‹ Cavelier de La Salle de Rouen [microforme]Chapitre 2 sur 22 · ER TETE RTE CETTE · texte numérisé non relu

ER TETE RTE CETTE

Robert Ca velier, sieur de la Salle, après avoir doté la France de l'immense bassin du Mississipi, est tombé, il y a près de deux cents ans, sous la balle d’un assassin. Peu firent plus que lui pour la gloire et la prospérité de notre pays. Ses contemporains l'ont justement surnommé le Christophe Colomb du xvrr siècle, Eh bien ! tandis que l'on gravait avec enthousiasme, sur les tables de mémoire, le nom des soldats heureux, fléaux de l'humanité, on laissait tomber dans l'oubli le plus profond celui de notre grand compatriote,

On voit au musée de Versailles (1) un tableau de Gudin qui le représente abordant au Texas, à l'endroit qui porte aujourd'hui son nom. Le Capitole de Washington conserve son médaillon entre ceux de Christophe Colomb, de Sébastien Cabot et de Walter Raleigh.

Rouen, sa ville natale, n’a rien, absolument rien, qui rappelle son Souvenir : pas une statue, pas un buste, pas une rue (2)

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En 1847, elle ignorait même qu'elle avait eu l'honneur de lui donner le jour.

(1) Deuxième salle des marines, n° 65.

(2) flest question, seulement question, de lui placer une pierre commémorative dans la cathédrale de Rouen. On croira sans doute avoir ainsi beaucoup fait pour sa mémoire. La république américaine, moins prodigue de bronze que la France actuelle, est cependant sur le point, croyons-nous, de lui élever une statue. À bon entendeur, salut.

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Ce nom glorieux semblait à tout jamais rayé de l’histoire.

Alors que nous nous précipitons aux pieds du Veau d'Or, qui donc devait pousser assez loin le courage et l’abnégation, l’amour de la science et dé la justice pour enlever l'épaisse couche de poussière qui étouffait la mémoire d'un illustre mais simple particulier ? Qui ?— Un fervent apôtre de la vérité historique, un de ces hommes qui accomplissent des travaux prodigieux de Science et d'érudition, sachant très bien que la voie qu'ils suivent n'est pas celle qui conduit à la fortune, aux honneurs, ou à la célébrité : M. Pierre Margry, maintenant archiviste-adjoint au ministère de la Marine et des Colonies.

En 1847, M. Margry, tout jeune alors, fut envoyé à Rouen par M. de Salvandy, ministre de l’'Instruction publique, pour faire des recherches sur Cavelier de la Salle et les fondateurs de la puissance française dans l'Amérique du nord, Il était certain, par ses études antérieures, que La Salle était Rouennais. Aussi, malgré les avis décourageants qu'il reçut, il poussa ses recherches avec persévérance, vaillamment secondé, d’ailleurs, c'est lui quile dit, par M. Potel, archiviste de l'état-civil. Son succès fut complet. Dans une plaquette recouverte en parchemin, d’environ trente centimètres de hauteur sur dix à douze de largeur, contenant des lacunes, des pages fort mal écrites, d’autres écrites en encre extrêmement pâle, il découvrit, sous la date du 22 novembre 1643, l'acte de baptême de Robert Cavelier.

Il fit immédiatement part de sa découverte au Maire de Rouen par une lettre que M. André Pottier publia dans la Reyue de Rouen et de Normandie (1).

€ L'acte de naissance que j'ai découvert, » y disait-il, «et les recherches subséquentes dont je dois d'abord rendre compte à M. le Ministre de l’Instruction publique, par qui je suis envoyé, permettent désormais à Rouen de revendiquer en toute certitude un grand homme de plus ; et s’il était possible de comparer entre

(1) Vol. de 1847, pp. 710 et seq. ‘

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eux des mérites différents, si également ce n'était pas une action insensée de chercher à rabaisser les gloires du pays les unes par les autres, je pourrais dire son plus grand homme, car celui-là était un homme d'action. Corneille écrivait des poèmes, Cavelier de la Salle en faisait. »

Il y a maintenant vingt-cinq ans que M. Margry fait des recherches sur Cavelier de la Salle; nous pensons ne pas être indiscret en disant qu'il n’a pas changé d'opinion sur ce grand homme.

Dès 1844, M. Jared Sparks avait publié une biographie très estimée de Cavelier de la Salle (1). M. Falconer donnait alors sa découverte du Mississipi (2). Depuis, MM. French (3) et Gilmary Shea (4) ont imprimé d'importants documents tirés tant des ouvrages devenus rares que des archives de France.

Parmi les Français qui prirent part au mouvement déterminé par les travaux de M. Margry, nous citerons en première ligne M. Théodore Lebreton, pour l'excellente notice qu'il a donnée en 1852, dans la Revue de Rouen et de Normandie, sous le

titre : Un navigateur rouennais au X VIF siècle.

En 1860, M. Edouard Frère, conservateu. de la bibliothèque de Rouen, consacrait à Cavelier, dans son AZanuel du Bibliographe normand, au mot La Salle, un long article biographique et bibliographique.

(1) Life of Robert Cavelier de la Salle, in The Library of American biography, 2 d. séries, vol. 1. Boston, 1844.

(2) Falconer Thomas. On the discovery of the Mississipi and on the South Western, Oregon and north Western boundar;- of the U. S. with a translation, Jrom the original M, S. of memoirs relating to the discovery of the Mississipi by de la Salle and Tonty. So Map. London, 1844.

(3) Historical collections of Louisiana, by B. F. French. Philadelphia, 1850.

(4) Discovery and exploration of the Mississipi valley. Redfield, 1853, — Relation du voyage entrepris par feu M. Robert Cavelier, sieur ‘de la Salle, pour découvrir dans le golfe du Mexique l'embouchure du fleuve de Mississipy. Par son frère, M. Cavelier, prêtre de Saint-Sulpice, l'un des compagnons de ce voyage. Manate, 1858. ‘

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La même année, dans sa Géologie pratique de la Louisiane, Raymond Thomassy insérait des pièces et des observations qui font vivement regretter qu'une mort prématurée ne lui ait pas permis de réaliser le projet qu'il avait d'écrire l'histoire de Cavelier de la Salle.

En 1862, M. P. Levot, conservateur de la bibliothèque du port de Brest, donnait à la Nouvelle biographie générale de Firmin Didot (1) un article de grande valeur. A cette époque, M. Margry rentrait en lice par une série d'articles, souvent consultés, publiés, de juillet à septembre, dans le Journal général de l'Instruction publique, sous le titre: Les Normands dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi.

L'année suivante, la Revue contemporaine donnait la Légende du Meschacebé, de M. Xavier Eyma, deux bons et longs articles qui durent contribuer beaucoup à la vulgarisation du nom de Cavelier de la Salle.

M. Léon Guérin, dans ses Navigateurs français, n'a pas hésité à joindre au nom de l’intrépide explorateur le qualificatif de GRAND, et ce n'était pas là une flagornerie pusillanime ou intéressée, un de ces enthousiasmes avilissants qui s'escomptent au trésor public; c'était le cri d’admiration qu'une existence héroïque, des eflorts inouïs arrachèrent à la conscience honnête et libre d'un écrivain de talent.

En 1868, notre vénérable ami M. Boimare éditait, avec un recueil de pièces importantes, une très belle lithographie représentant Cavelier de la Salle prenant possession, au nom de Louis XIV, du bassin du Mississipi.

Enfin, MM. Henri Martin (2) et Michelet (3), lui ont donné, dans leurs grandes histoires nationales de France, la place à laquelle il a légitimement droit.

(1) Tome xx1x, col. 716-23, (2) Tome x, pp. 557 et seq.

(3) La Régence, pp. 187 et seq.

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Malgré tous ces travaux, une histoire complète de ce grand homme était encore à faire. La Société libre d’Émulation du Commerce et de l'Industrie de la Seine-Inférieure, justement préoccupée des gloires normandes, sollicita les écrivains, il y a cinq ans, en la mettant au concours. Nous avons répondu à son appel, et, dans sa séance solennelle du 13 jrin 1869, sur le rapport de M. le vicomte Robert d’Estaintot, elle a bien voulu couronner le travail que nous avions eu l'honneur de lui soumettre.

Mais nous n’étions pas seul à faire ce travail. Outre M. Pierre Margry, nous avons rencontré au Ministère de la Marine, M. Francis Parkman, l’un des plus brillants écrivains de la république américaine. Nous avouons, sans le moindre effort, que nous devons notre couronne à l'abstention de MM. Margry et Parkman. Ce détail est assurément de peu d'importance; mais ce qui est d'une importance très grande, c'est la rencontre fortuite, sur le nom de Cavelier de la Salle, de deux écrivains d’un mérite aussi incontesté.

L'œuvre de M. Parkman a vu le jour à Boston, au mois d’octobre dernier; la nôtre est sur le point de paraître. M. Margry a sur le chevalet, nous l’espérons du moins, celle qu’il médite depuis longtemps et qui sera, nous en avonsla certitude, le dernier mot sur notre illustre concitoyen. Quand la mémoire de Cavelier sera mise ainsi er pleine lumière, que la grandeur de son caractère et de ses services ne sera plus contestable, nos administrateurs jugeront sans doute le moment venu de lui rendre les honneurs auxquels il a droit. Pourvu que nos grands hommes contemporains ne prennent pas tout le bronze, tout le marbre et toutes les rues de la ville de Rouen!

En 1868, quand il publia la lithographie dont nous avons parlé plus haut, M. Boimare avait sous les yeux le premier volume des récits historiques entrepris par M. Parkman sous le titre : France and England in north America. En homme qui joint le culte de nos gloires nationales à une connaissance approfondie

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