‹ Causes générales des maladies chroniquesChapitre 34 sur 59 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Oe l'éducation physique.

L'éducation physique est plus indispensable que l'éducation intellectuelle, car la santé est le premier de tous les biens, la vie le plus précieux de tous les dons. Ce n'est pas une âme qu'on dresse, dit Montaigne, c'est un homme. Les Grecs, sous ce rapport, comme sous tant d'autres, sont en droit de servir de modèles. Adonnés avec une égale ardeur aux exercices du corps, aux travaux de la pensée, ils nous ont offert ce que la force physique

a de plus étonnant, la beauté de plus admirable, le courage de plus éclatant, le génie de plus supérieur. Chez eux la gymnastique a été en grand honneur, et le développement du corps ne fut point sacrifié à celui de l'esprit; mais ils ont marché parallèlement , se servant de délassement, de pondération réciproque. En effet, exercer incessamment l'organe de l'intelligence et laisser les autres dans l'inactivité, c'est manquer aux lois de la nature, frapper la constitution d'une atteinte profonde et préparer aux hommes de précoces infirmités. Nous avons prouvé déjà que l'éducation des jeunes filles dans les hospices est pour elles une véritable condamnation à mort. Privées de lumière et de mouvement, on les voit s'y étioler, languir, se déformer, puis mourir : si tous ces inconvénients ne se retrouvent au même degré ni dans les collèges, ni dans les pensions, ce n'est pas une raison de nier le péril des études prolongées et de la vie sédentaire; car ici les conditions ne sont plus les mêmes, les jeunes garçons étant préservés de tels dangers par leurs jeux bruyants et leurs récréations actives.

J.-J. Rousseau qui, malgré ses hardis paradoxes et ses nombreuses erreurs, a deviné, par un instinct philosophique, des vérités que la science a depuis consacrées par le flambeau de l'observation et la pierre de louche de l'expérience, a indiqué avec une chaleureuse énergie les effets d'une éducation exclusivement intellectuelle : « Que faut-il donc penser, a-t-il dit, de cette éducation barbare

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qui sacrifie le présent à un avenir incertain, qui charge un enfant de chaînes, et commence par le rendre misérable pour lui préparer au loin je ne sais quel prétendu bonheur, dont, il est à croire qu'il ne jouira jamais? Quand je supposerais cette éducation raisonnable dans son objet, comment voir sans indignation de pauvres infortunés soumis a un joug insupportable, et condamnés à des travaux continuels comme des galériens, sans être assurés que tant de soins leur seront jamais utiles? L'âge de la gaieté va se passer au sein des pleurs, des châtiments, des menaces, de l'esclavage. On tourmente un malheureux pour son bien, et l'on ne voit point la mort que l'on appelle et qui va le saisir au milieu de ce triste appareil. Qui sait combien d'enfants périssent victimes de l'extravagante sagesse d'un père ou d'un maître! »

Ces réflexions sont surtout applicables aux enfants faibles, lymphatiques, prédisposés aux scrofules et à la phthisie pulmonaire. On ne doit point oublier que c'est presque toujours avant l'âge de douze ans qu'a lieu la formation des tubercules dans les poumons, et que ces fatals germes d'hérédité en préparent la destruction. Soumettre, avant cet âge, ces enfants a des occupations d'esprit sérieuses et prolongées, c'est les conduire presque inévitablement au tombeau. Jusqu'alors, leur éducation doit être exclusivement physique; ce n'est qu'à quatorze ans que peuvent, sans danger, commencer pour eux, comme pour l'Emile de Rousseau, les études classiques, les jeux à l'air libre, les

courses à la campagne, la gymnastique, plus tard l'escrime et l'équitation, enfin le choix de professions actives, telle est Tunique sauvegarde, la seule ressource puissante offerte à ces organisations tristement prédestinées.

Malheureusement , on méconnaît aujourd'hui Jes avantages de ce système d'éducation. La population qui, dans les grandes cités, sort des collèges, des pensions, des séminaires, se compose en général de sujets étiolés, amaigris, peu robustes, et disposés, moins par la nature que par des éludes inopportunes et une retenue imprévoyante, à la phthisie et aux maladies chroniques. Un fait constant, c'est que dans la plupart des maisons d'éducation , on accorde trop peu de temps, chaque semaine, aux récréations corporelles. Suffit-il donc de permettre aux jeunes gens de mouvoir alternativement les jambes et les bras, de se promener dans un jardin , dans des allées, sur les boulevards, comme des convalescents ou des personnes qui suivent un convoi funéraire ou une procession? Non sans doute, car l'âme et le corps doivent être delà partie; il faut que, dans leurs exercices, les enfants s'abandonnent à des émotions joyeuses , dont les effets expansifs et sudorifiques sont si manifestes et si précieux; qu'ils marchent au pas accéléré et jouent sans contrainte, comme les jeunes animaux que guide un heureux instinct; qu'on éveille en eux pour le plaisir une même émulation que pour le travail; qu'on indique un but à leurs Jeux, une récompense honorifique à leurs efforts;

qu'on choisisse enfin de préférence la barre, la paume, la balançoire, tous les exercices qui développent les formes et les embellissent. D'intéressantes études peuvent ressortir de ces divertissements frivoles. Dans leurs excursions fréquentes, les enfants recueilleront les premiers éléments de la botanique, de la minéralogie, de la géologie, et ils seront soumis, durant les récréations, à l'influence vivifiante de l'air libre et de la lumière sur des plateaux élevés et sur des montagnes. Ajoutons que les courses à la campagne seront préférées dans la belle saison, et la gymnastique pendant les jours pluvieux de l'hiver.

C'est ainsi qu'on éloignera des maisons d'éducation les scrofules, la phthisie et la mort; c'est ainsi qu'en fortifiant la constitution dans le premier âge, on aura une génération plus forte, plus robuste ♦ exempte d'une foule de maladies et d'infirmités.

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