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leur faisaient pas peur, même un contre dix, mais les
Sauvages agissaient en maraudeurs, en assassins qui se
cachent pour tirer un coup de fusil sur un passant et se
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sauvent ensuite dans les bois.
— Je me demande où les Iroquois prenaient de la poudre et des fusils. Ê — Chez leurs voisins, les Hollandais d’Albany. Nos Français refusaient de fournir des armes à feu aux
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Algonquins et aux Hurons, leurs amis. Les Iroquois
habitaient sûr le côté Est du lac Ontario, les Hurons à la baie Georgienne, les Algonquins sur l’'Ottawa, aux Trois-Rivières et à Québec. Pour ce qui concerne la langue il faut diviser tous ces peuples en trois classes :
. les Iroquois et les Hurons avaient le même langage ; les
Algonquins, les Tête-de-Boules, les Montagnais, une autre langue, si complètement distincte du huron-iroquois que l’on n’y trouve pas un mot qui lui ressemble,
— Ces nations, très nombreuses.
— Comment, très nombreuses ! C'est une erreur. Le groupe iroquois ne dépassait pas six mille âmes, les Hurons dix mille, les Algonquins dix ou douze mille.
— Je veux dire que, relativement à la colonie française, qui était faible, les Sauvages étaient nombreux ét redoutables.
— Vous y êtes. Toute la question est là. M. de Montmagny n'a jamais eu cinquante soldats pour protéger nos établissements contre les entreprises des Iroquois. Hiver comme été, ceux ci nous tuaient du monde et nous enlevaient des hommes dont 1ls faisaient des esclaves, lorsqu'ils ne les torturaient pas à mort, mais toujours ils leur faisaient endurer quelque supplice.
— Puisque vous amenez la conversation sur ce sujet,
dit M. Bertrand, permettez que je lise un passage écrit
par Pierre Boucher en 1663 ; il parle mieux que nous
ne saurions le faire :
‘Quand les Sauvages ont pris des prisonniers, ils
leurs coupent quelques doigts d’abord ; ils leur lient les
bras et les jambes, avec des cordes, sinon que lorsqu'ils
faut marcher ils leur laissent les jambes libres. Le
soir, quand ils cabanent, ils font coucher le prisonnier
sur le dos contre terre, et ils plantent des petits pieux
autour des mains, des pieds, du col et de la tête ;
ensuite ils lient le prisonnier à ces pieux, de sorte qu'il
ne peut remuer, ce qui est une peine plus grande que
l’on ne pourrait croire, principalement l'été, a cause des
maringouins qui les mangent, car ils sont nus.
‘“ Arrivant à l'entrée des bourgades, tout le monde
vient au-devant. Il est libre à un chacun de leur faire
tout le mal qu’ils voudront à la réserve de les tuer. Alors
vous voyez les uns armés de couteaux, soit pour couper
des doigts, soit pour faire des incisions le long des bras,
du dos, et autres parties charnues. D’autres ont des
bâtons, de quoi ils les bâtonnent. [l y en a qui ont des
verges, des ronces et des bouts de cordes. Avec tous ces
instruments, on le ‘ caresse ” à son entrée, car c’est leur
façon de parler. Il faut, pendant tout ce temps-là, que
J: prisonnier chante, s’il veut paraître homme de cœur
et de courage ; et en effet, les Sauvages ne manquent.
jamais de chanter pendant tout le temps qu’on les tourment. —mais c’est un champ lugubre. Après qu'ils sont entrés dans le bourg on les mène de cabane en cabane, chez les principaux, et partout là il faut qu’ils chantent.
Après un jour ou deux qui se sont passés dans ces tristes préludes, les capitaines tiennent conseil pour le condamner à mort, ou lui donner la vie. S'il est condamné à la mort, celui-là à qui il a été donné fait festin, Quand tous les convives sont assemblés celui qui fait festin leur dit: ‘ Voilà mon fils qui vous offre son festin d'adieu,” comme lorsqu'ils entreprennent quelque grand voyage ils font un festin d'adieu. Ensuite le prisonnier chante et après lui une partie des convives chantent aussi.
‘“ Après que l’on est retiré, on dispose une cabane pour brûler le prisonnier ; on y fait quantité de feux ; on avertit par le bourg de l'heure qu’on doit commencer à le bruler. afin qu’on s’y trouve. Quand l’heure est venue, on y mène le pauvre patient ; il a les bras liés au corps au-dessus des coudes, et une corde aux jambes environ de deux pieds de long, afin qu’il ne puisse faire de plus longues enjambées. Tous les gens sont arrangés des deux côtés de la cabane. Apprenez en passant qu’ils ne savent ce que c’est que des cheminées et qu'ils font le
feu au milieu de la place. Entre les hommes qui sont
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rangés des deux côtés assis par terre comnre des singes, et les feux qui sont allumés au milieu de la cabane, il y a un petit chemin par où doit courir le prisonnier. ‘Chacun a un tison embrasé ou un morceau de fer rougi au fe1; quand tout est disposé, quelques capitaines crient : “Voilà le prisonnier qui va partir, que chacun se dispose à bien faire, maïs qu’on ne le brûle que jusqu'à la ceinture.” Ensuite on lui fait commandement de partir, ce qu'il fait courant, ou pour mieux dire, trottinans le plus vite qu’il peut, entre les feux et ses bourreaux, qui tous le brûlent en passant, les uns aux jambes, les
autres aux cuisses, avec une barbarie qui n'appartient qu'à eux. Je vous avoue que c’est une vraie représentation d’enfer, car vous voyez une grande cabane pleine de feu par le milieu et toute remplie de fumée où l'on ne voit goutte, car c'est d'ordinaire la nuit que cela se fait ; vous y voyez paraître une multitude de monde ; les uns sont assis, les autres debout ; les uns servent de bourreaux, les autres de spectateurs qui se moquent du pauvre patient. Parmi tout cela vous voyez un pauvre misérable tout nu et tout grillé, abandonné à la rage de ces barbares. Après qu'ils lui ont fait faire le nombre de
tours de la cabane qui 4 été ordonné par les anciens, qui.est d'ordinaire de dix à douze, la nuit étant presque passée, tout le monde se retire, à la réserve de quelques
uns qui demeurent pour garder le prisonnier. Il est atta. ché à un poteau et pas bien loin d'un grand feu dans lequel rougissent des haches dont on se sert pour le brûler. L’interrogeant de temps en temps de l’état de son pays et des choses qu'ils désirent savoir, s'ils voient qu’il dissimule quelque chose, ils lui redoublent ses tourments ; c’est à quoi se passe le reste de la ruit.
‘“ Le jour étant venu, on avertit les femmes d'aller faire des feux dans la place où est dressé l’échafaud, puis on conduit le patient sur cet échafaud au milieu duquel on a planté un pieu ; on lui fait embrasser ce pieu, lui liant les deux mains ensemble, La corde qui lui lie les deux jambes fait un cercle autour de ce même pieu, de sorte qu’il peut tourner tout autour. Il est là exposé tout nu ; il y a quatre échelles aux quatre coins de l’échafaud ; il est libre à chacun de monter sur l’échafaud pour le tourmenter. On ne manque pas de bourreaux, car nous avons remarqué que les plus cruels sont certains poltrons qui ne vont jamais en guerre. Le misérable sur l’échafaud est brûlé au moyen da tisons, avec autant de froideur que si c'était un .norceau de
bois. Après deux ou trois heures qu’ils l’ont tourmenté de la sorte, et qu’il ne ressemble qu’à un charbon, ils lui écorchent la tête pour lui lever la chevelure. Ensuite s'il lui reste de la vie, ils lui coupent le cou avec un
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couteau, lui fendent la poitrine et lui en tirent le cœur. Ensuite on le coupe par quartier, on le fait cuire et ils le mangent par rage’?
Bacqueville de la Potherie qui connaissait si bien les mœurs des Sauvages, a écrit les lignes suivantes :
‘# Ces barbares ne se battent pas en pleine campagne de blé que l’on appelle un désert, d’où ils découvriront ce qui se passe ; ils font des irruptions subites et entreront dans les maisons ; ils tâcheront de prendre quelqu'un ; ils feront des prisonniers où enlèveront des chevelures. Ce ne sont proprement que des coups de main et ils ont porté par ce genre de guerre plus de terreur chez leurs ennemis que n'aurait pu faire une armée réglée. Les Français ne l’ont que trop ressenti | Malheur à ceux qui tombent entre leurs mains, car ce sont autant de victimes qu'ils immolent à leur fureur. Ils ont bien soin de leurs prisonniers pendant le voyage, non par un esprit de compassion, ou de charité, mais parce qu’ils se font un point d'honneur, en entrant dans leurs villages, de montrer des prisonniers vigoureux. Rendus au village, ils leur coupent les pouces, leurs arrachent les ongles avec les dents, leurs rongent les bout des doigts et les leur font brûler ; leurs font des estafilades dans les chaïirs avec un couteau, et se les ettent de l’un à l’autre au travers d'un grand feu, Ils
, lt |" té leurs scient les poignets avec les cordes de leurs arcs ; on leur fait brûler la plante des pieds et on la leur enlève quand elle est bien rôtie. Le prisonnier étant attaché au poteau, on lui passe des canons de fusil tout rouges sur le corps, depuis les pieds jusqu’à la tête, avec une tranquilhté si grande que l'on croirait que ce serait un peintre qui appliquerait des couleurs sur un tableau ; ils font rougir ces fers le plus qu’ils peuvent, parce que l’arcdeur du feu emporte plus aisément la peau. Comme ces tourments ne dépendent que du caprice, ils ne sont pas limités dans leurs manières. Les uns leur attachent l'extrémité des nerfs à des bâtons et, tournant ces bâtons, il y roulent ces nerfs comme un cordage sur un essieu, ce qui leur fait retirer tout le corps et les plier en deux d’une manière horrible. Ils le couchent sur le dos et appliquent sur lui des pierres brûlantes. Quand il s’agite autour du poteau et qu’il est dans le désespoir, par ia violence des maux qu'il souffre, ils jettent des cris de joie, ou plutôt des hurlements épouvantables. Ils lui enlèvent la peau qui couvre le crâne, l'emplissent de cendre rouge et la lui remettent sur la tête. Lorsqu'ils voyent qu’un homme tombe comme mort, tout navré de douleur, ils le délient et lui font un habit de paille de : blé-d’Inde auquel ils mettent le feu. Si le moribond a
encore quelque reste de sentiment et veut faire un