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CHAPITRE VIII

Expériences physiologiques sur les fonctions de la peau.

(Extrait du rapport de la commission des prix Montyon , décernés dans la séance publique de 1840, par l'Académie des sciences de l'Institut de France.)

« Ce travail se compose de deux parties : i ° d'une série d'expériences faites sur des animaux d'espèces différentes; a0 dune suite de déductions pathologiques que l'auteur a cherché à en tirer , comme autant de conséquences qui découleraient naturellement de ses expérimentations.

« Ce second point, hàlons-nous de le déclarer, la commission le met entièrement à l'écart : il est trop loin, de beaucoup, d'avoir reçu un degré suffisant de démonstration.

« La commission émettra une opinion bien autre

U8 EXEPRIENCES PHYSIOLOGIQUES

sur Ja partie purement expérimentale de ce travail. M. Fourcault, dans la vue de suivre, sur plusieurs espèces d'animaux, les effets de la suppression de la transpiration, a eu l'idée de revêtir immédiatement de vernis la peau de quelques-uns de ces animaux vivants. Après les avoir convenablement préparés, plumant les uns, tondant les autres, il les recouvre d'un enduit dont la composition varie. Les substances employées à cet effet sont le goudron, la colle de Givet , la dextrine , la poix et divers mélanges emplastiques. C'est tantôt sur l'animal tout entier, et tantôt sur des portions plus ou moins considérables de son corps, qu'il applique la couche de vernis. Les accidents qui suivent cette opération se montrent plus ou moins rapides, plus ou moins graves , selon que l'enduit a été complet ou incomplet, général ou partiel , et aussi plus ou moins étendu. Dans tous les cas, la santé des animaux en est bientôt étrangement altérée, et la vie grièvement compromise. Ceux qui ont été mis en expérimentation sous nos yeux, on les a vus succomber en un, deux, trois jours, et même au bout de quelques heures seulement.

«Dans l'opinion de la commission, ces expériences sont pleines d'avenir. C'est un nouveau mode de recherches que M. Fourcault aura introduit dans la science. La commission a pensé qu'il importait d'en doter promptement le domaine public. Livrée à des mains nombreuses, à des esprits variés, répétée d'ailleurs dans des lieux différents, l'expérience de M. Fourcault ne peut manquer de répan-

dre un nouveau jour sur les phénomènes physiologiques et pathologiques placés sous la dépendance de la double fonction d'inhalation et d'exhalation du système cutané.

« Cette expérience veut déjà prendre sa place à côté des travaux supérieurs entrepris sur ce sujet depuis Hippocrate jusqu'à nos jours , et plus particulièrement par Sanctorius, Gorter, Haller, Haies, Keil, Riegels, Rye, Lining, Robinson, Crawford , Blagden, Lavoisier et Séguin, Chaussier, Delaroche et Berger, Ânsélino , de Blainville , Magendie , Edwards, et autresce À la suite de tous ces travaux, l'expérience de M. Fourcault conserve un vrai caractère d'originalité. En vain voudrait-on la rapprocher, par exemple, de l'expérience à l'aide de laquelle Lavoisier et Séguin cherchaient de concert , en 1789, à recueillir séparément les produits de la transpiration cutanée et les produits de la transpiration pulmonaire. Voici de quelle manière Lavoisier et Séguin rendaient compte de leur expérience devant l'Académie des sciences :

« Un habillement de taffetas, enduit de gomme « élastique, qui ne laisse pénétrer ni l'air, ni l'humi- « dite, nous aservi à séparer tous les phénomènes de « la transpiration cutanée et ceux de la respiration. « L'un de nous entrait dans cette espèce de vêtement, «fermé par-dessus la tète au moyen d'une forte « ligature. Un tuyau qui s'adaptait à la bouche et «qui se mastiquait sur la peau, de manière à ne «■ laisser échapper aucune portion d'air, lui donnait

« la liberté de respirer. Tout ce qui appartenait à la « respiration se passait, par ce moyen, en dehors de « l'appareil ; et tout ce qui appartenait à la transpi- « ration cutanée se passait en dedans.»

« Il ne faudrait pas non plus assimiler à l'expérience de M. Fourcault la pensée à peine exprimée parMM.Delarocheet Berger dansleursbellesetleurs courageuses expériences concernant les effets d'une forte chaleur sur l'économie animale. Delaroche et Berger eurent , il est vrai, l'idée d'enduire leur propre corps d'un vernis pour empêcher Févaporation a la surface de la peau , et arriver ainsi à découvrir la cause a laquelle tient la faculté qu'ont les animaux de produire du froid. Mais, dans le g ranci travail de MM. Delaroche et Berger, l'expérience n'est pour ainsi dire qu'indiquée. Les ailleurs se sont contentés de la mentionner et de la consigner seulement en note dans leur mémorable dissertation.

« L'expérience de M. Fourcault est donc neuve autant qu'elle est importante. En la signalant de la sorte aux expérimentateurs, l'Académie, nous l'espérons, aura aussi servi la science.

« C'est par l'ensemble de ces considérations que la commission justifie la demande de deux mille francs, à titre de récompense , en faveur de M. le docteur Fourcault. »

On voit que l'illustre Académie qui a adopté ce rapport , a apprécié l'importance de la méthode

expérimentale que j'ai suivie dans mes recherches; mais elle n'a pas cru devoir donner son approbation aux résultats que j'avais obtenus de l'application de cette méthode. Cependant , j'avais prouvé que l'altération du sang et des lésions locales manifestes succèdent constamment à la suppression mécanique de l'exhalation cutanée. J'avais aussi constaté, dans ces expériences , les rapports de la suspension des fonctions de la peau avec les autres sécrétions; ainsi, j'avais établi que, lorsque l'exhalation cutanée est supprimée par l'action mécanique des enduits, les membranes muqueuses sont souvent affectées, qu'il s'établit parfois des flux muqueux abondants sur la membrane pituitaire et dans les intestins : chez; un cheval, par exemple, qui est mort après avoir été enduit d'une substance agglutinative, il s'est manifesté un écoulement abondant par le nez, et son sang, examiné par M. le vétérinaire Leblanc et par moi, offrait quelque analogie avec le sang des animaux atteints de la morve; chez plusieurs moutons, les mêmes enduits ont déterminé le coryza le plus intense, et la membrane muqueuse des fosses nasales, examinée après la mort de ces animaux, a offert les caractères anatomiques de l'inflammation ; la macération et le lavage ne pouvaient enlever la rougeur intense des tissus affectés : enfin, chez les lapins, et même chez les chiens, le dévoiement était assez fréquemment le résultat de la suspension des fonctions cutanées, et on retrouvait dans la membrane muqueuse des intestins cette rougeur, parfois cet

épaississement, ces injections qui caractérisent l'inflammation ; chez quelques chiens, le foie était tuméfié, ramolli, et offrait un engorgement sanguin évident.

De semblables résultats ont déjà, ce me semble, quelque valeur; ils indiquent les rapports physiologiques de la peau avec les membranes muqueuses, et ils montrent assez positivement l'influence de la suppression toute mécanique de la transpiration cutanée sur la production des flux muqueux, et sur le développement des lésions locales attribuées à l'inflammation. On voit ici se former ces lésions et ces flux sans le concours de l'action nerveuse et des sympathies; ici, il est évident que l'altération du sang et des liquides a l'initiative dans le développement des maladies qui amènent la mort des animaux en expérience.

Mais les membranes muqueuses n'étaient pas les seules parties affectées à la suite de la suppression artificielle de la transpiration insensible ; on voyait aussi se produire des épanchements séreux dans le péricarde et même entre les plèvres; ces épanchements annoncent donc aussi positivement que les hydropisiesse forment de la même manière que les flux muqueux. Plusieurs chiens moururent atteints de paraplégie, et ne pouvaient se traîner que sur les pattes de devant; quelques-uns moururent dans le marasme, et offrirent dans les poumons des tubercules miliaires qui me parurent récemment formées, vu leur blancheur et leur mollesse. Jl était donc déjà impossible de révoquer en doute, je

dois le répéter, l'influence de la suppression artificielle de la transpiration insensible sur les altérations du sang, sur les flux muqueux, séreux, et enfin sur le développement des lésions locales.

Mais les résultats de ces expériences diffèrent entièrement, suivant que les enduits sont partiels ou généraux, qu'ils suspendent incomplètement ou complètement les fonctions de la peau; dans le premier cas, l'altération du sang n'est point portée jusqu'à la dissolution de ses éléments organiques; il peut se concréter et offrir, bien que dans des cas rares, une couenne légère, blanche et peu consistante, ayant quelque analogie avec la couenne inflammatoire. Quant aux tissus affectés, ils m'ont paru offrir les caractères anatomiques qui décèlent les suites d'une inflammation locale.

Mais lorsque des enduits généraux, très-agglutinatifs, suppriment rapidement l'exhalation cutanée et s'opposent, par conséquent, à l'action de l'air sur la peau , la mort arrive beaucoup plus rapidement, et elle paraît être le résultat d'une véritable asphyxie. La respiration des animaux en expérience est difficile, très-laborieuse; ils font de grandes inspirations, afin d'absorber une quantité plus considérable d'air que dans Tétat ordinaire; cette mort est violente et s'accompagne souvent de mouvements convulsifs. A l'ouverture du corps, on trouve dans les veines et dans les cavités droites du cœur, moins souvent dans les cavités gauches, et très-rarement dans les artères, un sang noir,

dissous , formant parfois des caillots mous, diffluents, et se coagulant difficilement au contact de l'air. Cette dissolution du sang favorise la formation de vastes ecchymoses, des épanchements dans les poumons et dans d'autres organes; les vaisseaux capillaires sont généralement injectés; on voit que l'altération de ce liquide a été la véritable cause de l'arrêt de la circulation dans cet ordre de vaisseaux.

Mais cet obstacle mécanique à la circulation du sang dans les vaisseaux capillaires est encore démontré par un phénomène digne de fixer l'attention des physiologistes, et qui peut être considéré comme une découverte de quelque valeur. Lorsque les enduits ne recouvrent que la moitié latérale, antérieure ou postérieure du tronc, alors les vaisseaux capillaires qui rampent à la surface intenie de la peau de ces parties, sont distendus par un sang noir, fluide, qui présente au maximum les propriétés du sang veineux; tandis que ces vaisseaux, à la face interne des parties de la peau qui n'ont point été enduites, contiennent du sang rouge et en moins grande quantité. Une ligne assez tranchée de démarcation peut s'observer entre ces deux

régions.

J'ai remarqué ce phénomène chez les mammifères, chez les oiseaux qui ont été soumis à mes expériences, et chez les grenouilles que j'ai plongées dans l'huile, en les suspendant par les pattes dans ce liquide jusqu'à la moitié du corps. D'après les expériences de Spallanzani et d'Edwards, on verra

dans la couleur noire du sang, aux surfaces de la peau qui sont privées du contact de l'air, un phénomène d'asphyxie dépendant d'un défaut d'oxygénation de ce liquide; mais l'ensemble des faits exposés dans ce travail atteste que l'on doit rapporter ce phénomène, chez les grenouilles, comme chez les mammifères et les oiseaux, à l'arrêt de la transpiration , au refoulement dans les vaisseaux des éléments liquides et gazeux superflus, qui sont éliminés par la peau.

Depuis que ces premières expériences ont été tentées, j'ai cherché à priver la peau du contact de l'atmosphère, en plaçant des animaux dans un appareil où j'ai cherché à opérer le vide, en favorisant l'accès de l'air dans les poumons; niais cette tentative eut pour résultat de déterminer la mort prompte de ces animaux, par suite de la rupture de l'équilibre qui existe entre la pression atmosphérique et la réaction proportionnelle qui a lieu du dedans ou dehors. A l'instant où le vide s'opéra dans cette nouvelle machine pneumatique, les lapins soumis à ces expériences succombèrent rapidement; l'air s'introduisant subitement dans les poumons et surtout dans les voies digestives, l'estomac acquit un volume très-considérable , la partie supérieure de l'intestin grêle était également distendue, l'air s'était épanché dans le tissu cellulaire, le ventre des animaux était distendu et ballonné.

Ne pouvant décider, par cette tentative, l'importante question de savoir si la peau respire chez

l'homme elles animaux supérieurs, j entrepris une nouvelle série d'expériences, en commun avec M. Baudrimont,au moyen d'appareils à courants et de tubes condensateurs, qui permettaient de ne rien laisser échapper mous avons acquis la conviction, par un nombre assez considérable d'expériences, et chez trois sujets différents, que la peau de l'avant-bras,dans l'espaced'uneheureet demie,n'émet point de gaz carbonique, ou qu'elle n'en donne que des traces insignifiantes. Il résulte également d'une autre série d'expériences, que l'air, soumis à l'action delà peau intacte, ne subit aucune variation dans son volume, dans le même espace de temps. Comme la peau n'émet pas de gaz carbonique , il est évident qu'elle n'absorbe pas d'oxygène , à moins qu'elle n'émette un volume d'azote égal au volume d'oxygène absorbé; ce qui ne peut être, car l'air analysé avant et après l'expérience, a été trouvé avec la même composition. Depuis plus d'un an que ces expériences sont terminées, nous avons fait disposer des appareils pour opérer sur une plus grande surface, même sur le corps tout entier; mais le temps ne nous a pas permis de continuer ces recherches.

D'après ces résultats et ceux que j'ai obtenus de mes propres expériences, on ne peut admettre que la peau de l'homme et des animaux supérieurs absorbe assez d'oxygène pour contribuer à l'hématose. J'ai plongé des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des poissons, les uns dans de l'eau aérée, et les autres dans de l'eau privée d'air par l'ébullition,

SUR LES FONCTIONS DE LA PEAU. î<>7

et je n'ai point trouvé une notable différence dans la durée de la vie des animaux soumis à ces expériences variées. Je pense que ces résultats sont concluants. D'ailleurs, on a examiné les propriétés physiques et chimiques du sang veineux qui vient de toutes les parties , et elles n'ont point offert de différences appréciables; on n'a pas vu que le sang veineux qui sort des veines crurales et axillaires contînt plus d'oxygène et fût plus rouge que le sang des jugulaires internes ou des autres veines qui rapportent le sang des parties qui ne sont point en contact avec l'atmosphère. Quant au sang de la veine porte, sa couleur très-noire et ses autres propriétés doivent être attribuées à un mouvement moins rapide et aux usages particuliers auxquels il est destiné.

Si en effet le tégument externe des animaux supérieurs, dans son état d'intégrité, n'absorbe point d'oxygène , et ne dégage que des quantités impondérables de gaz acide carbonique i on sera forcé d'admettre queles phénomènes d'asphyxieque je détermine à volonté, en couvrant la peau des animaux d'une couche imperméable, dépendent entièrement delà suppression de la transpiration insensible. Dans l'asphyxie pulmonaire, dans celle des insectes qui respirent véritablement par la peau, la mort arrive par un défaut d'oxygénation du sang; tandis que dans l'asphyxie cutanée , chez les animaux supérieurs, le sang ne pouvant se débarrasser de ses principes nuisibles, de ses éléments excrémentiels, acquiert f au maximum les propriétés débilitantes

et réfrigérantes du sang veineux ; alors il ne peut entretenir pendant longtemps l'action nerveuse, il s'arrête dans les vaisseaux capillaires; étant trèsfluide 7 il s'épanche dans les tissus , et devient ainsi impropre au maintien de la vie. Bientôt, en comparant l'asphyxie cutanée avec le choléra asiatique, dans lequel le phénomène de la cyanose se présente, on verra une première application des résultats de mes expériences à la théorie des maladies aiguës.

Il est essentiel de dire que l'homme, comme les animaux, succombe à l'asphyxie cutanée, lorsque son corps est couvert d'enduits imperméables. J'exposerai dans un autre travail les résultats de mes recherches sous ce rapport, et des faits, qui sont encore du domaine de l'histoire, rentreront dans celui de la médecine. Ainsi, à Florence, lors de l'élévation de Léon X au pontificat, on voulut représenter l'âge d'or en dorant tout le corps d'un enfant, et ce malheureux a bientôt succombé à cette expérience physiologique d'un nouveau genre. J'ai doré, argenté, étamé la peau de plusieurs cochons d'Inde, et ils sont morts comme l'enfant de Florence.

Après avoir examiné l'effet de la perspi ration cutanée dans la production des altérations du sang et des lésions locales qui en sont la suite , il me reste à examiner les effets de cette suppression sur le développement de la chaleur animale et sur l'altération de l'urine. Pendant mon voyage en Italie, MM. Breschet et Becquerel 7 en suivant la

méthode expérimentale que j'ai introduite en physiologie, ont obtenu, relativement au premier phénomène, des résultats curieux, qu'ils ont communiqués h l'Académie des sciences *. A mon retour en France, je complétai, ainsi qu'on va le voir, le travail important de ces deux célèbres expérimentateurs. Je vais d'abord rapporter les passages les plus remarquables de leur Mémoire.

« JNous avons tâché de découvrir la cause de la mort plus ou moins prompte à laquelle succombaient les animaux à sang chaud, que M. le docteur Fourcault soumet à ses expériences. Ce médecin a montré que lorsque la peau de quelques mammifères ( les chiens, les moutons, les chevaux, etc.) a été mise à nu par la tonte du poil, et qu'elle a été recouverte d'un enduit qui s'oppose à la transpiration, ils ne tardent pas à mourir. Il était important de déterminer les variations de la température qui survenaient chez ces animaux depuis l'instant de l'application de l'enduit jusqu'à la mort.

« Un premier lapin a été préparé comme il a été dit précédemment; le poil néanmoins n'avait pas été coupé très-ras , et la température de l'animai avait été trouvée d'environ 38°. Dès que l'enduit fut sec, ce qui eut lieu au bout d'une demi-heure, on ne trouva plus que 3a0 de chaleur; au bout d'une heure, la température des mêmes parties étail descendue à a4° 6, alors l'opération fut interrompue.

1 Comptas-rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, tome XIII, p. 791.

« Nous recommençâmes la même expérience sur un autre lapin avec beaucoup plus de soin , c'està-dire doilt le poil avait été rasé très-près; on laissa sécher pendant une heure et demie l'enduit qui recouvrait tout le corps. Ce temps écoulé, on trouva que la température des cuisses n'était que de 3o° seulement supérieure à celle du milieu ambiant, qui était ce jour-là de 170. Dès lors la température de l'animal avait décidément baissé de 180: une beure et demie après, l'animal mourut.

« N 'est-il pas naturel de conclure de ces expériences qu'un lapin rasé et couvert d'un enduit imperméable succombe bientôt, et que la mort arrive par le prompt abaissement de la température?... Ces résultats nous ont paru mériter quelque attention de la part de l'Académie, car ces nouveaux faits peuvent conduire à des applications, en médecine, sous le rapport de la pathologie, comme aussi sous celui de l'hygiène. »

Les expériences dont les résultats vont être rapportés prouvent que c'est dans le réseau capillaire extérieur que se développe la chaleur animale; les grandes anomalies qui sont le résultat de la suppression mécanique de l'exhalation cutanée s'opèrent dans le torrent de la circulation.

.l'ai cherché à produire ces anomalies, soit en recouvrant la peau d'enduits imperméables, soit en exposant les animaux au froid et à l'humidité, en les plongeant jusqu'au cou dans des bains d'eau et dans des bains d'huile à diverses températures. C'est ainsi que je pouvais réaliser l'espérance de

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découvrir une des causes les plus puissantes des grandes perturbations organiques que l'on observe dans les lieux humides etmarécageux. Au moyen de ces expériences, je pus, en effet, acquérir la certitude que le refroidissement du corps de l'homme s'opère d'autant plus rapidement que l'air froid est chargé d'une plus grande quantité d'eau : cette loi doit être attribuée à la propriété éminemment conductrice de ce liquide, comparé à l'air qui en est privé.

Avant de recouvrir les cochons d'Inde, qui sont si sensibles au froid, d'enduits imperméables à l'air et à la transpiration, il me suffisait de les placer dans des lieux humides et froids, pour voir s'abaisser de plusieurs degrés leur température intérieure; j'ai observé le même effet chez les lapins que j'avais tondus et chez les oiseaux que j'avais déplumés. Dans ces conditions, l'abaissement de la température et la suppression de la transpiration finissaient par déterminer des accidents graves et la mort de ces animaux, si on ne les soumettait promptement a l'action d'un air sec et chaud. Les jeunes enfants sont comme les petits de ces animaux, ils succombent promptement par l'effet des mémos causes.

Des lapins bien tondus furent couverts d'une couche de dextrine , d'autres d'une couche de terre argileuse, et, depuis le moment où ces enduits finirent par se dessécher, jusqu'à celui de la mort, on voyait baisser graduellement leur température intérieure; cet abaissement pouvait al-

teindre la limite inférieure de i5, 18. o.o degrés centigr. de température, sans que pour cela l'animal mourût inévitablement : bien qu'il eût perdu près de la moitié de sa température ordinaire, il pouvait encore être rappelé a !a vie. Pour obtenir cet effet, il suffisait souvent d'enlever la couche qui adhérait a la peau, et de soumettre l'animal à une chaleur rayonnante de âo à 3o°. Alors on voyait s'élever graduellement la température intérieure et les forces se développer. Le thermomètre introduit dans l'anus était devenu, entre mes mains, un véritable dynamomètre.

Dans cette circonstance, on constate l'influence du calorique sur le rétablissement de la perspiration cutanée, de la température organique et des forces. Les applications de la physiologie expérimentale à la médecine sont évidentes. On voit la nécessité d'exciter la peau des asphyxiés au moyen de la chaleur et même de courants d'air dirigés à sa surface par l'action d'un ventilateur. Dans l'asphyxie cutanée le même moyen pourrait être mis en usage; et dans Je cas où le corps de l'homme aurait été enfoncé dans de la vase, ou enduit de substances imperméables, ou voit la nécessité de le débarrasser promptement del'enduitqui s'opposerait mécaniquement à la transpiration. Ce cas s'est déjà présenté, et plusieurs fois on a appliqué sur la peau des pommades, ou de larges emplâtres quiont produit des accidents graves dont on a ignoré l'origine. On voit enfin la nécessité de préserver la surface cutanée du plus léger refroidissement, au moment où

les sueurs critiques s'opèrent. La physiologie expérimentale confirme donc encore ici les résultats de l'expérience.

Aiin de mieux connaîre les effets physiologiques d«i froid et de l'humidité, je plongeai des lapins, des cochons d'Inde, des chats, des oiseaux et même des canards dans l'eau, dans l'huile, ayant i5 à ao° de température, et ils sont morts dans les hains que je leur ai préparés : dans ces bains où ils étaient entièrement immergés, ils pouvaient respirer librement et se livrer à divers mouvements; ils mouraient donc dans un milieu dont la température avait plus de io° au-dessus de l'air qui les environne en hiver, sans que leur chaleur éprouve une diminution notable. Les bains d'huile et les bains d'eau à la même température ne sont pas également funestes aux animaux; ils vivent beaucoup plus longtemps dans les premiers que dans les derniers. Les canards subissent le même sort, et ils meurent au bout de huit ou neuf heures d'immersion dans l'eau, tandis qu'ils peuvent vivre plusieurs jours dans l'huile; ils succombent en général d'autant plus promplement que la température du liquide est plus basse. L'eau devient donc un conducteur au moyen duquel la chaleur animale se porte facilement à l'extérieur ; l'air saturé d'humidité jouit à un moindre degré de la même propriété; enfin l'air sec, le plus mauvais conducteur, est aussi celui dont l'aclion est la plus favorable à la conservation de la température organique, des forces et de la santé. Mais dans l'eau, la gravité

des accidents et la promptitude de la mort sont aussi le résultat de l'absorption de ce liquide par la peau, et de son introduction dans les voies circulatoires. Souvent des oiseaux, avant d'expirer, rendent une assez grande quantité d'eau claire et limpide par le bec, et chez un lapin j'ai trouvé environ deux grammes de ce liquide dans le tissu cellulaire des aines. D'ailleurs,la chair de ces animaux est blafarde et sans saveur, lors même qu'ils ont été retirés de l'eau avant leur mort. L'absorption de l'eau par la peau est donc démontrée par l'observation directe; il est facile de voir pourquoi certains animaux redoutent le contact prolongé de l'eau et succombent promptement dans les lieux humides.

Dans les bains d'huile, la vie des animaux se prolonge plusieurs jours; mais, après une longue immersion ; ils finissent par succomber, lorsqu'on les retire de ces bains avant l'épuisement de leurs forces. Dans les bainsd'eau, ils peuvent être souvent rappelés à la vie, lors même qu'ils sont près de succomber; il suffit de les essuyer avec des linges secs et chauds en les exposant à une température élevée; celle de l'intérieur du corps s'abaisse graduellement et avec plus ou moins de rapidité, de i5 ou uo° , suivant la température de l'eau. La mort arrive souvent chez les oiseaux avant que leur température ait atteint le premier degré d'abaissement, et chezlesmammifèresquej'ai soumis à ces expériences, avant qu'elle ait atteint le dernier.

Dans les bains d'huile, le refroidissement s'opère

plus lentement, et la mort est plutôt le résultat de la suppression de la transpiration que l'effet de la soustraction du calorique. Aussi , en ouvrant le corps des animaux qui avaient succombé à la suite de ces bains, je trouvai une altération du sang et des lésions locales analogues à celles que l'on observe chez ceux qui périssent étant couverts d'enduits de diverses natures. Les grenouilles suspendues dans ce liquide, et auxquelles la facilité de respirer est laissée, éprouvent, comme je l'ai dit, le même sort, et leur peau est le siège d'une congestion sanguine remarquable, produite au moins en partie par l'arrêt de la transpiration. Il importe de remarquer que les grenouilles vivent très-longtemps, et peut-être indéfiniment dans l'eau privée par l'ébuliition de l'air qu'elle contient; tandis que dans des substances épaisses et agglutinatives, qui suppriment la transpiration , elles meurent assez promptement, en offrant des signes de malaise et de souffrance. Ces expériences tendraient à infirmer celles de Spallanzani et d'Edwards, touchant les fonctions respiratoires de la peau desbatraciens. De nouvelles recherches achèveront de jeter de la clarté sur cette partie de la physiologie.

D'après ces expériences, on voit que la suppression complète delà transpiration insensible détermine une collection de phénomènes remarquables, qui caralérisent une maladie grave à laquelle je donne le nom û (isp/ijxie culancc. Chez les insectes elle est bien connue. On sait quel est le résultat de l'occlusion de leurs hachées, el par conséquent

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