CHAPITRE XII
Principes fondamentaux et époques de la médecine.
Dans les sciences médicales , comme dans les sciences physiques, la question de méthode et de principes domine toutes les autres; sans une bonne méthode on ne peut donner une direction favorable aux recherches expérimentales, tet si les principes sont erronés, on accumule les faits sans pouvoir en faire connaître les véritables rapports; on se livre alors à des discussions stériles, et la science reste longtemps stationnaire.
On ne peut oublier que c'est par la méthode qu'Aristote, Kacon, Descartes, Linné, Tournefort, de Jussieu, Spallanzani, Cuvier, ont conduit l'esprit humain dans la carrière des découvertes. En
exposant méthodiquement le système formé par la série animale, M. de Blainville a indiqué l'ordre admirable établi dans la création. Personne n'ignore que la chimie a remplacé l'alchimie par suite de l'application de l'analyse, et enfin de la méthode expérimentale, à l'étude des affinités moléculaires. On ne saurait trop insister sur l'utilité de ce guide précieux dans l'étude de la médecine.
Sans la méthode de Descartes et les préceptes de Bacon, les préjugés du moyen âge auraient pendant longtemps arrêté l'essor intellectuel des sociétés. Il est intéressant et nécessaire à la fois de chercher dans l'histoire de la philosophie la principale source de nos erreurs : cette source a déjà été indiquée par Locke et par Condillac , mais la raison, l'évidence même ont peu d'influence sur les hommes, qui depuislongtemps tournentdansun cercle vicieux ; ils sont entièrement inaccessibles aux vérités qui portent la conviction dans les esprits dégagés d'idées fausses et de conceptions imaginaires.
Ce qui a donné lieu surtout à ces idées et à ces conceptions, c'est l'abus des notions abstraites réalisées par l'imagination; c'est cette tendance remarquable de l'esprit humain à supposer des causes occultes, surnaturelles, lorsqu'il ne peut expliquer un ordre quelconque de phénomènes au moyen de l'action des agents physiques. Cette loi est générale; on peut la constater dans tous les siècles, en examinant les hypothèses qui ont été adoptées par les médecins comme par les philosophes
pour expliquer les phénomènes de la nature. Dans ce but, on a réalisé les facultés de l'âme , les propriétés de la matière brute comme celles de la matière organisée, le mouvement, l'espace et même le néant. Les abstractions ainsi réalisées sont devenues des causes, et on a fait jouera ces fantômes le rôle d'agents physiques!
Afin de mieux montrer la source de ces erreurs, j'ai divisé les philosophes et les médecins en deux classes, les physiciens et les hyperpliysiciens l ; les premiers écartent des théories les fantômes que l'imagination a créés, sans nier l'existence d'une cause suprême et intelligente; les seconds réalisent leurs conceptions à leur insu, et admettent dans les organes ou dans les tissus des essences , des propriétés, des forces, qui ne sont que des abstractions. Dans cette dernière classe, viennent se placer les panthéistes, les astrologues, les polythéistes, les spiritualistes, les animistes, les réalistes, et les métaphysiciens modernes, auxquels Broussais a donné improprement le nom d'ontologistes. Broussais lui-même était, comme je l'ai démontré; ontologiste ou plutôt hyperphysicien, puisqu'il avait fondé sa doctrine sur le dogme impénétrable de l'incarnation de la force et des propriétés vitales, qui n'étaient, suivant lui, que les instruments immatériels de cette prétendue force.
Pour apprécier l'utilité de ces distinctions, il suffit de jeter un coup d'œil sur l'histoire des
1 Mot dériré do &rop, au-dessus de, et de cpuaiç, nature.
sciences, d'où il résulte que le nombre des causes occultes augmente en raison directe de notre ignorance; au contraire, on reconnaîtra que dans les siècles remarquables par les progrès des lumières ces causes diminuent dans le même rapport; alors les causes physiques remplacent les conceptions imaginaires qu'on avait réalisées pour expliquer des phénomènes physiques ou physiologiques. On peut, en suivant l'idée ingénieuse de M. Charles Dupin , représenter les sciences dans un vaste tableau , offrant des parties blanches, des parties noires et des nuances intermédiaires; les premières figurent les siècles de lumières, ceux où les sciences ont fait de grands progrès; dans ces parties, on voit s'agrandir l'empire des causes physiques et diminuer proportionnellement celui des causes hyperphysiques ou surnaturelles; dans les secondes, au contraire, qui représentent les siècles de superstition et de barbarie, ces dernières causes se multiplient, et la nature est pleine de génies, de démons et d'êtres imaginaires; enfin dans les parties intermédiaires on trouve le conflit de ces deux ordres de causes. Le polythéisme avait rempli le monde de divinités pour expliquer les phénomènes naturels. Les spiritualistes, les animistes, les métaphysiciens, les vitalistes, les hyperphysiciens de toutes les écoles ont suivi les mêmes errements. Souvent, en inventant un nouveau mot, ils ont cru avoir pénétré les secrets de la nature , et en multipliant ainsi les causes occultes, en réalisant sans cesse des abstractions, ils ont
singulièrement retardé les progrès de la physiologie et de la médecine.
L'imperfection de nos connaissances en physique et en chimie a contribué aussi à entretenir d'anciennes erreurs; trop longtemps, la plupart des médecins ont pensé qu'il suftît de se livrer à l'observation et de recueillir des faits pour hâter la marche de la science qu'ils cultivent; semblables aux fourmis dont parle Bacon, ils entassent des matériaux dont ils ne connaissent point la valeur; d'autres segarentdansle labyrinthe des hypothèses, négligeant les résultats encore imparfaits de la méthode expérimentale. Cependant le concours de ces deux méthodes peut mettre un terme à cette déplorable anarchie dans laquelle se trouvent encore les doctrines médicales; il sera facile d'établir qu'on doit tourner sans cesse dans le même cercle , en négligeant l'étude des rapports de divers phénomènes sur lesquels il importe de fixer l'attention des médecins.
L'instabilité des principes et des théories qu'ils adoptent indique une autre source d'erreurs. Si l'on compare sous ce rapport les sciences physiques aux sciences médicales, on observera entre elles des différences remarquables. Les principes des premières sont simples, clairs et positifs; les théories qui expliquent les rapports des phénomènes sont homogènes. Lorsqu'un fait nouveau est introduit dans ces sciences positives, il n'est point livré aux discussions stériles d'une foule de sectes rivales ; il n'y a point de chimie française, de chimie anglaise,
ET KPOQUÉS DÉ LA MKDftCÏNE. 148
de chimie allemande j de chimie italienne. Celte uniformité dans les principes est un des caractères de la vérité.
Les sciences médicales offrent sous ce rapport un vice radical; on trouvé autant de doctrines que l'on compte de facultés ou de professeurs célèbres en Europe. La médecine est une véritable totir de Babel : chacun préconise ses hypothèses, cherche a faire prévaloir ses opinions et a faire adopter son langage; chacun croit à l'excellence dé ses principes, à la supériorité de sa doctrine. Cependant la divergence de ces doctrines ou plutôt de ces hypothèses est un des attributs de l'erreur. Il sera bien facile de détruire les illusions qui pourraient encore, à cet égard, égarer quelques médecins qui ne partageraient point nos convictions.
Il serait donc bien important de mettre un terme a cette anarchie en indiquant les méthodes qu'il faut suivre et les principes que Ton doit adopter. Ce sujet est digne de fixer l'attention des savants qui se rassemblent dans les congrès scientifiques. Il n'appartient point à ces congrès de s'occuper de détails, de questions secondaires, de faits que l'on retrouve dans les livres, dans les journaux et dans les inutiles dissertations des académies; mais, à I exemple des anciens conciles, ils doivent aborder résolument ces hautes questions de principes, qui dominent la science et lui impriment une impulsion féconde; établir licitement, dans des programmés publiés longtemps H l'avance, les problèmes
à résoudre, indiquer les lacunes à remplir et les expériences à entreprendre; enfin ils doivent décerner des prix et des récompenses aux découvertes les plus utiles. Si les congrès scientifiques n'adoptent point cette marche, ils donneront sans doute de la publicité aux faits nouveaux qui s'introduisent chaque année dans les sciences , mais ils n'exerceront aucune influence profonde sur leurs progrès. En un mot, ils auront entièrement méconnu la grande mission qu'ils sont appelés à remplir, s'ils ne suivent un plan tracé par la raison et par l'expérience.
Ce plan est d'une exécution facile et ne peut être rejeté que par des hommes sans prévoyance, qui n'ont aucune réforme sérieuse à proposer et qui veulent rester dans le cercle que l'on a tracé autour d'eux; ils se rendent à un congrès pour soulever des discussions vulgaires, pour exposer des détails insignifiants qui méritent à peine d'être rapportés dans un journal ou dans le bulletin d'une académie. On peut espérer que les savants qui se réunissent dans les vues de contribuer activement au perfectionnement des sciences ne suivront plus cette voie commune qui ne conduit à aucun but, et dans laquelle on ne peut trouver aujourd'hui de vérités importantes.
Il est donc temps de franchir les obstacles accumulés par la routine, et d'apprécier à leur juste valeur des doctrines pleines d'imperfections , de contradictions et d'erreurs. Indiquons les trois grandes époques de la médecine, en exposant les
rapports généraux des trois ordres de phénomènes que présentent les maladies dans leur cours et à leur terminaison.
Ces trois ordres de phénomènes sont : i° les signes extérieurs ou les symptômes; i° les lésions des organes; 3° les altérations moléculaires des solides et des fluides. On ne peut séparer ces phénomènes, dans les théories médicales, sans rompre la chaîne formée par la nature. On essayerait en vain d'expliquer la production des symptômes sans tenir compte de la lésion des organes, et ce serait tomber dans une faute grave que d'admettre qu'on puisse connaître la nature de ces lésions sans en chercher l'origine dans l'altération moléculaire des fluides et des solides. Toute doctrine médicale qui n'embrasse point ces trois ordres de phénomènes, toute théorie qui n'en montre point l'enchaînement, est nécessairement incomplète. Adopter une telle méthode, ce serait prendre les effets pour les causes, et prolonger indéfiniment notre ignorance.
Déjà la science a parcouru deux grandes périodes : dans la première, la médecine descriptive ou nosologique a été fondée; dans la seconde, on a jeté les bases de la médecine organique; et dans une troisième période, les fondements de la médecine atomique, moléculaire ou chimique, doivent être posés; dans cette dernière, les relations intimes des trois ordres de phénomènes que je viens d'indiquer seront étudiées, et la médecine sera à la fois descriptive, organique et atomique.
M§ PPaNCIPES FONDAMENTAUX
Hippoci aie et ceux qui ont suivi sa doctrine ont donné une description fidèle des phénomènes morbides; les nosographes, à l'exemple des naturalistes, ont classé méthodiquement les maladies, ont décrit leurs caractères essentiels, les formes qu'elles revêlent et leurs nuances variées. Dans cette période, l'histoire des maladies a été tracée avec une grande supériorité de talent par une foule d'observateurs, parmi lesquels on compte Hippocrate, Celse, Arétée, Galien, Cœlius Au relianus, Baillou, Sydenham , Baglivi. Stol! et les nosographes modernes. Tout en rendant un sincère hommage au génie investigateur de ces médecins illustres, nous ne pouvons adopter une doctrine qui I été établie à une époque où l'on ne connaissait encore que les phénomènes extérieurs ou les symptômes des maladies. Cependant la doctrine des crises, malgré ses imperfections, appelle notre attention sur les grandes mutations qui s'opèrent dans deux appareils organiques, la peau et les reins : les observations des modernes ejt nos propres expériences confirment, sous ce rapport , les vues du père de la médecine grecque.
Mais la contemplation des phénomènes extérieurs ne peut nous faire connaître les causes dé> terminantes des maladies; en vain on voudrai* fonder les bases d'une véritable théorie sur les résultats d'une semblable étude; la doctrine d'Hippocrale n'a laissé dans la science que des dogmes el des hypothèses que Ion ne peut conserver. La marche régulière des maladies, les perturbations
violentes qu'elfes présentent, les crises tjtii les terminent, annonçaient une lutte entre la nature médieatrice et la matière morbiiique, qui était enfin éliminée par les sueurs, par les mines, par les selles. D'après ces vues, on devait dans la plupart des cas attendre l'issue de cette lutte, et rester spectateur impassible de ce combat. On n'osait point troubler les opérations de la nature, on cherchait a l'aider lorsque les efforts étaient impuissants, ou à les modérer quand leur violence était portée au delà de certaines limites. Cette inaction prudente des successeurs d'Hippocrate était appelée étudr r/e la mort par Asclépiade de Bithynie. Mais comment pouvait-on s'opposer avec certitude aux effets dont on ignorait la véritable origine? La médecine expectante était une conséquence nécessaire de cette ignorance; on ne peut agir que lorsque l'on connaît les causes qu'il faut combattre, ou quand les tâtonnements de l'empirisme nous ont. conduits à des découvertes importantes.
Il faut établir unedistinction essentielle entre la doctrine et la méthode d'observation suivie par Hippocrate. Si sa doctrine est imparfaite, sa méthode est précieuse, car elle sert de guide aux praticiens. Les nosologistes modernes en ont fait une heureuse application; l'histoire naturelle et la classification des maladies sont les résultats de leurs travaux.
Cette première époque se confond avec la se coude, qui a commencé par les recherches de Bonel, de Morgagni, et qui parait devoir se termi-
ner par les travaux de Pinel, de Tommasini et de Broussais.
Les médecins de cette époque ont fondé la médecine organique; ils ont cru trouver dans les lésions locales la cause des symptômes, et, en ce sens, leur doctrine est incomplète et erronée, car ils ont négligé l'étude si importante des altérations du sang et des autres liquides. Cette étude n'a été considérée que comme accessoire, de manière que leurs théories reposent presque entièrement sur le solidisme. Cette fâcheuse erreur danslesprincipes n'est en quelque sorte qu'une déduction logiquedes grands travaux des anatomistes du seizième siècle, et des découvertes en anatomie pathologique. Les hommes qui ont attaqué cette erreur n'ont pas vu, au moins pour la plupart, qu'elle était la conséquence exagérée de ces travaux et de ces découvertes. Dans ces derniers temps, quelques observateursjudicieux, parmilesquelsje doisciterMM. Andral, Ribes, de Montpellier, Magendie, ont montré que les lésions locales qui se forment dans le cours des maladies graves, ne peuvent toujours être considérées comme les causes de ces maladies, et que très-souvent ces lésions sont secondaires.
Les médecins qui ont fait jouer un rôle presque exclusif aux altérations des solides en ont évidemment méconnu l'origine la plus ordinaire. Ils ont sans cesse fait intervenir l'action nerveuse et les sympathies ; mais ils n'ont pas vu que l'appareil \asculaire, le sang même, peuvent déterminer ou transmettre une foule de lésions locales. Dans les
maladies qui sont le résultat de l'action des agents atmosphériques, le système nerveux reçoit sans doute la première influence et la transmet aux solides. Sous ce rapport , on peut sans doute admettre en principe que toute maladie produite par ces agents, et à plus forte raison par des causes morales, a primitivement son siège dans le système nerveux et dans les solides; mais, une fois l'équilibre fonctionnel rompu, la circulation capillaire, la perspiration cutanée, sont troublées. Le sang s'altère lorsque les autres excrétions ne remplacent pas par leur activité la diminution de l'excrétion cutanée. Or, cette altération du sang amène, dans un très-grand nombre de cas, l'engorgement des vaisseaux , des collections de diverses natures , l'épaississement, le ramollissement des tissus, et d'autres lésions locales attribuées par les solidistes à l'altération primitive des tissus, à l'inflammation. Tel est, comme nous l'avons établi, le mécanisme au moyen duquel se forment dans les vaisseaux et dans les ganglions lymphatiques ces engorgements froids et lents qui succèdent à l'action des modificateurs qui diminuent graduellement la perspiration cutanée. Lorsque les autres excrétions diminuent ou sont accidentellement suspendues, l'action nerveuse est sans doute modifiée, mais l'altération du sang est le phénomène pathologique le plus grave. On doit donc chercher maintenant dans les éléments organiques du sang et dans leurs combinaisons anormales le principe matériel des maladies les plus dangereuses. Ainsi, après avoir observé
tbô PRINCIPES PONBAMENTAUX
ees maladies dans les organes, on les a étudiées dans les tissus; après les avoir considérées dans le sang et dans les liquides, d'une manière générale, on doit les étudier dans la fîbriue, dans l'albumine et dans les globules sanguins; l'élude des maladies de ces éléments organiques devra se compléter par celle des affinités anormales, des changements qui s'opèrent dans la composition chimique du sang. Tel doit être le dernier terme de l'analyse appliquée à l'étude des maladies; tel est enfin l'enchaînement des trois ordres de phénomènes, dont il importe d'étudier les causes et la subordination.
La troisième époque, celle dans laquelle on cherchera à montrer cet enchaînement, est eellr qui commence. En divers temps on a sans doute voulu expliquer les phénomènes de la santé et de la maladie au moyen des théories chimiques, mais ces tentatives sont restées infructueuses; il existait encore entre la chimie et là médecine une foule de lacunes qu'il fallait remplir, et de points obscurs qu'il fallait éclaircir. Aucune opinion ne peut être émise en médecine, qui n'ait été déjà exposée dans d'autres temps. Suivant l'ingénieuse comparaison de notre ami le docteur Mojon , les vérités dans les sciences sont semblables aux comètes qui se présentent tour à tour sur notre horizon, et s'éloignent ensuite de nous pour reparaître à de longs intervalles.
La doctrine des atomes, la plus ancienne de i ou tes, a été enseignée dans les premières écoles philosophiques de la Grèce. Suivant Empédocle,
ET EPOQUES DE LA MEDECINE. 25 i
tout il est que mélange et changement de mélange ; c est ce que les mortels appellent nature. Asclépiade de Bithynie, en adoptant cette doctrine, avait cherché a expliquer d'une manière mécanique les phénomènes des maladies. Elle a reparu dans les seizième et dix-septième siècles sous une forme nouvelle, par suite des efforts d'un esprit fougueux et inculte, de Paracelse. La doctrine des atomes , sous le nom de chémiatrie, a donc encore été appliquée à la médecine; mais, privés du (lambeau d'une théorie positive, des procédés perfectionnés de l'analyse, d'une méthode expérimentale qui peut à volonté reproduire chez les animaux les maladies de l'homme, les chémiatres ne pouvaient émettre que des opinions ou des hypothèses sans fondement; il leur était impossible de donner des démonstrations. Que les esprits encore imbus des préjugés de l'école cessent donc de rejeter les applications de la chimie a la médecine par la raison qu'elles ont été stériles jusqu'à ce jour; qu'ils perfectionnent les méthodes d'investigation, qu'ils remplissent une foule de lacunes, et cetle dernière science s'enrichira d'importantes découvertes.
Vax l'appelant les opinions d'un des médecins len plus célèbres du seizième siècle, de Sylvius, on verra qu'au milieu des ténèbres épaissesqui cachent les opérations chimiques de l'organisme dans l'élal de santé et de maladie, il avait entrevu le mécanisme de ces opérations. Loin de mériter les graves reproches qui lui oijt été adressés par ceux qui ne partageaient pas son opinion, il est ceiiain aujour-
d'hui qu'il proclamait l'observation comme Tunique pierre de touche des systèmes, et qu'il a introduit les études cliniques dans les hôpitaux.
Imitateur de Vanhelmont, comme lui il admet l'intervention d'un triumvirat dans les changements qui s'opèrent dans le mélange des humeurs. Par le mot dcreté il désigne la prédominance des éléments chimiques dans les fluides, et il considère les âcretés qu'ils présentent comme la cause prochaine des maladies. Il les divise en deux classes : celles qui sont dues à une acreté acide , et celles qui sont dues à une dcreté alcaline. Suivant lui, un acre doué de propriétés chimiques diverses produit la fièvre en irritant le tissu du cœur ; par suite de la stagnation du sang dans les vaisseaux, les parties les plus subtiles et les plus volatiles de ce fluide s'évaporent; cellesqui restent, devenues plus huileuses et plus acerbes, peuvent s'enflammer, se transformer en pus. Ainsi se manifeste l'inflammation des tissus. L'âcreté acide du suc pancréatique et l'obstruction du pancréas, qui en est le résultat, sont considérées par Sylvius comme la cause des fièvres intermittentes; l'effervescence de la bile, son acreté déterminée par de mauvais aliments, par l'altération de l'air, n'a pas d'autre origine. L'épaississement de ce liquide, son mélange avec le sang, produisent la chaleur fébrile, les obstructions, l'ictère, et une foule d'autres maladies. La goutte et les fièvres intermittentes ont la même source; les douleurs arthritiques, la petite vérole, la syphilis, et même les fleurs blanches, sont rap-
portées à l'acre acide. Il en est ainsi de l'hystérie, de l'hypocondrie, de la syncope, des palpitations du cœur, des convulsions et de diverses affections nerveuses. Le principe coagulant de la lymphe, l'acide du suc pancréatique , provoque une effervescence vicieuse de ce dernier et engendre des calculs vésicaux.
D'après ce système, la plupart des maladies sont dues à l'âcreté acide Les fièvres malignes provenant du défaut d'air vital sont attribuées par Sylvius à la surabondance de sels volatils et à la grande fluidité du sang. Dans la peste comme dans ces fièvres, l'excès des principes alcalins détermine les altérations du sang. Ces principes sont apportés du dehors ou se développent dans l'économie. A l'appui de sa théorie Sylvius rapporte les résultats qu'il a obtenus de l'injection , dans les veines d'un animal vivant, de substances acides et de principes alcalins.
Intervertissons par la pensée l'ordre dans lequel se succèdent les grandes découvertes; plaçons avant les travaux de Sylvius ceux des grands physiciens d'Italie, de Spallanzani, de Priestley, de Lavoisier, de Davy, de Berzelius ; supposons qu'un autre observateur ait démontré ensuite l'influence de la suppression de la transpiration dans les maladies aiguës, dans les affections chroniques, et les vues ingénieuses du professeur de Leyde eussent été fécondées, les destinées de la physiologie et de la médecine entièrement changées; cette science fût entrée alors dans la troisième période qu'elle
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doit parcourir; une foule d'erreurs n'auraient point été introduites dans son domaine; une foule d'observations stériles ne seraient pas venues l'encombrer, enfin une foule de livres inutiles ne surchargeraient point aujourd'hui les bibliothèques publiques*
Cependant un savant distingué, Kurt Sprengel, porte ce jugement sévère sur le système de Sylvins : On est tenté de charger d imprécations les études académiques et les explications qui ont été données de la vie et de ses phénomènes \ lorsqu'on réfléchit aux résultats effrayants de la méthode de Sylvius. On doit sans doute blâmer la conduite d'un médecin qui, séduit par d'ingénieuses hypothèses , abandonne les voies de l'observation; mais on doit encourager les hommes qui cherchent à sortir d'un cercle fatal , soit par des tentatives expérimentales, soit par les efforts d'une haute intelligence, et qui aperçoit le but que l'on doit atteindre.
Il faut donc comprendre qu'il est des époques où l'on ne peut suivie les meilleurs principes, par la raison que les sciences destinées à éclairer la médecine sont imparfaites; qu'il existe alors dé nombreuses lacunes qui arrêtent a chaque instant l'esprit dans la recherche de la vérité, et s'opposent à la coordination et a la systématisation des faits.
Le système de Sylvius se propagea d'abord en Angleterre, en Italie, et surtout en Hollande, mais il fut repoussé par l'école de Paris. Les discussions
qui s'élevèrent dans celte contrée et en Allemagne, soit en faveur de ce système, soit contre ses conséquences dangereuses, répandirent un grand jour sur beaucoup de points notables de la science. Les hypothèses prématurées de Sylvius ne purent résister aux attaques de Frédéric Hoffmann, d'ïïermann Boerbaave, et surtout à celles de Robert Boyle. On sentit la nécessité de revenir avec Sydenham à l'observation; on cbercba à démontrer que, s'il s'opère des combinaisons chimiques dans les corps vivants, ces combinaisons ne s'opèrent pas comme dans nos laboratoires.
Cet argument a été répété jusqu'à satiété par les médecins qui ont essayé de poser une barrière infranchissable entre les lois physiques, chimiques, et les lois de la vie. Avant de vouloir établir les différences qui existent entre ces deux ordres de combinaisons moléculaires, il fallait les étudier dans toutes les fonctions; car, sans des notions positives, les affirmations et les négations n'ont absolument aucune valeur.
Parmi les hommes remarquables qui ont adopté la doctrine atomique, on doit encore distinguer Jean Chrétien Reil; il a admis le principe fondamental de l'école éléatique. Selon lui tous les phénomènes delà vie dépendent de la différence originaire des mélanges, de la forme des éléments de la matière organique. Il fait jouer un rôle à des principes matériels actifs, comme causes primordiales des phénomènes de l'existence. 11 explique d'une manière purement mécanique l'action des nerfs et
du cerveau dans la sensation , et rejette avec raison l'intervention de l'âme dans les théories physiologiques : tous les mouvements se réduisent, suivant lui, à une attraction élective ou à l'affinité chimique. Mais on a adressé à Reil une objection à laquelle il n'a pu répondre : la force vitale détrait toutes les lois de V affinité chimique. Assurément on voit un ordre nouveau d'affinités électives s'opérer dans l'organisation; elles détruisent les produits formés par d'autres combinaisons; mais ce n'est point une raison pour faire intervenir ici une force inconnue, pour déclarer que ces deux ordres d'affinités ne sont pas soumis aux lois générales de la matière.
Parmi les travaux les plus remarquables entrepris dans le but d'appliquer les notions de la physique et de la chimie à la physiologie, et par conséquent à la médecine, on doit compter ceux de Spallanzani , de Lavoisier et de Fourcroy. La méthode de Spallanzani doit servir de modèle aux physiologistes, et ses brillantes découvertes ont puissamment contribué à dévoiler les rapports de la physique proprement dite avec ceux de la physique organique. Les découvertes de Priestley et de Lavoisier ont fait connaître l'influence de l'oxygène sur les éléments des corps organisés, et Fourcroy, guidé par les mêmes procédés, a étudié avec sagacité les phénomènes chimiques de la, vie dans toutes les fonctions \
1 Vers l'époque où Lavoisier et Fourcroy jetaient une vive clarté sur le domaine de la seienee , un médecin , nommé Gaehet , renou-
Les vues ingénieuses de ces hommes illustres ont été trop longtemps méconnues. La théorie de Haller, celles de Bailliez, de Bichal, et enfin de la secle des vitalistes, ont dominé dans les écoles. On a cherché de nouveau à poser une barrière insurmontable entre les lois physiques et les lois des phénomènes organiques; et, pour expliquer clairement ces phénomènes, on a eu recours au mystère de l'incarnation delà force et des propriétés vitales; ou, en d'autres termes, on s'est efforcé d'expliquer l'inconnu par l'incompréhensible, les mouvements de la matière organisée , les actions moléculaires qui s'observent dans toutes les fonctions , par les abstractions de la métaphysique, par des fantômes créés par l'imagination. On a fait intervenir dans les théories physiologiques les mots magiques de force et de propriété vitales; on a employé des expressions qui servent à voiler et à perpétuer notre ignorance. Les nouveaux sectaires ont d'abord été réalistes, ils ont cru à la puissance effective des êtres qu'avait créés leur esprit; ensuite ils sont devenus nominaux, et ils ont compris que ces prétendues propriétés ne sont que des abslractions; mais ils n'ont pas encore senti la né-
vêla les hypothèses des chémialres, attribua la goutte et le rhumatisme à la rétrocession (l'un principe acide, qu'il chercha à combattre nu moyen d'un clixir et d'un liniment alcalin. Dans ces derniers temps, d'autres médecins, animés du même zèle, ont admis la théorie de Gachetj et ont employé son liniment alcalin avec le même succès dans ces maladies; mais les faits qu'ils ont voulu introduire dans la science n'ont pu cire vérifiés par les habiles physiciens qui ont rép«;l '• leurs expériences.
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eessité d'abandonner un langage et des principes qui donnent des idées erronées sur le mécanisme des actions organiques.
C'est dans cet état de la science que je publiai, en tS^q, mes nouveaux principes de physiologie (lois de F organisme); je montrai que les doctrines médicales généralement adoptées sont fondées sur les abstractions de la métaphysique; c'était aux propriétés vitales qu'on rapportait les phénomènes de la santé et de la maladie. Broussais lui-même, ce redoutable adversaire desontologistes ou plutôt des métaphysiciens, Broussais était ontologiste; car pour expliquer ces phénomènes il supposait des causes dont il ne pouvait démontrer l'existence. Mais par une singulière contradiction , il était matérialiste lorsqu'il voulait expliquer les sublimes fonctions du cerveau , et hyperphysicien , réaliste, lorsqu'il essayait de montrer le mécanisme grossier des autres organes. La doctrine de l'irritation est donc fondée sur des suppositions que l'on ne peut admettre; d'ailleurs elle laisse en dehors du cercle qu'elle a tracé la plus grande partie des altérations du sang et des autres liquides; elle n'est qu'une systématisation des travaux des solidistes, et n'a pu indiquer l'enchaînement des trois ordres de phénomènes sur lesquels j'aiapp elé l'attention des physiologistes et des médecins.
Après avoir établi l'inanité des hypothèses des vitalistes, j'ai cherché a poser des principes simples sur l'observation des faits; j'ai prouvé que dans toutes les fonctions il exisle des actions et des
combinaisons moléculaires, continuellement entretenues pendant la vie par l'action de l'oxygène et du calorique; que ces phénomènes primitifs ne sont pas sous la dépendance des propriétés imaginaires admises par les métaphysiciens modernes, et qu'ils sont abolis lorsque ces deux principes matériels cessent d'agir sur les corps doués de la vie. J'ai montré ultérieurement que le principe matériel du mouvement vital apparaît à nos yeux, dans la série animale, avec les propriétés du calorique, de l'électricité et de la lumière. Les animaux à sang chaud, les poissons électriques et les lampyres offrent ce triple phénomène. Chez ces derniers, l'électricité animale et la production de la lumière sont soumises à l'acte de la volonté.
Il résulte donc de ces recherches, comme de celles de Galvani, de Volta, d'Aldini, de Mojoh, de Matteucci, etc., quel'influx nerveux, sans cesse entretenu par l'action de l'oxygène, a la plus grande analogie, sinon une complète identité avec l'action électrique ; qu'il détermine dans toutes les fonctions une foule de phénomènes moléculaires dans la production desquels l'action électromotrice du calorique est évidente. Il est dès lors nécessaire d'étudier ces phénomènes dans l'état morbide et sous l'empire des agents pharmaceutiques : car, d'après les principes que j'ai établis, les médicaments n'influent sur l'état des organes, les solides et les liquides, qu'en agissant sur les particules qui les composent. L'action moléculaire est donc, en définitive, la cause initiale des phéno-
mènes matériels que nous offrent les corps vivants soumis à l'influence des agents physiques.
Ces principes simples, déduits de l'observation des faits, ont été considérés comme de graves hérésies par la foule des médecins encore tout imbus des erreurs du vitalisme et des préjugés de la vieille science; ils n'ont pas compris que mon but unique était de renverser un vain échafaudage, de réformer leur langage, et de remplacer une logomachie décevante, des dogmes surannés, par une théorie claire, une doctrine précise, montrant les rapports des phénomènes physiques, chimiques et organiques, sans nier l'existence des causes physiques inconnues, supérieures aux forces qui régissent les corps bruts.
A l'époque où a paru l'ouvrage que je viens d'indiquer ont été publiées les premières leçons de M. de Blain ville sur la physiologie comparée. Ce savant, en prenant la même direction, en montrant l'inanité des hypothèses que j'ai combattues,a étudié avec une bonne méthode, et une supériorité de talent remarquable, les éléments de l'organisa tiondans la série des êtres animés. Sous ce rapport, il a suivi la voie tracée par Bichat. L'étude des tissus nous a conduits à la connaissance de leurs maladies; l'étude des éléments organiques doit nous guider dans la connaissance de leurs altérations. En anatomie, en physiologie et en médecine, on doit successivement étudier les organes, les tissus, les substances élémentaires qui les composent, et les principes chimiques dont elles sont formées. Telle
est, je le répète, la filiation nécessaire de l'analyse.
Ce n'est qu'en 1837 queM. Magendieimprima ses leçons sur les phénomènes physiques de la vie. Alors il scruta avec beaucoup d'attention les phénomènes moléculaires, et il vit qu'il était utile de marcher dans la route indiquée par Fourcroy, et sur laquelle j'avais posé moi-même quelques jalons.
En physiologie, les plus illustres chimistes suivent aujourd'hui la même direction avec le plus grand succès; et nous devons rappeler que d'importants travaux ont été entrepris, sous ce rapport, par MM. Berzelius, Dumas, Liebig, Boussingault, Chevreul, Thénard, Becquerel, Payen, Raspail, Pelouze, Donné, Baudrimont , Boucharcïal, Déjà MM. Tiédemann, Gmelin, Lassaigne, Leuret, avaient offert des travaux recommandables sur la di^eslion. Enfin la pathologie moléculaire s'est enrichie des recherches précieuses de MM. Denis, Lecanu, et, dans ces derniers temps, de celles de MM. Andral etGavaret, sur les altérations du sang.
Ce n'est que depuis environ un quart de siècle, et surtout depuis quinze ans, selon les recherches de M. Lhéritier, que la chimie pathologique s'est constituée, agrandie, et qu'elle a fini par devenir une des branches essentielles de la médecine. Cependant malgré les progrès des connaissances chimiques, beaucoup d'hommes doutent encore de la possibilité de les appliquera la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique. La science se perfectionne, et ils sontstationnaires j sa lumière éclaire un nouvel horizon, mais ils préfè-
retit rester dans les ténèbres. Quoi qu'il en soit, les phénomènes chimiques de la respiration et de la digestion ont été en partie dévoilés; on a analysé la lymphe, le chyle et le sang; une exacte appréciation a fait connaître l'influence de ce dernier liquide dans la production de la chaleur animale; ses altérations ont été étudiées dans la pléthore, dans l'anémie, dans les fièvres, dans les inflammations et dans beaucoup d'affections chroniques, notamment dans l'ictère, le diabètes, le scorbut, ej£,.; la formation de la couenne inflammatoire, la coagulation du sang ont été, à. leur tour, lobjetd'investigations spéciales; les tissus, les principales humeurs, le lait, la salive, les larmes, l'urine ', la sérosité, le pus, le liquide de la teigne, les croûtes dartreuses, les tubercules, enfin une foule de produits morbides ont été soumis à l'analyse dans diverse sconditions pathologiques. La chimie a aussi répandu une vive clarté sur l'action des poisons; mais il est à regretter que cette action n'ait point été combattue dans les secondes voies, ou par la transfusion chez les animaux; on ne s'est point appliqué a modifier la nature du sang, dans les maladies où son altération est profonde et dangereuse.
1 Les altérations de l'urine ont été étudiées récemment par II. Becquerel, fils de l'iliuslre physicien; d'après ses recherches, ce liquide offre assez rarement le phénomène de l'albuminurie; dans le cours des fièvres, de nouvelles investigations sont donc indispensables pour eclaircir ce point de doctrine. Ces maladies présentent des caractères différents suivant les climats, les saisons, les épidémies, de
Cet exposé suffit pour montrer aux hommes superficiels, qui avaient considéré comme une grave hérésie les principes physiologiques que j'ai adoptés, qu'ils suivaient eux-mêmes la voie de l'erreur. Aujourd'hui, on le voit, on doit adopter la méthode de Spallanzani et deFourcroy ; on doit essayer de dévoiler l'enchaînement des trois ordres de phénomènes qu'offrent les maladies; c'est ainsi que Ton parviendra a réaliser les espérances que ce chimiste a exprimées en ces termes : « La chimie changera un jour la face de la médecine; elle y produira une révolution heureuse, comme dans toutes les blanches de la physique. »
Les idées ingénieuses de Fourcroy ont été trop longtemps méconnues par les physiologistes et par les médecins des écoles modernes, malgré les remarquables travaux de Nysten. Trop longtemps abusés par les principes d'une métaphysique obscure, ils ont cherché à séparer les sciences physiques de la science de l'organisation et de la vie; ils n'ont pas compris que sans l'action de l'oxygène, du calorique et de la lumière, l'organisation cesse de s'opérer, et que le mouvement vital est suspendu ou aboli. Toujours préoccupés des êtres chimériques créés par* leur imagination, ils n'ont pas compris que c'est sous l'influence de ces agents que se manifestent les phénomènes moléculaires qui se produisent dans toutes les fonctions.
I ne analyse rigoureuse indique donc aux hommes guidés par le sens commun, par les seules lumières de la raison, le but définitif des observa-
lions et des expériences destinées à éclairer le domaine de la science; on comprend que toute doctrine médicale fondée sur le strictum et le laxum, surla faiblesse et l'irritation, n'est en réalité qu'une déception. En médecine, comme en physiologie, l'augmentation ou la diminution des forces actives qui animent l'organisme doivent fixer toute l'attention des observateurs, et particulièrement celle du praticien ; mais une doctrine médicale ne peut reposer sur de semblables distinctions; dans la généralité des cas, l'excès de force et l'excès de faiblesse ne sont que les effets et non les causes des perturbations on des anomalies qui caractérisent les maladies.
En résumé, les doctrines et la théorie médicales ne pourront être fondées que quand les lois des phénomènes moléculaires observés dans l'état morbide, dans les liquides et les solides, seront dévoilées: que lorsque l'on aura montré les véritables rapports de ces phénomènes avec les lésions des organes et les symptômes ou les signes extérieurs.