‹ Causons du pays et de la colonisation [microforme]Chapitre 27 sur 30 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

1608-1660. La colonisation et l’agriculture dans les anciens temps du Canada.

Le Canadien qui lit l’histoire de son pays a toujours quelque chose de bon à dire. Voyez, par exemple ce que j'ai rencontré, ce matin, en parcourant à la hâte quatre ou cinq volumes. J'avais déjà lu les passages que je donne ici, mais ils étaient sortis de ma mémoire, mettez-les dans la vôtre et vous ne vous en trouverez pas mal, je pense.

Champlain nous a laissé le plan de l'habitation qu'il construisit à Québec en 1608. C'était un assemblage de deux maisons de bois à deux étages chacune ; celle

‘qui regardait le fleuve avait une allonge aussi à deux étages ;.en tout trois cheminées. Il y avait une galerie aux trois bâtisses, entre le premier et. le second étage. Devant les deux maisons, un colombier, en forme de toux isolée’, Un mur'et un fossé: entouraient le tout.

Des pièces 'dé'tanon ‘étaient placées sur le mur pour

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défendre les abords de la place. Un petit jardin avoisinait l'habitation. C'est de ce modeste commencement que sortit la colonie du Canada.

La première messe dite en Canada, après les voyages de Jacques Cartier, fut célébrée le 24 juin 1615, jour de la Saint-Jean- Baptiste, par deux récollets, les Pères Denis Jamay et Joseph Le Caron, à l’entrée de la rivière des Prairies, au bas de l’île de Montréal.

Il est bon de noter que ces religieux étaient arrivés de France à Tadoussac le 25 mai et qu’ils avaient eu le temps, dans l’espace d’un mois, de dire la messe quelque part, en remontant le fleuve, mais il n’est pas fait mention de cet évènement dans les récits de l’époque, de sorte que je prends la date du 24 juin comme étant la première, puisque c'est la seule qui nous soit fournie. Champlain, n’était pas présent à la rivière des Prairies, mais il note jour pour jour ce qui se passait aux environs de l'île de Montréal, et il affirme positivement que la sainte messe fut célébrée * pour la première fois ” en cette circonstance au Canada. Son témoignage est de toute importance. Ce même auteur était alors sur le fleuve, non loin de Montréal, traitant avec les Sauvages. Il descendit à Québec où il débarqua le 26. La veille, le 25 juin, le père Jean d’Olbeau, récollet, avait dit la messe à Québec, assisté du frère Pacifique Duplessis, dans une chapelle que l’on venait de construire.

Au printemps de 1620, le capitaine Pontgravé revint de France et procura au Père Jean d'Olbeau l'aide nécessaire pour construire une maison à l'usage des Récollets au lieu nommé Notre-Dame-des-Anges, dans le voisinage de Québec, La première pierre fut posée le 3 juin et l'édifice promptement complété. L'hôpital général actuel est bâti sur le même endroit.

Un Français nommé Michel Colin fut inhumé à Québec, le 24 mars 1616 avec les cérémonies de l'Eglise, ce fut le premier qui reçut cette grâce dans le pays, car avant le mois de juin 1615, il n’y avait pas encore de prêtre en Canada.

Le 15 juillet 1616, le père Tean d’Olbeau donna, pour la première fois, l’extrême-onction à une femme du nom de Marguerite Vienne, qui venait de France avec son mari pour demeurer en Canada, mais étant tombée malade, elle mourut la nuit du 19 et fut enterrée avec les cérémonies de l'Eglise. Madame Hébert, son mari et leurs enfants re débarquèrent à Québec que l’année suivante. C’est donc Marguerite Vienne qui a été, du temps de Champlain, la première femme de notre race arrivée au Canaua. Le nom de son marin'’est pas connu Les registres de l’église de Québec ont péri par le feu

en 1640 ; sans cela, nous saurions probablement quel

était ce brave Français si désireux de se faire Canadien.

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Le 26 août 1621, Guillemette, fille de Louis Hébert, épousa Guillaume Couillard, dont la postérité est devenue si nombreuse en Canada que, en 1691, elle comptait deux cent cinquante personnes, à part plus de neuf cents parents.

L'automne de 1621, Champlain renvoya en France ‘“ deux ménages qui, depuis deux ans, n'avaient pas déserté (défriché) deux vergées de terres, ne faisant que se donner du bon temps à chasser, pêcher, dormir et s'enivrer avec ceux qui leur en procuraient les moyens. Je fis visiter ce qu'ils avaient fait et l’on ne trouva rien de déserté, sinon quelques arbres coupés, demeurant avec le tronc et les racines ; c’est pour cela que je les renvoyai comme gens de néant oui dépensaient plus qu’ils re valaient.” Ceci montre que Champlain aurait voulu voir des colons sérieux, mais on ne lui en envoyait pas et il n'avait aucune autorité pour en faire venir

Adrien Duchène, chirurgien, de Dieppe en Normandie, paraît êtfe venu avant 1620. En 1629, lui et sa femme (nom inconnu) restèrent à Québec lôrsque les Anglais s’emparèrent du poste. On le retrouve par la suite en diverses occasions. Vers 1645, il s’intéressait à un jeune interprète, Charles Lemoine, son neveu, qui fut le père du célèbre d’Iberville, C’est lui qui donna au pilôte Abraham Martin une terre qui forme partie

des plaines d'Abraham où Wolfe et Montcalm reçurent leur coup de mort, le 13 septembre 1759, tout en décidant du sort de la Nouvelle-France, car ce jour-là, notre armée battue par Wolfe ne pouvait espérer de rester maîtresse du pays.

Ce dut être un profond sujet d’étonnement pour les premiers colons du Canada que la vue de ces forêts compactes où les arbres serrés les uns contre les autres, présentent une palissade que le bûcheron doit d’abord attaquer. Les branches entrelacées retiennent même debout ces géants que la hache a coupés par les pieds. Sont ils enfin abattu, tirés à la grêve ou brûlés sur place restent les souches qui font le désespoir du défricheyr, les souches qui retiennent tout le sol, car leurs puissantes racines, ramifiées sous terre, sont encore plus difficiles à supprimer que les hautes colonnes qui supportaient le dôme du boisé primitif. Les outils de fer, la force des bœufs ou des chevaux, les crampons des machines, la poudre même, ne peuvent vaincre la résistance que ces troncs lui opposent. Il n’y a que le feu qui les réduise, et encore faut-il attendre avant que de labourer, l'émiettement des grosses racines enfouies sous le sol, car la pourriture seule peut les attaquer avec succès. Ecoutez ce qu'écrivait, en 1634, le Père Paul Lejeune, jésuite,

grand observateur et aimant le Canada :

‘ 11 faut confesser que les travaux sont grands en ces commencements : les hommes sont les chevaux et les bœufs ; ils apportent ou traînent les bois, les arbres, les pierres ; ils labourent la terre, ils la hersent. Les mouches, les neiges de l'hiver, et mille autres incommodités sont importunes ; des jeunes gens qui travaillent à l'ombré dans la France trouvent ici un grand changement. Je m'étonne que la peine qu’ils ont eu des choses qu'ils n’ont jamais faites, ne les fait crier plus haut qu’ils ne crient,

‘ Pour les blés, on a douté si la terre n'était point trop froide. Voici deux ans que tout ce qui est du jardinage ne lève que trop et a été mangé par la vermine, qui provient du voisinage des bois, ou de ce que la terre n’est pas encore bien exercée et purifiée ou aérée. Au milieu de l'été, la vermine meurt et nous avons de fort beaux jardinages. Pour les arbres fruitiers, je ne sais ce qui en sera. Nous avons deux allées, l'une de cent pieds et plus, l’autre plus grande, plantées de sat ageons de part et d’autré fort bien repris. Nous avons l:uit ou dix sortes de pommiers on poiriers qui sont aussi fort bien reprises. Nous verrons comment cela réussira. J'ai quelque créance que le froid nuit grandement aux fruits; dans quelques années, nous en aurons l'expérience. On a vu ici autre-

fois (du temps de M. de Monts) de belles pommes. Pour

le blé d’Inde il mûrit bien l'an passé ; cette année, il

n'est pas beau. Pour les pois, je n’en ai point vu chez nous Ge beaux; la terre pousse trop ; ils réussissent fort bien chez la famiile Hébert-Couillard qui est en lieu haut et plus aéré. Le seigle a réussi deux ans ; nous en avons semé pour en faire l'expérience ; il est fort beau. L'orge peut aussi réussir. Reste pour le froment : nous en avons semé à l'automne en divers temps ; il s’en est perdu en quelques endroits sous les neiges ; en un autre endroit, il s’est si bien conservé qu’on ne voit point en France de plus beau blé. Nous ne savons pas bien encore le temps qu’il faut prendre pout semer avant l’hiver. La famille Hébert a toujours semé du blé marsais, qui murit fort bien en sa terre, Nous en avons semé un peu cette année ; nous verrons s’il murira.. Vous me demandez si, en défrichant les terres et les labourant, elles produisent assez pour leurs habitants. Je réponds que oui: c’est le sentiment de ceux qui s’y entendent. Le sieur Giffard, qui n’a défriché que depuis deux ans, et encore laissant plusieurs souches, espère recueillir cette année, sison blé correspond à ce qu’il montre maintenant, pour nourrir vingt personnes. Dès l'an passé, il recueillit huit poinçons de blé d'Inde, et tout cela au moyen de sept hommes, qui ont encore été bien divertis (occupés) à bâtir

à faire jes foins et à d’autres manufactures. Vingt hommes H

défricheront, en un an, trente arpents de terre au net, en sorte que la charrue y passe. S'ils étaient intéressés dans l’affaire, peut-être en feraient-ils davantage. Il y a des endroits bien plus aisés les uns que les autres. La tâche ordinaire de chaque homme par an est un arpent et demi, n’étant point diverti en d’autres choses. On donne à chacun pour son vivre deux pains d’environ six livres, par semaine {c’est-à-dire qu’il faut un poinçon de farine par an), deux iivres de lard, deux onces de beurre, une petite mesure d'huile (1) et de vinaigre, un peu de morue sèche —c’est environ une livre—- une écuellée de pois —c’est environ une chopine— tout cela par semaine. Pour leur boisson, on ieur donne une chopine de cidre par jour, ou un pot de bière (2), et parfois un bon coup de vin {3), comme aux bonnes fêtes. L'hiver, on leur donne une prise d’eau-de-vie, si on en a. Tout ce qu’on (1) D’après certains passages des mémoires de l’ancien temps de la colonie, et en écoutant quelques-unes de nos chansons populaires, il est aisé de comprendre que l'huile entrait pour

une assez large part dans notre alimentation. Depuis un siècle et bien au-delà, la cuisine canadienne est toute au beurre.

(2) Les jésuites fabriquaient de la bière à Québec en 1646 (voir Journal des Jésuiles, p : 46). Blondel était brasseur du fort des Trois-Rivières en 1635.

(3) Nos chansons populaires qui célèbrent le vin sont empruniées à cette partie de la France nommée le pays de la vigne.

peut retirer sur le pays, soit par la chasse ou par la pêche, n’est point compris là dedans.” Répondant à une question: “ V a-t.il espérance que les pommiers et autres arbres fruitiers puissent porter du fruit dans la Nouvelle-France ? ” il dit: ‘Le sieur Hébert avait planté quelques pommiers qui ont porté de forts bons fruits (4), à ce qu’on m'assure; le bétail a gâté ces arbres. Nous avons greffé quelques sauvageons cette année, les entes sont très bien reprises... On voit ici des poiriers, pommiers, pruniers, cerisiers et autres arbres portant des fruits sauvages ; s'ils résistent aux rigueurs de l’hiver, je ne vois pas pourquoi ils doivent mourir pour être entés de bons greffes. Il y a en quelques endroits force lambruches (5) chargées de raisins ; quelques-uns en ont fait du vin par curiosité; j'en ai goûté : il m'a semblé fort bon. Plusieurs tiennent pour certain que la vigne réussirait ici, et, comme j'opposais la rigueur des froids, on me répondit que les ceps seront

en assurance tout l’hiver sous la neige, et qu'au prin- (4) Les pommes äu Canada —celles de Montréal surtout— sont à présent les plus en faveur sur le marché de Paris.

(5) Ou lambrusque, vigne sauvage qui croit sans culture au burd des chemins. Son fruit est fort petit, et quelquefois il ne mürit point, (Dictionnaire de Trévoux). L'ile d'Orléans et maints endruts sur les bords du fleuve étaient chargés de vignes sauvages,

temps on ne doit pas tant craindre que les vignes gèlent, comme on fait en France, pour ce qu’elles ne s’avancent pas si tôt. Tout cela semble probable. Le blé marsais, semé au renouveau, réussit bien mieux que le blé semé durant l'hiver ; ce n’est pas que je n’en aie vu de très beau semé en'octobre, mais comme on ne sait pas bien encore reconnnaître le temps et la nature du sol et du climat, il est plus assuré de le semer au printemps que durant l'hiver. L’orge commun et l'orge mondé réussissent en perfectlon. Le seigle y vient fort bi£n, au moins je puis assurer que j’ai vu croître ici de tous ces grains -aussi beaux comme en France. Les pois sunt plus tendres et meilleurs que ceux qu’on y apporte par la navigation. Les herbes potagères y viennent fort bien; il en faut apporter des graines. Nous avons ici des bœufs et des vaches qui nous servent à labourer les terres défrichées, On a, cette année, amené quelques ânes (1) qui rendront de très bons services. Les chevaux (2)

(1) En 1667, deux gros ânes du Mirbelais furent achetés pour le Canada. Talon remarque dans une de ses lettres que; de son temps (1666-72), on ne put jamais acclimater les ânes dans le Canada. La même observation a pu être faite jusqu’à ce jour, ajoute gaiement M. l'abbé Ferland (Cours, II, 63, 330)-

(2) En 1647, on envoya de France un cheval à M, de Montmagny. Îlen vint une trentaine au moins en 1665. Le canot d’écorce était plus utile que ces quadrupèdes ; car les routes

étaient alors les rivières : ces chemins qui marchënt, ‘‘i: 1} ‘|

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pourraient servir, mais rien ne presse d'en amener. Un pauvre homme, chargé de femmme et d’enfants, ne doit point passer ici les premières années avec sa famille, sil n’est aux gages de messieurs de la compagnie, ou de quelqu'autre qui les y veuille prendre; autrement il souffrira beaucoup et n’avancera à rien. Le pays n’est pas encore en état de soulager les pauvres qui ne sauraient travailler. Mais s’il se rencontrait de bons jeunes garçons, ou hommes mariés bien robustes, qui sussent manier la hache, la houe, la bêche et la charrue, ces gens-là, voulant travailler, se rendraient riches en peu de temps en ce pays, où enfin ils pourraient appeler leurs familles... On fait maintenant venir de France tant de farines qu’on risque sur la mer! Si quelqu'un avait ici des blés pour racheter ces risques et l’embarrassement des vaisseaux, il en tirerait bien du profit. Il y a tant de forts et robustes paysans en France qui n’ont pas de pain à mettre sous la dent —est-il possible qu'ils aient si p.. + perdre la vue du clocher de leur village, comme lou *, et qu'ils aiment mieux languir dans leurs misères et pauvretés que de se mettre un jour à leur aise parmi les habitants de la Nouvelle-France... Le plus de bonnes

farines qu’on peut faire passer c’est le meilleur et le plus assuré. M. de Repentigny en a apporté pour deux

15, en quoi il a fait sagement.”

Lescarbot, écrivant un quart de siècle avant le père Le Jeune, donnait une verte leçon à ses compatriotes. ‘“ Les Français et presque toutes les nations du jour d’hui (j'entends de ceux qui ne sont mis au labourage) ont cette mauvaise nature qu’ils estiment déroger beaucoup à leur qualité de s’adonner à la culture de la terre, qui néanmoins est à peu près la seule vocation où réside innocence. Et de là vient que chacun fuyant ce noble travail exercé de nos premie : ‘’,2s, des rois anciens et des plus grands capitaines ac monde, et cherchant de se faire gentilhomme aux dépens d'autrui, ou voulant apprendre tant seulement le métier de tromper les hommes, ou se gratter au soleil, Dieu ôte sa bénédiction de nous, et nous bat aujourd’hui et dès longtemps en verge de fer, si bien que le peuple languit misérablement de toutes parts, et voyons la France remplie de gueux merdiants de toutes espèces, sans comprendre un nombre infini qui gémit sous son toit et n’ose faire paraître sa pauvreté.” Au Canada, les défricheurs cherchaient à se faire gentilshommes en cultivant la terre et en établissant leurs familles sur des ‘‘ biens ” plus solides que les influences de castes et les faveurs des grands. (Ceux-là mêmes qui dirigeaient les autres, ces seigneurs qui s’enfonçaient dans les bois comme de simples agents de

colonisation, et qui vivaient du travail de chaque jour,

aimaient les “ habitants ” et les encourageaient de la parole comme de l’exemple.

Les rigueurs du climat canadien n’effrayaient personne. L’intense chaleur de nos étés n’affaiblissaient point les courages. Après avoir bravé les moustiques et les coups de soleil, le bucheron voyait venir l'hiver avec tranquillité. C'était un changement de scène qui s’offrait à ses

regards et d’autres combats à livrer aux éléments. Les

- journées étaient plus courtes, tant mieux : la santé se

dédoublait ; les soirées s’allongeaient, tant mieux encore ; la causerie et les chansons y gagnaient. Que de récits de la vieille France circulaient parmi nos gens | Comme on se sentait vivre et comme il était bon à respirer, l’air viviñant de la Nouvelle-France |

Les hirondelles une fois parties, la neige tombait à gros flocons, le vent sifflait dans les grands arbres, le feu tenait compagnie au Jaboureur désœuvré — mais on n’est jamais désœuvré lorsqu'on est Français et que les voisins n’ont rien à faire. Comme les oiseaux blancs qui peuplent nos hivers, nous savons tirer parti de tout. Le plaisir change de forme suivant les pays. Voyez-vous ces chanteurs frileux qui s’envolent aux souffles de l'automne? Ce ne sont pas les oiseaux de neige ni les Canadiens ! Attendez quelque temps, ces derniers feront leurs délices des tourbillons de Noël, des avalanches de

:vrier et des glacés de la rude saison. Qu'il était bien de son pays le poète F, X. Garneau lorsqu'il composait cette strophe :

Galut, petits oiseaux qui volez sur nos têtes,

Et de l'aile, en passant, effleurez les frimats ;

Vous qui bravez le froid, bercés par les tempêtes, Venez tous les hivers voltiger sur mes pas.

Comparant, dit M. l'abbé Ferland, les observations faites au seizième et au dix-septième siècles, avec celles du milieu du dix-neuvième, on pourra se convaincre que le climat du Canada, du moins dans les environs de Québec, est aujourd’hui à peu près ce qu’il était il y a deux cents ans. Alors, trois ou quatre pieds de neige aujourd’hui autant ; les premières neiges dans la pre-

mière quinzainé de novembre ; la débâcle de la rivière

Saint Charles, du dix-huit au vingt-sept avril ; la navigation entre Québec et Montréal interrompue par les glaces dans la dernière semaine de novembre, et s’ouvrant vers la fin d'avril; les cerisiers, pruniers et pommiers fleuris. sant dans les derniers jours de mai et les premiers jours de juin — voilà ce que nous reconnaissons aux deux époques. Sous ce rapport, rien ne paraît changé ; et les défrichemeris faits jusqu’à ce jour ont exercé bien peu d’inflieuce sur la température générale du Canada.”

Ecoutons encore M. Ferland: ‘“ Se formant sous un

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