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plan fut adroitement conçu : quelques centaines d'hommes devaient aller faire la chasse sur l’Ottawa, depuis le Long Sault en remontant et, vers le 5 ou 6 mai 1660, lorsque le fleuve serait débarrassé des glaces, ils iraient attaquer Montréal par le nord tandis que cinq ou aix cents autres Iroquois l’attaqueraient par le sud. Il n'y a pas à douter du succès de ce coup de main, s’il eut été exécuié. Après Montréal, la bourgade des Trois-Rivières était emportée, et ensuite le petit fort de Québec qui ne pouvait tenir longtemps.
Mais la Providence se servit d’un moyen inattendu et à la fois héroïque pour détourner la rage des Iroquois. Des chasseurs, probablement, avcertirent les gens de Montréa! de lipparition des [roquois dans la vallée de l'Ottawa. Chacun comprit que à la fonte des neiges, ces féroces courcurs des bois, descendraient la rivière. Un jeune officier, du nom dr Adam Dollard des Ormeaux conimandait alors la garnison de Montréal composée seulement de dix-sept hommes ; il se détermina d'aller au devant des Iroquois et partit malgré les conseils des principaux habitants de la place. Le premier mai, Doilard arrivait à Carillon, su pied des rapides, avec dix-sept Français, quarante Hurons et six Aigonquins. Le lendemain on aperçut les froquoïis et la bataille
commença immédiatement. Doïlard s’était mis dans un
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endroit entouré de pieux que des Algonquins avaient plantés pour se mettre à l’abri lorsqu'ils campaient en ce lieu, et il se défendit si raidement que les ennemis envoyèrent chercher la seconde moitié de leur armée qui se préparait à fondre sur Montréal. Le ro mai, tous les Iroquois, au nombre cle sept cents, étaient réunis autour de méchant fort de pieux où Dollard et ses compagnons chantaient des cantit es, tiraient des coups de fusils, adressaient d:s prières au ciel et se préparaient à la lutte suprême. Ce ne fut que le 27 mai que les Iroquois triomphèrent. Il ne resta pas un homme vivant de ceux qui défendaient ie fort, excepté deux ou trois Hurons qui parvinrent à s’enfuir om ne sait comment,
La résistance de cette poignée de braves inspira aux Iroquois une crainte salutaire. Ils abandonnèrent le projet de conquête dont nous avons parlé — et la colonie toute entière fut sauvée, car en ce moment le roi de France prenait des mesures pour envoyer des troupes en Canada.
Et les missionnaires au milieu de tout cela? Les missionnaires travaillaient partout où ils pouvaient pénétrer. Il n'y a pas de distance, ni de danger pou ces soldats de la religion. Ils se sacrifient pour la conversion des âmes. Le royaume de Dieu couvre toute
la terre, aussi les semeurs de la parole divine vont
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toujours, sans s'arrêter, sans craindre — et ils se jettent
dans le martyre lorsque cela est nécessaire à l’accomplissement de l’œuvre religieuse et civilisatrice.
Le cardinal Mazarin, premier ministre, étant mort au milieu de ses iriomphes, laissait la France glorieuse au jeune roi Louis XIV et à Colbert, le plus grand ministre que nous avons eu, Colbert prit fait et cause pour le Canada, Dès 1663 il y expédia quelques troupes. En 166% il nous envoya le régiment de Carignan, lun des plus beaux et des plus méritants de toute l’armée française. Ceci changea comme par magie le sort des Canadiens, Nous nous trouvions forts tout à coup et maîtres dans notre pays, En même temps, le roi abolissait les Cent-Associés, prenait le Canada sous sa protection, nous envoyait lintendant Talon, et créait le conseil Souverain de Québec, une sorte de parlement pour administrer la colonie. Bien entendu, les décisions de cette chambre devaient être approuvées par le roi entouré Je 565 ministres avant que de devenir loi, mais c'était ur très grand poirt de gagné sur l’ancien régime des Cent-Associés.
Colbert envoya des experts pour éxaminer les mines dont il avait été parlé durant les années précédentes, Il s'occupa de faire étudier les ressources du pays en
ghnéral. C’est par son influence que le code de lois
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appelé la Coutume de Paris devint la seule loi du Canada, à la place de quatre ou cinq autre: Coutumes qui avaient déjà été adoptées et qui ne pouvaient produire que de la confusion. Le gouverneur général était prié de seconder de tout son pouvoir les missionnaires et les découvreurs qui s’enfonçaient dans les contrées inconnues afin de répandre la morale chrétienne : de nous procuier la connaissance des peuples lointains et compléter l'œuvre de Christophe Colomb, car on ne savait pas encore quelle était j’étendue de l'Amérique. De plus il envoya des commissaires pour visiter les bords du Saint-Laurent et le renseigner à leur retour en France sur tout ce qui concernait la situation, Une fois bien au courant de l'état des choses il nomma M. le marquis de Tracy vice-roi de la Nouvelle-France et ce fut le seul de nos vice-rcis qui vint dans la colonie, A ce propos, laissez-moi vous lire la liste des gouverneurs du Canada durant le dix-septième siècle :
Samuel de Champlain... 1608-1629 NN PE 1633-1035 (1) Marc-Antoine Bras-de-Fer de Chàâ- ‘ CAO unes setentenpanses cnssvsgreiessses 2038-1088 Charles Huault de Montmagny... 1636-1648 (l} Louis d’Ailleboust de Coulonge... .... 1648-1667
Jean de Lauson, essences 1051°1656
4; Le
() Charles de Lauson-Charny..…......…. 1656-1657 (1} Louis d’Aïlleboust de Coulonge...…. 1657-1658 Pierre de Voyer vicomte d’Argenson.…. 1658-1661 Pierre Dubois baron d'Avangour......…… 166-1663 Augustin de Saffray de Mesy..... .. 1663-1665 (l) Jacques Leneuf de la Potenie......... 1065-1665 Daniel de Rémy de Courcelles... 1665-1672 Louis de Buade comte de Frontenac... 1672-1682 Lefebvre de la Barre... ve... 1082-1685 JacquesRené de fMriliiyÿ marquis de
DenbNVi Iles sssssiisssssessssssssoocossooosse 1685-1689 Louis de Buade cointe de Mrontenac.. 1689-1698 Louis Hector de Callières........ .......… 1698-1703
Ceux que je marque ainsi: (l} n’ont été que des
administrateurs.
Les vice-rois, toujours choisis dans la haute noblesse, étaient comme des protecteurs du Canada. Alexandre de Prouville marquis de Tracy, nommé En 1663, arriva à Québec l'été de 1665, avec treize ou quatorze cents hommes du régiment de Carignan-Salières, et fit tout d'abord dévaster le pays des Iroquois. Combattre n'était pas possible puisque ces Sauvages s’enfuyaient à l'approche des troupes, alors il fut décidé de brûler leurs
cantonnéments, forts, magasins, etc. En 1670, la paix
si 85 — était faite et ne partie du régiment repassait en France avec Talon et Salières,
— Qu'allait faire Talon en France P demanda notre ami Brousseau.
— Il allait solliciter des secours pour continuer l’œuvre qu’il avait si bien commencée, Lorsque le roi et Colbert apprirent de sa bouche qu’il y avait plus de six mille âmes dans la colonie (à part les Sauvages) et que la plupart s’adonnaient aux travaux des champs, on se félicita les uns les autres de ce succés,
—- Talon Avait pris la population à deux mille et l'avait rendue à six mille ? Comment cela ?
— Par le ineilleur moyen du monde, Lui et olbert s'étaient adressés aux évêques des districts agricoles du nord de la France pour induire des jeunes et hcnnêtes cultivateurs à aller s'établir en Canada. Le Conseil Souverain de Québec recevait ces ménages, les plaçait, les aidait et en faisait de vrais Canadiens. Lorsque des engagés des compagnies de commerce demandaient des terres, on les protégeait pareillement, Voilà un système paternel, n'est-ce pas ! Et plus d'Iroquois ! La tranquillité, bonne nouiriture, bon logis, bons services religieux, Avec cela on faisait des Canadiens purs sañg — rien des vilaines gens qui sortent des faubourgs
des grandes ville, car ceux-là se faisaient fermer la porte
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au nez. Ah ! c'étaient de fiers hommes que les Talon, Colbert, Courcelles, d’Ailleboust, Boucher, Le Gardeur, Bourdon, Chevalier de Lotbinière, d'Amours, d'Auteuil, etc., qui dirigeait cette émigration.
— Vous avez l'air de dire qu'il venait autant de femmes que d'hommes, fit observer le notaire Fortin.
— Mais oui, répondit M. le curé. Cependant, lorsque l’on accorda aux militaires la permission de sgpur du régiment et de s'établir dans les concessions nouvelles, il y eût un comité spécial qui se chargea de faire venir des jeunes filles pour se marier avec ces colons, puisque d'après Mgr Labelle, pour faire une colonie il faut des colons et aussi des colonnes. Le roi consulta les dames qui dirigeaient les écoles et pensionnats des filles pauvres instruites et entretenues aux frais du gouvernement parce que leurs pères avaient servi dans l'armée, et on nous envoya un nombre suffisant de ces jeunes personnes, qui toutes ont fait honneur à notre société. Vous voyez si nos origines sont dignes de respect. Nous n'avons pas à rougir de nos ancêtres ; loin de là ; .! n’y a jamais eu une colonie fondée aussi respectablement que la nôtre.
… Et que disait encore Talon ?
— Il disait : sire, un Canadien, à l'heure qu’il est, confectionne ses chaussures et tous ses autres vêtements,
Ii se passe des marchandises de l’Europe, sauf des outils
qu’il ne peut fabriquer, comme les haches, les marmites, etc., mais cela viendra. Savez-vous que j'ai établi des manufactures de bière même, vu que les Canadiens ne boivent pas de vin, étant sorti du nord de la France. On fait de très bonne bière à bon marché en ce pays-là, Enfin, tout prospère
M. le curé se mit à rire. Nous allons, dit-il goûter à la bière du sieur Talon, Et ce disant il nous invita à nous rafraîchir... avec modération !
— Vous avez assez parlé, je crois, pour ne pas vous refuser de vous mouiller la luette !
Comme on riait, et comme on jasait dans ces réunions | J'en garderai le souvenir toute ma vie.
— Les Canadiens de 1670 devaient se trouver heureux.
— Sans doute. Mais ils travaillaient fort. Dans les commencements d’une colonie, l’on n’a rien pour rien, Ceux qui avaient des enfants pensaient à l’avenir de ceux-ci, D’autres qui n’en avaient pas allaient se marier. Aujourd’hui encore, c’est la même chose, Et puis, tenez! on adore le sol que l’on a arrosé de ses sueurs.
— J'allais vous demandet combien d'hommes Je régiment nous à fournis,
— Je puis vous dire mieux que cela. Calculez : noûs étions quatre mille âmes en 1666, six mille en 1668, sept
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mille en 1673 ; c’est-à-dire que à l’arrivée du régiment nous formions mille familles, un peu moins plutôt que un peu plus. En 1668-1672 mille hommes quittèrent le régiment pour se faire cultivateurs ou artisans et se marier. A cette époque il vint de France bon nombre de colons qui se trouvent compris avec les anciens et avec les soldats devenus habitants dans le chiffre de sept mille que donne le recensement de 1673, soit si vous voulez treize ou quatorze cents familles dont les deux tiers sortaient du régiment de Carignan. Nous avons lieu d’être fiers de cette origine. Le Canadien est fils de soldat ; il l’a bien montré sous Frontenac, d'Iberville, Hertel, Boisbrillant, Montigny, Callières, Vaudreuil, La Durantaye, Niverville, Beaujeu, Cuulon de Villiers, Dieskau, Montcalm, Lévis, Carleton, Prevost, Rolette, Salaberry, — pour ne mentionner qu’un petit nombre de nos principaux chefs de guerre durant deux siècles ronds.
— Nous en étions à dire que Talon donna au pays une immense poussée vers le progrès. Il s’occupa de toutes les questions qui pouvaient, une fois bien comprises, amener la prospérité et produire la force de la colonie, Sa position était exceptionnelle ici, il cumulait presque tous les pouvoirs, car il était pour opérer des réformes, et l’on sait qu’il y en avait un grand besoin |
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— C'était un financier P.
— Oui, et autres choses encore. C'était un magistrat fils d'un magistrat de génie, de ces hommes qui font des lois justes que la malice ne peut guère ensuite employer pour faire du mal. Talon complétait Colbert,
— Parlez donc aujourd’hui de Colbert et de Talon devant notre population ! personne ne vous comprendra C’est étonnant de voir avec quelle facilité un peuple oublie les souvenirs de son passé, lorsqu'il n’a pas de livres pour les lui remettre constamment en mémoire. Tout Canadien-Français devrait lire l’histoire de son pays, de sa race, de sa paroisse même, si elle est écrite. Il y a un certain nombre de nos gens qui se donnent ce plaisir — car c’est une jouissance — cela date de peu d'années. Le patriotisme devrait nous porter à lire plus que nous ne le faisons généralement. Apprenons à connaître notre passé et à le faire comprendre aux autres nations, car nous n'avons rien à cacher et plus nous nous montrerons tels que nous avons été autrefois moins la malveillance nous cherchera noise, Notre passé est honorable, C’est un sujet d’orgueil pour chacun de nous. Ne permettons à personne, nulle part, en aucun lieu que ce soit, de jeter un blâme, fut-cé le plus léger, sur la race canadienne-française. Il ne s’agit pas de
dire ; ‘que ceux qui ne sont pas coupables nous
lancent la première pierre”, car nous n'avons pas, comme la Madeleine, de faute à nous faire pardonner. Tout est pur dans nos origines et dans les actions de nos pères.
Nous oublions trop aisément et nos travaux et nos gloires. Les livres sont les seuis registres qui parlent à tous de l’histoire du passé. N'ayant pas de livres, nous ne savons pas d’où nous sortons, et par conséquent ce que nous devrions être. Mais, au moy:n des livres, toute vérité historique se révèle — et alors un homme
vaut un homme ! Le peuple qui ne lit pas est daus
l'ombre. Les nations qui lisent sont en plein soleil. Plus que cela : un homme qui lit vaut mille hommes ; celui qui ne lit pas — pauvre homme !
J'en étais là de ma tirade lorsque l’horloge païla.
— Les choses sont réglées, dix heures sont sonnées, allons rous coucher, bonsoir l'assemblée, dit le père Bertrand.
— Chez moi, mercredi soir, dit le docteur Marsil, estce convenu ?
— Convenu, répondit M. le curé. Allons dormir, nous devons être fatigués, car, ce soir, nous avons fondé le Canada.
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CHAPITRE VI 1672-1700. Développement de la colonie. Découvertes. Guerres.
Il était rayonnant le docteur Marsil lorsque ses invités arrivèrent le mercredi soir en compagnie du curé. Je n'ai jamais vu des gens si heureux de se retrouver ensemble que ce cercle des Neuf, maintenant composé de dix membres, ce qui faisait mentir son nom — et ce n’en était que plus drôle, pardine !
Le docteur ne nous fit pas attendre longtemps. je vous avais promis du Frontenac, dit-il, eh bien ! en voici pour quelques minutes au moins, En arrivant au Canada, ce gouverneur entreprit trois grandes choses. 1° l’organisation de la milice, 2° étendre l'influence française sur les Sauvages, 3° découvrir L Mississipi, afin de dominer l’intérieur du continent.
Chaque paroisse fournit une compagnie de milice, commandée par un capitaine. Les exercices avaient lieu le dimanche et les jours de fête. De cette façon,