‹ CausonsChapitre 7 sur 9 · APRÈS L'ARGENT. LA FAMILLE · texte numérisé non relu

APRÈS L'ARGENT. LA FAMILLE

Mon homme de $25.00 nous avait entraînés dans le domaine de la justice. La jeune femme hypnotisée par le bien-être des protestants, prise du désir de se promener autour de la montagne, et qui m'avait répondu un jour : «La confession, ce n'est pas fait pour une femme tant qu'elle n'a pas ses quarante et quelques années », avait lancé mon Lejeune en pleine

famille.

PUISQU'ON II m'écrivit :

NE PEUT PAS «Le voleur obligé de restituer

LES ELEVER ! éprouve la tentation de ne plus croire à l'autorité qui l'y oblige. L'amour de l'argent accouplé au vol engendre le doute : je comprends cela très bien, mais je comprends mieux encore, chez cette femme, la tentation de ne plus croire à la confession.

« A celles qui y croient et en usent s'impose une si lourde somme d'obligations ! Avec les enfants vient l'esclavage ; avec le nombre des enfants se complique le problème des servantes ; avec l'autorité des enfanta

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d'aujourd'hui, ce sont les parents qui obéissent, c'est l'inquiétude des mères qui pleurent, la liberté des petits de tout dire, de tout faire, dans un monde sans pudeur et sans maître. . . A la fin, c'est l'irréligion des fils et des filles comblant toutes les misères.

«A quoi bon, alors... puisqu'on ne peut pas les élever ! . . . »

— « Mon cher, répondis-je, vous parlez comme une mondaine qui vous aurait dicté votre lettre, — comme cette femme dont vous rappelez le souvenir. Vous ne serez pas froissé, si je vous envoie pour toute réponse, un compte-rendu de la conversation que j 'eus un jour avec une de ces mères dont vous empruntez les traits...»

AVANT DE Deux ou trois quarts d'heure avant le PRECHER, sermon du soir, pendant une mission, dans une paroisse du Massachusetts, une mère de famille vint me voir, triste, aigrie, malheureuse.

— Je n 'ai que deux enfants, me dit-elle, et ils me font plus de peine à eux seuls, que n'en font à ma voisine les quinze qu'elle a élevés.

— La peine des mères ne se mesure pas d'ordinaire sur la quantité de leurs enfants, répondis-je doucement ; les plus heureuses sont souvent celles qui multiplient leur bonheur par un plus grand nombre.

Cette remarque ne parut lui plaire qu'à demi. Et je constatai vite qu'elle désirait plus me dire ses ehagrius qu'en savoir la cause. Elle demandait des conseils beaucoup et en voulait peu ; ne demandait aucune consolation et en voulait beaucoup. Malgré toute ma bonne volonté, je ne sais si j 'ai pu lui être utile ; mais je suis sûr que j'ai réussi à lui être désagréable.

La conversation dura quelques instants, puis voyant parfaitement où elle en était avec sa famille, j 'ajoutai, sur le ton d 'un homme pressé : — Vous avez, madame, dans vos chagrins, toutes mes sympathies. Et ils sont grands, j'en suis sûr, vos chagrins; car la peine s'accroît en raison de l'amour qu'on éprouve pour ceux qui la causent, et ce sont vos enfants qui vous font souffrir !... Toutefois, permettez-moi, je vous prie, de ne point prolonger la conversation sur ce sujet. Je vais tout à l 'heure prêcher sur la famille ; cela suffira, j'espère. Vous me semblez avoir, au surplus, en cette matière, des idées toutes différentes des miennes, et je crois que le moment serait très mal choisi pour vous

contredire.

UNE FEMME — Pour me blâmer, vous vouhjz

SUSCEPTIBLE, dire ?

— Mon Dieu, si vos procédés vous paraissent excellents et si vous n'avez qu'à vous féliciter de la façon

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dont vous élevez vos enfants, pourquoi vous blâmeraisje ? Vos intentions sont bonnes ; il est seulement regrettable que le résultat réponde si peu aux intentions. Vous savez du reste, qu'on peut se tromper sans avoir tort, — ou, ce qui revient au même, avoir tort de la meilleure bonne foi du monde.

— C 'est ça ! Ne le dites-pas, mais pensez-le, comme la plupart des maris, d'ailleurs : — pour nous, mères, ce n 'est pas assez de beaucoup souffrir, il faut de plus proclamer que nous sommes les causes de nos souffrances.

— S'il suffit à un reproche pour être juste d'être souvent répété, celui que vous me faites-là, madame, doit être extrêmement juste. Que de mères malheureuses me l'ont redit ! Il prouve chez toutes un même sentiment; mais un sentiment n'est pas toujours une raison.

Quand l'ingratitude des enfants commence à affliger le coeur des parents, il convient, sans doute, de jeter les yeux sur cette affliction pour la consoler, autant qu'on peut. Il convient aussi de remonter plus haut pour en voir l'origine et en tirer une leçon. On ne juge jamais mieux sa conduite qu'en présence des effets qu'elle a produits. L'expérience est un maître précieux ! Ses leçons valent bien la peine qu'on n'at-

tende pas trop tard pour les recevoir et les joindre à l'expérience des autres.

Avez-vous lu, madame, un livre intitulé Les Enfants mal élevés ? Si vous ne l'avez encore fait, donnezvous donc ce plaisir et accordez-vous cet enseignement. Vous y trouverez des réponses précieuses à vos objections et à vos inquiétudes. Peut-être même, après cette lecture, cesserez-vous de trouver certains sermons trop sévères, — ce qui vous serait un profit, à vous, et à moi, une petite satisfaction égoïste que je vous confesse.

— L'auteur est un homme, je suppose '

— C'est un avocat, père de famille. Lui, au moins, doit connaître son sujet dans le sens que vous désirez, et vous ne pourrez pas lui répondre, comme à moi, tout à l'heure : « Bah ! qu'est-ce que vous en savez ? »

S'il a des faiblesses pour les enfants, oc doit être à bon escient ; s'il a des sévérités, elles doivent être tempérées par l 'amour. Puisqu 'il est mari, la vie à deux a dû lui apprendre que l'autorité familiale, pour être efficace, doit s'exercer dans l'accord, qu'elle doit être composée d'énergies viriles et de délicatesses maternelles, d'austérité inflexible et de tendresse clémente, de ferjneté rude comme une main d'homme, et de douceur caressante comme une voix de femme.

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L'ABSOLU. — Merci. Mais c'en est encore un, je suppose, fécond en principes absolus, qui juge tous les enfants d'après les siens, veut une même éducation pour toutes les natures, un même moule où couler les caractères les plus divers. Est-ce que vous no croyez pas, mon père, que pour élever un enfant, il faut le prendre comme il est ? Et comme il n'y <^i^ a Pfvs deux pareils, même dans une même famille, il faut, avec leur nature, varier les procédés d'éducation; je crois même qu'il faut les varier avec les milieux, les conditions matérielles et sociales de la famille, l 'état de vie, les projets d'avenir, les qualités et les défauts du père et de la mère . . .

— Assurément ; il faut prendre l'enfant comme il est ; c'est la seule manière de le rendre comme il doit être, — ou, ce qui est tout un, de l'élever. Si donc, vous voulez dire que les enfants ont des qualités et dts défauts divers qu'on ne corrige pas, ou qu'on ne cultive pas de la même façon, c'est évident, vous avez raison. On doit tenir compte du caractère, des inclinations, du tempérament de chacun. C'est précisément ce que l 'on fait, non pas en supprimant les principes absolus, mais en les appliquant de façon diverse à divers enfants. Changer, par exemple, le nombre ou

le tou des commandemeuts, ce n'est pas changer le principe d'autorité sur lequel repose le droit de commander. On ne tient pas rigueur à un enfant doux, affectueux, tendre, comme à un enfant violent, primesautier, entêté, vibrant d'ardeur et d'énergie ; à l'un et à l'autre, on applique le même principe d'obéissance différemment. La raison, le sentiment, la bride sur le cou pour le premier ; le frein et l'aiguillon pour l'autre. Il n'est pas plus permis aux parents de celui-ci, qu'aux parents de celui-là, de laisser mentir leur enfant, de lui faire des promesses et de ne pas les tenir, de se contredire à son sujet et en sa présence, de le menacer sans cesse et de ne le châtier jamais, d'être cruels sous prétexte de sévérité, d'être faibles sous prétexte d'affection, de tolérer l'égoïsme, la fourberie, l'orgueil, la mollesse et autres passions naissantes, sous prétexte que l'enfant est encore jeune. Ce sont là des défauts à corriger et des principes à observer indépendamment des contingences d 'humeur, de santé, de fortune, de caractère ou de milieu.

Voilà, madame, comment, en prenant les enfants comme ils sont, on leur applique des principes absolus.

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POUPEE — -^^ ^'0^^ voulez qu'on les appli-

EN CVLOTTE. que aux tout petits ?

— Parfaitement ! dans la mesure de leur intelligence. Vais- je vous étonner en vous disant qu'un enfant est, le plus souvent, bien ou mal élevé, selon qu 'il l 'a été entre deux et quatre ans ?

— Oh ! c'est si pénible de soumettre ces pauvres petits à des devoirs et à des sévérités ! Ils sont délicats, faibles. . . et c'est si bon d'en avoir soin et de les dorloter longtemps . . .

— Bon à la tendresse des mères, je le sais ; fatal à leurs chéris, quand la tendresse et les soins sont excessifs. Que d'enfants s'étiolent dans des caresses trop prolongées ! Que d'autres arrivent à l'adolescence avec de grands corps alanguis, dont les membres n'ont pas de muscles, la volonté pas de nerf, le coeur pas de résistance et pas d 'amour ; dont les yeux voient la vie comme un lit tout fait, où ils n'auront qu'à se coucher. Les santés robustes ne se développent pas d'ordinaire avec des bonbons, et les énergies du caractère avec de molles tendresses. Avec des gâteries, on peut former une petite fille-poupée ; avec des caresses, un fils à papa, autre sorte de poupée en culotte ; on ne forme pas un homme.

Quand trop de chocolat a pris l'estomac, la fantai-

sie prend la volonté, et les mauvaises passions prennent le reste.

Ne serait-ce qu'au point de vue de la santé, — et c 'est le moindre, — on devrait user de plus d 'austérité avec les enfants. Sur 8,200 Français, âgés de quatre- \ingts à cent ans, au moment de leur décès, savez- vous combien avaient été élevés dans l'aisance ? 418. Les autres s'étaient fortifiés dans les revigorantes privations de la gêne et de la pauvreté !

Ne parlons plus des muscles et de la santé ; cela importe peu. Dans cette éducation efféminée, c'est la volonté surtout qui s'énerve et périt. Et comme c'est par la volonté qu 'on fait quelque chose et qu 'on devient quelqu'un, on ne peut rien attendre d'un enfant dont la faculté de vouloir est dans ses appétits et a toujours été soigneusement soustraite à tout effort et à tout sacrifice.

A QUI LA FAUTE ? Quand je rencontre un père et une mère affligés par leurs enfants, je les plains, sans doute ; mais ma pitié ne peut m 'empêcher de remonter à une faute première. Les parents sont presque toujours les premiers coupables.

Si la volonté des enfants avait été formée dans l'obéissance, dès qu'ils ont pu comprendre un premier

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commandement, — tout en développant leur initiative personnelle par l'honneur, la foi, l'amour, — si on l'avait appuyée sur l'autorité personnelle, comme on attache une jeune plante à son tuteur, elle aurait poussé droite et forte. Elle aurait pris et gardé l'habitude d'obéir. L'enfant saurait respecter l'autorité; plus tard, il eût mieux compris la sagesse et la nécessité de la subordination ; il l'aurait aimée ; à peine lui viendrait-il en tête de s'y soustraire. L'autorité de son père lui apparaîtrait, si on peut dire, comme une loi physique à laquelle on ne songe même pas à faire une brèche. Mais comment voulez- vous qu'il n'y songe pas, quand les parents sont les premiers à en ouvrir une toute grande, en laissant passer, à propos de tout et à propos de rien, à travers les ordres qu'ils donnent ? Qu'ils réfléchissent donc avant de commander. Dès qu'ils l'ont fait, si légère que soit la matière du commandement, l'enfant n'a qu'à s'y soumettre. L'autorité qu'ils ont mise en jeu venant de Dieu, il n'est pas plus permis aux enfants de la mépriser pour les petites que pour les grandes choses.

Si, tout jeune, l'enfant était habitué à considérer un ordre paternel comme aussi irrévocable qu'une loi de la nature ; s'il grandissait en disciplinant sa volonté sous cette autorité aussi sage qu'aimable, son

obéissance, comme sa reconnaissance, resterait fidèle à tout âge.

— Belle théorie, soupira madame, incrédule.

bÉbÉ et — Voulez- vous de la pratique t

UNE BOUGIE. Prenez Bébé : quinze ou vingt mois à peine, un petit être charmant de chair tendre, avec, dans les yeux, les premiers rayons d'une intelligence qui s'éveille. Il ne parle pas encore, appelle toutes choses d'une ou deux syllabes : « Beu, beu ! pa pa », c'est tout son vocabulaire. Un soir qu'il agite ses mains potelées près d'une bougie,il essaie d'en prendre la flamme et s'y brûle. — Beu ! — Il ne connaît pas le feu, ne sait pas dire pourquoi ; il sent que ça fait mal. — Beu, beu ! — Mais sa mère a soufflé sur la petite main potelée, puis a baisé la brûlure. C'est guéri.

Le lendemain, la bougie est encore là, tout près. Bébé en regarde la flamme, et, cette fois, avec une curiosité inconsciente, — ça ne brûlera peut-être pas comme hier, — il s'approche, y touche prudemment, s'y brûle encore. Une troisième, une quatrième, une dizième fois, Bébé met sa main sur la flamme de la bougie et se brûle chaque fois.

■ Soyez tranquille ; Bébé aura cinq ans. Bébé aura

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dix ans, Bébé aura quarante ans, Bébé aura une grande barbe blanche ; il ne mettra jamais sa main sur les bougies : — ça brûle toujours !

Gardez le même Bébé. Un jour, vous lui avez donné un commandement, et il a parfaitement compris votre volonté. Il fait tout le contraire. Vlan ! la désobéissance est à peine commise, et il s'aperçoit que ça brûle quelque part. Il en est tout surpris : on l'aime tant !

Une deuxième, une troisième, une dixième fois, il s'entête, insiste pour vous faire céder, désobéit enfin, et chaque fois, fidèle comme la flamme qui brûle, le châtiment suit la désobéissance. Vous ne revenez jamais sur ce que vous avez dit, et il le sait. Soyez tranquille : Bébé aura cinq ans. Bébé aura vingt ans, Bébé aura une grande barbe blanche ; il n'enfreindra jamais votre volonté, il n'y songera même pas.

Si le 7ion du père peut devenir oui devant la résistance de l'enfant, — si je le veux des parents ne tient pas lieu de toute argumentation, même dans les moindres choses, — car, encore une fois, ce n'est pas la matière du commandement qui importe ici, c'est l'autorité, — c'en est fait de l'éducation de cet enfant. Il faut le plaindre plus encore que ses parents. Ceux-ci ont voulu leur malheur ; ils récoltent ce qu'ils ont

semé. 11 n'y a qu'une réponse à donner à leurs plaintes : souffrez, expiez, c'est votre faute !

Il n'est pas besoin d'être prophète pour prédire parfois aux parents les larmes inutiles qu'ils verseront plus tard. Il suffit de les entendre promettre mille récompenses pour obtenir une soumission marchandée, discuter, plaider avec leurs enfants, au lieu de commander et de les faire obéir parce qu'ils ont commandé.

Je ne puis rappeler ce principe sans revoir dans mes souvenirs cent familles qui l'ont violé et en paient aujourd'hui les conséquences.

UN PETIT — Il y a plusieurs années déjà, au

NAPOLEON, cours d'un voyage, je dînais dans une famille d'amis. Un garçonnet de trois ou quatre ans fut admis à la table avec les hôtes. On le disait très précoce ; on citait ses mots ; on le traitait de prodige à sa face ; certaines insolences qu'on aurait dû fustiger passaient pour spirituelles et amusaient beaucoup ; toute la maison tournait autour de lui, et il semblait convaincu, à son air maussade, que ça lui était dû. Il entra dans la salle à dîner au moment où madame sa mère indiquait à chaque convive son siège :

— Toi, mon chéri, dit-elle, prends celui-ci.

— Non ! marmota-t-il, je veux m 'asseoir là. Et il

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fit le mouvement d'occuper la chaise d'une jeune dame, en face de moi.

— Allons ! tu n'as pas honte, fit la mère en rougissant. Prendre le siège de Madame, oh ! que c 'est laid ! Est-ce que son petit Jules prend ma chaise, à moi, quand je vais chez elle ?

— Viens, intervint le papa, viens te mettre près de moi.

— Non! reprit l'enfant, déjà campé sur la chaise de la jeune dame.

— Tu n'auras pas de dessert, si tu ne viens pas ! Regarde ce que je vais te donner ; mais fais le bon garçon.

Il tendit la main vers l'enfant pour l'amener vers lui.

— Garde-le ton dessert ! répondit le gamin en colère, et il repoussa la main de son père.

Celui-ci, humilié, se sentant déjà battu, leva les épaules pour signifier : que voulez-vous faire ? Il me regarda pour trouver dans mes yeux une excuse à sa défaite; et, voyant que je baissais la vue pour ne point approuver sa faiblesse, il affecta, au milieu du malaise général, un petit air de fierté, en ajoutant :

— Oh ! ce que cet enfant a de volonté ! Quand il s'est mis quelque chose dans la tête, c'est un petit Napoléon, rien ne le ferait reculer.

— Et eu cela il a de qui tenir, continua la mère, en empruntant le sourire affecté de son mari.

Pendant cette scène, la jeune dame s'était empressée d'offrir sa chaise :

— Laissez-le, je vous prie ; . . , je vais prendre cette place, allons, ce n'est pas la peine. . .

— Non, non, reprit le mari, à qui je n'avais pu m 'empêcher de jeter un regard de reproche, gardez votre place, madame ; il faut que l 'enfant m 'obéisse !

Là-dessus, il le prend dans ses bras, le soulève de sa chaise, tandis que le diablotin se débat, se défend de ses pieds et de ses mains, en poussant des cris étourdissants.

— Eh bien, laisse-le donc, mon Dieu, laisse-le donc ! dit la mère, tu le fais pleurer ... il ne voudra plus dîner maintenant . . .

Et le petit Napoléon fut laissé là. Il remporta la victoire.

Il en a gagné bien d'autres depuis ! Assez pour ruiner son père, qui en a toujours payé les frais. Après le collège, — une demi-douzaine de collèges, — il a payé l'Université, dont Napoléon suivait les cours dans les cafés à la mode ou dans son lit ; il a payé les dettes de jeu, les usuriers, les faux billets qui mènent en police correctionnelle, avant de mener en prison.

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A PROPOS Ailleurs, j 'ai vu des enfants

D'UNE PECHE, plus douXj incapables de scènes de rage, mais capables d'argumenter à perte de vue avec leurs parents, et ne cédant qu'après avoir épuisé toutes les patiences.

— ]\Iaman, je veux manger une pêche, dit Jean à sa mère.

— Tu n'en auras pas. Tu sais bien que ça rend malade dans les chaleurs de la canicule.

— Non, maman, je te le promets, je ne serai pas malade ; donne-la moi. Hier, c'était bien la canicule aussi, et je n'ai pas été malade.

— Voyons, mon Jean, y penses-tu, manger des fruits l'été, c'est si mauvais !

— Mais c'est l'été qu'on les mange ! L'hiver 'y en a pas.

— C'est mauvais, te dis-je. Le docteur a dit que Jean mourrait s'il en mangeait.

— Non, je ne mourrai pas : donne-m'en une. Le docteur dit que je mourrai, et il en mange tout le temps, lui. Donne-la moi, ou je vais la prendre dans la corbeille.

— Tu n'es pas gentil, Jean; je ne t'aimerai plus du tout, si tu la manges.

— Ça ne fait rien. Moi non plus, je ne t'aimerai pas.

Et le voilà qui pleure.

— Eh bien, écoute, je vais t'en donner la moitié. . . mais que ce soit la dernière fois ! . . .

— Non, donne-moi-la toute ! erie-t-il, en la saisissant dans la main de sa mère.

— Va donc, fit-elle, à bout d'arguments ; prends-la ta pêche, sois malade, ce sera bien bon, et ta mère sera bien contente, si son petit Jean meurt !

Voilà un enfant qui l 'emporte à trois ou quatre ans ; pourquoi ne l 'emporterait-il pas,quand il en aura trois ou quatre de plus ? Il s'est ouvert une brèche à travers le mur de l'autorité, il a même pris l'habitude d'y passer. Est-il sage de croire que, devenu grand, il n'y passera plus et domptera, avec sa nature rebelle, ses penchants, ses caprices accrus, et se réformera par amour de la vertu ?

En grandissant, il aimera peut-être moins les pêches ; mais il aimera bien d'autres fruits défendus, et il en mangera à satiété, sans plus même argumenter. Il en subira toutes les maladies morales et physiques.

Et sa mère ne sera pas contente du tout, quand son petit Jean mourra.

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DE BKLLBS Huit jours plus tard, Maurice me

INTENTIONS, rapporta ce « compte-rendu » et, le tirant de sa poche, les yeux plongés dans l'avenir et rayonnants de grands projets, le posa sur ma table :

— 'Merci. J'y ai trouvé des leçons pour ma vie future. Je l'ai même lu à ma fiancée.

— A-t-elle assez d 'esprit de foi pour l 'accepter sans restriction ni critique ?

— Oui, mon Père. Et de cet esprit de foi naîtra en elle, j'en suis sûr, assez d'esprit de sacrifice, d'amour du devoir et d'énergie chrétienne pour lui faire accepter toutes les conséquences de nos engagements.

— Vous avez découvert toutes ces vertus chez elle ?

— Oui, avant même de l'aimer.

— Tant mieux ! C 'est le moment le plus sûr ! Après on ne sait jamais... Elle est d'une qualité rare et qui s'en va, votre fiancée, et je vous en félicite. Gardez, gardez bien en cage, quand vous l'aurez saisi, votre bonheur !

— Et pour cela nous trouverons, l'un et l'autre, que les sacrements sont bons à tout âge, que le Sacré-Coeur est un sol ferme et profond où enraciner l'amour conjugal, que la mondanité au contraire en dessèche vite les racines, énerve l'autorité familiale, gâte les enfants et fait bientôt pleurer les mères. On n'hésitera pas à

savoir chez nous si c'est papa, maman ou bébé qui commande.

— Oh ! les belles intentions, mon cher, les magnifiques projets !

— Avant les douces réalités . . .

— C'est la grâce que je vous souhaite avec la vie étemelle.

— Ainsi soit-il, acheva Maurice avec un grand geste.

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