjà occupé de la syphilis héréditaire, de la scrofulose, de la lèpre et du rachitisme. Les autres maladies chroniques générales qui provoquent des troubles de la vision, et seulement dans des cas rares la cécité, sont :
(1) Schubert, Sur les maladie.^ oculaires syphililinucs, Berlin, i880.
(2) Nagel, Compte rendu de l'année 1870, p. 206.
MALADIES DES YEUX CONSISC. A DES MALADIES GÉNÉHALES. . 7o
La leucémie, l'anémie pernicieuse, le scorbut, l'albuminurie, le diabète, l'hystérie, le rhumatisme chronique et la goutte. Dans tous ces cas, il ne peut être question de prophylaxie.
Les maladies des yeux causées par des entozoaires pourraient également trouver place ici. Chez des ouvriers affligés gravement d'ankylostoma etqui toussuccombèreni, Rampoldi (1) a observé des neuro-rétinites. Le cysticerque de l'œil se trouve, d'après de Grœfe, environ une fois sur mille, parmi les maladies desyeux. Il en est ainsi du moins dans le nord de l'Allemagne, où le cysticerque est très répandu. Dans les autres pays, il est beaucoup plus rare. Wecker n'en a observé à Paris qu'un seul cas sur soixante mille personnes atteintes de maladies des yeux. Heureusement les deux yeux n'en sont pour ainsi dire jamais atteints. Un cysticerque dans l'œil ne peut se développer que si lesproglottides du tœniasoHum sont introduits dans le canal intestinal. Schurmann (2) fait observer que, dans beaucoup de contrées, les potagers sont arrosés avec les eaux vannes qui pour cette culture maraîchère servent souvent à irriguer le terrain; on ne saurait, en conséquence, trop conseiller de laver avec le plus grand soin les légumes destinés à être mangés crus, les salades, par exemple.
§ 30. 2° Maladies chroniques locales. — Le plus grand contingent à ce sujet est fourni par les maladies du cerveau et de la moelle épinière. D'après Magniis (3), les premières
(1) Annales d'ophthalmologie, l. IX, p. 121, 1880.
(2) Publications de la clinique universitaire des yeux de Munich, 1882, p. 204.
(3) Dans ce nombre sont compris les cas de méningites, déjà cités plus haut.
représcntcnl 7 ^j^, los dernières 2,3 ^j^ parmi tous les aA^eugles. Cohn a trouvé pour l'atrophie spinale du nerf optique \ ,9 "/q. D'après Leber, l'ataxie y entrerait pour un cfuart, et même davantage d'après d'autres auteurs.
Les maladies du système vasculaire conduisent à la cécité, par embolie ou thrombose des vaisseaux de la rétine; mais ces cas et principalement ceux qui portent sur les deux yeux sont fort rares; fréquentes sont, au contraire, les hémorrhagies de la rétine, avec ou sans rétinite, qui naturellement compromettent la force visuelle; elles sont produites par les altérations des vaisseaux de la réline. Magnus envisage aussi les cas de cécité, par neuro-rétinite, consécutivement à de fortes pertes de sang. 11 faut citer également les maladies causées par des troubles de menstruation, des affections de l'utérus, à la suite desquelles il n'est pas rare de voir survenir des névrites se terminant par des cécités partielles ou complètes.
§ 31, 3° Ti'oiibles de nutrition de nature incomiue. — 11 s'agit ici de la cécité observée à la suite de la grossesse, des couches ou de la lactation. Si nous en séparons d'abord les cas dans lesquels on observe l'albuminurie et la fièvre puerpérale, il en reste encore un certain nombre dans lesquels la grossesse et les couches semblent suivre un cours régulier. Je dis semblent, car nous sommes obligés d'admettre l'existence de certains troubles inconnus qui produisent l'affection oculaire. Le plus souvent c'est le nerf optique qui est atteint, plus rarement c'est le tractus uvéal; la faculté visuelle est dans quelques-uns de ces cas peu ' atteinte, tandis que d'autres entraînent la cécité; d'après Magnus, ces cas constituent 0,4Vo tous les aveugles.
La cataracte; sénile n'est pas une manifestation physiologique inhérente à la vieillesse comme leblanchissementdes cheveux. Elle est une maladie, et mérite qu'on se demande si elle est causée uniquement par des changements locaux ou par des troubles généraux de nutrition. Tout récemment, on a essayé d'établir l'étiologie d'une partie de ces cataractes, sur ces derniers. Michel a accusé l'athérome des vaisseaux, cl Leutschmann , l'albuminurie, d'en être la cause. 11 en est, du reste, pour la cataracte, comme pour le glaucome, qui sans aucun doute a aussi sa base dans des troubles de nutrition encore inconnus. La cataracte, aussi bien que le glaucome, sont curables lorsqu'ils sont pris à temps et bien soignés. On ne peut malheureusement en dire autant de l'irido-cboroïdite chronique (L séreuse) qu'on voit surtout chez des gens âgés. On en cherche souvent la cause dans la diminution de la nutrition, chez les femmes, dans une ménopause précoce.
Quelques-uns de ces cas peuvent être rendus stationnaires par une iridectomie; d'autres continuent leur marche quand même, et aboutissent à la cécité. D'après Macjnus, 15,3 ^ de ceux qui deviennent aveugles entre quarante-cinq et soixante ans, doivent leur cécité à des maladies du tractus uvéal; une bonne partie de ces cas ont pour cause l'irido-cboroïdite chronique. Une prophylaxie contre ces cas n'est pas possible.