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de la langue anglaise et de l’histoire du Nouveau-Monde, M. Boimare jugea sainement que l’auteurdes Pioneers of France in the New World (1) avait, plus que tout autre, ce qu'il fallait pour rendre un complet hommage à la mémoire de Cavelier de la Salle. « Un écrivain américain, l’'émule de Prescott, » dit-il, « arécemment publié la première partie d'un ouvrage : La « France et l'Angleterre dans l'Amérique du nord, qui est « consacrée aux expéditions françaises de Villegagnon au Bré- & sil; de Jean Ribaut, Laudonnière et de Gourgue à la Floride; « de Cartier, de Monts et Champlain au Canada. Lesrecherches « auxquelles M. Parkman s’est livré, la clarté et l'élégance de « son style nous font désirer vivement qu'il continue pour Ca- « velier de la Salle ce qu’il a édifié pour Champlain, et notre « compatriote aurait un monument digne de lui. » Au moment où ce vœu patriotique était formulé, M. Parkman publiait le second volume de ses récits (2) et se préparait à venir fouiller les archives de France pour faire le troisième, celui que sollicitait M. Boimare.
Il est bon de rappeler que, pour la composition de ce volume, M. Parkman n’a pas seulement mis à contribution les collections publiques et privées de l'Amérique, mais qu'il a fait tout exprès le voyage de France.
Si ses divers ouvrages ne l'avaient déjà placé au premier rang des écrivains de son pays, ce seul fait suffirait pour attirer sur ses travaux la sérieuse attention de tous ceux qui se préoccupent des progrès de l’histoire.
Nous commencerons cependant par relever une petite erreur qu'il a commise à la première page de son livre.
(1) Boston, 1865. Au moment où nous écrivons ce livre en est à sa cinquième édition.
(2) The Jesuits in north America in the seventeenth century. Ce livre est arrivé, en moins d’un an, à sa quatrième édition.
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De la Salle, dit-il, est né d’une riche famille bourgeoise de Rouen, en 1643. Le lieu et l’année de la naissance ne sont pas contestables. Quant à la position de la famille, nous savons par les lettres de noblesse délivrées, en 1717, à Jean-Baptiste-François Cavelier, sieur de la Salle, neveu de notre héros, que depuis longtemps les Cavelier « vivaient noblement » (1). Mais, dans une note, M. Parkman donne la date du 22 novembre, et cela d'après l'acte de narssance découvert par M. Margry dans les registres de l'état-civil de la paroisse de Saint-Herbland de Rouen. Or, le registre cité est un registre de baptémes, non de naissances ; il donne la date des baptémes, non celle des naïssances. C’est par un lapsus calami que M. Margry, dans sa lettre au maire de Rouen, a écrit « acte de naissance » pour « acte de baptème ». Ce qu'il y a de vrai, c'est que la date précise de la naissance de La Salle est inconnue (2). |
M. Parkman ajoute, encore d’après M. Margry, que La Salle avait les prénoms de Réné et Robert. Le premier ne figurant pas sur l’acte de baptême, nousignorons comment il pouvait être sien.
Quant au nom de La Salle, il le fait venir d’une propriété que les Cavelier auraient eue aux environs de Rouen. Nous avons consulté à cet égard M. de Beaurepaire, dont on connaît le savoir et l'extrême affabilité. Il ne connaît dans la Seine- Inférieure ni fief ni manoir du nom de La Salle. On n’en trouve pas non plus sur la carte de Cassini.
Plusieurs lieux du département de l'Eure s'appellent ainsi. Mais les Cavelier ayant eu tous leurs intérêts à Rouen et aux environs de Fontaine-le-Bourg, il est peu probable que notre
(1) Archives du département de la Seine-Inférieure.
(2) Dans les Normands dans les vailées de l'Ohio et du Mississipi, M. Margry ne dit plus que Cavelier de la Salle est né le 22 novembre 1643, mais, ce qui est bien différent, « qu'il est né à Rouen et a été baptisé le 22 novembre 1643, sur la paroisse de Saint-Herbland. » (Journal général de l'Instruction publique, n° du 30 juillet 1862.)
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héros ait demandé son nom de La Salle au département de l'Eure. On ignore absolument d’où lui vient ce nom qui ne figure point à son acte de baptême, que son père, son frère, son oncle n'ont jamais porté (1).
Voilà les seules erreurs que nous croyons avoir à relever dans l'œuvre de M. Parkman. On avouera qu'un écrivain étranger, même très instruit de nos anciennes coutumes, les pouvait facilement commettre.
La Salle a fait ses études à Rouen, au collége des Jésuites, maintenant Lycée impérial. Les recherches que M. Gautier, proviseur actuel, a en: ja bonté de faire pour nous dans les archives de cet établissement, n’ont pu faire découvrir aucune trace de son passage. Même pénurieaux archives départementales, qui sont en possession de celles de l’ancien collége des Jésuites. Cela tient, nous a dit M. de Beaurepaire, à ce que les élèves des Révérends Pères, fort nombreux, environ seize cents, étaient tous externes. Il faut ajouter que le Lycée, fier à bon droit d’avoir formé un tel homme, conserve religieusement son souvenir.
La Salle fut toujours un fervent catholique, jamais un enthousiaste, ce qui prouve l'élévation de son caractère. Sans pouvoir tolérer que l’on blasphémäât en sa présence (2), il ne pressait en aucune façon sur la conscience des sauvages. Si les missionnaires qui le suivaient faisaient des prosélytes, ils le devaient
(1) M. de Beaurepaire a eu l'extrême obligeance de chercher dans quelle maison La Salle a vu le jour; ses recherches n’ont pas donné de résultat. Les diverses pièces qu'il nous a communiquées indiquent seulement la paroisse Saint-Herbland pour adresse de Jean et de Henri Cavelier. Mais considérant le peu d’étendue de la paroisse Saint-Herbland et l'importance de la maison des Cavelier, M. de Beaurepaire en conclut que ces riches bourgeois devaient habiter rue de la Grosse- Horloge.
(2) Accusé un jour de sévérité envers quelques-uns de ses compagnons, il allégua pour sa défense leur langage profane, et ajouta : « Je suis chrétien et ne puis souffrir de blasphémateurs dans mon camp. » (Lettre appartenant à M. Margry, citée par M. Parkman.)
uniquement à leur éloquence, à leurs moyens de persuasion, aux exemples d’un chef pudique, de la plus grande loyauté, qui imposaient à la troupe une conduite relativement honnête.
M. Parkman pense que la Société de Jésus exerça sur son imagination de jeune homme une forte attraction. Cette, vaste organisation, dit-il, si harmonieuse et si compliquée, cette puissante machine mue du centre par une seule main devait fasciner un esprit comme le sien. S'il est vrai cependant qu'il y voulut entrer, il est également vrai qu'il désira bientôt d'en sortir. Se trouver, non au centre, mais à la circonférence, non le moteur, mais le rouage ; être l'instrument passif de la volonté d'autrui, suivre une ligne inflexible et tracée d'avance; renoncer à son individualité pour devenir simple atôme constituant d’un vaste entier: C'était impossible pour un homme de son tempérament. Il semble, en effet, que la nature ne l'avait pas doté d'une haute taille, d'une grande force corporelle, d'une énergie extraordinâire, d'un esprit vaste pour qu'il passât ses jours à tenir une classe dans un collége de Jésuites. Sous un extérieur froid il cachait un immense orgueil. Tout frein lui était insupportable. Il ne pouvait se soumettre qu’à ses propres décisions. « Tel n'était pas le type que Loyola recommandait à ses compagnons ».
Il se sépara des Jésuites en fort bons termes. D'après le cértificat que lui délivra le générai de l'Ordre, il ne donna que de bons exemples et ne commit pas un péché véniel. Ce détail est donné par le P: Hennepin qui, comme l’observe M. Parkman, n'avait aucun motif de mentir sur ce point. D'ailleurs, ajoute l’éminent écrivain, une ambition démesurée, une puissante intelligence, un ardent désir de s'illustrer étouffaient en lui toute passion vulgaire. « Dans ses défauts, l'amour du plaisir n'avait aucune part. »
Son oncle, Henri Cavelier, riche mercier grossier de Rouen, était inscrit le vingt-quatrième sur la liste des Cent Associés,
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seigneurs de la Nouvelle-France ; son frère aîné, Jean Cavelier, prêtre de Saint-Sulpice, était missionnaire au Canada. Cette condition particulière de deux membres de sa famille contribua beaucoup, sans doute, à déterminer sa vocation.
Quoi qu'il en soit, à la mort de son père il reprit sa liberté, ainsi que lui en donnait le droit une loi de 1666 interdisant les vœux religieux avant l’âge de vingt-cinq ans. A cette époque, il appartenait cependant à l'ordre, car aux termes des lois anciennes il fut déchu de son patrimoine. ‘Foute sa fortune se trouva réduite à quatre cents livres de rentes, dont ses cohéritiers lui versèrent le capital. C'est avec ces faibles ressources qu'il se rendit au Canada, au printemps de 1666, pour chercher gloire et fortune.
En 1667, on le retrouve à Montréal.
Nous allons résumer aussi rapidement que possible les curieux renseignements que M. Parkman donneici sur l’île de Montréal et le séjour de Cavelier à La Chine.
Les prêtres de Saint-Sulpice étaient alors seigneurs de l’île de Montréal, située dans le Saint-Laurent, au confluent de l'Ottawa (anciennement rivière des Outaouacs) .Mais cette seigneurie était sans cesse exposée aux incursions des Iroquois, nations belliqueuses que M. Parkman appelle pestes du désert, pests of the wilderness, et Chateaubriand, avec plus de justesse peut-être, les Spartiates de l'Amérique du Nord. Selon la pittoresque expression de notre auteur, un homme ne pouvait s'aventurer dans les bois ou dans les champs sans porter sa vie dans ses mains.
Pour attirer les colons, les Sulpiciens donnaient des terres aux plus douces conditions. Leur désir était d'occuper l'ile entière et de former à son extrémité occidentale des postes avancés capables de donner l'alarme en cas d’une descente subite de leurs redoutables ennemis. |
La Salle, malgré sa jeunesse, était l’homme qui convenait
le mieux à leur projet. Ils reconnurent que chez lui l’effervescence juvénile était tempérée, ou plutôt voilée par une excessive prudence; qu'il était aussi incapable de fuir le danger que de le provoquer inutilement; qu'il n’était pas homme à jamais abandonner une cause qu'il aurait promis de défendre.
A l’endroit qui s'appeile aujourd'hui La Chine, au-dessus des rapides du même nom, à huit ou neuf milles de Montréal, il y avait de vastes terrains inoccupés!1),trèsexposés aux attaques des sauvages, mais favorablement situés pour le trafic des pelleteries. L'abbé de Queylus, supérieur du séminaire, les concéda au jeune La Salle, à la seule condition qu'il paierait à la communauté, à chaque changement de propriétaire, une médaille d'argent fin du poids d’un marc. C'était tout juste ce qu'il fallait pour assurer la suzeraineté du séminaire.
La Salle, dit M. Parkman, ne changea pas tout d’abord le nom de son nouveau domaine, Deux ou trois ans plus tard, ce domaine s'appelle La Chine. Pourquoi ? on ne le voit pas bien. M. Parkman dit plus loin que ce nom fut imposé par dérision, parce que La Salle aurait échoué dans la première tentative qu'il fit pour ouvrir un passage à la Chine et au Japon. Nous ne sommes pas ici de l'avis de notre sympathique auteur. Il n'est pas possible qu'on ait pensé à ridiculiser un homme pour n'avoir pas réussi dans une œuvre qui, depuis le commencement du siècle, occupait les plus intrépides explorateurs. Echouer après Nicolet, Champlain, Roberval, Jolliet et cent autres, ce n'était pas une chose bien risible.
La Salle a pensé, comme tout le monde le pensait alors, que la découverte de ce passage intéressait au plus haut point
(1) La Chine est située au sud de l’île de Montréal, sur le rapide anciennement appelé Sault-Saint-Louis. Elle est bornée: au nord, par le canal de La Chine et le lac Saint-Pierre ; à l'est, par Ja rivière Saint-Pierre; au sud, par le Saint-Laurent; à l'ouest, par le lac Saint-Louis. Elle a, en longueur, une lieue et demie; en largeur, un peu plus d’une demi-lieue. (Voir la Carte de Bellin donnée par Charlevoix.)
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la prospérité de notre colonie. Il a cru, comme tous les géographes de son temps, à l'existence de ce passage et résolut d'y attacher son nom. Quand ce projet fut bien arrêté dans son esprit, il lui donna une forme en quelque sorte tangible en imposant aux lieux où il l'avait, sinon conçu, du moins arrêté, le nom du pays dont il voulait tenter de frayer la route. Et ce n'est pas la seule fois qu'il aurait donné un nom emprunté à certaines circonstances particulières de sa vie. Crève-Cœur rappelle ses ses angoisses dans le pays des Illinois ; Prudhomme la perte de l'un de ses compagnons. D'ailleurs, il faut bien le noter, 1l faisait en cela comme les explorateurs de tous les temps.
A l'endroit où le Saint-Laurent recule outre mesure ses rives pour former le lac Saint-Louis, La Salle fit le tracé d’un village palissadé. À chacun des colons qui l'avaient suivi il donna, moyennant une faible redevance, dans le village même, un demiarpent de terre; hors du village, six arpents. Pour un champ commun de deux -ents arpents, la colonie lui payait, par arpent et par an, une nouvelle redevance de cinq sous. Il réserva pour son domaine personnel quatre cent vingt arpents, sur lesquels il commença de suite des défrichements et des constructions.
La vie de pionnier, avec ses dangers et ses chances de fortune aurait-elle, à cette époque, satisfait son ambition et son besoin d'activité ? Pas le moins du monde. D'après des papiers de famille manuscrits cités par M. Parkman, il apprenait, dans l’espace de deux ou trois ans, l’Iroquois ainsi que sept ou huit dialectes et faisait, dès 1667 et 1668, dans les forêts du Nord, divers voyages qui lui permirent de s'assurer que, de ce côté, les explorations devaient donner peu'de résultats.
En même temps 1l arrètait définitivement le projet d'une expédition pour découvrir le passage äe la Nouvelle-France au continent Asiatique. Des Iroquois-Seneca qui avaient passé, comme amis, l'hiver à La Chine, lui avaient raconté qu'une grande ri-
vière, l'Ohio, prenait sa source dans leur pays et se jetait dans la
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mer, loin, bien loin, à huit où neuf mois de marche. Dominé par les idées géographiques d'alors, il pensa que cette mer était la mer Vermeille. « Son imagination prit feu. » Il se rendit à Québec pour soumettre ses plans au gouverneur général, Courcelles, et à l'intendant, Talon. Il obtint sans peine l'autorisation qu'il souhaitait, mais ce fut tout; aux termes des lettres patentes qui lui furent délivrées, il devait supporter la totalité des frais de l'entreprise.
Ayant dépensé tout son mince avoir à la mise en rapport de son domaine, il se trouva fort embarrassé. Mais, en homme sûr de lui, qui ne craint pas de brûler ses vaisseaux , il vendit La Chine, partie au séminaire. partie à Jean Millot, quincailler (1). Avec le produit de cette vente, il engagea quatorze hommes et acheta quatre canots avec les approvisionnements nécessaires.
Les Jésuites, dit M. Parkman — d'accord en cela avec le baron de Lahontan, le comte de Frontenac et Talon — exerçaient alors en Canada une influence souveraine sur le clergé et même sur le pouvoir civil. Les Sulpiciens en étaient jaloux , et s’efforçaient, par tousles moyens, decconquérir des âmes au ciel et de nouveaux domaines à la foi. » Dans ce butils avaient fondé, trois ans auparavant, au nord du lac Ontario, la mission de Quinté, dirigée par l'abbé de Fénelon, frère aîné de l'archevêque de Cambrai. Dollier de Casson, toujours dans le même but, passa l'hiver dans un camp de Nipissings. En y apprenant d'un prisonnier que les nombreuses tribus du nord-ouest vivaient dans les ténèbres du paganisme, il résolut de proposer à sa société de tenter leur conversion.
Dollier, dans sa jeunesse, avait combattu vaillamment, comme
(1) M. Margry dit que cette vente fut faite au père et à l'oncle de Lemoyne d'Iberville et à Jean Millot. (Les Normands dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi. — Journal général de l'Instruction publique, n° du 30 juillet 1862.)
M. Margry n’a pas indiqué la source de ce renseignement. M. Parkman s'appuie de l'autorité de l'abbé Faillon.
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officier de cavalerie, sous les ordres de Turenne. Il était homme de grand courage et de haute taille; sa force corporelle était prodigieuse, et il en avait donné des preuves dans la campagne que Courcelles avait faite contre les Iroquois. Il convenait donc parfaitement à la mission qu'il projetait.
Sa compagnie l'en chargea. Il se rendit à Québec pour engager des canoteurs et se procurer des hommes, des canots, des munitions ainsi que l'indispensable autorisation du gouverneur général. Courcelles, on ne sait trop pourquoi, le pressa de modifiér son plan de manière à confondre son expédition avec celle de La Salle et à tenter, avec le jeune Rouennais, la découverte de la grande et mystérieuse rivière de l'Ouest. Il y consentit. Le séminaire lui adjoignit Galinée, excellent topographe, qui pouvait lever les plans de la route. Avec les sept hommes et les trois canots qu'il avait l'expédition se trouva composée, non compris les trois chefs, de vingt et un Français dans sept canots et de deux canots d’Iroquois, anciens hôtes de La Salle, qui devaient servir de guides.
La combinaison de Courcelles faisait bien l'affaire des Sulpiciens, mais ne convenait point au caractère de La Salle, parfaitement impropre, comme le remarque M. Parkman, pour toute entreprise dont il n'était pas le chef incontesté. Cependant, par égard pour ses anciens suzerains, il ne put se disperiser de s'y soumettre.
L'expédition partit de La Chine, le 6 juillet 1669, remonta le Saint-Laurent, dont la navigation, à cause des rapides, est extrêmement difficile, et déboucha le 2 août dans le lac Ontario. A l'exception des sauvages, tout le monde était plus ou moins malade.
Les sauvages abandonnèrent les Français aux environs d’un village de Seneca, mais en leur faisant espérer qu'ils y trouveraient des guides.
Les Français furent appelés à formuler leur demande devant
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lés anciens réunis en conseil. La Salle ne savai* malheureusement pas encore assez d’iroquois pour se passer de truchement, et dut avoir recours au serviteur du P. Fremin, jésuite, qui habitait le pays depuis longtemps.
Dollier et Galinée accusent le serviteur d'avoir dénaturé leurs paroles, et le maitre d’avoir intrigué auprès des sauvages. C'est peut-être peu charitable, ajoute M. Parkman (1). De fait, sauf le témoignage de La Salle, rapporté par un tiers, rien ne le prouve absolument. Il faut reconnaître toutefois que les Iroquois, d’abord bien disposés pour les Français, changèrent en peu de temps du tout au tout. Après avoir beaucoup insisté, inutilement, sur les dangers que présentait la descente de l'Ohio, ils refusèrent péremptoirement des guides; puis, pour enlever tout espoir aux explorateurs, ils brûlèrent en leur présence un prisonnier, originaire des régions de l'Ouest, qui pouvait les conduire où ils voulaient; enfin, s'étant enivrés d’eau-de-vie qu'ils avaient reçue d'Albany, ils se ressouvinrent qu'un de leurs chefs avait été tué par des soldats de la garnison de Montréal et manifestèrent l'intention de le venger.
Quoi qu'il en soit de l'innocence ou de la culpabilité de Fremin, la position des Français devint très périlleuse. Ils restèrent néanmoins au village pendant tout un mois, jusqu'à ce qu'un sauvage d'une tribu voisine leur offrit de les conduire à Ganastogué, au sud-ouest du lac Érié, un peu à l’est de la rivière Blanche (2). À cemoment ils ne pouvaient d’ailleurs plus retarder leur dé-
part sans avoir à craindre l'hiver et le manque de vivres.
En quelques jours ils arrivèrent à Ganastogué, où La Salle apprit d’un prisonnier chaouanon, que les habitants lui avaient donné, qu'on pouvait en six semaines gagner les rives de l'Ohio.
(1). Cependant, M. Parkman dit plus loin, p. 20, note 1 : After racounting La Salles visite with the Sulpitians to the Seneca village, and stating that the intrigues of the Jesuit missionnary prevented them from obtaining a guide...
(2) Nous pensons qu'il s'agit du Canahogué de la carte de Robert de Vaugondy de 1755.
On lui annonçait au même moment l’arrivée, dans un village voisin, d'un marchand canadien que Talon avait envoyé à la découverte des mines de cuivre des bords du lac Supérieur.
Ce marchand était un jeune homme de l’âge de La Salle, né à la Nouvelle-France, de parents normands. Comme La Salle, il s'était d’abord destiné à la prêtrise ; le monde l'ayant attiré, il avait changé le froc contre le mousquet du trafiquant de pelleteries. Il portait le nom de Louis Jolliet qu'il rendit célèbre dans les annales des découvertes.
Jolliet avait échoué dans sa tentative, et c’est son insuccès qui l'amenait sur les bords du lac Erié, au camp de La Salle.
Par le tableau qu'il fit aux Sulpiciens de l’état religieux des Poutouatamis et des autres peuplades du lac Supérieur, il les détermina à le suivre. La Salle, qui ne désirait rien tant que de se séparer d’eux pour n’exécuter que ses propres plans, leur remontra loyalement que le pays dont on leur parlait était occupé par les Jésuites et qu’il n'y avait rien à faire pour eux. Ils persistèrent dans leur résolution. Lui, pour éviter toute discussion avec des hommes dont il respectait l’âge et le caractère, prétendit que son état de santé ne lui permettait pas de les accompagner, et que son intention était de retourner à Montréal.
Le dernier jour de septembre, après avoir entendu la messe et communié tous ensemble, les prêtres prirent avec Jolliet le chemin du Nord, tandis que La Salle se prépara, non à retourner à Montréal, mais à chercher le cours de l'Ohio.
M. Parkman donne des détails intéressants sur les.tentatives infructueuses de Dollier ; nous les négligerons pour suivre notre héros.
Nous devons dire ici que, pour la suite de cette excursion, de même que pour celle de 1670 à 1672, on a peu de documents. La Salle tint cependant un journal et dressa des cartes. Ces pièces devraient se trouver entre les mains de M"° la comtesse de Mont-Ruffet qui, par un rare bonheur, représente à la fois
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