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CHAPITRE DEUXIÈME

Blennorrhée ou ophthalmie purulente des nouveau-nés.

L'infection provient, dans l'immense majorité des cas, de blennorrhée des nouveau-nés, de la sécrétion vaginale de la mère, et dans quelques cas de la contagion d'un nourrisson par d'autres.

§ 37. \Jinfection par la mère se fait pendant ou plutôt aussitôt après l'accouchement. L'enfant traverse le canal vaginal avec les yeux fermés ; si bien que pendant le dégagement de la tête, la sécrétion vaginale ne peut s'introduire dans le cul-de-sac conjonctival que très difficilement et en quantité minime. Mais la sécrétion reste dans les cils et

sur le bord des paupières et gagne le cul-de-sac dès que l'enfant ouvre les yeux.

Une infection pendant le passage de la tête à travers le vagin ne pourrait se produire que pendant un accouchement laborieux, lorsque la tête reste longtemps dans le vagin ou bien lorsque le forceps est appliqué sur la tête. Comme Hmtssmayin le fait remarquer, il peut se produire dans ce cas un déplacement des parties molles du visage, suivi d'une ouverture de la fente palpébrale. Peut-être la blennorrhée frappe-t-elle plus souvent les garçons que les filles parce que la dimension de la tête étant chez eux plus grande, le séjour dans le canal vulvo-vaginal est plus prolongé.

Il est des cas incontestables dans lesquels la blennorrhée a éclaté aussitôt après et peut-être même pendant l'accouchement. On a signalé un cas de perforation des deux cornées constatée à la naissance à la suite de blennorrhée, évidemment alors de cause intra-utérine. Haussmann [\) pense que souvent l'accoucheur porte avec ses doigts imprégnés de matière virulente, la contamination sur les enveloppes fœtales, ou directement même sur le visage de l'enfant; ceci est très possible dans les présentations de la face.

La blennorrhée des nouveau-nés n'estpas seulement produite par un catarrhe virulent, mais elle peut l'être aussi par un catarrhe vaginal simple. C'est l'avis de la plupart des auteurs. S'il n'estpas facile dans les maternités de se prononcer avec certitude sur le caractère d'un catarrhe va- Il) Haussmann, Conjonctivite infectieuse des nouveau-nés Stnli «art, 1882.

giaal, il n'en est pas ainsi dans la pratique privée : presque chaque oculiste a vu des cas où l'enfaut d'une femme atteinte de Queurs blanches bénignes, avait contracté une véritable blennorrhée. L'occasion de telles observations est loin d'être rare, attendu que la leucorrhée est la compagne habituelle de la grossesse (l).

Si l'infection a lieu pendant l'accouchement, la blennorrhée éclate du deuxième au cinquième jour (2), et la différence dans la durée de l'incubation dépend de la qualité et aussi de la quantité de matière virulente qui a pénétré dans les yeux.

§ 38. Lorsque la blennorrhée ne se développe qu'après le cinquième jour, il faut admettre que l'infection n'a eu lieu qu'après la naissance, et dans ce cas, elle est due à la contamination par les doigts soit de la garde, soit de la mère, soit enfin par les linges ou éponges imprégnés de lochies. Il convient de dire cependant que les lochies de femmes non malades ne sont pas susceptibles de contaminer la conjonctive des nouveau-nés; cela résulte d'expériences tentées par Zweifel (3), lesquelles ont toutes été négatives.

L'infection d'un œil par un autre atteint de blennorrhée arrive fréquemment; dans tous les cas où les deux yeux d'un nourrisson ne sont pas pris simultanément, mais ou

^,^ Haussmann, sur 250 femmes grosses des basses classes de la

j;i^rt::uvé fois d. cata^^e

tandis que dans la praUque privée il ne 1 a constate q sur 50. Charrier, sur cent, en a trouve .2 fois^

troisième jour, jamais après le cinquième.

(3) Zweifel, Archio f. GijniŒoL, I. XXH, V- à^^-

MALAltlKS CONTAi.lHliSliS DliS YKUX. 07

riin osl atliîinl après raiiti-c au bout d'iiii inlci-vallo (h; tleiiv ou plusieurs jours, ou peut admettre qui! le secoud tuil a été coutaminé par le preuiier; il eu est de mêuii' pour la propagatiou de la bleunorrliée euire nourrissons, ainsi ([u'on l'observe dans les maternités et les liospiccs d'enfants trouvés, par la négligence des nourrices et des gardes. Sur 1,140 enfants atteints de blennorrliée, et pris en partie dans une crèche de Paris et en partie dans une maison d'enfants trouvés de Saint-Pétersbourg, 1622, soit 39 0- •'vvfiient gagné leur mal h l'établissement, contaminés par d'autres enfants (1). A Vienne, dans l'établissement des enfants trouvés, on constata que de 1854 à 1866, sur 130,104 enfants 5,616 avaient été atteints de blcnnorrhée. De ces derniers, 1,413, donc 23 ^'q, avaient contracté la maladie dans l'établissement.

Existe-t-il encore d'autres causes capables de produire la blennorrhée des nouveau-nés ? On pensait autrefois que la lumière éclatante, les refroidissements, les injures mécaniques qui atteignent les yeux pendant l'accouchement, l'ictère, etc., étaient la cause de la blennorrhée ; mais aujourd'hui cette manière de voir ne compte plus guère de partisans. Haussmaiin pense que l'infection de l'œil des enfants peut provenir d'autres sources que les parties génitales de la mère. C'est ainsi qu'elle pourrait résulter de la sécrétion purulente provenant d'un sein crevassé, ou delà cicatrice purulente du nombril de l'enfant, du contenu des vésicules de pemphigus qui atteignent l'œil, de la viande crue qu'on met sur les yeux, etc. Je crois que ces conditions

/I) BappoH (le Dollieaii, Frœljélius et nœbb, in Ilaussmctnn.

'J8 CAUSIiS ET PRÉVENTION Dli LA CÉCITÉ.

sont de nature à provoquer un calarrlie de la conjonctive, mais point de la blennorrhée. Dans certains cas de blennorrhée du sac lacrymal, de carie orbilaire, etc., il se produit une abondante sécrétion purulente qui peut bien contanii-ner la cornée, en y provoquant des abcès, mais qui est incapable de faire naître la blennorrliée. Il en est de même lorsqu'un médecin reçoit directement du pus dans l'œil en ouvrant un abcès, ou qu'un anatomiste reçoit du liquide infectant d'un cadavre.

Sattler a fait, à cet égard, des expériences précises. Il a pris du sang corrompu, de la viande altérée ou même des cultures pures de différents champignons de putréfaction; il les a introduites dans le sac conjonclival de l'iiomme, sans \ produire la moindre réaction. On peut donc bien admettre que la blennorrhée conjonctivale doit son origine à un champignon qui ne trouve de milieu de culture favorable que dans la muqueuse des parties génitales et dans la conjonctive humaine.

L'ophthalmie des nouveau-nés trouve donc sa source initiale dans la sécrétion des parties maternelles. Certaines circonstances, encore inconnues, favorisent à certains moments l'infection. On observe souvent de véritables épidémies de blennorrhée de la conjonctive, dans les maternités et dans les établissements d'enfants trouvés.

§ 39. Fréquence de la blennorrhée des nouveau-nés. — Nous ne possédons aucune statistique sur l'extension de la lilennorrhée en général, mais seulement sur sa fréquence dans certaines maternités et maisons d'enfants trouvés. Les ophthalmies qui atteignent les enfants nouveau-nés t se divisent en légères et graves. Les premières ont un

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caractère calarrhal, les secondes un caractère blennorrlioique. Il est hors de doute qu'une grande partie des catarrhes conjonctivaux reconnaisseat pour cause une infection; cela résulte de ce fait que la prophylaxie ne diminue pas seulement le nombre des blennorrhccs elles-mêmes, mais aussi celui des catarrhes de la conjonctive. Il faut admettre que dans les cas légers, la sécrétion de la mère était moins infectieuse, ou bien que l'enfant en a reçu dans l'œil une très faible quantité.

Les différents observateurs, tantôt comptent et tantôt ne comptent pas ces cas de catarrhe de la conjonctive, sans l'indiquer dans leurs relevés statistiques. C'est ce qui explique que le recensement des enfants blennorrhéiqùes se soit élevé, pour les nouveau-nés, par exemple, à la clinique d'accoucffement de Berlin, selonles années, de 1 »/oà 8 ''/o, pendant que d'un autre côté, la blennorrhée cà la Charité de Berlin, flottait entre 7 "/o et 21 «/q.

Je résume dans la table suivante le nombre des cliniques d'accouchement et d'établissements charitables d'enfants trouvés, classés in extenso par Htmssmmm :

CMISliS lîT IMUiVIiNTION Mi LA CliCITK

KlAliLlSSli.MlilNTS.

ANNKK:

K.NKANTS

MAI.ADi:S.

(Foui- 100.)

tHiniqiKX d'atxijuchcinciil .

Élablissemenl uiiiversilairc clac

coiiclieinenl à Berlin

Cliaiilé, il 15eilin

nresiau

Dresde

Halle

Leipzig

Munich (1)

SUitIgart

Vienne. Première Clinique

— Deuxième —

Pétersbourg

Stockholm

1828- 1879 \8in 1864 1837-1864 184J-1854

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