‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 2 sur 347 · Cavour à Villamarina, 15 octobre · texte numérisé non relu

Cavour à Villamarina, 15 octobre

les relations des deux cours italiennes n'en sont point améliorées. Car, malgré tous les efforts de Cavour pour associer à la cause de l'indépendance nationale les autres Etats de la péninsule l, il ne trouvera à Naples comme à Rome, à Florence comme à Parme, qu'une méfiance, d'ailleurs parfaitement justifiée.

Exaspérés, des hommes d'action veulent débarrasser les Deux-Siciles d'un monarque étranger et oppresseur. Les uns — les libéraux — pensent à' le détrôner en faveur du prince Murât, fils de Joachim, qui rendit au royaume pendant trop peu d'années quelque ordre et quelque lustre ; une brochure circule, attribuée à Saliceti, ministre de 1848, qui démontre les avantages d'appeler au trône un cousin de Napoléon III et qui propose le partage de l'Italie en deux zones, le sud sous la domination de Naples, le nord remis au Piémont. A l'automne de 1856, le parti muratiste s'organise et parle très haut, surtout en dehors du royaume; le prince ne cache ni ses projets, ni ses espérances, au vif mécontentement du Piémont, qui a de bien autres desseins. « Ces faits nous causent un grand embarras, écrit Cavour; ils nous placent dans une position très difficile. Nous n'aimons pas la solution muratiste ; toutefois, si la France la favorise, si elle entre dans les vues de l'empereur, nous ne voudrions rien faire qui lui fût hostile2. » Car il sait que le prince a dîné avec Napoléon, qu'un long entretien s'est tenu entre eux, et, qu'ensuite, Murât « s'est posé en prétendant ». Il pense à faire questionner l'empereur par le discret Conneau, mais le docteur est en voyage; Cavour se contente d'inviter Villamarina à interroger Walewski, « lui demander un consçil,

1 . Messeri, La politica del Conte di Cavour nella Liberazione del Mezzoyiorno, dans la Revue II Risorgimento italiano, 1913, p. 283.

2. Cavour à Villamarina, 5 septembre; à Jocteau, 8 septembre 1856.

en lui disant carrément que nous sommes pour Murât, si la France le désire, mais que Murât, sans l'appui de la France, ne nous va pas du tout ». La réponse du quai d'Orsay est prudente, balancée. Alors Cavour pense avec subtilité à « lancer à la traverse » l'Angleterre1, adversaire naturelle d'un projet qui installera, en pleine Méditerranée, un prince napoléonien, et, de ce coup, les chances du prince vont s'affaiblissant.

Pour libérer le malheureux royaume, d'autres employaient la manière forte ; il y avait toujours en Sicile quelque révolte en préparation ou en exécution : Mazzini avait projeté une vaste insurrection qui s'étendrait à toute la péninsule et balayerait Ferdinand, le pape et les Autrichiens 2. La Farina organisait le parti piémontais dans l'île, du consentement plus ou moins actif de Cavour, qui voyait très bien une révolution à Palerme, proclamant « l'indépendance d'abord, puis la réunion de la Sicile au Piémont; l'idée est hardie, mais elle n'est pas absurde3 » ; en novembre, un mazzinien, Bentivegna, excitait à la révolte la population de Termini, mais ses troupes étaient dispersées et lui-même fusillé avec les autres chefs4. Sur le continent, mêmes menées : en décembre, Milano tentait de tuer le roi Ferdinand, et la frégate Carlo III, chargée d'armes pour les soldats de Sicile, sautait en rade de N a pies ; des bandes de partisans parcouraient les montagnes de Galabre 5 ; les campagnes étaient peu sûres, les attaques armées s'y multipliaient, de brigands ou de révolutionnaires.

1. Cavour à Villamarina, septembre 1856 (Mayor, Nuove Lettere di Cavour, p. 418).

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