‹ Causes générales des maladies chroniquesChapitre 26 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Inefficacité du .traitement préservatif de la phthisie pulmonaire.

On n'a point, jusqu'à ce jour, cherché à arrêter les progrès de cette affection à son origine , en adoptant une méthode rationnelle et en suivant un plan bien conçu , fondé sur des données positives et sur des résultats favorables confirmés par l'expérience. On s'est borné à étudier les progrès de la maladie et a en décrire les symptômes avec une minutieuse exactitude. Réduit à un mie entièrement passif, le médecin observe, décrit, ordonne de vains palliatifs. Comment, en effet, éta-

è8â ÏRAÎTEMËNT PRÉSERVATIF

blirait-on une méthode rationnelle alors qu'on ignore les causes générales d'une maladie? Sur quels organes agira-t-on, si l'on n'a aucune notion positive sur le mode d'action de ces causes, et si, dans un déplorable conflit, on les confond toutes entre elles? A travers ces tâtonnements, avec ces connaissances imparfaites , la médecine agissante ne peut intervenir sans danger. Ici encore, c'est la méthode et non les moyens qui manquent.

Il était donc utile d'indiquer la fausse voie que les médecins parcourent, et de démontrer d'une manière rigoureuse, définitive, que ce n'est point sur les poumons, mais sur la peau qu'agissent primitivement les causes générales de la consomption pulmonaire. La première chose à faire, par conséquent, est de rétablir la fonction dont la suspension ou l'activité occasionne, dans la généralité des cas, l'altération de la santé et la production des tubercules. Il suffit, ce nous semble, d'avoir quelque rectitude dans le jugement pour comprendre qu'il est dérisoire d'avancer que la transpiration a une grande importance sur les maladies, lorsqu'on ne fait rien pour en arrêter le développement, et il est temps, comme nous l'avons fait observer ailleurs, de remplacer par les preuvesd'une véritable démonstration, des idées vagues, des opinions mal fondées, qui sont une source abondante d'erreurs dans la pratique médicale.

Il ne serait besoin, pour prouver celle vérité, que d'indiquer les moyens qui ont été proposés pour combattre la consomption pulmonaire; mais

DE LA l'HTHISIE PULMONAIRE. 289

cette ^numération nous éloignerait du but auquel nous tendons; nous nous contenterons de montrer l'insuffisance de ceux qui sont le plus ordinairement adoptés dans les premières périodes de cette affection.

Et d'abord , on ne s'inquiète malheureusement pas assez de placer les enfants en bas âge dans de bonnes conditions hygiéniques. On ignore généralement que les lieux étroits, les rez-de-chaussée humides , les réduits obscurs où ils dorment et vivent presque constamment lorsqu'ils sont en nourrice, les disposent au carreau, au rachitisme, et a une époque plus avancée, aux scrofules et à la phthisie. Ce dont on se préoccupe surtout , c'est de la qualité du lait, de celle des aliments, des soins de propreté, choses précieuses sans doute, mais qui ne doivent point fixer seules toute l'attention des mères de famille. Dans les différents pays que j'ai visités, j'ai eu l'occasion de constater les effets de cette fatale imprévoyance. J'y ai vu une foule d'enfants bossus, rachitiques , scrofuleux, phthisiques, atteints d'infirmités incurables, par cette seule raison que leurs parents les avaient envoyés en nourrice dans des lieux insalubres , dans des maisons humides et froides, où le soleil n'avait que rarement accès.

La même inintelligence préside à leur éducation dans un âge plus avancé. On les retient trop longtemps dans les habitations : ils ne s'exposent point assez souvent à l'air libre et à la lumière, et

il en résulte d'irréparables malheurs pour ceux

d'entre eux qui sont faibles, lymphatiques, issus de parents cachectiques, scrofuleux ou phthisiques. C'est, en effet, ainsi que nous lavons établi précédemment , dans cetle période de l'existence que germent les tubercules dans les poumons, que se développent ces corps inorganiques, qui, plus tard, en amèneront, la désorganisation. La raison et l'expérience s'uqissent pour démontrer qu'il y a un intérêt immense a prolonger à la campagne le séjour de ces enfants, jusqu'à ce que leur constitution ait éprouvé des modifications favorables.

Arrivés dans les villes, les enfants lymphatiques ne doivent point rester continuellement dans des salles d'étude, y pâlir sur des livres. La jeune fille ne peut passer presque tout son temps assise devant un piano ou courbée sur une table. Négliger son éducation physique serait l'exposer aux plus graves périls. On lui permet bien à la vérité des promenades chaque jour, mais elles ne sauraient remplacer l'exercice h l'air libre, ni la gymnastique, auxquels il est important d'ajouter une alimentation nutritive, composée en grande partie de substances animales.

Si l'élève devient pale, si ses traits s'allèrent, s'il maigrit, si une petite toux se manifeste, on se borne à suspendre les études et à lui prescrire les béehiques et le régime. Souvent ces symptômes disparaissent pour se reproduire à une autre époque avec plus d'intensité. La santé demeure, chancelante; puis se montrent les signes précurseurs de la phlhisie; la lou\ est plus opiniâtre; la faiblesse

DE ËA PHTHISÏE PULMONAIRE. 291

et la maigreur s'accroissent, \iors on examine la poitrine avec plus d'attention; on y constate une lésion plus ou moins profonde du poumon; alors seulement on suspend définitivement les études; on s'empresse d'ordonner desloochs, des juleps, des tisanes, des pâtes pectorales; on applique au bras \m vésicatoire ou un cautère; on prescrit le lait d'ânesse!... C'est-à-dire qu'on cherche, quand il n'est plus temps, à combattre les symptômes d'une maladie devenue incurable, parce que ses causes générales ont été méconnues. C'est à son origine qu'il fallait lutter avec le mal, en rétablissant les fonctions delà peau, non par des exutoires, mais par un exercice actif et passif, par des révulsifs puissants qui seront indiqués ultérieurement; il fallait se garder en outre d'augmenter la faiblesse du malade par une foule de débilitants parmi lesquels on peut compter l'application réitérée des sangsues, ainsi que le lait d'ânesse qui introduit dans les vaisseaux une assez grande quantité d'acide lactique qui prédomine déjà dans l'économie, par suite de la suppression de la sécrétion acide delà peau chez les phthisiques.

L'expérience a déjà montré l'inutilité d'un semblable traitement, et une théorie positive achève de nous en dévoiler le vice radical. Des praticiens fort éclaires prescrivent l'usage de la chair des animaux adultes dans le cours de la consomption pulmonaire, quand l'état des malades le permet. Mais il est certain que les moyens les plus énergiques ont été négligés jusqu'à ee jour, et que les

méthodes les plus opposées sont usitées dans la pluralité des cas. Le traitement de la pbthisie finit ordinairement comme il aurait dû commencer. On recommande l'air de la campagne à des moribonds; on envoie les phthisiques en Italie ou dans le midi de la France, alors que tout espoir est perdu, et il arrive même parfois que les malades succombent avant d'arriver à leur destination. Dans ce traitement tout est interverti; on dirige vers les poumons des moyens qui devraient avoir d'abord pour but d'exciter les fonctions de la peau. Ainsi l'on s'est servi, pour calmer la toux et pour apaiser l'irritation pulmonaire, de fumigations de plantes balsamiques, de l'évaporalion de l'eau, du séjour dans les étables, et l'on sait que Broussais avait souvent recours à une application de sangsues audessus des clavicules pour s'opposer aux progrès de l'irritation bronchique. En pratiquant cette dernière méthode, on ne détruit pas les tubercules, mais on calme quelquefois l'irritation que leur présence y introduit.

En d'autres circonstances, on a cherché à éliminer la matière tuberculeuse à l'aide d'émétiques et de purgatifs, et plusieurs faits témoignent que les efforts de la médecine n'ont pas été toujours infructueux, On voit que ces tentatives se sont dirigées tantôt vers les poumons, tantôt sur le tube digestif, mais bien rarement sur la peau. Je ne parle pas, en effet, des cautères et des vésicaloires, révulsifs insignifiants qui peuvent contribuer à empêcher le retour d'une maladie, mais qui ne

Page 1