UNE LETTRE-CONCLUSION
Mon révérend Père,
Avant de vous quitter, — pour longtemps cette fois, — je veux vous dire merci et adieu. Je cède ma place à un autre dans le fauteuil de votre petite chambre.
Plus de questions désormais. Je vais m 'appliquer à comprendre mes objections et vos réponses, comme Fleury se mit à apprendre l 'histoire de France quand il eut fini de l'écrire.
Je vous ai souvent parlé en étourdi, avec des façona hostiles d'objecter. J'ai pris des poses de sceptique et joué des rôles d'aventure. De tout cela, vous en avez laissé et en avez pris juste assez pour trouver motif à répondre. Je n'ai qu'une façon de vous remercier, c'est de tout cœur, et qu'une façon de croire, c'est de croire avec l'Eglise, parce qu'elle enseigne ce qu'il a dit.
Et puisque je me marie, nous croirons maintenant à deux, et nous étudierons de même.
Vous serez content de moi ; ma femme aussi, et dès lors, moi plus que personne.
Je me suis formé une bibliothèque de choix avec les ouvrages, revues, conférences, dictionnaires, encyclopédies, auxquels vous m'avez souvent renvoyé. C'est bien ce que vous désiriez, n'est-ce pas, en m'y renvoyant, vous qui, en toute occasion, avez moins cherché à m 'imposer vos solutions que celles des auteurs à consulter.
Vous vouliez me faire étudier : j'étudierai. Vous vouliez un croyant sachant le pourquoi de ses croyances : j'y arriverai ; qui a des armes pour les défendre : vous m'en avez fourni et je m'en forgerai.
Oui, vous serez content de moi.
Viendrez-vous jamais là-bas, chez nous ? Je serais si heureux de vous recevoir à mon foyer et de vous faire approuver mes travaux !
Vous approuveriez surtout, j 'en suis sûr, de me voir vivre comme je crois, ne voulant plus jamais croire comme j'ai vécu.
Maurice Lejeune.