‹ Causons du pays et de la colonisation [microforme]Chapitre 12 sur 30 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

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tous les hommes en état de porter les armes apprenaient le métier de soldat, sans sortir de chez eux. En peu de temps, les Canadiens devinrent de parfaits tireurs et ils * l'ont prouvé plus tard dans les guerres si nombreuses de la colonie contre les Sauvages et contre les Anglais. Si nous étions restés à la simple vie des champs, éloignés de la connaissance de l’art militaire, nous eut-il été possible de résister, comme nous l'avons fait, aux troupes qui ont cherché s1 souvent à nous-envahir? Non, certainement. Voilà donc un côté du caractère de nos pères qui mérite d’être compris. Alors que nous n’étions que six mille âmes dans tout le pays, c’est-à-dire moins que la population de Sorel à présent, chaque homme était capable de se défendre militairement et de repousser l'ennemi. Maïs on ne s’en tint pas à ces précautions ; l'esprit guerrier des Canadiens les porta à attaquer, et bientôt ils semèrent la terreur à l'étranger. Frontenac, soldat éprouvé, avait vite compris nos habitants. Il apprécia l’étoffe dont ils étaient faits — et on peut dire que c'était de l’étoffe du pays.

— Justement, riposta le notaire Fortin, d'où cela vient-il ‘* l’étoffe du pays P”

— Mon cher, les premiers Canadiens savaient tous f tisser la laine, le lin et le chanvre. Talon encouragea ces industries et quand Frontenac arriva, nos femmes

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savaient fabriquer la bure grise que nous appelons étoffe du pays parce que c’est de la laine prise sur nos :1outons, flée dans nos demeures et tissé au métier parmi nous et de nos mains. Le capot des Canadiens, c’est le caban du marin, allongé et muni d’un capuchons, de plus la ceinture qui le tient fermé sur nos personnes est imitée de celle des Sauvages. Vous voyez donc que le capot canadien est tout à fait canadien, Ce fut l’uniformé de nos milices. L’hiver, les souliers mous aux pieds, le capot bien ceinturé, la tuque de laine sur la tête, des mitaines aux mains, les raquettes aux pieds, le fusil suspendu à l'épaule, nos miliciens s’en allaient faire des marches de quelques centaines milles et tombaient sur l'ennemi comme des guêpes sur le corps d’un pauvre homme.

— Vous avez parlé de l'influence française parmi les Sauvages du temps de Froutenac.

— Elle a été prépondérante, Les coureurs de bois, tels que Nicolas Perrot, Duluth et autres se répandaient au loin au milieu des peuples qui ne nous connaissaient que de nom et les engageaient à se rallier à la colonie française des bords du Saint-Laurent. Les missionnaires secondaient et même dévançaient souvent les laïques dans ces entreprises, car il ne faut pas se figurer que les Jésuites et les Récollets se bornaient à prêcher l'Evangile ;

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ils étaient patriotes, ils travaillaient pour répandre le sentiment français à côté de la doctrine religieuse. Nous devons à ce clergé apostolique beaucoup plus que

l'on ne pense. Sans les robes noires, la tâche de nos interprètes et de nos agents chez les Sauvages n’eut pas réussi de moitié. Rendons à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire au clergé dans le cas actuel.

— Je serais curieux, dit Octave Dionne, de m'expliquer pourquoi Frontenac donna l’ordre au Père Marquette et à Louis Jolliet d'aller découvrir le Mississipi, On connaissait donc ce fleuve puisqu'on le nommait par son nom ?

— Sans doute ! Il sort des territoires qui sont au sud du lac Supérieur et se dirige vers le sud directement. Il fallait descendre son cours, savoir où 1l allait et dresser la carte des contrées qu’il traverse. La découverte du Mississipi fut un événement de toute importance.

Elle ouvrit à la civilisation française un pays grand comme l’Europe. Un grand commerce de fourrures nous récompensa tout d’abord de cette belle démarche. Par la suite, nous occupâmes le paÿs et les nations qui l'habitaient furent obligées de s'entendre avec nous. Ce ne sont pas là des bagatelles dans l'histoire du Canada, aussi devons-nous être fiers de ces découvertes et des avantages que nos pères en retirèrent,

le l — D'après ce que j'ai lu, le comte de Frontenac

a. demeura ici de 1672 à 1682, dix ans, et repartit disgracié, | Je È C'est moi qui posait cette question parce que je ne | äs L m’expliquais pas trop bien les circonstances de ce rappel. 1S L — Tenez, me répondit le juge de paix Gagnon, c’est | à simple comme bonjour, bien que les historiens mettent

de la finesse daus tout cela. Frontenac ne s’entendait | pas 1-. l’intendant Jacques Duchesneau et tous deux

" furent demandés en France. Le roi avait donné à | "4 lintendant des pouvoirs très grands, si bien que le | ki gouverneur ne savait plus qui était à la tête de la colonie. | Ces deux personnages avaient fini par se créer des | d partisans, Il y avait lutte entre tout ce monde-là, ce | . qui n’avançait pas les affaires. De guerre lasse, Louis " XIV rappela l’un et l’autre. Colbert mourait. Celui- | : là eut pu arranger les choses, mais quelle nation a jamais ù possédé un ministre capable de. continuer l'œuvre de L 5 Golbert ! Nos beaux jours étaient finis, car M. de la | | Barre qui succéda à Frontenac était un faiseur d’embarras, : et M. de Meulles qui remplaça Duchesneau ne savait k ii que se faire valoir en méprisant les colons. e | | —— Si le pays était tranquille le gouvernement devait s marcher tout seul, observa lé curé, ?

— Il marchait sans dificulté, en effet, mais M. de la Barre entreprit le commerce pour son compte et brouilla les affaires. Les Iroquuis se montrérent mécontents,

On les froissa de plus en plus et même le gouverneur s'en alla avec une armée pour les mettre à l’ordre. Jamais nous n'avions commis une faute aussi grave. Les Iroquois se moquèrent de nous et M. de la Barre s’en revint humilié, puis fut rappelé en France avec M, de Meulles, en 1685.

— J'aurais cru qu'il était facile d’écraser les Iroquois,

— Oui ei non. Par une vigoureuse êt rapide campagne, oui. Mais en y allant mollement, ce n’était pas possible. D’autant plus que les Anglais appuyaient les Cinq-Nations en leur fournissant des armes. Les Anglais désiraient pousser leur traite vers les grands lacs et jusqu’au centre du continent. Ils ne le pouvaient faire qu’en aidant les Iroquois dans leurs guerres contre les Français et les nations de l’ouest, comme les Illinois, par exemple.

— Alors c'était donc de la diplomatie, de la politique ?

— Oui, de la haute politique, que Frontenac comprenait mais que de la Barre ne concevait pas. Lorsque la faute fut commise, il n’y avait pas moyen de la réparer.

— Pourtant, si l’on eut ramené Frontenac…

— On ne le fit pas. Ce fut M. de Denonvillé qui viüt, Un autre ‘ncapahle, honnête homme qui ne se mêla pas de commencer pour son compte.

- — Il a échoué, lui aussi P — Rondement, carrément, sur toute la ligne, en vraie

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mnt | Pic mazette ! Figurez-vous qu’il conduisit les troupes contre

les Iroquois, et en route s'empara par tricherie de plusieurs chefs Iroquois et les envoya aux galères en

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France, au lieu de chercher à se concilier ce peuple. Il ravagea, il est vrai, un canton appartenant à ces Sauvages, mais son expédition n’eut pas l'effet extraordinaire qu'il en attendait. En se retirant, il laissa ses ennemis plus puissants que jamais et plus déterminés à se défendre que par le passé.

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Le roi rappela ce’ gouverneur embarrassant. La situation en Europe devenait critique. Guillaume d'Orange prenait le trône d’Angleterre, ce qui amenait j des hostilité avec la France, aussi la guerre se déclara-t-

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