‹ Cavour et l'église libre dans l'état libreChapitre 28 sur 28 · S XXI · texte numérisé non relu

S XXI

L'Esprit sonde ce qu'il y a de plus profond en Lieu. Lieu est Esprit : c’est là, je le répète, le principe suprême de la religion chrétienne, le principe où viennent aboutir comme à leur centre commun tous ses enseignements (1). Et c'est ici aussi qu'est la limite qui à In fois unit et sépare la religion et

(Il I.n doctrine de la Trinité n'est |ias implicitement, comme il en est qui le prétendent, mais explicitement dans lu lîUile. Seulement, elle y est comme elle peut y être, c'est-à-dire sous la forme littérale, représentative cl symbolique. I.a Uiblc étant surtout l'œuvre du Fils, et du Fils qui est dans la nature, en tant que nature, son contenu ne peut avoir qu’une valeur littérale que l’Esprit doit vivifier en en déterminant la signification interne et absolue. Mais l’Esprit, en tant qu'il est dans la Bible, n’v est lui-même que sous une forme obscure, indéterminée et fragmentaire, en un mot, comme lettre. Par suite, le Père, le Fils cl l’Esprit n’y sont que comme trois noms, ou trois représentations dont on ne voit pas la nature, la filiation et la fonction. El la doctrine de l’Eglise sur ce dogme n’éclaircit point le problème. Tout au contraire, elle le rend, en un sens, plus obscur. Suivant l’Eglise, le Père, le Fils, et l'Ksprit sont trois personnes, ce à quoi l'on ajoute (pour les distinguer, il faut croire, de la personnalité humaine, de trois moi, tels que les moi de Pierre, de Paul et d’Antoine) que ce sont trois personnes consubstantielles ou Injpostatiques. Et quant à leur rapport l'Église enseigne que le Fils est engendre igeneratusi du Père, et que l’Esprit Saint procède du Père et du Fils. Tel est le Credo trinüaire professé par les Eglises chrétiennes en général, excepté par l’Église grecque qui n'a pas voulu admettre que l’Esprit Saint procède du Père et du Fils, mais seulement du Pere. Or cette interprétation, loin de nous mettre sur la voie qui peut conduire à la connaissance de la Trini-

la philosophie, cette limite que nous avons définie plus haut comme constituant la différence de la représentation et de l'idée, et comme passage de l'une à l'autre (1).

L’objet de la philosophie, ou, pour mieux dire , la philosophie (2) est l'absolu en tant que vérité absolue, ou Esprit

lé, nous en éloigne. Elle n'est, en cfTet, qu’une sorte d’ anlhropomorpliisnic appliqué à la Trinité. Que sont les trois personnes Y Elles sont, ni plus ni moins, trois moi, semblables aux trois moi de Pierre, de Paul et d'Antoine. Et il ne sert de rien d’ajouter que ce sont trois personnes consubstantielles, car les trois moi de Pierre, de Paul et d'Antoine, par là même qu’ils sont tous les trois des moi, participent tous les trois au moi, et sont, par conséquent, eux aussi, consubstantiels, l.’on dira que ce qui distingue les personnes de la Trinité du moi humain c’est que ce sont des personnes divines, éternelles et alumines. Mais c’est là précisément la question. La question consiste à déterminer le dis in, l’éternel et l’absolu, et à voir si l'être éternel cl absolu est, et peut être ce qu'on se représente comme personne. Et, en examinant ainsi la question, ou verrait que dans la personne on a le mol de l'être absolu, mais qu’on n'a pas la chose, et que non-seulement on n’a pas la chose, mais que celle-ci est le contraire du mot. Cette conception des trois êtres absolus comme personnes vient de ce qu'on s’est surtout attaché au Fils, à la nature humaine du Fils, et au côté immédiat, sensible et purement historique de cette nature. En transportant ce côté de la nature du Fils dans le Père et l'Espril, on a composé la Trinité avec trois moi sensibles et représentatifs, ce qui revient à dire qu’on a faussé la notion de l’être absolu. C'est ce qui devient plus évident encore lorsqu'on considéré la filiation, ou le rapport des trois Personnes. Ainsi le Pore engendre le Fils. Mais de quelle génération entend-on parler? Car il y a dans le Fils une double gé-

(I) Voy. p. 102 et suiv.

(2| Voy. S XV.

absolu. Et l’Esprit absolu c’est l'idée, ou la pensée absolue. Vérité, Esprit, Idée, Pensée sont ici une seule et même chose; ce sont des termes qui ont le même sens. Car l’Esprit ab-

nération, une génération éternelle et absolue, et une génération dans le temps et suivant la nature. Or la première dilTère de la seconde, et non-seulement dilTère de la seconde, mais elle est la plus essentielle en ce que la seconde n’est que par lu première, et comme un moment subordonné de la première. Car le Fils qui naît dans le temps et suivant la nature, naît et ne peut naître que suivant cette loi qui a sa racine dans l'élernel, c’est-à-dire dans le rapport éternel et absolu qui existe entre le Fils et le Père, entre l'essence du Fils et celle du Père. On peut appeler ce rapport génération, mais c’est une génération tout autre que la génération naturelle, et qui appartient ù une autre sphère de rapports et d’existence. On doit donc déterminer comment a lieu la géuéralion éternelle et absolue du Fils par le Père. C’est ce que l’Eglise ne détermine pas, et ne peut pas déterminer. Et la façon dont elle conçoit le rapports de l’Esprit avec les autres Personnes confirme ces considérations. L’Esprit n’est pas engendré, mais procède. Uu’entend-on par procéder. Veut-on dire par là que l’Esprit, qui est coéternel et consubstantiel avec le Père et le Fils, leur est inférieur i D’abord, cette conception de l’Esprit serait contraire à la lettre même de la Bible où il est dit que Dieu est Esprit, que l 'Esprit peut seul conduire à toute vérité etc. Mais laissant de côté la lettre, il est clair que l’Esprit, par là même qu'il est l’Esprit de vérité, est cet être où le Père et le Fils trouvent leur vérité; ce qui veut dire qu’il est l’unité du Pere et du Fils, et qu’ainsi il s'élève au-dessus du Père et du Fils. Comment donc procède-t-il du Père et du Fils ’t En procède-t-il dans le même sens où l’on dit que le Fils est engendré par le Père, c'est-à-dire comme un être subordonné à la fois au Pere et au Fils ? Si c’est ainsi qu’on l’entend, il faudra dire que c'est le contraire qui est le vrai, puisque l'Esprit surpassant le Père et le Fils, ce sont plutôt le Père et le Fils qui procèdent de lui. En outre, pourquoi a-t-on dit que l’Esprit

solu est cette idée ou , si l’on veut , cet être idéal où existent et se compénètrent systématiquement l'être et la connaissance , de telle façon qu’en lui les choses sont comme

procède , et n’a-l-on pas dit de lui, comme du Fils, qu’il a été engendre ? C’est qu’ici aussi on a eu devant les yeux la génération naturelle du Fils. Le Fils, a-l-on dû se dire, a etc engendré suivant la nature; et puis, un fils n’est fils que parcequ’il est engendré par un père. Donc employons le terme engendrer pour exprimer le rapport du Père et du Fils. Quant à l’Esprit Saint, comme il n’a pas été engendré suivant la nature, ne disons pas de lui qu’il est engendré, mais qu’il procède.— La conclusion de tout cela est que engendrer et procéder sont deux termes dont l'un vaut l’autre, parccqu’ils sont tous les deux également vides et qu’on ne sait ce qu'ils signifient. Par conséquent, il serait tout aussi vrai de dire que le Fils procède du l’èrc, et que l’Esprit est engendré par le Père cl le Fils, que de dire que le Fils est engendré par le Père, et que l’Esprit procède du Père et du Fils. El la raison en est que si l'on ne détermine pas la nature intrinsèque du Père, du Fils et de l'Esprit, on ne peut non plus déterminer leur rapport. Car dans leur existence réelle et concrète, leur nature et leur rapport sont indivisibles. Ils sont même une seule chose, de telle façon qu'en déterminant l'un on détermine l’autre, et en ne déterminant pas l’un on ne saurait non plus déterminer l’autre. Par conséquent, dans l’interprétation de l’Église Père, Fils , Esprit Saint, personne , consubstantiel, engendrer, procéder restent ce qu’ils sont dans la lettre, c’est-à-dire des représentations indéfinies, un mélange de déterminations finies et de déterminations infinies, ou de déterminations qui, sc rapportant à des sphères diverses, ont une signification diverse suivant la sphère à laquelle elles sc rapportent. J'avais donc ruison de dire que la doctrine de l'Église, au lieu d’éclaircir le problème, le rend plus obscur. Le fait est que la connaissance de l'absolu surpasse la sphère de la religion, et constitue la sphère propre et le droit absolu de la philosophie.

filles sont entendues et sont entendues comme elles sont. Et c'est là aussi la vérité dans le sens propre et éminent du mot. I.a vérité des choses ne consiste pas simplement dans leur être, mais en ce qu'elles sont et sont entendues tout ensemble. Et c’est là l'Esprit. Et en ce sens la vérité de la Nature est dans l'Esprit. La Nature, en tant qu'elle est, n'est ni vraie ni fausse, elle n'est qu’une possibilité relativement à la vérité , et elle n’est dans la vérité qu’en s'unissant à l'Esprit ; et, par suite, elle trouve sa vérité absolue dans l’Esprit absolu où elle est spiritualisée et idéalisée , c'est-àdire où elle existe comme idée même do la nature. Voilà comment le Fils trouve sa vérité dans l'Esprit , et comment il doit mourir, et mourir dans l'Esprit pour y être vivifié et glorifié.

Et il en est de même de la pensée. La pensée absolue, ou la pensée, est la pensée de la vérité, et elle est la vérité. Car elle est la pensée du sujet et de l'objet , de l'être et de la connaissance, et partant cette même unité qu’est l'Esprit, ou la vérité. Elle est ainsi l’idée absolue, l’idée ou la vérité universelle, ou l'Esprit universel, en d'autres termes , et poulie dire encore avec Aristote, elle est la pensée de la pensée (1).

Or la pensée de la pensée, ou l'Esprit absolu n'est tel que. comme acte, énergie absolue, et il n'est énergie absolue que comme Esprit créateur, c'est-à-dire comme Esprit systématique ou comme système. Créer n'est point créer de rien . ou du néant, ex nihilo, comme on dit, et penser l'être créa-

(I) Vov. sur cc point Philosophie de 1 Esprit de Hegel $ it'J — 578, et notre commentaire; et Vol. 11. nôtre 2e Introduction-, cl notre Problème de l' absolu lire partie (en italien).

teur et l’étre créé comme deux systèmes dont l’un est hors de l'autre. C'est là la représentation, ce n'est pas la pensée de la création. Dire que l’Esprit créateur crée de rien, c’est précisément ne rien dire , ou dire le contraire de ce qu’on croit dire. Créer de rien , s’il a un sens , signifierait créer de rien les lois , la nature éternelle , essentielle et absolue des êtres, ce qui revient à dire que le créateur se crée luimême du néant. Et, d'ailleurs, celui qui enseigne la création ex nihilo ne s’entend pas lui-même. Car s'entendre soi-même veut dire entendre ce dont on parle. Or, si l’on n'entend pas ce qu'est la création ex nihilo, comment peut-on en parler? Que si on l'entend, on entend cette opération, cet acte absolu qu'on suppose surpasser l’intelligence, et pour lequel on imagine précisément une telle création. Ainsi même par ce côte tombe la création ex nihilo.

En outre, créer ce n'est point créer irrationellement, ou for tuitement, mais suivant l’idée et par l’idée, ou, comme on dit, suivant la raison. Et c’est là créer systématiquement. Car idée, raison, système sont une seule et même chose. Par conséquent , l’être créateur et l’être créé , le moteur et le mobile ne font qu’un dans l'idée et le système. Que si le moteur ne se mouvait en acunne façon dans le mobile, et l’être créateur n’était en aucune façon dans l’être créé, non-seulement il y aurait deux systèmes, deux raisons, deux vérités, mais’ni l’un ni l’autre ne seraient ce qu’ils sont , et même ils ne seraient point.

Mais l’Esprit absolu n’est {tas l’Esprit absolu on tant qu’Esprit créateur. Créer c’est bien un moment nécessaire île son énergie, mais un moment subordonné. C’est un moment nécessaire pareeque l’espace , le temps, la matière , en un mot, la Nature est dans son idée, mais c’est un moment su-

bordonné par rapport à cette énergie absolue qui constitue son essence et son existence propres et spécifiques, et qui le distingue de toute autre essence et de toute autre existence.

Par conséquent, l’Esprit absolu est en tant que système:

1. La forme absolue, qu'on pourra aussi appeler raison formelle absolue, suivant laquelle toute chose est formée et raisonnée, de telle sorte qu'il n'y a pas d'être qui puisse exister ou être pensé hors d’elle, et sans elle. En ce sens on pourra aussi l’appeler l’absolue possibilité, en ce que rien n’est non plus possible hors d’elle et sans elle, et que c’est elle qui rend tout possible, qui rend possibles la Nature et l’Esprit lui-même. Car l’Esprit est ce qu’il est comme Esprit formateur suivant cette possibilité, et en tant que cette possibilité ou cette forme est en lui. Par conséquent, cette forme est hors du temps et de l’espace, et est antérieure (dans l’idée) au temps et ;’i l’espace et à toute création; elle est la forme éternelle , mais seulement la forme , en d’autres termes, elle est Vidée logique — le royaume fin Père (1).

1 1 ) On remarquera que cette exposition n'est qu'une exposition sommaire et abstraite îles trois sphères de l’absolu, de leur contenu, de leur développement, et de leur passage de l'une à l’autre, c'est-à-dire de leur connexion et de leur unité systématique. Par conséquent, la conception de la Logique comme sphère de la forme , ou de la possibilité absolue est une conception abstraite et inadéquate. La Logique n'est pas seulement lu forme, mais elle a un contenu, cc contenu qui appartient en propre à l'idée logique, laquelle est forme et contenu à la fois. El elle n'csl pas non plus la pure possibilité dans le sens qu’elle serait seulement possible, et qu’elle ne posséderait aucune réalité actuelle. Ce serait là aussi se faire une fausse notion de la Logique. La Logi-

2. 11 est la sphère de l'extériorité et de la manifestation, et partant la sphère spéciale de la création. L’Esprit crée suivant la forme et la possibilité dans l’espace, le temps, le mouvement, la matière etc., et réalise ainsi la forme et la possibilité en sortant de lui-même, en se manifestant, ou, pour parler avec plus de précision, en posant le sphère de l'extériorité et de la manifestation. Car la Nature ne se manifeste pas, mais manifeste, et ce qu’elle manifeste c’est l'Esprit. Et elle ne manifeste l’Esprit que parcequ'elle est posée, créée par l'Esprit, et créée par l'Esprit comme une sphère de luimême , autrement elle ne pourrait le manifester. Voilà comment la Nature est le symbole, l’image de l'Esprit , la lumière visible qui reflète la lumière invisible de l'Esprit. C'est en ce sens que Platon dit que le temps est l’image de l'éternité. Et c’est aussi en ce sens que la Nature est créée. L’espace, le temps, la matière , le mouvement , et les êtres qui sont dans l’espace, dans le temps, dans la matière, et qui s’y meuvent manifestent l'Esprit, parceque l'Esprit est en eux et qu'ils sont dans l’Esprit. Et c'est là créer. Car créer ce n'est pas se séparer de soi-même , mais se poser soi-même autre que soi-même , c’est-à-dire poser une sphère de soimême pour soi-même, être, suivant le mot de Spinoza, causa sui. Et créer n’est pas, ainsi qu'on se le répresente, un acte libre du créateur. Un tel acte libre est précisément l'acte

que est donc la sphère de la possibilité éternelle et absolue en ce sens que rien n'est possible hors d'elle, et qu'elle rend les choses possibles par sa présence, constituant ainsi un élément réel et actuel, une partie de la réalité des autres sphères. Enfin, nous ferons aussi observer que la notion de possibilité est elle-même un moment, une catégorie de la Logique, et qu’elle n’en est qu'une catégorie.

de la volonté subjective, arbitraire, contingente, de la volonté de l'esprit fini, du moi qui est dans la nature , et qu'on transporte dans l'existence et les rapports infinis, dégradant ainsi l'essence de cet être que l'on prétend exalter. Dans l'absolu la vraie liberté est la nécessité, cette nécessité qui fait qu’il est ce qu'il est, et qu'il ne peut être autrement qu'il n’est. C’est ce qui constitue sa vérité, ainsi que la vérité de toutes choses, et partant la liberté rationnelle de l'esprit fini luimême, en tant que l'esprit fini peut s'élever à cette liberté. Mais la nécessité c'est l'idée, et ici c'est l'idée de la création, laquelle est cette idée qui contient la création, c'est-à dire l'être créateur, l’être créé et leur rapport, en d’autres termes, c'est l'idée ou la sphère de la Nature comme sphère de l'absolue existence. C’est le royaume du Fils, qui est le Fils unique, et la manifestation non-seulement du Père, mais du Père et de l’Esprit (1).

3. Mais créer une image de soi-même, se manifester, sortir de soi-même, se scinder et, en quelque sorte, se disperser dans l'espace et le temps implique que l'être, qui crée et se manifeste ainsi, crée et se manifeste non pour un autre, mais pour soi-même. Car le créateur, en créant, non-seule-

(I) Pour être exact il faut dire que celte sphère n'est pas seulemtnl la sphère de la Nature en tant que Nature, mais aussi de l'Esprit en tant que l’Esprit est dans la Nature, ou en tant que la Nature existe non comme simple Nature, mais comme Nature qui peu Ire dans l'Esprit, en tant que naturalité de l’Esprit; en d'autres termes, ce:te sphère est la sphère de la Nature et de l'Esprit fini. En ce sens, et par ce cèle, l’art et la religion sont encore dans la Nature, et ils sont créés, précisément pareeque l’Esprit y existe encore comme symbole et représentation.

ment se manifeste, mais se manifeste à lui-même, et pour lui-même. C’est ainsi qu’il est principe et fin, cause motrice et cause finale, causa sui. C’est là l’absolu mobile de sa création, et il ne saurait y en avoir d’autre. Dans la sphère de l’existence et des rapports finis, l’homme peut être incité à agir et à se manifester par des causes extrinsèques , par autre chose que par lui-même, et pour autre chose que pour lui-même. Mais dans l'absolu cette autre chose n'existe, ni ne peut exister. L'autre de l'absolu c'est Vautre de luimême, et, par conséquent, l'absolu, en créant et en se manifestant, crée et se manifeste pour lui-même, et pour être ce qu’il est, c'est-à-dire acte, énergie, idée, pensée absolue. I)e même que la vie n’est ce qu’elle est, c'est-A-dire, cette énergie qui forme et vivifie l'organisme, qu'en en engendrant les parties et en y devenant extérieure à elle-même, et en même temps en les niant et en les absorbant dans son unité, ainsi, mais d'une façon et en un sens plus profonds, l’Esprit absolu devient extérieur à lui-même dans la Nature pour être pour soi, c'est-à-dire pour être cette énergie, cette unité concrète et absolue où la Nature, et aussi la Logique n'existent plus comme image et comme représentation, ou comme simple Nature et simple Logique, mais sont absorbées et unifiées dans l’Esprit, et par cela même sont transformées et élevées à leur vérité, c'est-à-dire sont spiritualisées, idéalisées, ou. ce qui est le même, deviennent Esprit, idée, pensée. C’est , par conséquent , ici que s’accomplit l’absolue manifestation , la manifestation où l’être qui se manifeste et l’être qui manifeste sont unis dans l'unité de leur essence , dans l'unité de la pensée. Ce qui manque, en effet, à la Logique, en tant que Logique, c’est la pensée, et ce qui manque à la Nature, c'est aussi la pen-

sée. Etant, par conséquent, dans la pensée, la Logique et la Nature sont des pensées en tant que pensées, et, par suite, elles sont des j>ensées de la pensée , laquelle est , par cela même, la pensée de la pensée. Et c’est là le domaine propre el absolu de l'Esprit, ou l'idée de la philosophie.

La philosophie est cette pensée une, éternelle, universelle et absolue au sein delaquelle tout est pensé, est sous forme de pensée , est pensée, et où les différences aussi bien que l'unité sont les différences et l'unité de la pensée. La philosophie apparaît , d’abord, comme la pensée universelle qui reparcourt et refait les choses , et qui les reparcourt et les refait suivant leur idée , et dans leur idée, ou, si l’on veut, en les idéalisant. Elle apparaît ainsi comme la dernière, c'est-à-dire comme celle qui vient après les choses qu’elle idéalise. Mais c'est là l 'apparence , (le Schein) de la philosophie , ce n’est pas la philosophie. C’est, voulons-nous dire , cette propèdeutique , ou ce moment immédiat et subjectif de la pensée qui ne s’est pas encore affranchie de la représentation et de la dualité, et où le premier et le dernier ne sont pas encore coéternels , np font pas un dans l'absolue pensée, mais sont séparés dans le temps et dans la représentation. Dans l'absolue pensée le premier est le dernier , et le dernier est le premier ; ce qui fait que tout y est sub specie œlemi et t tnitatis, et la représentation, le temps, la mort etc. y sont eux aussi élevés à leur nature éternelle et à leur unité, par là qu'ils sont des pensées dans la pensée. Car le temps, la mort etc. ne sont , et ne sont ce qu'ils sont que par leur pensée, et comme moments de la pensée où il participent à cette énergie qui les fait, et les fait être éternellement ce qu'ils sont. C'est, en quelque sorte, comme le feu

et le combustible. Le combustible apparaît comme le premier et le feu comme ce qui vient après, comme le dernier. Mais le combustible est la virtualité du feu, est fait pour le feu, et le feu est cet acte où le combustible trouve sa vérité. Si ce n’est que la pensée absolue est ce feu qui engendre luimême le combustible, et qui l’engendre pour lui-même. Elle est ainsi le premier et le dernier, la virtualité et l’acte, l’être et le connaître, et c’est en elle que tout vit et s’allume éternellement. Et c’est là la pensée philosophique ou spéculative, laquelle ne refait pas, mais fait les choses, par là qu’elle les pense, et en tant qu’elle les pense dans l’absolue pensée. C'est de cette façon que la pensée philosophique est une création (Schelling), et qu’elle est ce qu’il y a de plus agréable et de meilleur, et aussi de plus pratique (Aristote). Cette pensée est, en effet, la pensée pratique par excellence qui pense et fait les choses suivant et dans leur vérité, et qui, en les pensant et en les faisant dans leur vérité, se distingue par cela même d’elles, ne se confond pas avec elles, et ce n’est pas en elles qu’on peut la retrouver. C’est là l’énergie qui meut l’univers. Et c’est là Dieu. Et puisque tel est l’objet de la philosophie, il est vrai de dire que la philosophie est ce qu’il y a de plus divin, et aussi de plus pratique.

Maintenant, s’il en est, comme je ne doute pas qu’il y en ait, qui trouvent cet écrit insuffisant, et qui découvrant d’autres difficultés, d’autres points obscurs, demandent une explication plus claire, plus démonstrative et plus complète de l’idéalisme absolu, et aussi quelle lumière et quel bien peuvent dériver de cette doctrine pour la religion, pour l’État et pour l’homme en général, il me semble que je ne pourrais ici les mieux satisfaire qu’en leur rappelant ce précepte

d'Aristote, que pour apprendre à jouer de la lyre il faut en jouer. Qu'ils essayent donc de jouer de cette lyre qui est l’idéalisme absolu, et c’est en en jouant qu' ils pourront peutêtre écarter les doutes et les difficultés qui se présentent à leur esprit. C'est là le meilleur, c'est même là, strictement parlant, le seul moyen de les écarter. Car si ce n'est pas nous-mêmes qui les écartons, c'est que nous ne pensons pas, et que nous ne pensons pas suivant cette pensée qui seule peut les écarter. Et si nous ne pensons pas nous-mêmes suivant cette pensée, nul, homme ou Dieu, ne saurait les écarter pour nous.

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