‹ Causons du pays et de la colonisation [microforme]Chapitre 28 sur 30 · BB · texte numérisé non relu

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climat sn quoique rigoureux, menant une vie frugale, éprouvée par les travaux de la terre, par les fatigues des voyages, par les dangers de la guerré, la population du Canada se développait forte et vigoureuse, Les constitutions affaiblies succombaïent sous ces rudes épreuves, tandis que les individus à tempérament robuste résistaient, et devenaient les tondateurs de races acclimatées et vivaces.”

Le Révérend Père Charlevoix dit: ‘ Tout est ici de belle taille et le plus beau sang du monde, dans les deux sexes.”

Charlevoix, dont l’esprit observateur a saisi ce qui se passait sous ses yeux, écrivait en 1720 : “ On ne voit point en ce pays de personnes riches, et c’est bien dommage, car on y aime à se faire honneur de son bien, et personne presque ne s'amuse à thésauriser. On fait bonne chère, si avec cela on peut avoir de quoi se bien mettre, sinon, on retranche sur la table pour être bien vêtu. Aussi faut-il avouer que les ajustements font bien à nos créoles. L'esprit enjoué, les manières douces et polies sont communs à tous ; et la rusticité, soit dans le langage, soit dans les façons, n’est pas même connue dans les campagnes les plus écartées. Les Canadiens, c’est-à dire les créoles du Canada, respirent en naissant

un air de liberté qui les rend fort agréables dans le com-

” merce de la vie.”

Si Charlevoix est ancien, il n’en est pas moins vrai que le type qu’il retrace est encore au grand complet dans nos campagnes. A la ville, d’inévitables changements se sont produits, mais seulement dans certains détails. Le fond est resté partout le même.

Faute de secours de France, les premiers Canadiens se tiraient d'affaire comme ils le pouvaient. La nourriture que leur fournissait la chasse et que donnaient les terres pouvait à la rigueur les dispenser des viandes et des blés de la mère-patrie, mais il n’en était pas de même du linge et des outils. On se tromperait donc beaucoup en pensant que les Habitants vivaient de salaisons et risquaient de mourir de faim, comme du temps de Champlain, lorsque les navires tardaient à paraître. Ce qui les gênait, c'était la restriction des droits du commerce, et avec cela la guerre des Iroquois ; car si, d'une part, les marchandises de provenance européenne étaient tarifées à des prix abusifs, le manque de protection contre l'ennemi rendait, de l’autre côté, l'existence du colon fort misérable, Dans quelques colonies, on avait J'habitude de défendre la culture du sol, afin d'enrichir les marchands ; mais chez nous, ce système n’a jamais existé, de sorte que nous avons vécu, à partir de 1636 à peu près, du produit de nos récoltes ; ce fut le cas pour Beauport et les Trois-Rivières. A

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Montréal, on se trouva plus gêné. “ Dès le commencement de cette habitation (1642-3), dit M. Dollier de Casson, on avait bien semé un peu de pois et du bléd'Inde, et on continuait fort cette agriculture tous les ans, mais cela n’était rien à tant de monde ; ils consommaient outre cela beaucoup de vivres qui venaient de France, encore cela n’était-il pas suffisant.” Les Cent- Associés, déjà tièdes à l’égard de Québec et des Trois- Rivières. qui leur appartenaient, étaient parfaitement froids vis-à-vis de Montréal et, comme les Iroquois empêchaient les travaux des champs autour de ce dernier poste, la situation de ses habitants était des plus précaires.

La Relation de 1653 dit: ‘“ Pour ce qui est de la fertilité des terres, elles sont ici de bons rapports. Les grains français y viennent heureusement, et nous pouvons en cela nous passer des seçours de la France, quelque nombre que nous soyons ici. Plus ü y aura d'habitants, plus serons-nous dans l'abondance. Le bétail et les lards sont une douceur au pays, qu'autrefois on r’osait espérer. Le gibier y foisonne, et la chasse des orignaux n'est pas pour y manquer. Mais l’anguille y est une manne qui surpasse tout ce que l’on en peut croire. L'expérience et l’industrie nous y ont rendus si savants qu’en une seule nuit, un ou deux hommes en prendront

des cinq ou six milliers, et cette pêche dure des mois

entiers, dont on fait provision abondamment pour toute l’année, car l’anguille est ici d’une excellente garde, soit séchée au feu, soit salée, et elles sont beaucoup meilleures que toutes les anguilles de France. La pêche du saumon et de l’éturgeon y est très abondante en sa saison, et à vrai dire c’est ici le royaume des eaux et des poissons. Le pays est très sain ; on y voit fort peu de maladies. Les enfants y sont très beaux et très faciles à élever. C’est une bénédiction particulière.”

‘ Si la paix dure, disait, en 1854, la mère de l’Incarnation, ce pays sera très bon et trés commode pour l'établissement des Français, qui se multiplient beaucoup et font assez bien leurs affaires par la culture des terres, qui deviennent bonnes, à présent qüe l’on abat ces grandes forêts qui les rendaient si froides. Après trois ou quatre années de labour, elles sont aussi bonnes et par endroits meilleures qu’en Franse. L'on y nourrit des

bestiaux pour vivre et pour avoir des laitages.”

des

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