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s'en trouve peu proche de nos habitations. Les autres sont loups communs qui ne sont pas du tout si grands que ceux de France, ni si malins, et ont la peau plus belle ; ils ne laissent pas d’être carnassiers et font la guerre aux animaux dans les bois, et quand ils trouvent de nos petits chiens à l'écart, ille mangent. Il y.en a peu vers Québec. Ils sont plus communs à mesure que l'on monte en haut.
‘“ Les animaux qu’on appelle buffles ne se trouvent que dans le pays des Outaouaks, environ à quatre cents lieues de Québec, tirant vers l'occident et le septéntrion,
‘“ Les vaches sauvages sont espèce de cerfs ; ils ont le pied fourchu ; ils sont grandes comme de grands cerfs. La viande en est délicate. Ces animaux vont ordinairee ment par bandes et ne se rencontrent pas partout ; on n’en voit point au-dessous des Trois-Rivièrés, mais bien au-dessus ; plus on monte en haut vers les Iroquois, et plus il yena.
“ Les animaux qu’on appelle cerfs sont de la même façon que ceux de France, à la réserve qu’ils sont plus petits et d’un poil plus blanchâtre. De ceux là il ne s’en trouve pas au-dessous du Mont-Royal, mais bien audessus ; montant plus haut il y en a sans nombre.
“Le plus commun et le plus universel de tous les animaux de ce pays est l'élan qu’on, appelle en ces
quartiers ici “orignal.” Ils sont plus grands d’ordinaire que de grands mulets et ont à peu près la tête faite de même, La chair en est bonne-et légère et ne fait jamais de mal. La peau se porte en France pour la faire passer en buffle, La moëlle est médecinale contre les douleurs des ners. L'on dit que la corne du pied gauche est bonne pour le mal caduc. C’est un animal bien haut sur jambes et bien dispos ; il a le pied fendu ; il est sans queue ; il se défend des pieds de devant, comme les cerfs.
“ On n’a point encore planté ici d'arbres de France, sinon quelques pommiers, qui rapportent de fort bonnes pommes et en quantité, mais il y a bien peu de ces arbres,
“# L'érable vient fort gros et haut. Le bois en est fort beau, nonobstant quoi on ne s’en sert à rien qu’à brûler ou pour emmancher des outils, à quoi il est très propre à cause qu’il est extrêmement doux'et fort. Quand on entaille ces érables au printemps, il en dégoutte quantité d’eau, qui est plus douce que de l’eau détrempé dans du sucre, du moins plus agréable à boire.”?
Puisque l’eau d'érable était employée comme breuvage en 1663 et que M. Boucher ne dit pas que l’on en faisait du sucre, je suppose que la coutume de la faire bouillir n’était pas encore établie.
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La prusse (pruche) ést un gros arbre qui a trente ou quarante pieds de haut sans branches ; il a une grosse écorce rouge ; ce bois ne pourrit pas si facilement que les autres, c’est pourquoi on s’en sert ordinairement pour bâtir.
“Il y a des noyers de deux sortes qui rapportent des noix ; les uns apportent grosses et dures, mais le bois de l'arbre est fort tendre et l’on ne s'en sert point, sinon à faire des sabots, à quoi il est fort propre ; de celui-ci il y en a vers Québec et les Trois-Rivières en quantité.
‘ Il y a une espèce d'arbre que l’on nomme épinette, c’est quasi comme du sapin, sinon qu’il est plus propre à faire des mats de petits vaisseaux, comme des chaloupes et barges, étant plus fort que le sapin — je parle de l’'épinette verte car il y en a de deux sortes : l’une verte et l’autre rouge. L’épinette rouge est d’un bois plus ferme et plus pesant, et fort propre à bâtir ; elle se dépouille de ses feuilles en automne et les reprend au printemps, ce qui n'arrive point aux autres sapinages, L'écorce en est rouge et ne rend pas quasi de gomme, toute au contraire de l’épinette verte qui en a quantité,
“Il ya des sapins comme en France, toute la différence que j'y trouve c’est qu'à la plupart il y vient des bubons à l’écorce qui sont remplis d’une certaine gomme liquide qui est aromatique, dont on se sert pour les plaies comme de baumes et n’a pas guëères moins de vertu.
“ L'arbre le plus utile que l’on ait ici, et que l’on nomme pin, n'apporte pas de fruit comme ceux de l'Europe ; il y en a de toutes grosseurs et grandeurs. Ils viennent ordinairement de la hauteur de cinquante à soixante pieds sans branches ; l’on s'en sert pour faire de la planche, qui est fort belle et bonne , et l’on dit que ces arbres seraient bien propres à faire des mats de navire. Les lieux où ils naissent sont appelés pinières,
‘“ Les vignes sauvages sont en abondance, et même on en a éprouvé de celles de France qui y vient assez bien. On me demande pourquoi nous ne les cultivons pas ? Je réponds à cela qu’il faut manger avant que de boire, et par ainsi qu’il faut songer à faire du blé avant que de planter de la vigne. On se passe mieux de vin que de pain. C'est tout ce qu’on a pu faire que de défricher des terres pour faire des grains et non autre chose. Il y a abondance de vignes sauvages qui portent
des raisins. Le grain n’est pas si gios que celui de nos vignes de France, ni les grappes si fournies — mais je crois que, si elles étaient cultivées, elles ne différeraient en rien. Le raisin en est un peu âcre et fait de gros vin,
qui tache beaucoup, et qui d'ordinaire est meilleur un an après, que l’année qu’il est fait. Quelques particuliers ont planté quelques pieds de vignes venue de France dans leurs jardins, qui ont rapporté de fort Leaux et bons raisins. |
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‘“ Les ronces de ce pays produisent un fruit qui est quasi d'aussi bon goût que nos mûres de France ; il n'est pas si gros.
“ Les framboisiers et fraisiers sont en ce pays en si grande abondance qu'il n’est pas croyable ; toutes les terres en sont remplies et cela vient par dépit ; cependant ils produisent une si grande quantité de fruits que, dans la saison, on ne les peut épuiser, Elles viennent plus grosses et de meilleur goût qu'en France.” ”
Je ne vois pas que M. Boucher parle des bluets. C'est donc à moi d’y goûter. En France, on appelle bluet et bleuet, une petite fleur bleue très commune dans. les blés et qui a certaines propriétés médecinales. La baie ou fruit que nous nommons bluet est désignée sous le nom d’airelle et quelques fois myrtil ou myrtille, mais ce dernier nom s’attache à une variété de l'espèce, Les premiers missionnaires du Canada parlent de la beauté et de l'abondance des bluets en ce pays ; l’un d’eux déclare que l'on n'en voit pas en France ; il se trompe, car il y en a encore aujourd’hui dans la région des Alpes, Nos Sauvages ne parlaient jamais du paradis sans ajouter qu'il renfermait de vastes champs de bluets. Pour eux, ce fruit avait une grande valeur, Ils le récoltaient dans la belle saison et le mettaient sècher ;
en hiver, ils le mangeaient, après l'avoir tenu deux ou