Cavour à Sanla-Rosa
Rome, à Naples, à Bologne, à Florence, sauf de rares exceptions, point de « juste milieu » : chacun, s'il ne tient point du mouton endormi, est soit réactionnaire et clérical, soit carbonariste avec la Jeune Italie. En Piémont seulement, il y a un groupe libéral, capable de prendre à Fimproviste le gouvernement, et ce parti commence à former une opinion publique.
Sans doute Charles-Albert est toujours solitaire et ténébreux, le comte de la Marguerite sous l'influence des Jésuites et de l'Autriche, les ministres partagés et paralysés ; mais on commencée sentir que cela ne peut pas durer. « Il semble que des événements graves se préparent ici », écrit l'ambassadeur de France le 7 mai 1846 V On en a assez du gouvernement par la Congrégation, des insolences autrichiennes, de l'étouffement partout. Et au moment du conflit douanier avec l'Autriche, en mai 1846, Charles-Albert devant passer une revue, déjà l'on annonce que les soldats piémontais vont marcher sur Milan, déjà une manifestation se prépare au cri de : « A bas les Autrichiens. A bas les Jésuites. A bas La Marguerite ». Et la police (c'est le marquis Cavour, le destin familial a des rapprochements singuliers) s'entend avec les meneurs pour qu'on se contente de crier : « Vive le Roi »'.
Telle était la situation en Piémont, lorsque se produisit au début de mai 1846 ce double événement, fatal et périodique, la mort d'un vieux pape, l'avènement de son successeur et ceci allait déclancher le mouvement national qui, tantôt sourdement, tantôt par brusques explosions, se préparait en Italie depuis trente ans.
1. Le comte Mortier à M. Gnizoi. Archives des A/J^airesétraïu/ères. Fonds Piémont, t. CCCXVIII.