‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 1 sur 347 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. Les États de l'Italie. — Progrès des idées, stagnation des choses. — La réaction à Naples. La question Murât. Tentatives révolutionnaires. — Rome et les États pontificaux. Les démêlés avec le Piémont. Voyage de Pie IX dans les Romagnes. — La Toscane; les duchés de Parme et de Modene. — Le royaume lombard-vénitien; nouvelle manière du gouvernement autrichien; levée des séquestres; voyage de François-Joseph; nouveaux incidents austro-sardes; rupture diplomatique; la maladresse de Vienne.

II. Les progrés d'un royaume. — Le Piémont, centre des aspirations nationales. Cavour et l'union des ItaliensT Les émigrés. — Manin et les révolutionnaires assagis. Garibaldi. — Mazzini. — La prospérité du Piémont. — Le discours du trône et la session parlementaire : interpellation Brofferio. Préparatifs militaires : fortifications d'Alexandrie; port de guerre de la Spezzia. — Les voies ferrées : le tunnel du Mont-Cenis.

III. L'avexture du « Cagliari » et l'échauffourée de Gènes. — Déception et projets de Mazzini. Illusions de Cavour.- Situation à Gènes. — Pisacane et l'expédition du Cagliarï. — Révolte de Gènes. — Colère de Cavour. Mécontentement à Paris. Démêlés avec le gouvernement de Naples.

IV. La Société nationale. —Projets de Manin. La Farina j^on accord avec Cavour, sa persévérance. Premier programme, fondation de la société et développement de ses sections. Son influence.

x V. Le Piémont et l'Europe. — Prudence et réserve. — Les questions d'Orient. Le nouveau groupement des puissances. Récon-

Cavour. — m. 1

ciliation avec la Russie et refroidissement avec l'Angleterre. — Rien sans la France : le quai d'Orsay et les Tuileries. La mission Salmour. La presse sarde.

VI. Une crise politique. — La dissolution de la Chambre. Une période électorale vivement agitée. Le succès de l'extrèmedroite. Irritation et réflexions de Cavour. — Le discours du trône; invalidations et nouvelle majorité. — Démission forcée de Rattazzi : Cavour, ministre de l'Intérieur. Une dictature de l'intelligence.

Si l'on compare l'état de l'Italie, d'une part au lendemain de laRévolution de 1848, temps de dure réaction, et de l'autre pendant les années qui suivirent le Congrès de Paris^ on est frappé du vif contraste que présentent la stagnation des choses et le mouvement des idées. Les monarchies demeurent intactes et leurs institutions sans aucun progrès ; l'influence de Vienne y est toute-puissante, et, modifiant un mot célèbre, on peut dire que, fors le Piémont, l'Italie est une « expression » autrichienne. Les peuples, au contraire, sont en pleine évolution ou même ébullition : jusqu'en 1848,1a préparation du Risorgimenlo était demeurée la prérogative d'une aristocratie de penseurs ou le domaine de Mazzini et de ses disciples; la Révolution de la grande année n'avait point pénétré dans les masses, et l'on a souvent remarqué combien rares avaient été les engagements volontaires dans les armées en marche. Le Piémont, abandonné en 1848 par ses alliés, avait été seul à supporter le fardeau du combat en 1849. Mais des idées sont nées, de liberté, d'indépendance et d'unité nationales,, qui se développent lentement et sûrement ; pour en imposer le triomphe, partout des hommes de forte volonté se rapprochent, et ils se tournent vers un pays, le Piémont, un roi de leur race, Victor-Emmanuel, un homme d'État, Cavour : ils cherchent

en eux leurs inspirations et leurs instructions, et dès lors commence ce qu'on a exactement appelé « la conspiration générale du peuple italien avec le grand ministre »'. De Turin aux extrémités de la péninsule se tisse un solide réseau, qui entraînera l'Italie entière dans les luttes de libération.

Dans le royaume de Naples, le gouvernement brutal, l'arbitraire, le désordre, tous les abus si fortement dénoncés par Cavour au Congrès de Paris, se maintiennent sans que, pour modifier cette déplorable situation, fassent rien un roi et un ministère qui se sentent forts de l'appui russe et autrichien 2. Las de protester, les cabinets de Paris et de Londres rompent en octobre I806 toutes relations avec un gouvernement qui, au dire de Gladstone, était « la négation de Dieu érigée en système » , et bientôt ils enverront leurs escadres croiser devant la côte napolitaine. Cavour a d'abord pensé à rappeler également sa légation ne pouvant, « accusateur du roi de Naples, conserver des rapports diplomatiques avec lui, lorsqu'il n'en aura plus avec la France et l'Angleterre »3. Mais le comte Walewski « suggère » au cabinet de Turin que cette demande est inopportune ; les gouvernements français et anglais ont été contraints à la rupture par le mauvais accueil fait à leurs consuls. « Le gouvernement sardene pouvant pas invoquer les mêmes motifs, on lui attribuerait des desseins qu'il n'a pas, en y voyant un encouragement donné aux révolutionnaires*. » Cavour acquiesce, retire les instructions qu'il avait déjà données à son chargé d'affaires à Naples5 ; mais

1. Artom et Blanc, Œuvre parlementaire de Cavour, p. 356. Zanichelli, Cavour, p. 287.

2. R. de Cesare, La fine di un Regno, t. I, not*- p. 97 et suiv. , 191 et suiv.

3. Cavour à Villamarina, 27 septembre 1856. Gramont à WalewskL 27 septembre, 2 octobre 1856.

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