‹ Causons du pays et de la colonisation [microforme]Chapitre 7 sur 30 · EL · texte numérisé non relu

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Ver

dernier effort pour se sauver, ce sont pour lors des transports de joie, et ces cruels inventent de nouveaux tourments pour le faire souffrir.”

— En voilà assez ! nous frémissons au récit de ces horreurs. Est-il possible que nos pères aient subi tant de max | R

Et chacun de nous s’exprimait à sa manière, disant toujours la même chose.

— Changeons de sujet, dit M. Bertrand, nous ne sommes pas ici dans le dessein de nous attrister.

— Parlons des habitants ! s'écria le juge de paix. Qu'est-ce qu'ils étaient, en ce temps-là, les habitants ? Je vais vous le dire. C'étaient des ‘ habitants,” comprenez-vous ? des “ habitants ’’, des gens qui habitaient le pays, et non pas des çi et des ça, mais du monde stable, gagnant sa vie en cultivant sa terre, Le mot “habitant” dit tout. Ceux qui venaient ici pour faire la traite ou n'importe quoi et qui s’en retournaient en France après quelques années, n'étaient pas des habitants. Comprenez-vous P

— Parquienne |! les gouverneurs n'étaient pas des - habitants.

= — Vous voulez rire. li y a eu des gouverneurs qui méritaient le titre d’habitant parce qu'ils étaient l’ami et

le protecteur des colons. Maïs, comme vous dites, ils

des

œién 1 —

ne demeuraient pas toute leur vie en Canada, et alors ils ne pouvaient être appelés habitants.

— En 1645, dis-je, le terme ‘‘habitant” était déjà tellement adopté que l’on nômma “la compagnie des Habitants ” cette curieuse organisation qui se formait pour obtenir le privilège du commerce, du moins dans une certaine proportion, à cause de l’inertie des Cent- Associés, qui laissaient les affaires ‘“ aller en gondole ?, comme on dit chez nous.

— Quelle espèce de succès ont-ils eu, ces habitants qui voulaient faire le commerce ? Il me semble que leur projet n’a pas réussi.

— Oui et non. Si les Cent-Associés avaient défendu le pays et les habitants contre les Iroquois, ce qu’ils devaient faire d’après leurs conventions, nous n’aurions pas vu les habitants se former en compagnie pour agir séparément, mais la clef de toute l'affaire c'est que ni les Cent-Associés ni les habitants ne purent se procurer des troupes. Or, pas de troupes, pas de paix, pas de colonie prospère. Il faliait étouffer l’Iroquois ; hors de là point de salut. Je ne sais à qui était la faute — probablement aux troubles de la France — mais tout dépendait de faire cesser les dangers continuels de cette guerre de bètes féroces que nous faisaient les Iroquois. On n’attire pas

les mouches avec du vinaigre et on ne repousse pas les

Iroquois avec des lamentations. La compagnie des Habitants formula des lamentations que personne n’écouta en France, Voilà pourquoi ses agissements ne changèrent rien aux malheurs dont nous souffrions.

— Toutes les marchandises qui se vendaient dans la colonie étaient tarifées par le conseil du gouverneur. En entrant dans un magasin, vous n’aviez qu'à regarder la liste des prix des articles coilée sur le mur ou suspendue à un poteau.

— Pour cela, il fallait savoir lire, fit observer Léon Bédard.

— Hé ! ne vous y trompez pas ! Depuis 1632 jusqu’à 1670, la plupart des hommes et des femmes savaient lire, Ce n’est que plus tard, par suite des guerres et des grands voyages, que les garçons cessèrent de se faire instruire, mais les filles continuèrent de fréquenter les couvents et les institutions d'enseignement, aussi nous leur devons une bonne partie de nos manières si

douces, de notre politesse et de la pureté de notre

langage.

— J'ai vu, dis-je, l’une des listes dont vous parlez. Il y est question de haches de Dol, bas de Frize, tapabord (chapeau), aiguilles à suture, assiettes d’étain.….,

— À propos, li n’y avait pas encore de faïence. Les vases et les plats, les tasses et les assiettes étaient en

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…— 53 a terre, étain, cuivre. Et puis, pas de couteaux ni de fourchettes de table. Chacun se servait de son couteau de poche et de ges doigts.

— Continuez donc à nous nommer les marchandises d'autrefois. |

— Si je me rappelle bien, il y avait des battefeux, des couteaux croches, des couteaux siamois, des couteaux bucherons, des canifs, des bonnets à bateau, des gourganes (fèves), des toiles de Flandres, Paris, Lyon, Beaufort, une boisson nommée guiboire et une autre appelée bouillon.

— Pour le coup, s'écria le père Bertrand, il faut consulter le dictionnaire,

— C'est inutile dit le docteur, j'ai cherché et je n’ai rien trouvé sur guiboire ni sur bouillon, mais un jour, dans une histoire de Picardie j'ai vu que au dix-septième siècle, un breuvage appelé bouillon était très répandu parmi les pauvres gens de cette partie de la France, Il se fait avec de la pâte crue, mais bien lévée, que l’on jette dans un chaudron plein d’eau placé sur le feu ; quand elle est cuite de cette manière, rassise, puis sêchée, on en prend la grosseur d’un œuf que l’on met

‘dans un pot d’eau pour boire. Les Turcs ont à peu près la même boisson et la nomment shousset,

— Ceci me fait souvenir que Pierre Boucher parle sur

le même sujet, Attendez, voici son livre, je vais vous en lire un passage :

+ On boit du vin dans les meilleures maisons, de la

bière dans d’autres. Un breuvage que l’on appelle du bouillon, se boii communément dans toutes les maisons. Les plus pauvres boivent de l’eau, qui est fort bonne et commune en ce pays-1ci.”

— Remarquez, dis-je, qu’il y a peu de pays au monde où l’eau soit si bonne à boire qu’en Canada. M. Bertrand, veuillez tournez la page du livre de Boucher, il y parle des choses de 1660 dont nous nous occupons

— Volontiers, voici ce qu’il dit :

— “ Le via est-il cher en Canada P

— Je réponds qu'il y vaut dix sous la pinte. L’eaude-vie y vaut trente sous la pinte, et le vin d'Espagne autant, La mesure est semblable à celle de Paris.

— Le blé y est-il cher ?

— Le froment y vaut cent sous le minot pesant soixante livres et quelques fois il vaut six francs. Les pois y valent un écu le minot et quelques fois’ jusqu’à quatre francs.

— Les journées des hommes y sont-elles chères ? ;

— Vingt sous, étant nourris pendant l'hiver, et trente sous étant nourris pendant l'été,

us

— Yat-il des chevaux dans le pays ?

— Je réponds que non,

-— N'y a-til pas des prairies pour faire du foin ? L’avoine n’y vient-elle pas bien ? :

— Parfaitement bien ; il y a de très belles prairies, mais il est assez dangereux d’avoir le foin tant que les Iroquois nous feront la guerre, et surtout aux habitants des Trois-Rivières et du Mont-Royal, car les faucheurs et les faneurs sont toujours en danger d’être tués par les Iroquois. Il en coûterait beaucoup pour faire venir des chevaux de France ; il y a peu de personnes qui aient de quoi faire ces dépenses ; et d’ailleurs on craint qu'étant venus les Iroquois ne les tuent, comme ils font de nos autres bestiaux, ce qui serait bien fâcheux à celui qui aurait fait la dépense de les faire venir. puis o1 espère toujours que notre bon roi assiste ys-ici et qu'il fera détruire cette canaille d’Iroquois.

— Y at-il bien des habitants ?

— A cela, je ne peux rien répondre d’assuré, sinon que l’on m'a dit qu’il y en avait environ huit cents à Québec ; pour les autres habitations il n’y en a pas tant.

— Les habitants ont-ils bien des enfants ?

— Oui, qui viennent bien faits, grands et robustes, aussi bien les filles que les garçons ; ils ont communément l'esprit assez bon, mais on a de la peine à les captiver pour les études.

— Pourquoi ne fait-on pas quantité de chanvre puisqu'il vient si bien ?

— La même raison que j'ai apportée pour la vigne je l’apporte pour le chanvre, savoir que nous n’avons songé qu'au blé jusqu’à maintenant comme le plus nécessaire. J'ajoute que nous sommes trop peu de monde ; car après la défaite de l’Iroquois il ne manquera que des habitants ici pour y voir tout ce que l’on peut souhaiter.”

M, le curé proposa la retraite et demanda en souriant, s'il pouvait s'inviter pour le jeudi suivant et, sur la réponse empressée qui lui fut faite, il dit :

— Alors ce sera au presbytère, si vous le voulez bien. — C'est cela, au presbytère !

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