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CHAPITRE PREiMIER

Caractères généraux de l'inflammation blennorrhéique.

§ 35. L'inflammation blennorrhéique de la conjonctive se présente sous diverses formes qui se différencient par la rapidité de leur évolution et aussi par les modifications qu'elles impriment à la conjonctive; on la divise, d'après Arlt, de la façon suivante :

Blennorrhée.

( Ophlhalmie gonorrhéique.

Aiguë, j Ophlhalmie des nouveau-nés.

( Forme granuleuse.

Chronique. [ papillaire.

En ce qui concerne la forme aiguë, tous les oculistes sont d'accord pour reconnaître que l'ophtlialmie purulente gonorrliéique et celle des nouveau-nés ne font qu'un.

L'inflammation blennorrhéique chronique, au contraire, se partage, d'après les modifications anatomiques de la conjonctive, en deux formes :

La première se caractérise par des granulations en forme de grains de sagou dans le tissu conjonctival ; aussi l'a-t-on nommée, pour cette raison, conjonctivite granuleuse (synonymie : trachome, ophlhalmie d'Égypte (1), militaire, conjonctivite folliculaire {Horner).

Elle revêt souvent la forme aiguë (granulations aiguës). Dans d'autres cas, par contre, les symptômes inflammatoires qui l'accompagnent sont bénins et peuvent même manquer tout à fait, pendant longtemps, de sorte que les granulations sont placées sous la conjonctive presque normale.

La deuxième forme est caractérisée par l'hypertrophie des papilles de la conjonctive tarsale (blennorrhée chronique), (synonymie : ophthalmie purulente chronique, conjonctivite granuleuse, d'après quelques auteurs, qui comparent les papilles hypertrophiées aux. granulations charnues, trachome papillaire). Celte maladie s'accompagne d'ordinaire de symptômes inflammatoires plus considérables.

Les deux, formes, selon moi, ne sont que des variétés d'une seule et même maladie, ainsi que l'établissent les considérations suivantes :

(1) Les divers auteurs ne sont pas tous d'accord sur la forme qu'a revèlue l'inflammation des yeux, qui a sévi sur les armées de Napoléon, en Égyple. — Rrchlmann, Grœ/'e's Arc/uu, l. XXIX, p. 144.

î>0 CAUSES ET l'IlÉVENTlÛN DE LA CÉCITÉ.

«). La plupart des cas observés sont des Ibniies mixtes; ce fait est confirmé par les nouvelles recherches anatomiqiies de Mandelsiamm et de Rdhlmann (Tx'aclioma mjxtum de Stellivag).

b) . Les deux formes ont cliniquement une grande ressemblance. Elles sont contagieuses, traînent pendant assez longtemps, et finalement conduisent à une rétraction cicatricielle de la conjonctive.

c) . D'après un grand nombre d'auteurs, un individu atteint de l'une des formes peut communiquer le mal à un autre individu, qui se trouve pris de l'autre forme. Goldzieher a observé à l'Institut des aveugles de Budapest une épidémie qui y avait été apportée par un garçon nouvellement entré, lequel avait perdu la vue à la suite d'une blennorrhagie aiguë. Les pensionnaires des deux sexes gagnèrent son mal, et l'on put observer toutes les formes possibles de lablennorrhée chronique, jusqu'au réel trachome granuleux, avec tous les degrés intermédiaires (1). Piringer (2) a, par ses expériences d'inoculation, obtenu avec la même matière les deux formes, sur différents individus, une fois même les deux formes sur les deux yeux du même individu. Arlt a souvent observé qu'une forme développe l'autre par contagion, et cela l'a décidé à considérer les deux formes comme une seule et même maladie. Auparavant il les considérait comme deux formes complètement distinctes. Il a mêmè été le premier qui ait donné une description claire des granulations vraies ; aussi en est-il résulté qu'on désigne très souvent cette maladie par le nom

(1) Heidelberger Ophth. Versammluvg, 1881, p. 37.

(2) La blennoTrhée dans l'œil humam. Gralz, 1841.

de tracliome d'Arlt (1). Mais ses observations faites pendant de longues années l'ont finalement amené à renoncer à celte division artificielle.

Existe-t-il une liaison éliologique entre la forme aiguë et la forme chronique? U n'y a aucun doute que la blennorrhée chronique est quelquefois la conséquence de la blennorrhée aiguë. Mais cela n'est pas absolu, car dans la majorité des cas, elle s'établit d'emblée. La conjonctivite granuleuse type ne se présente pas comme le stade chronique termina] delà blennorrhée aiguë. Cependant ^Ir/^ a observé aussi l'existence des granulations dans des cas de blennorrhée chronique , développée par suite d'infection blennorrhagique. Sattlei' (2) rapporte le cas d'une femme, atteinte de pertes blanches peu abondantes, dont l'enfant fut atteint, quoiqu'à un léger degré, de blennorrhée aiguë et qui communiqua par contagion à sa mère un vrai trachome. Le cas de Goldzieher cité plus haut est semblabje.

11 est donc démontré que la blennorrhée chronique, aussi bien que la conjonctivite granuleuse, peuvent provenir l'une et l'autre d'une blennorrhée aiguë. Cela établit à nouveau entre les deux formes chroniques et la forme aiguë un lien réel. Il serait donc possible de rapporter en dernière analyse toutes. les inflammations blennorrhéiques de la conjonctive à une infection génitale. Dans le cas de la blennorrhée aiguë , elle serait directe, et indirecte dans celui de la blennorrhée chronique ; si donc une blennorrhée aiguë se transforme en une blennorrhée chronique, cette dernière pourrait par son transport aux autres, provoquer

(1) Arlt, Maladies de l'œil. Prague, 18S4, t. I, p. 106.

(2) Hcidelberger Ophth. Versammlung, 1881, p. 27.

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