CHAPITRE I
Des tempéraments.
L'étude des tempéraments est indispensable aux hommes qui veulent connaître l'influence des causes extérieures sur la formation et la marche des maladies. Elle est utile à ceux qui cherchent à modifier cette influence, afin de prévenir la rupture de l'équilibre des mouvements organiques qui constitue la sanlé. Déjà, par lui-même, le tempérament indique un état de disproportion entre les solides et les fluides, un défaut d'équilibre entre les organes chargés des plus importantes fonctions de la vie; et par une déduction fort simple, il en résulte que les personnes ayant un tempérament bien prononcé sont prédisposées à des maladies dont le développement est plus lent et plus rare
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chez les sujets qui n'ont point la même organisation.
On a improprement donné ce nom aux prédominances originelles ou acquises que l'homme présente dans quelques parties essentielles de son organisation et dans ses penchants. Les doctrines qui montrent les causes et les rapports de ces dispositions naturelles ne sont pas uniformes. Les anciens , dont l'esprit méditatif cherchait à systématiser toute la nature, dit Cabanis, avaient cru voir dans le corps humain quatre humeurs primitives, du mélange desquelles naissent toutes les autres, et qui, parleur dominance respective, constituent autant de tempéraments. Le sang, la bile, la lymphe, et l'atrabile, dont on a reconnu depuis la non-existence, ont donc joué un rôle important dans la formation des types fondamentaux admis par les anciens. Les modernes, en suivant les mêmes vues, ont senti l'insuffisance de cette doclrine; ils ont accordé une influence aux organes qui contiennent ou qui sécrètent ces humeurs : ainsi , !a prépondérance du cœur, des vaisseaux, l'abondance du sang ont formé les caractères organiques des sanguins; le développement du foie et l'activité de la bile ont été considérés comme la cause de l'énergie, des dispositions intellectuelles et morales des bilieux; l'apathie des lymphatiques a été attribuée à la dominance des vaisseaux et des tissus où circule la lymphe, ainsi qu'à l'abondance de celte humeur; enfin les mélancoliques doivent leur penchant à la tristesse et
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à la méditation à de prétendus embarras de la veine-porte, à des spasmes morbides des plexus solaires. La doctrine des modernes est donc un mélange de solidisme et d'humorisme. Ils ont ajouté deux tempéraments à ceux dont les anciens ont tracé les caractères : le système nerveux et l'appareil musculaire ont constitué deux types nouveaux par leur prédominance ou leur activité.
Cette classification est évidemment incomplète; elle n'embrasse qu'une partie des formes et des dispositions organiques qui constituent les tempéraments; elle est d'ailleurs vicieuse, en ce qu'elle attribue à des appareils chargés de fonctions spéciales, comme le foie et le système circulatoire, des actions et des phénomènes qui ne peuvent être rapportés qu'au cerveau et au système nerveux. Suivant Cabanis, les sanguins sont inconstants et frivoles; suivant d'autres, ils ne peuvent atteindre, par lu méditation, aux vérités les plus sublimes. Les bilieux, d'après les mêmes auteurs, ont des mouvements brusques et impétueux , des affections absolues et exclusives, une volonté inébranlable, un développement remarquable des facultés intellectuelles et des qualités morales. Il est évident que la fonction spéciale du foie, la seule même que la physiologie positive ait constatée, est relative aux sécrétions. On ne peut donc assigner, aujourd'hui un autre rôle au principal viscère de l'estomac, sans sortir de la voie expérimentale. Il peut sans dotite exister un rapport inconnu entre la couleur jaunâtre de la peau, l'activité latente du
foie et l'énergie considérable du système nerveux, sans qu'on puisse attribuer au premier des phénomènes qui sont évidemment dus à l'action du cerveau. C'est en définitive aux fonctions de cet organe que Ton doit rapporter la manifestation des facultés intellectuelles et des qualités morales.
Dans la série animale, leur développement est rigoureusement subordonné à celui des différentes parties du cerveau , et non en raison du volume du foie et de la quantité de bile qu'il sécrète.
Les formes extérieures de l'homme sont variables et affectent des nuances infinies : les types fondamentaux se présentent rarement , dans la nature, avec tous les attributs qui les distinguent dans nos classifications artificielles. Une foule d'hommes restent en dehors de ces classifications et n'ont pas de tempérament, dans l'acception vicieuse donnée à ce mot; car, chez eux, aucun appareil ne parait prédominer d'une manière remarquable. Le nom ridicule de tempérament tempéré a été donné h cette disposition organique. La dominance du système nerveux, celle du système sanguin, la surabondance de la lymphe du système cellulaire, élément primordial de l'organisation, donnent lieu en réalité aux quatre types fondamentaux dont les autres tempéraments ne sont que des nuances intermédiaires. Cependant, ces nuances méritent d'être mentionnées et d'être décrites; il est intéressant de savoir quelles formes diverses revêt la constitution de l'homme, et les relations qu'elles peuvent avoir avec ses passions, son intelligence et ses pen-
chants. En étudiant attentivement ces formes variées, j'ai reconnu les attributs caractéristiques de dix tempéraments, dont voici la nomenclature : i° le ne/veux; i° le sanguin; 3° le cellulaire; 4° fe lymphatique; 5° X adipeux; 6° le scié/ eux; 70 le muscula ire; 8° le gastro-limique ou famélique; 90 le gastro-pathique ou mélancolique; io° Y erotique ou génital.
«le me bornerai, dans ce travail, à esquisser les plus marquants de ces types, en priant le lecteur qui serait curieux de connaître la description des types secondaires que j'ai admis, de se reporter à une encyclopédie moderne fort savante et fort répandue, dans laquelle cette description a été publiée1 .
I. Tempérament ne/veux. Le système nerveux est le moteur des organes et le régulateur de leurs fonctions; c'est l'homme intérieur, c'est l'animal même caché sous des enveloppes organisées : sans son action, la vie s'éteint et les autres appareils ne forment plus que des masses inertes. Ce système présente trois divisions principales : la première est consacée aux fonctions de la vie animale ou de relation, la seconde à celles de la vie organique ou intérieure, et la dernière à la vie de l'espèce. Mais cette partie du système sensitif et moteur forme, par sa prédominance ou son activité, un tempérament particulier, déjà désigné sous le nom d'erotique ou de génital.
1 Dictionnaire de la conversation et de la lecture. Article Tempérament.
Les modernes, en négligeant ces divisions, n'ont pu tracer les caractères du tempérament nerveux avec précision; pour eux, il n'est que le développement de la sensibilité physique, ou l'activité considérable de cette partie du système excitateur destiné aux sensations. Cependant, on peut accorder aussi la même dénomination à l'énergie de l'appareil du mouvement volontaire, en un mot à la force physique, quand elle n'est pas accompagnée du développement considérable des muscles. Les femmes ^t les enfants offrent particulièrement la première nuance du tempérament nerveux, ainsi que beaucoup d'habitants des contrées méridionales; les hommes, surtout ceux que l'on a classés parmi les bilieux, se distinguent par cette énergie, indiquant la prépondérance des nerfs du mouvement sur ceux de la sensibilité. Cependant, ces deux nuances peuvent se confondre et former le véritable type du tempérament nerveux.
Il est important de remarquer que les personnes qui en présentent tous les attributs n'ont pas toujours les viscères excitables; souvent même il s'en rencontre qui peuvent prendre impunément des doses assez considérables de remèdes excitants sans provoquer un trouble notable dans les fonctions digestives : chez elles, l'irritation organique ne développe que des phénomènes nerveux et ne peut déterminer la fièvre. On trouve au contraire une vive excitabilité des organes intérieurs chez des individus offrant les caractères extérieurs des lymphatiques : les irritations de ces organes provoquent
facilement le trouble de leurs fonctions, et un mouvement fébrile très-prononcé. Ou peutdireque, dans ce cas, la sensibilité se comporte à la manière d'un fluide, dont la quantité totale est déterminée, suivant l'expression de Cabanis : il est d'autant plus abondant dans certains canaux qu'il diminue proportionnellement dans d'autres. Cette pensée n'est pas seulement une comparaison, mais elle indique un fait physiologique.
Le tempérament nerveux proprement dit résulte donc du développement ou de l'activité considérable du système nerveux de la vie de relation : les deux nuances fort distinctes qu'il présente peuvent se mêler, ou exister isolément chez une foule d'individus. Le développement ou la dominance de l'appareil du mouvement est caractérisé par une énergie extrême de la force motrice : elle donne aux hommes qui en sont doués la faculté de se livrer à des travaux physiques soutenus et à tous les exercices du corps. S'ils sont moins forts que les athlètes, ils sont plus souples, plus agiles, et peuvent plus facilement résister aux fatigues de la guerre. Le courage est très-souvent un don que la nature leur accorde; souvent aussi ils sont doués dune imagination vive et de passions véhémentes. Tantôt ils s'offrent à nos yeux avec les caractères extérieurs du tempérament sanguin; d'autres fois ils se présentent avec les cheveux noirs, la figure expressive et la couleur un peu jaunâtre de la peau, attributs du prétendu lempéiament bilieux; quelques-uns enfin peuvent
revêtir les formes trompeuses des lymphatiques, des cellulaires ou des adipeux.
La prédominance de l'appareil nerveux des sensations s'observe plus particulièrement dans les grandes villes et chez les peuples civilisés. La culture des lettres et des beaux-arts tend sans cesse à exciter cet appareil, et avec lui la sensibilité physique et morale. Qui ne connaît, sous ce rapport, les effets de la musique, des spectacles, des commotions politiques, d'une existence sans cesse agitée par les passions? Mais la femme est l'être le plus sensible; son éducation tend à accroître les dispositions de la nature : le repos, le travail intellectuel, la solitude, la lecture des ouvrages qui exaltent l'imagination, augmentent la mobilité du système nerveux. De là ces orages de la vie morale, ces affections nerveuses, si fréquentes dans les grandes cités, ces désordres de l'intelligence et les calamités qui en sont le résultat. Une sensibilité exquise est donc le caractère le plus saillant des personnes nerveuses, quelles que soient les formes qu'elle présente. La villageoise adonnée à des travaux physiques n'a point cette vie agitée; elle n'éprouve ni les mêmes émotions, ni les mêmes voluptés, ni les mêmes dégoûts, ni les mêmes douleurs : sa sensibilité est épuisée, ou au moins considérablement diminuée par l'exercice et le travail. L'oisiveté, la solitude, la vie contemplative, ont des effets absolument opposés.
Le développement remarquable de l'intelligence et l'activité des passions distinguent bien des hom-
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mes, dont la constitution générale est celle des sanguins, des cellulaires, des lymphatiques ou des scléreux. Un corps débile renferme parfois l'intelligence la plus distinguée; mais cependant la force physique n'est pas toujours en opposition avec les facultés les plus nobles et les plus élevées : tous les faits attestent que ces sublimes facultés dépendent de l'organisation cérébrale. L'homme est un être nécessairement imparfait; rarement tous les centres nerveux jouissent d'une égale activité; rarement il possède celte organisation forte et harmonique, cette activité de toutes les facultés, cette puissance de tous les mouvements : il ne présente ordinairement que des prédominances partielles que chacun peut étudier, et que le médecin doit indiquer avec soin dans ses observations.
II. Tempérament sanguin. Après le système nerveux, l'appareil sanguin joue le plus grand rôle dans l'économie animale, car le mouvement vital est déterminé par leur action intime et réciproque. Tous les auteurs ont considéré le type fondamental qui résulte de cet appareil comme la condition physique la plus favorable à la santé et au bonheur; mais les tableaux, qu'ils ont embellis, ne sont pas toujours conformes aux réalités de l'expérience, et n'offrent que d'agréables fictions. La santé résulte de l'équilibre qui doit exister entre les solides et les liquides organiques, et la prédominance du système sanguin indique déjà une tendance à la rupture de cet équilibre. Il suffirait de tracer l'histoire de ces maladies, suivant les âges, pour ac-
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quérir la conviction que l'abondance du sang est une des conditions organiques les plus préjudiciables à la santé. Hippocrale remarque que le dernier degré de force athlétique touche de près à la maladie; celte vérité est surtout applicable, comme on le verra bientôt, à la constitution éminemment sanguine.
Cependant, dans le jeune âge, cette disposition organique annonce la force et coïncide avec le développement de tous les appareils. On ne l'observe guère que vers le temps de la puberté ; elle s'accroît ensuite dans les âges suivants; elle parvient enfin à son maximum de développement de quarante à cinquante ans, pour décliner jusqu'à la vieillesse; à cette époque, les prédominances organiques cessent ou diminuent, les sexes mêmes perdent une partie de leurs attributs, et se rapprochent par l'uniformité de leurs goûts, par la tiédeur de leurs désirs, par la lenteur de leurs mouvements et de leurs sensations.
Les caractères physiques et moraux que Cabanis et d'autres médecins modernes ont attribués au tempérament sanguin , a l'exemple des anciens, sont en partie ceux du jeune âge, et il suffira de les tracer pour acquérir la preuve de cette vérité : « Les anciens avaient vu , dit ce médecin philosophe, que les hommes d'une taille et d'un embonpoint médiocres, avec des membres bien proportionnés, des yeux vifs, des cheveux châtains, une peau souple et molle, un pouls ondoyant et facile, des mouvements libres, lestes et déterminés, mais sans vio-
lence, jouissent dans les opérations intérieures de leur esprit de la même aisance et de la même liberté; que leurs affections, aimables et riantes, comme leur physionomie, en font des hommes de plaisir et d'un commerce agréable. » Plus loin il ajoute : « Leurs maladies morales, leurs passions, leurs chagrins, n'ont pas de racines profondes; leurs passions sont vives, instantanées, parfois impétueuses, mais bientôt elles s'apaisent et elles s'éteignent... Ils sont propres aux travaux d'imagination; mais tout ce qui exige une grande force et une forte méditation, beaucoup de soin et d'opiniâtreté, ne saurait leur convenir : ils en sont entièrement incapables. »
Tel est le tableau agréable, mais en partie imaginaire qu'a fait Cabanis du tempérament sanguin; on voit qu'il confond, avec ses maîtres et ses disciples, quelques traits propres à la prédominance du système vasculaire, avec les attributs généraux du jeune âge et les actions que l'on doit rapporter à l'heureuse organisation du cerveau. C'est ainsi que les auteurs se copient les uns les autres et se livrent aux écarts de leur imagination, au lieu d'étudier la nature.
Le sanguin peut être d'une taille grande, moyenne ou petite, avoir les cheveux châtains, les sourcils noirs ou de toute autre couleur; il peut être gros, maigre, ou avoir un embonpoint médiocre : toutes ces formes extérieures sont trompeuses. L'homme dont la constitution n'est pas accidentellement sanguine a la poitrine large, le teint habituellement
coloré, les veines saillantes, lorsqu'il n'est pas surchargé d'embonpoint; les mouvements du cœur sont énergiques, le pouls est presque toujours fort et développé ; il est parfois sujet aux hémorrhagies, aux élourdissements, aux pesanteurs de tête, et a souvent besoin d'émissions sanguines. Tels sont les caractères de ce tempérament. Mais on trouve d'autres individus dont la constitution est faible, dont le teint est pâle, dont la poitrine, les vaisseaux et les muscles sont peu développés, et qui présentent cependant, à des périodes plus ou moins rapprochées, des signes de pléthore, des hémorrhagies, des congestions, exigeant l'emploi des mêmes moyens. On ne peut confondre ces dispositions morbides avec les caractères qui distinguent la constitution des sanguins a l'état normal; car chez eux les poumons et les vaisseaux sont non-seulement très-développés, mais le fluide qui y circule est épais, concrescible, riche en fibrine et surtout en globules. Une semblable organisation décèle la force.
Mais souvent les apparences extérieures attribuées aux sanguins cachent la faiblesse radicale du tempérament lymphatique. Un teint fleuri, des yeux vifs et bruns, une peau souple et molle, des cheveux blonds, châtains ou noirs, se rencontrent avec une constitution débile et anémique. Ces attributs extérieurs sont donc trompeurs, et les plus graves accidents pourront résulter d'évacuations sanguines intempestives tentées chez les jeu nés personnes douées d'une semblable constitution.
La prédominance du système sanguin se présente souvent sous les formes extérieures attribuées aux tempéraments adipeux et bilieux des anciens. Des hommes au teint pâle et jaunâtre, ayant la poitrine large, le pouls habituellement fort et développé, ont des dispositions pléthoriques évidentes; ils supportent facilement la saignée, les exercices et les travaux corporels. La saillie des veines souscutanées, le développement des muscles et du système nerveux, les formes abruptes du système osseux, caractérisent cette disposition organique, qui a reçu le nom de tempérament bilieux, ou de bilioso-sangain. — C'est surtout dans l'âge adulte que le système vasculaire acquiert une prépondérance remarquable sur les autres appareils; c'est a cet âge que se manifestent les accidents souvent dangereux de la pléthore ou de la polyhémie. L'observation nous montre qu'une foule d'hommes très-sanguins et très-robustes ne peuvent franchir l'âge mur pour arriver à la vieillesse : c'est entre quarante et cinquante ans que l'apoplexie et les morts subites augmentent de fréquence; c'est donc aussi à cette époque de la vie qu'il faut diminuer, par le régime, l'exercice actif et les saignées générales, ces tendances funestes de la nature. 11 est permis de croire que plusieurs fondateurs d'ordres prescrivaient les saignées fréquentes, l'abstinence et le régime végétal à des moines vivant dans la retraite et le repos, autant pour prévenir les accidents redoutables de la pléthore que pour diminuer l'activité des passions, et les besoins trop impérieux
d'une constitution pleine de chaleur et d'énergie. Un régime animal et végétal très-nul ri tif, l'exercice en plein air, l'habitation des lieux secs et élevés, sont les conditions les plus favorables pour fortifier les personnes débiles, lymphatiques, et pour accroître la richesse du système sanguin.
III. Tempérament cellulaire. Le tissu aréolaire ou cellulaire renferme le tissu graisseux, et peut être considéré comme l'élément primordial ou fondamental des organes; il forme la gangue qui environne les viscères, les enveloppes particulières des muscles, des nerfs et des vaisseaux, et une couche plus ou moins épaisse au-dessous de la peau, dont il compose le corps muqueux; il constitue enfin les membranes séreuses, en acquérant plus de densité, et la substance spongieuse des villosités des membranes muqueuses. —Cependant ce tissu, si on en excepte l'absorption et l'exhalation, ne joue qu'un rôle passif dans l'économie : lorsqu'il prédomine, et que les systèmes nerveux et sanguin sont faiblement développés, la constitution de l'homme acquiert alors un caractère fort remarquable de faiblesse et d'inertie. Cette disposition organique diffère de la constitution lymphatique, bien que ces deux états s'unissent par des nuances intermédiaires; mais, dans le premier, les tissus sont secs, pour ainsi dire, tandis que dans le second, ils sont imbibés d'eau ou de fluide séreux. On observe surtout l'un à la campagne, dans des pays salubres, chez des individus qui s'épuisent par des travaux corporels, par des sueurs abondantes, et qui ne
peuvent réparer ces pertes par une nourriture substantielle; l'autre, au contraire, se rencontre dans les climats humides, parmi les hommes qui vivent dans les pays marécageux, au milieu d'une atmosphère chargée de vapeurs ou saturée d'humidité. Lorsque je commençai à étudier, dans la société, les formes extérieures et les penchants qui décèlent les prédominances organiques, je fus frappé de l'inertie physique et morale de quelques personnes maigres, ayant une taille moyenne, souvent petite, le teint jaunâtre, les cheveux noirs ou de toute autre couleur, les yeux bruns et les membres grêles. Je voyais les principaux attributs du tempérament bilieux des anciens, avec les dispositions intellectuelles et morales des lymphatiques; leurs maladies se distinguaient par une lenteur remarquable dans les mouvements organiques et les sympathies morbides; les saignées abondantes épuisaient promptement ces individus, et, comme chez les lymphatiques, le caillot formé par le sang était peu considérable. — Les causes débilitantes, les mauvais aliments, la privation de la lumière, de l'air libre, les travaux excessifs, font prédominer la trame organique, en affaiblissant le système nerveux et en épuisant l'appareil sanguin. Cette disposition organique est héréditaire ou acquise; elle s'observe surtout chez les villageois et les artisans pauvres, les tisserands, les tailleurs, les cordonniers, les séminaristes, les religieux, les prisonniers, et les ouvriers qui travaillent dans les mines. Telle est la constitution delà plupart des habitants d'un village
où l'on se livre à l'exploitation des grès, et que l'on appelle Gressey. La blancheur un peu jaunâtre de leur peau , la petitesse de leur taille, la gracilité de leurs membres, le calme habituel de leurs passions, le faible développement de leur système sanguin , sont des caractères qui les distinguent des habitants des autres villages.
IV. Tempérament lymphatique. Cette disposition organique peut s'unir avec la précédente, pour former une foule de nuances intermédiaires. Cependant la complexion lymphatique est spécialement caractérisée par la pléthore séreuse ou la polylymphie; elle se rencontre notamment dans les pays marécageux , sur les plages couvertes d'eau une partie de l'année, dans les contrées où s'élèvent d'immenses forêts, où la putréfaction des substances végétales est favorisée par l'humidité habituelle du sol. La vapeur aqueuse dont l'air est saturé s'infiltre dans les corps organisés et occasionne un relâchement général des tissus. La pâleur de la face, la blancheur de la peau, de l'embonpoint, des habitudes uniformes, de la lenteur dans les mouvements, peu de vivacité dans les sensations, des passions modérées, l'inaptitude à supporter des travaux pénibles et de longues privations, tels sont les principaux caractères physiques et moraux des individus , connue des peuples qui vivent dans les contrées où règne une humidité constante. Une semblable disposition est souvent l'origine des affections les plus graves : elles se développent lorsque cette cause exerce avec beaucoup d'intensité son influence,
lorsque des effluves délétères ajoutent, leur action à celle de l'humidité. Dans ces circonstances, il existe une tendance à la dissolution des solides et à l'hydropisie; le sang est chargé d'une grande quantité d'eau ou de sérosité. La constitution affaiblie offre une précoce dégradation et une vieillesse prématurée. Le scorbut, l'engorgement des viscères, les fièvres automnales les plus rebelles, les fièvres putrides les plus graves, la carie et la chute des dents, montrent que les causes ambiantes ont altéré profondément les liquides vivants et la constitution de l'homme. Hippocrate a peint celle des habitants des bords du Phase avec cette exactitude qui caractérise ce grand observateur. On voit qu'ils revêtent les formes des lymphatiques. Leur taille est haute, surchargée d'embonpoint; leurs articulations et leurs vaisseaux semblent perdus dans une mauvaise graisse; tout leur corps est pâle, ou plutôt ils se rapprochent, quant à la couleur de la peau, des personnes qui ont la jaunisse; l'air qu'ils respirent étant impur, nébuleux et très-humide, ils ont la voix rauque; enfin ils sont remarquables par la lenteur de leurs mouvements et par un défaut presque absolu d'activité.
Les causes ambiantes de la complexion lymphatique, les formes extérieures et les altérations spéciales qui la caractérisent, diffèrent, comme on le voit, des attributs du tempérament cellulaire : on ne peut donc confondre ces deux dispositions organiques dans leurs nuances les plus prononcées. La première s'observe donc dans les lieux les plus
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insalubres, à Batavia, à la Guyane, à Carthagène, dans les environs de Venise, dans les Marais-Ponlins, en Hollande, et notamment en Zélande, où nous avons étudié l'influence des lieux sur le développement du tempérament lymphatique. Enfin, dans une partie du département de l'Indre, appelée la Brenne, l'humidité habituelle de l'air, entretenue par les marais et les étangs, détériore promptement la constitution de ses habitants, et abrège singulièrement la durée de leur vie. On ne peut se soustraire à l'influence destructive de ces lieux qu'en habitant les montagnes ou les plateaux élevés, ou en abandonnant des climats si souvent funestes à l'homme. Dans ces pays, les animaux sont plus gras, moins agiles et moins vigoureux que dans les pays secs et élevés; les végétaux s'y développent souvent avec rapidité, acquièrent de grandes dimensions, mais leur tissu est aussi imbibé d'une plus grande quantité d'humidité. Tout annonce donc l'influence profonde des lieux el des causes ambiantes sur la constitution des êlres vivants.
La constitution scrofuleuse, qui n'est autre chose que l'exagération des prédominances cellulaire et lymphatique, est le résultat de l'étiolement de la peau, d'un séjour prolongé en des réduits obscurs et humides. Dans cette disposition morbide la lymphe et l'albumine prévalent sur la fibrine et sur les globules sanguins. Des sucs mal élaborés circulent avec lenteur dans les vaisseaux et tendent a s'y arrêter. Les attributs de cette constitution diffèrent
suivant les âges et les sexes. Chez un grand nombre déjeunes personnes, les traits de la face sont délicats, et la nuance rosée des joues contraste agréablement avec la remarquable blancheur de la peau. Des yeux grands, saillants et mouillés, donnent au regard une douceur extrême : leur couleur varie selon les climats; le bleu prédomine au Nord, et la couleur noire parmi les lymphatiques des contrées méridionales. Aux séductions de la beauté, se joignent parfois les dons de l'esprit et du cœur; une exquise sensibilité , une patience inaltérable, une admirable résignation.
Mais la complexiou lymphatique n'offre pas toujours des formes aussi attrayantes, des qualités aussi précieuses. Souvent chez les sujets qui en présentent les principaux caractères, l'organe de l'intelligence est peu développé et le système nerveux languissant. La face est pleine et semble bouffie , l'œil est inexpressif. Un engorgement se remarque aux ailes du nez, aux lèvres et particulièrementàla supérieure ; l'extrême mollesse des chairs, la lourdeur et l'empâtement des membres , enfin la sécheresse de la peau, fréquemment rugueuse ou écailleuse, tout indique l'inactivité de la transpiration. Les fonctions au physique comme au moral ne s'accomplissent qu'imparfaitement : ce défaut d'activité devient parfois de l'apathie, et il n'est pas rare de rencontrer des enfants privés de toute sensibilité ; l'émulation qui développe tant d'intelligences engourdies; les reproches et les châtiments qui triomphent habituellement des natures
les plus paresseuses, demeurent pour eux inefficaces, et combien n'en voit-on pas conserver dans lage mûr, la saleté insouciante et les dégoûtantes infirmités de la première enfance !
Les marches forcées , les travaux corporels soutenus, les fatigues de la guerre ne sauraient convenir aux lymphatiques, car bientôt amaigris, ils ont besoin de réparer leurs forces épuisées par une nourriture abondante tirée surtout du régime animal. M. le docteur Bégin , membre du conseil de santé des armées, qui a décrit le tempérament scrofuleux avec beaucoup détalent, rapporte que durant la triste et glorieuse campagne de Russie, le superbe régiment des grenadiers hollandais de la garde impériale fui promptement anéanti par les longues marches, la disette et le froid. J'ai eu l'occasion moi-même de faire des remarques identiques dans le cours de la campagne de 1 8i3; j'ai vu de jeunes soldats, à la constitution faible et lymphatique, succomber rapidement à la suite des fatigues et des privations. Maigres, livides, exténués, les membres grêles, le corps décharné, ils venaient expirer en foule dans les hôpitaux. Est-il nécessaire d'ajouter que de tels exemples montrent combien il est indispensable de savoir proportionner la longueur des exercices, de la marche et du travail corporel à la force physique, à la résistance vitale, au tempérament?
La résistance vitale est en raison directe du développement et de l'énergie du système nerveux. File est moindre chez le sanguin, plus faible encore
chez le cellulaire et le lymphatique; mais elle est en revanche très-remarquable chez les hommes qui, par une heureuse alliance, unissent la force nerveuse à la force musculaire. Si Ton veut bien étudier avec quelque attention les types fondamentaux que j'ai admis , on reconnaîtra aisément qu'ils sont basés sur les résultats de l'observation et sur la prédominance relative des quatre éléments dont se composent les organes, c'est-à-dire le nerveux, le fibrineux, le gélatineux et l'albumineux.
Or, d'après ces considérations , il est facile de se convaincre que l'organisation musculaire ou athlétique n'est que l'exagération du tempérament sanguin. Le scléreux ou l'osseux, qui distingue les hommes maigres et de haute stature, a une grande affinité avec le cellulaire, dont les attributs extérieurs cachent souvent l'énergie des sujets nerveux. Les géants, par exemple, qui présentent le type le plus saillant des tempéraments scléreux, ne sauraient être classés parmi les lymphatiques. Chez les premiers, en effet, la gélatine et le phosphate de chaux prédominent, tandis que chez les derniers, l'albumine et l'eau sont en excès dans l'organisme. Dans ces deux états , la faiblesse et le défaut de résistance sont évidemment produits par l'aneurie et l'anémie, en d'autres termes, par la prédominance des éléments qui reçoivent le mouvement vital sur les élément nerveux et sanguins qui le communiquent.
Cette classification n'est point sans utilité pour
la pratique de la médecine; car en donnant une connaissance exacte de l'organisation de l'homme considérée dans ses rapports avec les agents extérieurs, elle démontre que ces agents doivent y déterminer des effets différents selon les prédominances originelles ou acquises qui viennent d'être décrites. Ainsi des impressions physiques ou morales très-vives excilent une grande perturbation dans le système sensible, et l'on voit alors se développer les accidents nerveux les plus multiples , des maladies d'une nature opposée. Des inflammations lentes et des lésions organiques s'offrent parfois aux yeux du médecin avec les symptômes des premières affections. Les sanguins , sous les mêmes influences, se montrent les plus enclins aux inflammations aiguës , aux congestions et aux hémorrhagies actives. Quant aux hémorrhagies passives , aux maladies qu'accompagne une faiblesse profonde , elles sont fréquentes chez les sujets dont le sang est aqueux et appauvri par la diminution de ses globules et de sa fibrine. Les lymphatiques sont souvent affectés d'engorgements chroniques , d'hydropisies , de scrofules et de tubercules. Ces derniers corps peuvent se développer sans doule chez des hommes ayant d'autres prédominances organiques; mais ces productions sont infiniment plus communes parmi les lymphatiques prédisposés aux scrofules. Une simple contusion suffit pour arrêter le cours peu rapide delà lymphe ou de l'albumine dans les vaisseaux et les glanglions lymphatiques. Suivant M. le docteur Duval , habile