‹ Causes générales des maladies chroniquesChapitre 35 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des professions.

Si la connaissance de plusieurs langues, et surtout des langues vivantes est, à juste titre, considérée comme un complément indispensable de toute bonne éducation, il est permis de se demander pourquoi on n'a point cherché jusqu'à présent à assurer l'avenir des ouvriers, à les soustraire aux

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chances incertaines et si souvent funestes du coinmerce et de l'industrie, en leur faisant apprendre plusieurs professions. En effet, en écartant même la considération toute-puissante de bien-être, il serait facile de prouver, au point de vue hygiénique, qu'il faut nécessairement donnera l'homme, dans toutes les conditions où il se trouve placé, les moyens d'exercer ses membres et ses facultés ; l'existence sédentaire étant une cause permanente de maladie et de destruction. L'antiquité, qui a remué toutes les idées, entrevu toutes les vérités, posé la base de toutes les doctrines, l'a dit avant nous par la bouche de ses philosophes : Platon et Sénèque; Montaigne, au moyen âge; Locke et J.-J. Rousseau, dans les temps modernes, ont compris que l'homme n'est pas destiné par la nature à languir dans le repos. « Une vie molle, dit Platon, nous remplit <X humeurs malsaines comme des marécages. » Or, cette pensée s'écrivait à une époque où la physioloige était encore au berceau. Sénèque voit dans l'exercice corporel le meilleur sudorifique. Montaigne observe qu'il ne suffit point de raidir l'âme, qu'il faut aussi raidir les muscles et accoutumer l'enfanta tout pour en faire, non un dameret, mais un garçon vert et vigoureux. Locke conseille a un gentilhomme d'apprendre un métier mécanique. Suivant lui, les sciences et l'étude des langues ne sont pas les seuls objets dignes de l'attention des hommes; il veut qu'il* s'initient aux professions du tourneur, du jardinier, du forgeron,

du charpentier, qu'ils cultivent tous les arts utiles, en choisissant de préférence ceux qu'on exerce en plein air, parce qu'ils rendent et plus sains, et plus adroits, et plus forts. L'agriculture, notamment, a fixé l'attention de ce médecin philosophe; il rappelle que Gédéon, parmi les Juifs, Cincinnatus, chez les Romains, greffaient des arbres ou conduisaient la charrue. J.-J. Rousseau enfin, ce rêveur si admirable, qui, ainsi que nous l'avons dit déjà, a mêlé à ses sophismes tant d'idées judicieuses et profondes, proclame éloquemment la nécessité d'enseigner aux enfants une profession mécanique. Appliquant les principes de Locke, il fait apprendre la menuiserie à son Emile, et lui donne la connaissance pratique de l'agriculture.

A l'opinion, à l'expérience, aux sages préceptes de ces hommes illustres, j'ai ajouté une démonstration rigoureuse et mathématique; j'ai prouvé que l'homme doit vivre dans l'état de liberté, en exerçant énergiquement ses membres; qu'il est contre nature, illogique et inhumain de l'asservir à des conditions d'existence qui le condamnent à passer sans intermittence ses jours dans un bureau, une étude, un atelier, iut-ce même dans les appartements les plus salubres. Les conséquences de celte inertie physique , les femmes surtout, par leur destination sociale, sont exposées a les ressentir; et quels dangers ne courent point celles qui restent pendant de longues heures, chaque jour, immobiles devant un comptoir, ou qui languissent dans

les occupations uniformes el sédentaires du ménage! Que de beautés prématurément flétries, que d'existences promptement dévorées !

Tout homme a constitution lymphatique, et par conséquent impropre à des travaux qui remplissent la vie entière, devra s'adonner à l'exercice modéré du jardinage : celui qu'une hérédité fatale dispose à la consomption pulmonaire fuira les habitations, se livrera à la chasse, à l'équitation, à l'agriculture; il prendra du service dans la marine s'il est pauvre, ou voyagera une partie de sa vie s'il est riche. De propriétaire, il deviendra fermier dans des climats où l'air est sec, dans des lieux élevés où il est actif. On ne saurait trop insister enfin pour que l'horticulture soit mise au rang des occupations indispensables, dans les couvents, dans les séminaires, dans les hospices déjeunes filles et dans les pénitenciers.

L'état militaire ne convient point aux personnes prédisposées à la phthisie, car le service auquel les soldats sont assujettis rend, notamment chez les fantassins, cette affection très-fréquente. Il y aurait dès lors intelligente sollicitude et haute prévoyance a ne point admettre dans les cadres de l'armée de terre les jeunes gens issus de parents phthisiques, ceux nés dans des contrées très-humides ou sur des plages marécageuses, non plus que les ouvriers étiolés par le séjour d'ateliers froids et malsains. On remarqué en effet qu'un grand nombre de tisserands élevés en Flandre, et incorporés dans l'armée belge, finissent par succomber

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