CHAPITRE IV
Mai-Juillet 1859
I. Avant la bataille. — L'armée autrichienne; Giulay; lenteur de son avance; Turin menacé; premier recul des Autrichiens. — L'armée piémontaise; chasseurs des Alpes et magyars; Victor- Emmanuel. — L'armée française : mauvaise préparation, l'école du débrouillage. Arrivée de l'empereur à Gènes; Napoléon III, général en chef; la physionomie de la guerre. — Cavour, tout le gouvernement : son activité comme ministre de l'Intérieur, de la Guerre, des Affaires Etrangères. — Le mouvement national en Italie. La Toscane: formation du parti national; Boncompagni; Cavour propose une alliance; refus du gouvernement toscan. La révolution du 27 avril. Le gouvernement provisoire; Ricasoli. Débuts difficiles, questions d'avenir : ferme dessein de Cavour. Le prince Napoléon. — Le duché deModène, révolte de Massa et Carrare. — Parme. — L'émotion à Rome et dans les Romagnes. — Naples : mort de Ferdinand, refus par François II d'entrer dans la guerre nationale. — La France : la politique du quai d'Orsay. — L'Angleterre, ses tendances diverses. — La neutralité de la Russie. — La réserve de la Prusse. — Les haines de l'Allemagne.
II. Magenta. — Le combat de Montebello. Marche de flanc. Les deux journées de Palestro. — La bataille de Magenta. — Entrée à Milan. Proclamation de Napoléon.
III. Les effets de la victoire. — Organisation de la Lombardie. — Mouvement unitaire en Toscane. — Révolution à Parme et Modène; annexion au Piémont. — Les Romagnes; révolution de Bologne, appel à Victor-Emmanuel; le mouvement s'étend à toutes les villes des Légations et des provinces voisines. Embarras de Cavour : regards vers Napoléon III. — Brutale reprise de Pérouse. — La délégation bolonaise à Turin et au quartier général; Cavour la rejoint; envoi du chevalier d'Azeglio à Bologne.
IV. Solferino. — François-Joseph à la tète de l'armée autrichienne. — La campagne de Garibaldi. — La marche des armées. — La journée du 2i juin et ses suites.
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V. L'armistice et les préliminaires de Villafranca. — Les neutres. Les craintes de la Russie. La Prusse mobilise; ses propositions à l'Autriche, à la Diète, à la Russie et à l'Angleterre. — Démarche discrète de Napoléon à Londres. — Un dilemme. Pourquoi l'empereur propose l'armistice; avis à Victor-Emmanuel; mission du général Fleury. L'autre dilemme; la réponse de François-Joseph ; signature de l'armistice. — Surprise générale. — Pressentiments de Cavour; son émotion et son indignation; son voyage au quartier général; scène pénible avec le roi. — Négociations ultérieures. L'entrevue de Villafranca; le prince Napoléon à Vérone. Le texte des préliminaires. La signature : « En ce qui me concerne ». — Colère et démission de Cavour : ses raisons.
VI. Après la bataille. — Déception cruelle en Piémont, — et partout. — Retour de Victor-Emmanuel et de Napoléon. Milan. Turin : propos de l'empereur, entretien avec Cavour. Départ de Napoléon. — Formation du cabinet Rattazzi. Derniers conseils de Cavour; il se retire à Léri. — Napoléon III et la guerre d'Italie.
La politique du gouvernement autrichien, énergique jusqu'à la brutalité, faisait croire à une conduite de la guerre prompte et forte ; son action militaire s'avéra de suite hésitante et molle. Pourtant si l'Autriche était diplomatiquement isolée, elle avait tous les avantages aux armées : car, en maintenant deux corps sur les côtes de l'Adriatique et dans les garnisons, elle massait sur la frontière sarde loO.OOO hommes de bonnes troupes, protégés par le Tessin et le Pô, avec de solides têtes de ponts, en face d'un adversaire plus faible de moitié1. Mais « les généraux manquèrent tous de déci-
1. Sur la campagne de 1859, il existe quatre relations d'états-majors : français, italien, autrichien et prussien, et de nombreuses études, notamment des généraux Bonnal et Canonge. Nous avons grandement utilisé l'ouvrage de M. R. Sauliol, Campagne de 1859 en Italie, avec tableaux et croquis (Paris, Librairie d'études militaires, 1923). On trouvera la suite des événements et de curieuses illustrations dans le tome III de Comandini, L'Italia nei Cento Anni ciel Secolo XIX (1850-1860).
Giulay, était un habile stratège en chambre, mais sur le terrain il hésitera, tâtonnera, perdant en scrupules un temps précieux.
En Italie comme à l'étranger, tqus croyaient que l'armée des Habsbourg se précipiterait sur Turin pour cueillir la ville et boucher la descente des Alpes-. Radetzki eût fait ainsi, mais Giulay n'avait point son audace. Le Tessin passé, il avance ses troupes à courtes étapes, regardant avec crainte à droite vers la montagne, à gauche au delà du Pô, modifiant sans cesse son plan de campagne alors que chaque jour de répit profitait à l'adversaire 3. Avec une « lenteur incroyable », écrit le général Bonnal, ses avant-gardes parviennent le 9 mai aux confins de la Doire Baltée, à 30 kilomètres de Turin. Cavour crie au secours, télégraphie au roi, au prince Xapoléon, à La Marmora, « la prise de Turin serait non seulement un désastre politique, mais aussi un désastre militaire * » ; et La Tour d'Auvergne renchérit, « il est profondément regrettable au point de vue politique que l'on ne croie pas devoir s'opposer efficacement à la marche de l'ennemi5 ». Le prince de Carignan, à qui le roi a confié la régence, et ses ministres ont décidé de défendre la ville « à tout prix », déjà la résistance s'organise. Or, brusquement, le 9 mai, Giulay recule, croyant les Alliés en marche sur le Pô pour couper ses arrières, et lentement il rend presque tout le terrain conquis.
L'armée sarde se montait à 80.000 hommes — sur le