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les années 1640-1664. Les ‘“ temps héroïques ” recommençaient. Nos ancêtres résistèrent avec vaillance.
— Vous pensez que les imprudences de MM. de la Barre et Denonville furent la cause de cette triste situation ?
— En partie. L'automne de 1689, lorsque M. de Frontenac revint, la guerre était partout. Son premier soin fut d'envoyer de bonnes paroles aux Sauvages de l’ouest, d’établir des patrouilles sur le Saint-Laurent et de préparer trois expéditions contre les colonies angluises, Il réussit dans toutes ces entreprisés.
— Ce qui n’empêécha pas que l'automne de 1690, l'amiral Phips ne mit le siège devant Québec.
— Mais il fut repoussé avec éclat ! Les Anglais avaient fait de grands préparatifs pour s'emparer de Québec, la clet du Canada. Frontenac les battit haut la main, ce qui éloigna le danger de la part des Anglais. Restaient les Iroquoiss MM. de Frontenac et de Callièrés (gouverneur de Montréal) entreprirent de pacifier ces féroces et subtils ennemis, Ils y parvinrent après quelques années, /
— C'est-à dire que les Iroquois, voyant que la paix était faite en Europe, en 1697, entre les souverains français et anglais, se décidèrent à déposer les armes.
— Et Frontenac, qui se mourait, remit à Callières
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le soin de terminer ce long différend aver les Cinq- Nations. Admirez l'adresse de ces Sauvages : au commencement de la guerre entre Louis XIV et Guillaume d'Orange, 1ils avaient pris les armes, et lorsque l’Europe se trouva pacifiée, ils se montrèrent prêts à entrer en négociations pour arriver à une entente amicale,
Ici le docteur Marsil prit une pose solennelle et nous dit : ‘“ Chacun à son poste : nous allons saluer les braves d'autrefois. Un verre de bière, messieurs ?
— Nous en sommes! Avec un morceau de pain et un gram de fromage. A présent, savez-vous que mercredi prochain, c'est le Mercredi des Cendres — nous ne pourrons pas nous réunir.
— La veille, par exemple.
— La veille mardi-gras.
— Bon! Le surlendemain? L’histoire du Canada est autant d’un jour que de l’autre.
— Vous avez raison, fit observer le curé : notre histoire est toujours à sa place. Mais comme vous le dites, il y a temps pour tout. Laissez passer le mardi gras, puis le Mercredi des Cendres et attendons le lundi suivant,
— Chez moi ! exclama le notaire Fortier.
— Chez vous, et que Dieu vous bénisse.
CANADIARA }
Ottaviennle,27
Te oies
La gaîté des Canadiens sera toujours la même, si les Canadiens continuent à s'occuper de Dieu et à rester ce qu’ils sont. | |
Quelle belle race après tout ! Le Canadien est un brave chrétien. Cela rime : Canadien et chrétien. Il
est jovial. Ilest travailleur. Il est entreprenant, Il est
courageux. Il est calme. 11 est homme de parole. Il est fier dé sa nombreuse famille. Il est maître dans son pays. Il se moque des petits sauteurs de comptoir, Il foule du pied une terre libre qui est la sienne. Que diantre voulez-vous de plus ? Je me fais gloire d’appartenir à cette race.
-— Et d'Iberville ! dit le père Mertrand, qui m'écoutait.
— Ah! c'est compris ; d'Ibervilie n’était pas un
homme comme un autre : c'était un grand Canadien, :
Dans son temps, d'Iberville faisait des miracles, à sa manière ; on à dit qu'il était sorcier, parce qu'il s’emparait des navires anglais en les abordant en simples canots d’écorce. {1 n’est pas nécessaire d’être sorcier pour battre les Anglais. D’Iberville fut un marin hors ligne. .Il était né à Montréal ; sa famille demeurait à Longueuil. Son vrai nom était Lemoyne. Aucun Français n’a comme lui défendu les possessions de la France en Amérique. Il a pris et repris les forts
de la baie d'Hudson, a conquis Terreneuve, a couvert de ses armes les côt:s d'Acadie, a voulu s'emparer de New-York (on l'en a empêché en France) a ravagé les Antilles anglaises, a découvert les bouches du Mississipi, a fondé la Louisiane, enfin, a été d’Iberville, le grand marin et l’un des trois ou quatre parmi les plus illustres des enfants du Canada. :
— C’est du temps de Frontenac aussi que Cavelier de la Salle fit ses découvertes, dit l’un de nous.
— La Salle | Quel type ! Il avait la rage de tout savoir, Sa fortune au jeu, que lui importait ! Il allait toujours. Tantôt attaquant le Mississipi par ses sources, tantôt par ses bouches, il voulait comprendre le mystère de notre Amérique du Nord. Jamais vous ne trouverez un homme aussi glorieusement embarqué dans des entreprises immenses qu’! conduisit mal, faute d’avoir le sens de l’administration. C'était un génie de découvreur. De fondateur, non. Sa fin malheureuse est comme le dénouement d’un drame sans issue, Il devait être assassiné ou mourir dans l’abandon. Le coup de fusil qui le tua retentit encore à nos oreilles, et c’est le glas funèbre d’un homme de haute valeur.
— J'ai sous les yeux la carte de la Nouvelle-France de M. Genest, nous dit Brousseau, le journaliste. Je
vois que dès l'epoque de 16095, il y avait des forts
français depuis le lac Ontario jusqu'aux Iilinois. Cela devait amener à Québec ‘n grand commerce de pelleterie, sans compter l’importante question de l'influence frrnçaise qui s’exerçait dans ces vastes territoires.
— Sans doute! Nous étions alors les maîtres de
l'Amérique du Nord et nous commercions avec les Antilles en sortant de Québec par le golfe Saint-Laurent. La construction des ravires à Québec était déjà florissante. Il est vrai quu la France ne nous envoyait plus de colons, mais nous étions capables de nous suffire à nousmêmes. L’habitant canadien s’habillait de pied en cap par ses seules ressources ; il avait de quoi manger plus qu’il ne luï en fallait — et du meilleur. Si Louis XIV n'avait pas toujours cuuru après les guerres en Europe et s’il eût cherché à développer ses possessions en Canada, un grand empire se serait formé “ici, de manière à doubler le crédit de la France dars le monde. Talon, Colbert, Frontenac, de Callières, d’'Iberville, étaient de cette opinion. C’étaient des hommes supérieurs. On ne les écouta pas.
Frontenac mourut en 1698. De Callières prit la direction de la colonie et pacifia tous les Sauvages ; il mourut en 1703. Louis XIV venait d'entrer dans une
autre guerre qui dura jusqu’à 1713 ; deux ans plus tard
il mourait laissant la couronne à un enfant de’cinq ans, Louis XV. M, de Vaudreuil, qui avait succédé à Callières tenta l'impossible” pour le bien du pays ; la banqueroute du trésor français paralysa ses eflorts. En 1713, Terreneuve et la Nouvelle-Ecosse (l'Acadie) étaient cédées à l'Angleterre. La décadence commençait.
— Pour terminer la soirée, dit le père Berlrand, je vais vous lire quelques passages de La Potherie qui visita le Canada en 1700.
— Nous vous écoutons.
‘( Les dames de Québec n’aiment pas tout à fait les manières des Montréalistes : les premières sont beaucoup sur la réserve, principalement les Conseillères. Ces états qui sont différents forment divers caractères d'esprit ; les Montréalistes ont à la vérité des dehors plus Jinres, mais comme elles ont plus de franchises, elles ont plus de bonne foi et sont très sages et très judicieuses.
‘ Quoique les Canadiennes soient en quelque façon d'un nouveau monde, J-":rs manières ne sont pas si bizarres ni si sauvages qu’on se l'imaginerait. Au contiaire, ce sexe y est aussi poli qu’en aucun lieu du royaume. La marchande tient de la femme de qualité, et celle d'officier imite en tout le bon goût que l’on
trouve en France, Il est difficile de trouver une plus grande union que .celle qui est entre les femmes d'officiers.
té On parle ici parfaitement bien, sans mauvais accent,
Quoiqu'il y ait un mélange de presque toutes les provinces, on ne saurait distinguer ie parler d'aucune dans les Canadiennes. Elles ont de l'esprit, de la délicatesse, de la voix, et beaucoup de dispositior à danser. Comme elles sont sages naturellement elles ne s'amusent guère à la bagatelle, mais quand elles entreprennent un amant il lu: est difficile de n’en pas venir à l'hymenée.: t« Le Canadien a d'assez bonnes qualités ; il aîme la guerr. plus que tout autre chose ; 11 est brave de sa personne ; il a de la disposition pour les arts et, pour peu qu’il soit instruit, il apprend aisément ce qu’on lui enseigne ; mais 1l est un peu vain et présomptueux ; il ‘aime le bien, il le dépense assez mal à propos. Ceux que l’on appelie des coureurs de bois, qui allaient, il y a quelques années, en traite aux Outaouaks, dépensent fort vite ce qu’ils ont gagné en peu de temps, et rien ne leur coûte quand ils ont de quoi, Quand Je blâme les Canadiens d’avoir trop d'attache au bien il est un peu excusable, car le pays de Canada n’èst pas riche, chacun en cherche selon son industrie, et sans le commerce du castor la plus grande partie ne pourrait vivre du revenu de ses terres, s | &Le temps de l’Avant se passe avec beaucoup de piété, On se donne, le premier jour de l’an, des marques
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