GARDES OU CORPS
Duroc, la prééminence des grades est maintenue. La solde varie pour les officiers, mais elle est, dans tous les projets, fixée àl,lSO francs pour.les gardes.
L'idée n'est point encore mûre, et l'Empereur, avant de se déterminer, demande encore d'autres projets de formation. On lui en soumet un, en mars 1813, qui se rapproche par différents côtés de celui de Duroc et qui reporte directement la pensée aux quatre compagnies de Gardes du corps d'autrefois : quatre compagnies, chacune de cinq brigades ; chaque brigade d'un demi-escadron : soit dix escadrons pour tout le corps. Dans chaque compagnie, un capitaine indépendant, cinq lieutenants, dix sous-lieutenants (il y en avait douze aux Gardes du corps), un maréchal des logis chef, dix maréchaux des logis, un brigadier fourrier, vingt brigadiers, trois cents gardes, cinq trompettes (en habit rouge écarlate). La compagnie est de trois cent soixante-dix hommes, officiera compris, le corps de quatorze cent quatre-vingttrois hommes.
C'est ici, semble-t-il, la dernière formule à laquelle, en mars, se soit arrêté l'esprit de Napoléon, et si différente qu'elle soit du projet qu'il présente au Sénat le 1®"" avril, il ne l'en conserve pas moins en un coin de sa mémoire et il paraît fermement résolu à l'appliquer. Sans doute, dans
la pénurie de cavalerie où il se trouve, il a songé que ces compagnies de parade que les villes lui présentaient si volontiers et où les jeunes gens riches s'inscrivaient d'enthousiasme pour avoir droit à un uniforme chatoyant, étaient une ressource toute prèle et sur laquelle il devait niellro la main. Peut-être a-l-il pensé que, demandant un grand effort aux classeslaboricuses de la nation, il devait exiger que les classes riches, qui s'étaient soustraites au service personnel, fissent un effort proportionné. Aussi, ce ne sont plus quatre compagnies de Gardes du corps qu'il demande, ce sont quatre régiments de Gardes d'honneur, d'un effectif de dix mille hommes, qu'il entend créer: les hommes, qui devront s'habiller, s'équiper et se monter à leurs frais, recevront simplemeuL la solde des Chasseurs de la Garde et n'auront le grade de sous-lieutcnants qu'après douze mois de service. Toutefois, le plan des régiments n'est pas, comme on le pourrait croire, indépendant de celui des compagnies; il existe au contraire, entre les deux idées, une corrélation étroite, ainsi que le prouve l'article 8 du projet de Sénatus-consulte : « Lorsque^ après la campagne, il sera procédé à la formation de quatre compagnies de Gardes du corps, une partie de ces comptagnies sera choisie "parmi les hommes des régiments de gardes d'honneur qui se seroiil le pAus distingués. »
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Le Sénatus-consulte n'avait pour objet que de mettre à la disposition du ministre de la Guerre les dix mille hommes de Gardes d'honneur à cheval, et de donner, sur les points qu'on vient d'indiquer, une sorte de sanction souveraine aux promesses de l'Empereur. Dès le o avril, Napoléon fixa par un décret les bases essentielles de l'organisation.
Les quatre régiments devaient, chacun, être composés, pour les trois quarts, d'hommes tirés des anciennes provinces de l'Empire, pour un quart, d'hommes pris des provinces nouvelles. (Si, dans le troisième régiment, celte proportion ne paraît pas observée, c'est que les départements de l'Ouest, encore tout chauds des guerres civiles et toujours travaillés par les agents royalistes, en font partie.) Ceux qui sont appelés à fournir ie contingent de dix mille hommes doivent être bons au service, Français, âgés de dix-neuf ans au moins et de trente ans au plus, et appartenir à l'une de ces catégories : membres de la Légion d'honneur et leurs fils ; membres de l'ordre de la Réunion et leurs fils ; chevaliers, barons, comtes et ducs de l'Empire et leurs fils ; membres des Collèges électoraux et des Conseils généraux de département et d'arrondissement et leurs fils ; membres des Conseils municipaux des Bonnes Villes et leurs fils et neveux ; les cinq cents plus imposés de
chaque di-parlonicnt; les cent plus imposés des villes, leurs fils et neveux; les employés des diverses régies et leurs fils ; les militaires ayant servi dans les armées françaises, les anciens officiers dos armées étrangères et leurs fils. Les anciens militaires sont reçus jusqu'à quarante-cinq ans. La désignalion d'office n'a lieu par les préfets que si le contingent requis pour chaque département n'est pas rempli par les engagements volontaires ; encore, sur les registres, ne doivent point être portés les hommes qui sont mariés et qui ont un état.
Il convient peut-être de constater que telles sont les dispositions essentielles d'un acte qu'on a présenté comme le plus lyrannique et qui, cent ans plus lai-d, paraîtrait singulièrement bénin. Dans un péril imminent delà nation, l'Empereur a fait rentrer dans le droit commun un certain nombre de réfractaires appartenant aux classes élevées et qui s'étaient soustraits à la conscription. Il les a contraints au service personnel et, en échange, il leur a, par un Sénatus-consulte, garanti le grade de sous-lieutenant au bout d'un an de service. Il a rappelé sous les drapeaux les militaires âgés de moins de quarante-cmq ans qui voulaient encore marcher. Il a requis les employés de l'Etat et leur a donné une destination active. Sans doute les Gardes d'honneur doivent
se monter, s'équiper et s'habiller à leurs frais et chaque engagé volontaire doit verser à la caisse du corps une somme de l.loG francs; mais cette prescription s'adresse aux plus fort imposés des départements; les membres de la Légion et leurs fils étant, sur leur demande, habillés, équipes et montes aux frais de la Légion.
Bien plus simple naturellement que l'uniforme destiné aux Gardes du corps, l'uniforme des Gardes d'honneur le rappelait pourtant par des traits essentiels. Seulement, la diflicullé de trouver des chevaux de haute taille avait fait abandonner tout ce qui, dans le projet de Duroc, tendait à classer les Gardes du corps dans la Grosse cavalerie. Les chevaux étant de la taille de ceux des hussards, l'habillement, l'équipement et l'armement sont à la hussarde. L'uniforme, identique pour les quatre régiments, consiste en une pelisse vert foncé, doublée de flanelle blanche, avec bordure des bords et du collet, boudin et tour de manche en peau noire ; gants, olives et tresses blanches ; boutons en argent plaqué ; collet et parements écarlates ; le pantalon hongrois en drap rouge avec tresses blanches ; la ceinture, fond cramoisi à garnitures blanches ; le shako, rouge avec plaque et jugulaire en argent plaqué et pompon aux couleurs de lacompagnie surmonté d'un plumet vert dont la sommité est rouge pour
le !'■'■ régiment, bleue pour le 2", jaune pour le 3'\ blanche pour le 4".
Le colonel de chaque régiment, aux termes du décret d'inslilulion, doit cire pris parmi les généraux de division ou de brigade, et les deux majors parmi les colonels ; mais, sauf pour ces deux grades, les officiers n'ont, dans l'armée, que le rang des officiers du grade correspondant dans la ligne. Ils sont choisis, même les chefs d'escadron, parmi les recrues. Les chefs d'escadron doivent avoir servi, posséder cinq à six mille livres de rente, être dévoués à l'Empereur. Les officiers particuliers doivent avoir eu en France ou à l'étranger le grade pour lequel ils seront désignés. Chaque régiment est composé d'un état-major et de dix escadrons à deux compagnies. L'état-major comprend un colonel, deux majors, dix chefs d'escadron, un capitaine instructeur, un quartiermaître, dix sous-adjudants-majors lieutenants en premier, dix chirurgiens — puis un vaguemestre, un sous-inslruileur maréchal des logis, dix vétérinaires, dix trompettes majors, huit maîtres ouvriers. La compagnie de cent vingt-deux hommes officiers compris, a un capitaine, un lieutenant en premier, deux lieutenants en second, cinq maréchaux des logis dont un chef, neuf brigadiers dont un fourrier, deux maréchaux ferrants, cent gardes et deux trompettes. Le complet du régi-
ment est donc de deux mille cinq cent cinq hommes.
L'Empereur avait prévu toutefois le cas où la levée ne rendrait pas tout ce qu'il espérait. Il avait fixé, avec le maximum de dix mille hommes, un minimum de cinq mille, ce qui eût réduit chaque régiment à mille deux cent cinquante hommes. On peut croire que ce fut de ce nombre que se rapprochèrent les efîeclifs réellement obtenus.
Pour marquer sa faveur, pour diriger à son gré ces jeunes gens sans trop de mollesse ni de sévérité, l'Empereur avait pris dans son entourage intime, dans sa Maison, parmi les hommes qu'il honorait d'une confiance particulière, qui étaient en quelque façon les amis du premier degré et qui en même temps appartenaient par leur naissance à l'ancienne noblesse, la plupart des chefs des quatre régiments : au 1®"", il avait donné pour colonel le général de division comte de Pully, auquel, le 5 juillet 1812, il avait confié le gouvernement du palais de Meudon et par suite la garde du Roi de Rome, mission de singulière confiance et qui, semblait-il, impliquait que dans l'avenir M. de Pully serait nommé gouverneur du jeune prince, lorsqu'il passerait aux hommes; les majors étaient M. de Mathan, marquis d'ancien régime, ancien enseigne aux Gardes françaises,
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qui, h son retour d'émigration, s'était rallié, fait nommer colonel de la Garde nationale de Caen, et, en 1811, au passage de Leurs Majestés s'était à ce point signale par son dévouement comme commandant de la garde d'honneur que, par décret du 6 juin, l'Empereur l'avait nommé chambellan; — et Esprit-Victor- Elizabeth-Boniface de Gastellane, chevalier de l'Empire avec dotation de 2,000 francs sur le Trasimène;le fougueux, l'appliqué, le légendaire Caslellanc, le futur maréchal de France, l'ancien garde d'honneur du corps Ségur , qui après de brillants services en Espagne et en Russie, venait de recevoir à Moscou l'épaulette de chef de bataillon. Son père, le cidevant marquis de Castellane-Novejan, ancien député de la Noblesse aux Etats Généraux, pouvait aussi bien que lui passer pour un fidèle, puisqu'il était, depuis l'an Xll,préfct des Basses-Pyrénées et qu'il avait en celte qualité reçu l'aigle d'or de la Légion et le titre de baron, puis de comte de l'Empire. Au 2° régiment, le colonel fut d'abord Lepic, le héros des Grenadiers à cheval, puis bientôt La Grange, l'héroïque manchot, marquis d'ancien régime, volontaire en 1800 au 9*" Dragons, écuyer de l'Empereur en 1810, officier de la Légion, comte de l'Empire avec dotation de 8,000 francs, ayant gagné chacun de ses grades par une blessure ou par une action d'éclat. Pour
les majors, l'un était M. de Valon d'Ambrugeac, le beau-frère de mademoiselle de Marbeuf — et l'on sait comment Napoléon s'était conduit pour les Marbeuf, — l'autre, M. de Pange, ci-devant marquis, comte de l'Empire, chambellan de l'Empereur, ayant repris du service en 1812 comme colonel de la garde d'honneur du département de la Moselle. M. d'Ambrugeac et M. de Pange avaient tous deux émigré et avaient tous deux combattu avec une extrême ardeur contre les armées de la République. Au 3°, le colonel était le général comte Philippe de Ségur, fils du Grand maître des cérémonies; lui-même volontaire de 1800, ayant fait toute sa carrière militaire sous les yeux et dans la Maison de l'Empereur; les majors, l'un, M. de Briançon de Belmont, marquis d'ancien régime, émigré, aide de camp du maréchal de Broglie à l'armée des Princes, puis réfugié à Malte rentré en 1800, rallié au point de solliciter en 1813 la présidence du collège électoral de l'Isère, nommé chambellan de l'Empereur à cette époque; l'autre, le baron de Saluées, d'abord officier au service du roi de Sardaigne, puis écuyer de la princesse Pauline et, à la suite d'incidents romanesques, devenu le 2 janvier 1810 écuyer de l'Empereur. Enfin, au 4® régiment, le colonel est le général comte de Bonardi de Saint- Sulpice, écuyer de l'Impératrice en 1804, com-
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mandant de la Légion, comte de l'Empire avec î>0,000 francs de dolalion, gouverneur de Fontainebleau avec 13,000 francs de traitement. Les majors sont l'un le comte (duc) de Clermont-Tonnerre, émigré, devenu après sa rentrée, d'abord aide de camp de Clarke, puis chambellan de la princesse Pauline, dans la maison de laquelle il a pris ses habitudes ; l'autre, M. Joseph de Monteil, major du l®*" régiment de cuirassiers, nommé chevalier de l'Empire le 6 octobre 1810 avec dotation antérieure de 2,000 francs, le seul sur lequel on ne trouve jusqu'ici rien qui le rattache à la Maison, le seul qui sorte du service actif, et le seul, dont, en décembre 1813, le général inspecteur demande la réforme.
Sauf Ségur, les généraux colonels étaient en quelque sorte honoraires, et, s'ils organisèrent les régiments, ils ne les conduisirent point à l'armée ; ce furent les colonels majors qui en eurent la mission et la plupart étaient aussi neufs que leurs troupes en matière militaire, comprenaient peu la nécessité que les jeunes gens sous leurs ordres eussent soin de leurs chevaux et de leur équipement et, d'ailleurs, s'ils l'avaient compris, n'avaient dans leur troupe ni officiers, ni sousofficiers capables d'instruire les gardes dont beaucoup étaient pleins de bonne volonté — beaucoup, mais non pas tous. Dans le 3* régiment,
les agents des Bourbons provoquèrent une sorte d'insurrection lui se termina par une tentative d'assassinat sur la personne de Ségur. Plusieurs des Hollandais incorporés désertèrent et il est remarquable que les deux seuls qui aient écrit leurs souvenirs, MM, Boymans et Sirtema de Groveslins, nous ont transmis non le récit de leurs combats, mais la narration de leur fuite. Bon nombre d'Italiens les imitèrent, mais généralement l'esprit était loin d'être mauvais; si l'on désertait, c'était plutôt par dégoût d'un métier que l'on tenait pour pénible, servile même (les domestiques n'étant pas tolérés en campagne), que par lâcheté, et lorsque l'Empereur, qui s'était d'abord refusé formellement à laisser tirer de l'armée aucun officier ou sous-officier, se fut déterminé quelque temps < après Dresde « à fournir quelques instructeurs, puis, durant l'hiver seulement, avant la reprise de la campagne, à répartir dans les cadres un nombre d'officiers et de sous-officiers de gendarmerie qu'un écrivain porte, en l'exagérant singulièrement, jusqu'à deux mille, les régiments prirent tournure.
C'est que, pour former ces quatre régiments, l'ancienne France avait donné à la nouvelle la fleur de sa jeunesse. On voudrait citer ces noms qui évoquent à la pensée de l'honneur, de la gloire, une longue illustration, prouver que, si
le mouvemenl n'a pas élé spontané, du moins il a suffi que les portes fussent ouvertes et qu'on poussât un peu celle jeunesse pour qu'elle s'empressât de passer.
L'Empereur n'attendit pas que chacun des régiment eût quatre escadrons prc'senls à Mayencc, d'abord pour prescire que les Gardes d'honneur feraient partie de sa Garde (29 juillet), puis pour ordonner (6 septembre) une sorte de tiercement avec les régiments de cavalerie de la "Vieille Garde : le l*"" régiment des Gardes d'honneur étant attaché aux Chasseurs à cheval, le 5'= aux Dragons, le 3® aux Grenadiers, le 4® aux' Lanciers ; chacun des vieux régiments devant, en cas d'affaire, fournir les hommes nécessaires pour les entremêler aux gardes afin de les guider. Chaque régiment de Gardes d'honneur devait fournir chaque jour, comme les régiments de Vieille Garde, un escadron de service — ce qui portait à huit escadrons cette petite réserve que l'Empereur voulait toujours sous sa main, afin de la lancer au moment opportun sur un des points du champ de bataille, — et, au cas où cette réserve aurait à charger, les Gardes recevraient, des escadrons des vieux régiments auxquels ils étaient attachés, les hommes nécessaires pour les encadrer.
On n'est pas bien fixé sur la force que présentèrent à ce moment les quatre régiments. D'après
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les situations au lo septembre, l'efTcclif total était de quarante-deux officiers et mille quarante-cinq gardes, et au 15 octobre de quarante-huit officiers et huit cent cinquante-trois gardes. Ces chiffres sont singulièrement instructifs et prouvent à quel point Marmont eut raison d'écrire : « L'armée, étonnée de leur faiblesse et de leur inexpérience, les vit se fondre au milieu des combats et des marches avec tout le dévouement et presque l'héroïsme des plus vieilles troupes. « Ce fut ce petit nombre d'hommes qui, les 16 et 18 octobre, prit part à la bataille de Leipzig, sous les ordres directs du colonel Dautancourt, major des Ghevaulégers polonais. — Pris part est beaucoup dire. L'Empereur avait trop le sentiment de sa responsabilité vis-à-vis de la France pour risquer ces jeunes gens; il voulait d'abord les aguerrir. Le 16, il leur fit suivre en réserve les évolutions de la cavalerie de la Vieille Garde; le 18, il commanda à Dautancourt de les faire manœuvrer de façon à les montrer distinctement à l'ennemi, « sans les exposer que le moins possible ». Cette sollicitude allait si loin que Dautancourt ayant, de lui-même, risqué un mouvement rendu nécessaire par la trahison des Saxons, l'Empereur lui dépêcha le général Nansouty avec mission de dire qu'il trouvait les Gardes d'honneur trop exposés et de répéter qu'il voulait « qu'on les fit voir sans
les engager qu'à la dernière extrémité ». Bien qu'ils n'eussent point chargé, les régiments se tinrent à merveille sous le feu et eurent quatre officiers tués ou blesses.
Ce fut à Ilanau que les Gardes d'honneur donnèrent pour la première fois. Les Grenadiers à cheval venaient d'être ramenés : quatre cents Gardes d'honneur du 3" régiment débouchèrent de la forêt pour les soutenir. Ils se formèrent en bataille et « chargèrent au trot, leurs chevaux exténués ne pouvant mieux faire, mais si fièrement que, à leur aspect, dit Ségur, le double désordre de la défaite des nôtres et de la poursuite de l'ennemi s'arrêta. Les Grenadiers à cheval, repoussés, se rallièrent au cri de : Vive les Gardes dlwnneur ! et leurs vainqueurs étonnés, reculant, lâchèrent prise. »
Le 3" régiment eut trois officiers blessés dans cette charge et, sur un autre point du champ de bataille, le 4* trouva aussi occasion de se distinguer.
L'armée étant arrivée à Mayence, les quatre régiments furent cantonnés sur le Rhin pour se réorganiser, s'instruire et en même temps exercer sur les rives du fleuve une surveillance active. Un rapport du général Nansouty en mission au mois de décembre pour inspecter les quatre régiments, constatait qu'ils étaient généralement mal
habillés, mal équipés, mal tenus et qu'ils avaient de mauvais chevaux. Les colonels majors des trois premiers régiments paraissaient s'occuper de leur alTaire. Celui du quatrième, ancien militaire, brave homme d'ailleurs était absolument au-dessous de sa tâche. Il lui fallait une autre destinalion. Ce que Nansouty réclamait avant tout, c'étaient des officiers particuliers et des sousofficiers : c II n'y avait, dit-il, aucun principe de discipline ou d'instruction, mais, si les jeunes gens étaient menés, on en tirerait un bon parti. J'ai cru y remarquer, ajoutait-il, de la bonne volonté et le désir de bien faire. »
Il est vraisemblable — quoique l'auteur si distingué d'un récent travail sur les régiments des Gardes d'honneur n'en ait pas trouvé la trace officielle, — que l'entrée dans les cadres d'un nombre considérable d'officiers et de sous-officiers sortant de la Gendarmerie fut la sanction de ce rapport de Nansouty, en même temps que la nomination comme colonels en second, au l*^"^ régiment, du général Piquet ; au 2®, du général Vallin ; au 3'^, du général Vincent; au 4°, du général Merlin, tous soldats de fortune, tous plébéiens, tous entrés au service en 1793 et singulièrement roides sur le devoir. Les régiments de Gardes d'honneur cessaient de faire partie de la Garde. Ils formaient une division de deux brigades, à la