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CHAPITRE XV

Des eaux minérales.

L'efficacité de ces eaux est connue dès la plus haute antiquité : Hérodote parle des Thermes de la Thessalie, qui ont donné leur nom aux Thermopiles, montagnes célèbres, où Hercule avait un temple : il était naturel, en effet, que Ton consacrât au dieu de la force des eaux qui avaient la propriété de rendre la vigueur aux corps épuisés.

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Mais si l'hygiène peut, à juste titre, comprendre les eaux minérales parmi ses moyens préservatifs et curatifs les plus puissants, trop souvent la médecine n'a recours à leur action que lorsque le mal est incurable. Les malades n'ont plus de chances de guérison; la science commune est impuissante; les médecins ont usé de toutes leurs ressources; alors ils conseillent l'emploi des eaux. C'est, dit Stahl, la justification de leur ignorance; car si ce mode de traitement demeure stérile, ils ont le droit de supposer que la maladie était réellement inguérissable. Grave erreur, ignorance funeste! Un grand nombre d'affections, susceptibles de modifications salutaires, sont aggravées par l'usage intempestif des eaux minérales, et il est impossible d'être entièrement de l'avis de Bordeu, qui regarde comme sans remède toute maladie que ces eaux n'ont point guérie. Cette maxime, généralement vraie, offre une foule d'exceptions.

Il est de toute évidence que si Ton appliquait les eaux minérales au début des affections chroniques, ou plutôt en leur temps d'incubation, on obtiendrait des guérisons qui deviennent irréalisables quand tous les moyens ordinaires de l'art ont été tentés sans succès. Qu'espérer de ces eaux, lorsque la phthisie pulmonaire est arrivée à sa troisième période? Mais si, au lieu de lutter contre la mort, on s'adressait à la vie qui n'est que menacée, non irrévocablement perdue; si quand la prédisposition à la consomption pulmonaire apparaît, on ordonnait les bains de mer, puis de préférence, quand

la formation des tubercules est imminente, les eaux thermales, on n'attribuerait plus alors à ces eaux une action imaginaire , mais des vertus précieuses, réelles, indéniables.

Quoi qu'il en soit, les plus justement recommandées contre la phthisie sont celles de Bonnes, village situé dans les Basses-Pyrénées, à sept lieues de Pau, du Mont-Dor, de Cauterets, d'Ems, près de Coblentz, d'Ax, non loin de Tarascon, et d'Aix en Savoie, car elles peuvent non-seulement prévenir, mais combattre les affections tuberculeuses.

D'autres sources pourraient sans doute produire aussi d'heureux effets dans leur traitement préservatif, comme devenir éminemment dangereuses lorsque la consomption est déclarée; mais on ne possède encore à leur égard que de vagues données, et l'on doit, faute de renseignements positifs, se contenter des résultats les plus manifestes de l'expérience.

Les sources les plus actives, Cauterets, Aix, Lu~ chon, Bagnères de Bigorre, seront choisies par les personnes robustes, ayant de l'embonpoint et qui n'éprouvent encore que des prédispositions; les moins actives, Bonnes, Ems, Aix et le Mont- Dor obtiendront la préférence, lorsque les malades seront maigres, affaiblis déjà, affectés d'une phthisie au premier et même au second degré. Ces distinctions sont d'une haute importance dans la pratique. « Il faut, dit M. Isidore Bourdon dans son intéressant cuivrage sur les eaux minérales, citer la phthisie pulmonaire au rang des maux qui ré-

clament impérieusement l'usage des Eaux-Bonnes; mais il ne faut pas trop ajourner ce voyage lorsqu'on est menacé de devenir poitrinaire. Pour peu qu'on éprouve de petites douleurs dans la poitrine, qu'on soit un peu haletant, un peu maigre, particulièrement si l'on est souvent enrhumé, si de légers rhumes durent longtemps; si quelquefois on a rejeté un peu de sang, si la voix est faible, la toux fréquente, la gorge douloureuse; si la glotte est sujette à s'irriter, si l'on rend le matin de petits flocons grisâtres ou de petites boules ressemblant à de la pomme de terre cuite; si l'on voit, parmi l'expectoration, comme des grains de riz crevés, vite alors il faut courir à Bonnes par un beau temps et un doux équipage. »

Lorsqu'il y a maigreur, faiblesse et une grande excitabilité, l'action particulière de ces eaux est propice pour les maladies chroniques; elle remédie aux pâles couleurs, à certains engorgements d'entrailles, aux gastralgies, surtout aux catarrhes pulmonaires etauxphthisies laryngées. On les conseille aussi (en boisson presque exclusivement) dans les affections scrofuleuses et les difformités de la taille. Toutefois les eaux de Cauterets ont des résultats hygiéniques plus rapides et plus complets pour les malades dont la constitution est assez forte encore pour les supporter. Mais pour les eaux minérales comme pour les bains de mer, il est des auxiliaires puissants, indispensables; ce sont les courses dans les montagnes, les promenades fié* quenles, un air pur et le soleil du Midi. Les

mêmes observations se reproduisent dans l'emploi de l'eau, quelle que soit sa nature.

La France n'est pas le seul pays en Europe qui offre, sous ce rapport, à la médecine d'efficaces secours. L'Allemagne et l'Italie ont des eaux dont la célébrité se fonde sur des cures éclatantes et nombreuses. Qui ne connaît les vertus des sources d'Aix-la-Chapelle, deCarlsbad, deTœplitz, de Bade, de Viesbaden , d'Àix en Savoie? Celles d'Acqui, à dix lieues de Gènes, vantées par le docteur Bertini, ont été reconnues comme souveraines dans les maladies chroniques de la tête, la somnolence, la distorsion delà bouche, le tremblement, les vertiges, la paralysie des extrémités, l'asthme spasmodique, en un mot, dans toutes les névroses sans pléthore générale, et même dans la phthisie si elle n'est pas accompagnée d'une trop grande émaciation. Lesaffections lentes des organes de l'abdomen, la débilité de l'estomac, les obstructions du foie et de la rate, les coliques flatulentes, la néphrite, les flux muqueux, l'arthrite, le lombago, la sciatique, la carie des os, les ulcères fongueux, fistuleux, dépendant des vices scrofuleux et scorbutique, et plus spécialement la lèpre, Téléphanliasis et les maladies dartreuses doivent aux eaux d'Acqui, ou une entière guérison, ou une amélioration très-sensible. Au reste, nos eaux thermales ne leur sont point inférieures, comme le prouvent les programmes des médecins français.

On ne doit point dissimuler d'ailleurs que leur application exige beaucoup de savoir, de discerne-

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ment et de prudence. Il faut prendre en considération l'âge , le sexe, le tempérament, l'état des forces, les périodes plus ou moins avancées des maladies, les complications qu'elles présentent, si l'on ne veut rencontrer des mécomptes et essuyer des revers.

L'action excitante des eaux minérales se manifeste dans toutes les fonctions; grâce à elles, l'économie est vivifiée , les sécrétions se rétablissent ; la terminaison des maladies est annoncée par des évacuations critiques; par la diarrhée , des urines copieuses, des sueurs abondantes et des éruptions cutanées de diverses formes. Tout semble indiquer encore que c'est vers le système tégumentaire que se portent, dans la généralité des cas, les efforts de la nature. La vie active, aimable et riante, qu'on mène aux eaux, entre, comme nous l'avons dit déjà, pour beaucoup dans la rapidité des guérisons; et Ton conçoit aisément quels doivent en être les avantages pour les jeunes filles qui ont eu trop longtemps une existence intellectuelle dans leurs pensionnats, pour les jeunes gens dont les études opiniâtres ont affaibli la constitution, pour les femmes qui ne sortent qu'en voiture, et pour les hommes renfermés une parlie de l'année dans leur cabinet.

Quels que soient cependant les bienfaits des eaux minérales pour la santé , il y a de nombreuses lacunes à remplir touchant leur action hygiénique ou préservatrice. Quant à leur action médicale ou eurative, la question est encore trop obscure, les

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documents trop restreints, les observations recueillies trop incomplètes, pour que le médecin éloigné des sources puisse, dans son ignorance, en prescrire l'emploi avec à-propos et succès. Un fait cité par M. I. Bourdon en fournit suffisamment la preuve : « En i833, dit-il, le doyen de l'école de médecine de Paris , fort affaibli par ses études et ses travaux, consulta les plus célèbres praticiens de la capitale. Plusieurs opinèrent pour les eaux minérales, et le plus grand nombre de ceux-ci pour Cauterets. Un des consultants les plus écoutés, parmi les différentes sources de cette localité, donna la préférence au Maouhourat , ajoutant qu'il fallait non y boire mais s'y baigner. Lors donc que le savant malade fut arrivé à Cauterets, il s'empressa de s'informer de la source du Maouhourat et de la visiter. 11 chercha des yeuxl'établissementdebains... Pas d'établissement! Il demanda à se baigner; on se mita rire. Il aperçut enfin, après avoir gravi la montagne, un mince filet d'eau sortant d'une fente de rocher et s'allant perdre dans le gave voisin, là fort bruyant. On lui dit que c'était le Maouhourat. 11 se demanda alors avec surprise comment Fillustre collègue avait pu lui conseiller de s'aller baigner, deux cents lieues loin de Paris, juste à la source la moins propice et la moins accessible de la terre. » Un traité à la fois hygiénique et médical est donc indispensable, on le voit, pour diriger les praticiens qui n'ont sous ce rapport que des notions vagues et incertaines, Ce code devrait être composé, avec le concours des inspecteurs des eaux minérales, par

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un médecin étranger à des intérêts de localité, et qui ne pût plaider pro domosuti. En outre, pour que cette statistique comparée fût établie dans les conditions d'exactitude nécessaires , il faudrait que ces inspecteurs reçussent de l'autorité l'ordre d'ouvrir un registre où seraient décrits avec soin :

j° Les signes précurseurs des maladies et la date de leur invasion;

c2° Les symptômes graves qui les ont caractérisées, les anomalies qu'elles ont présentées par suite des divers traitements employés pour les combattre;

3° Les changements qui se sont manifestés pendant la saison des bains;

4° L'état des malades et des convalescents après cette saison ;

5° Leur nom. leur âge, leur tempérament, leurs professions et leurs habitudes sociales.

De bons esprits ont déjà compris l'importance de tels travaux et la nécessité d'en accroître le nombre par une attention méritée, de justes encouragements, k 11 est, dit Alibert, une multitude de maladies qui pourraient être combattues aussitôt après le développement des premiers symptômes, et l'on perd le fruit que Ton pourrait retirer de l'emploi des eaux minérales, en ne les mettant en usage qu'après avoir épuisé les malades par d'autres remèdes, et quand l'affection est profondément invétérée. » Ce médecin célèbre ajoute que C est en négligeant de tracer avec fidélité l'histoire des maladies depuis leur origine, et d'en observer

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